Le Journal des inscrits - 27 août 2014
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Par LLD le 27/08/2014 à 10:37

La "gauche romantique" doit ouvrir les yeux, lâche-t-il pendant la tourmente Florange, avant de l'avouer : "La gauche est censée changer le réel mais, compte tenu des contraintes, changer le réel sera compliqué."

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Par jeanlucg31 le 27/08/2014 à 07:21

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Par ma-tata-hari le 27/08/2014 à 02:27


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Par OneStepCloser le 27/08/2014 à 00:25
"Bref, ce Shomintsu qui me voyait gros, possédait l’avantage d’avancer à côté
de ses pompes, d’avoir l’esprit à l’est quand il marchait à l’ouest; en cette ville de
Tokyo où la foule court dans le même sens, où les gens se ressemblent, il paraissait
différent. Je n’irai pas jusqu’à affirmer que ça me le rendait sympathique, non, je
n’aimais personne, mais cela me le rendait un peu moins antipathique.
Car il faut vous préciser qu’à l’époque, je souffrais d’allergie. J’étais devenu
intolérant à la terre entière. Y compris à moi. Un sujet captivant pour la médecine si
elle s’était penchée sur mon cas : je faisais de l’allergie universelle. Rien ne m’attirait,
tout me répugnait, vivre me provoquait des démangeaisons, respirer mettait mes nerfs
en pelote, regarder alentour me poussait à m’éclater la cervelle contre les murs,
observer les humains me filait la nausée, subir leur conversation couvrait ma peau
d’eczéma, approcher leur laideur me secouait de frissons, les fréquenter m’ôtait le
souffle; quant à les toucher, à cette seule idée, je pouvais m’évanouir. Bref, j’avais
organisé mon existence en fonction de mon infirmité : adieu l’école, je n’avais pas
d’amis, j’accomplissais mon commerce sans palabrer, je me nourrissais de produits
fabriqués par l’industrie alimentaire, boîtes de conserve, soupes lyophilisées, en les
mangeant isolé, coincé entre les planches d’un chantier, et la nuit, j’allais coucher
dans des lieux déserts, souvent malodorants, tant je tenais à dormir seul.
Même penser me donnait des douleurs. Réfléchir ? Inutile. Me rappeler ?
J’évitais… Prévoir ? J’évitais aussi. Je m’étais coupé du passé et de l’avenir. Ou, du
moins, je tâchais… Parce que, si bazarder ma mémoire ne m’avait pas posé de
problème tant elle charriait de méchants souvenirs, il m’était plus compliqué d’arrêter
de rêver des scènes plaisantes. Je me l’interdisais pourtant, sachant que j’allais
morfler au réveil, quand je réaliserais que c’était impossible.
- Je vois un gros en toi.
Que me prit-il, ce lundi-là ? Je ne répondis pas. J’avais la tête plongée si
profond dans un seau de considérations sinistres que je n’avais pas remarqué
Shomintsu, son arrêt, son attention, sa phrase.
Du coup, il répéta fort :
- Je vois un gros en toi.
Je levai l’œil vers lui. Il nota que je venais de l’entendre et insista :
- Tu ne me crois pas lorsque je t’assure que je vois un gros en toi.
- Écoute, la tortue, je me fous de ce que tu bafouilles ! Je ne veux parler à
personne : ça m’épuise ! Pigé ?
- Pourquoi ?
- Je fais de l’allergie.
- Allergie à quoi ?
- De l’allergie universelle.
- Depuis quand ?
- Les allergies, on prétend que ça vient d’un coup, hop, soudain, un matin, tu te
réveilles, tu te retrouves allergique. Belle niaiserie, ça ! Chez moi, l’allergie, elle estvenue progressivement. Suis incapable de dater le début. J’ai juste conscience d’avoir
été autre, avant, y a très longtemps.
- Je vois, je vois…, murmura-t-il d’un ton de connaisseur.
- Non, tu ne vois rien ! Personne ne me comprend et toi encore moins. Tout ce
que tu sais voir, toi, c’est ce qui n’existe pas.
- Ton allergie ?
- Non, andouille : le gros en moi !
Exténué, je venais de causer davantage qu’en six mois. Pour en finir avec lui,
je relevai mon pantalon de survêtement.
- Regarde mieux, la tortue, j’ai les genoux plus larges que les cuisses.
À cette époque-là, j’étais fier de mes genoux tant ils étaient laids,
disproportionnés par rapport à mon corps. Comme je me haïssais, je ne supportais de
moi que ce qui m’apparaissait monstrueux; presque inconsciemment, j’avais
développé une coquetterie à l’envers, une coquetterie attachée à mes défauts, mon
rachitisme, mes genoux cagneux et ma pomme d’Adam proéminente.
- Tu vois, pépé, j’ai le look poulet. Articulations épaisses, pas de chair autour.
Shomintsu approuva du chef.
- Cette solide consistance osseuse me confirme mon intuition, s’exclama-t-il, il
y a un gros qui sommeille en toi ! Faut le réveiller et le nourrir, qu’il s’épanouisse.
- Stop ! Je ne vois pas l’intérêt de devenir gros.
- Ah non ? Tu te préfères squelettique… Tu t’aimes maigre, sans doute ?
- Je me vomis ! T’as pas entendu ? Je fais de l’allergie. De l’allergie
universelle ! C’est nébuleux, ce que je raconte ?"