...Blog à ne pas lire...

07/07/2010

07/07/10 - 22:29

Les jours d'après

— Tu me manques trop. Tu es chez toi ? Je peux venir ?
Et il a débarqué, presque à l'improviste. Cette attente, tout en sachant qu'il allait venir, qu'on allait se retrouver, était délicieuse. Je mouillais comme une femme fontaine, dur et chaud comme un monument en pleine canicule. "Je suis désolé, je me suis trompé, je ne veux pas vivre sans toi", m'a-t-il dit en arrivant, les yeux pleins de larmes. On s'est embrassés, la passion a pris le dessus, nous avons fait l'amour et nous sommes endormis dans les bras l'un de l'autre. Pour toujours.

Ou pas.

Cela fait un mois, jour pour jour, qu'il m'a quitté. J'en ai rêvé de ces retrouvailles. Mais la réalité a été bien différente.

Il y a d'abord eu les deux jours de larmes. Puis les quatre jours de félicité. Ces moments où je n'ai pas eu le temps de penser, où je me suis dit que c'était mieux ainsi, que s'il était aussi incohérent et malhonnête il valait mieux que ça s'arrête… Un sursaut de vie surprenant qui m'a poussé à faire de nouvelles choses, à m'accomplir seul puisque je n'avais plus personne pour m'y aider. Mais la douleur et le manque m'ont rattrapé et ne m'ont plus lâché.

Nous avons continué à échanger quelques textos. Quasiment tous les jours. Quand il ne m'en envoyait plus, j'étais déçu. Je repensais toujours à ses promesses, à ses craintes, à ses "Je ne veux pas te perdre". Pourquoi vous dites tous ça mais vous êtes incapables de lever le petit doigt pour le prouver ? Comment ose-t-on prononcer de tels clichés si on ne les pense pas ? En réalité, nous sommes tous remplaçables.

Et puis j'en ai eu marre de faire l'autruche. Marre de ces fausses discussions par texto. Marre de voir ses affaires dans un coin de mon studio. J'avais besoin de le revoir, et besoin de savoir où j'en étais. D'un côté, j'avais envie de refaire ma vie sans lui, lui qui m'avait tant déçu. De l'autre, il me manquait terriblement, et la connexion que nous avions ne pouvait pas finir comme ça. Mais c'est lui qui avait rompu, alors c'était à lui de revenir vers moi s'il le souhaitait.

Il n'est pas revenu vers moi, mais il est venu prendre ses affaires chez moi, il y a une dizaine de jours. Il faisait très chaud cet après-midi-là et nous appréhendions tous deux de nous revoir. J'avais mal au ventre, il transpirait beaucoup, ses fringues ne le mettaient pas du tout en valeur. Nous avons longtemps parlé de tout et de rien. Ca m'a rappelé lorsqu'il était venu chez moi pour la toute première fois et qu'avant de "dormir" ensemble nous avions discuté dans mon coin cuisine. Ne parlons pas de nous, faisons comme si de rien n'était. Mais il a bien fallu que je lui donne ce pour quoi il avait fait le trajet, que je lui rende ses affaires. A peine me suis-je dirigé vers le sac que je me suis mis à pleurer. J'ai posé le tout devant lui, me suis assis dans le canapé en chouinant et il m'a pris dans ses bras en rejoignant mes larmes. Je ne me souviens plus de ce dont nous avons parlé à ce moment-là. Je sais juste que c'était embué, humide, triste et libérateur à la fois. Que ça me faisait du bien de pleurer avec lui, de ressentir son affection. Je lui faisais quelques bisous où je pouvais, ailleurs que sur la bouche. A un moment je l'ai smacké, mais il ne m'a pas rendu mon baiser. Nous avons pourtant continué à nous câliner, à nous rapprocher. Il a mis sa main sur mon torse, toujours aussi friand de mes poils ; je passais ma main partout où je le pouvais sur son corps. Je nous sentais de plus en plus envahis par le désir, je concentrais mes baisers dans son cou, sur son visage, autour de ses lèvres, jusqu'à enfin unir nos salives en plus de nos larmes. Six mois avant nous vivions la même scène.

— Et après ?
Quoi, et après ? Je ne comprenais pas pourquoi il me demandait ce qu'il allait se passer après si on recouchait ensemble. Il avait pris, seul, la décision de rompre, je ne vois pas en quoi je devais prendre, seul, la décision de me remettre avec lui, pourquoi ce serait à moi de soumettre l'idée.
Il a essayé de dire qu'il ne fallait pas, que ça faisait trois semaines que nous ne nous étions pas vus, qu'on avait avancé et que recoucher ensemble maintenant n'allait pas nous aider. Moi je savais que j'en avais envie et besoin, que c'était le seul moyen pour moi d'y voir plus clair entre nous. J'avais la main sur la bosse de son jean, et en même temps qu'il objectait avec sa tête, je sentais sa bite pousser sous les vêtements, prisonnière, qui ne demandait qu'à être soulagée. J'ai toujours eu l'âme d'un sauveur.

On a continué à pleurer, à s'embrasser, se caresser : canicule du corps. Entre deux baisers, il soufflait : "C'est pas bien". Bisous, baisers, bizarre. Ma main sur le pantalon, qui descend entre ses jambes, sous ses fesses… "C'est pas bien". Je le regarde alors dans les yeux et lui dis : "C'est pas mal." La partie était lancée.

Fougue, chemise déboutonnée, baisers ardents, jean défait, sexe caressé à travers son caleçon. Je ne tiens plus, baisse la dernière barrière et le prends en bouche. Je reconnais tout de suite le goût de sa bite, la bite des jours de chaleur, celle qui est un peu recouverte de sueur, mais dont l'âcreté est compensée par la douceur de sa mouille. Nous nous levons du canapé, retirons nos vêtements. Il me pousse sur le lit et retire mon slip. Un filet d'excitation extrême retombe sur mon bas-ventre ; le sachant fin gourmet, je m'attends à ce qu'il le lèche, mais il se contente d'avaler mon sexe avec avidité. Un peu trop, d'ailleurs, il semble avoir oublié comment bien me sucer, il me fait presque mal. Ca fait trois semaines que nous n'avons rien fait ensemble, la thèse d'une relation extraconjugale se confirme dans mon esprit.

La couette virevolte, nos corps sont entièrement dénudés, nous continuons nos retrouvailles. Toucher, caresser, sucer… Je me retrouve petit à petit entre ses jambes, à titiller son cul que j'aime tant. Nos respirations sont haletantes, il me demande de le prendre, nous n'en pouvons plus l'un comme l'autre, avons ce besoin extrêmement fort d'être l'un en l'autre. Capote, gel, en position. "Doucement, ça fait longtemps", me dit-il. Effectivement, il est très serré. Mais alors, il n'a eu personne d'autre que moi entre-temps ? J'apprécie encore plus le moment à cette idée. Va-et-vient, baisers, regards… Je confirme à quel point nous avons vécu des relations sexuelles épanouissantes ensemble, ne serait-ce qu'à travers nos yeux. On croit souvent que le sexe se réduit à un emboîtement, au toucher, mais je sens avec force que les autres sens sont présents, et si nous étions aussi bien ensemble dans ce domaine, c'est parce que nous pouvions nous regarder droit dans les yeux et échanger autant à ce niveau qu'à celui du génital. Faire l'amour et regarder l'autre sans honte, je n'ai pas souvent connu ça, j'ai surtout le souvenir de garçons qui fermaient les yeux les trois quarts du temps.

Nous jouissons en même temps, comme toujours. Sperme, poils, mouchoirs… Très vite de nouveau la tristesse et les larmes de savoir que c'est fini, qu'il doit récupérer ses affaires, alors que je n'en ai pas envie. Il me touche la bite, est surpris et me dit : "On dirait que tu bandes assez pour recommencer !". C'était le cas, alors nous avons remis ça. Mais je n'ai pas eu le temps de jouir, cette fois. J'aimais ce sentiment de frustration, et j'aimais avoir pu lui donner du plaisir, avoir pu satisfaire sa légendaire libido. J'avais même tellement peu envie qu'il s'en aille que j'aurais pu le pénétrer à nouveau. Mais l'après-midi touchait à sa fin, il fallait qu'il parte.

De nouveau, mes interrogations m'ont assailli. Pourquoi on doit se quitter ? Est-ce que tu m'as trompé ce fameux jour où tu es devenu distant ? J'avais envie de savoir la vérité, mais certainement pas envie de gâcher ce moment consacré aux larmes et au sperme. Il a regardé les affaires que j'avais mises de côté, m'en a rendu certaines (jetées au final pour la plupart). Nous nous sommes encore embrassés et câlinés. J'ai continué à beaucoup pleurer, lui moins. Il s'est endurci, moralement, j'ai commencé à comprendre qu'il avait vraiment avancé et qu'il s'était probablement fait une raison. Il est même allé jusqu'à me dire que j'étais triste mais que très vite j'allais être en colère contre lui, que c'était comme un cycle classique chez moi. Ca m'a saoulé qu'il réduise mes émotions à des rails prédéfinis. Si tu ne te comportes pas comme un connard (et il avait reconnu que c'était le cas quelques jours auparavant), je n'ai pas de raisons de t'en vouloir, chéri. Malgré cette petite réflexion mal placée, j'avais envie de lui dire que je l'aimais. Mais ce n'était pas à moi d'aller vers lui. Revenons ensemble. Reste encore, quitte à faire et défaire l'amour à chaque fois. Mais je ne voulais pas aller contre sa décision, c'était à lui de faire la démarche.

Il est parti. Je me suis écroulé dans un bain de larmes. Vidé, je me suis endormi presque deux heures en début de soirée. Avec la sensation qu'il avait vraiment fait une erreur en me quittant. Ce n'est que deux jours plus tard, juste avant de partir en vacances, que je lui ai dit ce que je pensais vraiment de tout ça. Que j'ai décidé de me dévoiler complètement et de lui expliquer ce que j'avais compris de ses actes. Non, tu ne m'as pas quitté parce que tu étais mal avec moi. Tu m'as quitté parce que tu étais mal dans ta vie, parce que tu étais dans une période pas facile de manière générale, parce que tu étais tellement jaloux sans aucune raison que tu en étais malade. Ce que nous vivions était précieux et il l'a jeté comme un geek remplace son iPhone 3GS à la sortie du 4. Mais moi, tout en étant conscient de ce qui nous sépare, je t'aime et j'ai envie d'être avec toi. Je ne change pas d'appareil technologique facilement.

Ca l'a, semble-t-il, retourné. Il a commencé à prendre conscience qu'il n'avait pas agi pour les bonnes raisons, ni de la bonne façon. J'avais envie de passer la soirée avec lui, de le voir pour lui dire tout ça, qu'on se retrouve encore une fois, mais il a préféré décliner l'invitation. Dans les jours qui ont suivi, il m'a plusieurs fois manifesté de l'affection, une présence. Et puis ça s'est effrité petit à petit. Jusqu'à ce qu'il instaure une grande distance depuis peu. Encore une fois, après avoir exprimé des sentiments, il devient incohérent quasiment du jour au lendemain. Ses messages sont lacunaires, vides, inutiles. Il est pris dans son quotidien, me répond à peine, semble se foutre complètement de moi. "Je ne veux pas te perdre", me disait-il il y a un mois. "Tu me manques", il y a dix jours. "Je pense à toi", il y a moins d'une semaine. Diabolito, éternel jouet des garçons inconsistants.

Tant pis. Je ne me battrai pas. Je ne perdrai pas mon énergie là-dedans. S'il avait envie que je fasse partie de sa vie, tout au moins qu'on mette les choses au clair entre nous, qu'on décide ensemble, il le pouvait. J'estime lui avoir laissé une porte ouverte. Il préfère se comporter en égoïste insensible ; qu'il en soit ainsi. Je sais que je vais encore souffrir de cette histoire, mais non seulement une nouvelle vie s'ouvre à moi, mais en plus je me console en pensant aux belles choses que nous avons vécues, à ce que j'ai gagné. De la sagesse, de l'amour, de la patience : vertus, sentiments et émotions sur lesquelles je ne pariais pas à la fin de l'année dernière. J'ai appris sur moi des choses positives, j'ai encore une fois eu la preuve de la laideur humaine, mais aujourd'hui j'ai plus de force et de courage et je sais que je m'en sortirai. Et j'ai même, paradoxalement, pris confiance en moi : il ne trouvera pas un mec qui saura aussi bien s'occuper de lui, physiquement et moralement, qui saura lui donner autant de plaisir et l'écouter avec attention, qui acceptera sa jalousie et appréciera sa tendresse à sa juste valeur. Je sais clairement ce que j'ai perdu et gagné, mais je ne suis pas sûr que lui ait conscience de ce qu'il avait avec moi. S'il ne le sait pas, c'est qu'il ne le mérite pas.

Putain, un mois déjà. Je me demande dans quel état je serai le 7 août. Beaucoup de choses auront encore probablement changé...

14/06/2010

14/06/10 - 02:05

Les jours d'avant

"I know that you may love me, but I just can't be with you like this anymore…"

Il a retourné mon monde en à peine quelques phrases. Elles ont commencé par "Je suis contrarié", "Je doute". Ah. Je voyais bien qu'il était différent depuis deux jours. Je sentais que quelque chose s'était passé. Son sommeil était très agité la dernière nuit que nous avons passée ensemble. Il ne me regardait plus dans les yeux. Ses textos étaient recouverts d'une distance qui ne lui ressemblait pas. J'avais prévu de lui envoyer un mail après un entretien important pour moi, mais il a craqué ce matin-là, juste avant.

Ses doutes se sont bien vite mués en certitudes. "Nous n'avons pas le même fonctionnement, les mêmes attentes", m'assène-t-il. Je lui demande quelles sont ses attentes, quelles sont les miennes selon lui ? Il est incapable de répondre. Je lui explique que personne n'est pareil, que ce n'est pas une excuse de fonctionner différemment, que le jeu de la vie consiste justement à trouver un langage commun. Il me dit que nous n'avons pas la même vision du couple, qu'il faut, par exemple, que je lui écrive des textos en permanence, même quand je suis avec des amis.

Je pense alors aux dizaines de textos que nous nous envoyons quotidiennement, des milliers depuis des mois. Rudy a besoin que nous soyons tout le temps en communication. Il est vrai que je préfère un comportement plus indépendant dans le couple, que chacun ait sa vie, pour qu'on ne s'écroule pas de douleur lorsque l'un des deux réalise du jour au lendemain que l'autre ne lui convient plus. De plus, je trouve très malpoli d'envoyer des textos à son mec lorsqu'on est avec des amis, surtout en tête-à-tête. "Ne m'en veux pas hein, on s'est pas vus depuis six mois et on n'a que deux heures pour discuter mais j'envoie des SMS à mon copain pendant que tu me parles." C'est ne pas vivre le moment présent, c'est être toujours dans une fuite, dans l'attente d'autre chose. Et pourtant, malgré cette règle, j'ai fait l'effort de lui écrire lorsque j'étais en soirée, afin qu'il n'angoisse pas, qu'il sache que je pense à lui, etc. Donc qu'il me reproche ma philosophie alors que j'ai, concrètement, adopté la sienne, c'est encore une fausse excuse.

"Je ne veux pas te perdre". Cette phrase, qu'il ma dite si souvent, ce jour-là a perdu son sens. "J'ai peur de quand on va se revoir". Je l'ai rassuré tout de suite : nous ne nous reverrons plus. Pour quoi faire ? Pour qu'il me raconte sa vie, comme avant, pour qu'il me parle de ses nouveaux mecs ? Ce n'étaient pas nos discussions qui étaient intéressantes dans notre couple. C'était l'affection et le sexe. Cette façon incroyable qu'il avait de se donner entièrement, sans prétention, sans artifice, me bouleversait. Quand il prenait une voix de bébé pour me parler, quand il soulevait sa tête embrumée de sommeil pour regarder ce que je faisais de ma nuit, quand son visage s'illuminait lorsque je le rassurais.

"Tu ne me rassures pas quand je ne vais pas bien". Quand il m'a sorti ça, j'ai halluciné. Il faut savoir que Rudy a la particularité d'être extrêmement jaloux et possessif, à un point maladif, parfois invivable. Mais ce défaut, je l'ai su tout de suite et je l'ai accepté, parce que les névroses, ça me connaît. Mais j'ai très vite mis au clair la situation : tu es jaloux, ok, mais dans la mesure où je suis le mec le plus fidèle du monde et où tu en as pleinement conscience, tu n'as pas à me reprocher quoi que ce soit de cet ordre-là. Si tu me dis les choses gentiment, je serai présent pour t'écouter et t'apaiser, mais si tu m'agresses, je ne peux rien faire pour toi.
Il a réussi à me parler calmement la plupart du temps. Mais pas toujours. La dernière fois, il y a quelques semaines, il m'a fait une crise parce que je m'étais penché en avant pour ramasser mon sac dans le métro, et que des mecs m'avaient reluqué à ce moment-là. Lorsqu'il m'a engueulé à cause de ça, j'ai d'abord pouffé de rire, en pensant que c'était une blague. Ca m'a ensuite mis en colère : je suis censé porter un sac poubelle pour être sûr que personne ne me regarde jamais ? C'est pas comme si j'étais indécent en plus… J'ai beau être naturellement racoleur dans mes mots, je ne le suis absolument pas dans mes actes, dans mon image physique.
Je me souviens de tous ces jours où il est arrivé de très mauvaise humeur chez moi. Son boulot de nuit le rendait dingue et il s'imaginait des trucs hallucinants sur mon compte. Alors je le prenais dans mes bras, je le sentais lâcher prise petit à petit, poser sa tête sur mon épaule puis se mettre à pleurer. Il a ainsi mouillé mon T-shirt de nombreuses fois.
Une nuit m'a particulièrement marqué. Pour je ne sais plus quelle raison, il était très mal, plus mal que d'habitude, au point de faire une crise d'angoisse, à respirer très vite, bruyamment. A chaque fois que ça se produisait, je lui parlais, le rassurais, le caressais. Ce soir-là, c'était plus difficile. Il était assis sur mon lit, plus atteint que jamais. Sans réfléchir, je me suis collé à lui, ai mis une jambe de chaque côté, l'ai pris dans mes bras, par derrière. J'avais collé mon bassin contre le bas de son dos. Et la situation, si intime, si intense, m'a terriblement donné envie de lui. Plus mon érection grandissait et plus son souffle se calmait. En à peine quelques secondes, par la simple force de mon corps et de ma bite contre lui, en réveillant notre désir, il s'est senti mieux et nous avons bien évidemment fêté ça en faisant l'amour passionnément.

Alors quand il m'a dit que j'étais trop souvent mal et qu'il n'arrivait pas à le gérer, j'ai trouvé que c'était l'hôpital qui se foutait de la charité. Je ne suis certes pas un modèle de bonne humeur, m'enfin je ne suis pas non plus en train de me tailler les veines (et de faire une crise tous les deux jours) ! En tout cas, j'étais au final plus joyeux que lui la plupart du temps, donc l'argument, une fois de plus, m'a semblé irrecevable. La semaine qui a précédé notre rupture était positive, il n'y avait pas eu de tension depuis très longtemps, on se voyait autant qu'on voulait, on chantait Glee au milieu de la nuit et il me disait combien il aimait notre complicité… Alors pourquoi rompre maintenant ? C'aurait été lors de périodes plus difficiles entre nous, lorsqu'il était vraiment mal, ou qu'il était insupportable de jalousie, j'aurais compris, mais là, me dire qu'il n'est pas satisfait alors que ça fait un mois que ça se passe super bien, c'est incohérent et ses tentatives d'explication ne font pas plus sens.
M'enfin, s'il s'est rendu compte qu'il n'était pas épanoui alors que ça se passait bien, c'est qu'effectivement il y a un problème, ça pour le coup c'est un argument même s'il ne vient pas de lui. Et il est vrai qu'être tous les deux émotionnellemment fragiles, avec des vies vides qu'on tente de reconstruire tant bien que mal, c'était lourd à porter pour un couple.

Malgré tout, moi je m'en contentais et ça me faisait du bien. Bien sûr que ça n'était pas parfait, rien ne l'est jamais, mais je me suis rendu compte que j'avais atteint un fort degré de sagesse par rapport à mes relations précédentes, que je vivais beaucoup mieux la plupart des différences et des différents et qu'il m'apportait plus en étant présent dans ma vie qu'en en sortant.
J'aimais la rigueur avec laquelle il envoyait des textos. Les cœurs qu'on s'envoyait tout le temps pour remplacer les mots. Quand il ouvrait la porte de la salle de bain à peine sa douche prise pour me regarder. Sa présence technologique et pratique (je suis vraiment une gonzesse dans ce domaine !). Les efforts qu'il faisait pour ne pas boire avant de me voir (je suis aussi très chiant, oui). La barbe qu'il a gardée pour me plaire. Quand il posait sa tête sur mon torse pour s'endormir. Son envie perpétuelle de sexe. La façon dont il me suçait (le seul mec qui a su bien le faire). Les gémissements qu'il poussait toujours pendant nos ébats. Et toutes ces choses inavouables. Je l'aimais, mon bébé, mon Doudou, mon baby love.

Lorsque j'ai compris que c'était fini, je n'ai pas cherché plus loin. J'ai pris toutes ses affaires et je les ai mises dans un grand sac. Chaque objet, caleçon, brosse à dents, DVD… m'a arraché le cœur. J'ai supprimé toutes ses photos de mon téléphone, tous les mails de lui qui trainaient. Ne pas laisser de trace de cette vie à deux. C'était la première fois que j'avais une relation aussi quotidienne avec un garçon, que quelqu'un était aussi présent chez moi. J'aimais ça, aussi.

Mais j'ai encore et toujours ce besoin de comprendre… Comment est-ce possible que le jeudi matin on traine au lit, pendant deux heures, emboîtés, câlins, dans les bras l'un de l'autre, et que dès le vendredi soir il soit soudainement si distant, si différent ? Comment expliquer une telle incohérence et l'absence d'explication claire ?

Il s'est passé quelque chose le vendredi soir. Il avait organisé un grand pique-nique gay sur les quais. Et pendant ces quelques heures, j'ai senti que ça basculait. "Je me suis rendu compte en discutant que je n'étais pas satisfait, ça a fait remonter mes doutes d'il y a un mois", m'a-t-il dit. Donc c'est ça, Rudy est si influençable qu'il lui suffit de "discuter" avec des pédés pendant une soirée pour réaliser qu'il n'est pas bien ? J'ai beau être blonde et naïf, je ne suis pas débile à ce point. Je savais dès le début que ça arriverait et je savais que je le sentirais tout de suite. Quelqu'un qui est aussi maladivement jaloux cache bien souvent une incapacité à être lui-même fidèle, et son histoire amoureuse, y compris au début de notre relation, en témoigne. Je ne suis donc pas dupe.

Je ne sais pas exactement ce qu'il s'est passé ce soir-là. A-t-il été simplement attiré par quelqu'un d'autre au point de penser que cela signifiait qu'il ne pouvait plus être avec moi ? A-t-il embrassé, touché, baisé quelqu'un d'autre ? Je ne veux pas le savoir, et il en a conscience. Car depuis notre rupture, il a quasiment eu le comportement idéal envers moi, à me dire ce que j'avais envie d'entendre. Or il sait pertinemment que je ne supporterais pas de le savoir avec quelqu'un d'autre ; il m'a donc délibérément caché ce qu'il s'est passé ce soir-là pour m'éviter une souffrance inutile. Et moi, je fais l'autruche, je fais semblant de le croire. Pour la première fois de ma vie je me complais dans ce mensonge parce que c'est bien plus facile à vivre que d'avoir été, en plus de rejeté, trompé.

Il me manque terriblement. Il était un radeau dans ma vie émotionnelle, quelqu'un qui me rassurait et me faisait du bien. Le radeau a coulé et moi avec. Mais finalement, cette fois-ci, en touchant le fond, en pleurant comme une grosse tapette, je suis obligé de réagir, de nager, de remonter à la surface. Je dois construire mon propre navire. Et je sais d'ores et déjà qu'un autre avenir est possible et que le présent n'est pas nécessairement douloureux. Ca demande beaucoup d'efforts et de force mentale dans une période où je suis justement touché, mais je parviens déjà très souvent à me sentir mieux, à me sentir bien, en paix. Ces derniers jours, j'ai été heureux de vivre, avec une simplicité et une force déconcertantes. Incompréhensible que je sois dans cet état. Comme si mon psychisme avait tenté le tout pour le tout, pour me sauver.

Alors malgré le manque — et les larmes régulièrement présentes, le sauvetage de moi par moi-même est en bonne voie. Je crois.

09/06/2010

09/06/10 - 01:05

Premier jour

Je me suis réveillé avec l'impression que ça allait mieux, que la douleur était derrière moi. Les sanglots sur l'oreiller, le cerveau qui tente de comprendre, l'incommensurable vide de la solitude… tout cela m'a paru n'être qu'un mauvais cauchemar.

La bête était tapie dans un repli du drap et m'a sauté dessus en un instant. Comme dans un film où un personnage amnésique reçoit des milliers d'informations en une fraction de seconde, nos cinq mois de vie de couple m'ont assailli, m'ont nargué, dans ce studio où nous avons tant vécu, tant partagé.

Ne pas se laisser abattre. Maintenant, j'ai une raison compréhensible par le commun des mortels de déprimer. Pour preuve, j'ai reçu des dizaines et des dizaines de messages tout au long de la journée. Encore une fois un nombre incroyable de témoignages de sympathie, d'amitié, d'amour, pour compenser celui que je viens de perdre.

Survivre. Pendant quelques heures je vais mieux, je me dis que c'est peut-être mieux ainsi. Et tout à coup, très souvent, de trop nombreuses fois dans la journée, les trois quarts du temps, je fonds en larmes, je crache mes pâtes, je m'écroule dans le canapé, je le maudis, j'ai la tête qui tourne, j'ai le cœur en compote, je suis pathétique, je me sens comme un gosse abandonné en bord de route. Et que chacun poursuive son chemin, seul.

Il n'y a rien de plus banal et de plus déchirant qu'une rupture. Retour à la case départ.

28/05/2010

28/05/10 - 03:52

Monster life or poker pills ?

Je digère en essayant d'avancer. J'observe les autres et je les vois s'amuser ; une fête dont je suis exclu. Je regarde mon nombril. Un couteau y est enfoncé. Le sang me monte à la gorge et envahit ma bouche.
Je digère mes globules en essayant d'avancer. Lorsque je joue le jeu social, j'ai l'impression d'être une blonde, pleine de sang sur le torse, qui s'agite comme un pantin pour divertir le peuple.
Je me couche dans mes tripes. Je me réveille dans la chiasse, sans envie. Sans envie de vivre.
Je ne digère rien. Pourriture du corps.

Et si j'acceptais la pilule du docteur ? Le choix entre le rêve, celui de tout un chacun, ou la stagnation dans la réalité ? Déchirer le voile noir qui étouffe mon regard et enfin me laisser pénétrer. Et oublier. Et m'amuser comme les autres, avec les autres, être sociable, équilibré. Construire, entrevoir un futur. Une pilule de bonheur pour créer ma propre maison du bonheur. Et ne plus voir, ne plus être capable d'analyser les autres, ne plus être déçu, ni par eux, ni par moi. Devenir une personne lambda, un imbécile heureux.

Quel est le mieux ? Etre moi-même et souffrir ou me mentir à mon tour pour goûter à l'apaisement ?
A moins que ce soit l'inverse. Peut-être que je souffre d'être ce que je ne suis pas : un monstre difforme, incomplet, incompris. Est-ce ça, être soi-même ?
Accepter le verre, le roulé ou la pilule ne me permettrait-il pas de renouer avec la lumière ? La vérité n'est-elle pas, en fait, dans les paradis artificiels ?

Est-ce en se perdant dans le labyrinthe de l'égo qu'on se trouve ou est-ce en acceptant les cadres sociaux et les béquilles médicales ?

I wanna take the glitter way to celebrate and free myself. But which way is it ?

17/05/2010

17/05/10 - 03:06

Des tresses

Pourquoi je suis toujours aussi mal ? Pourquoi je n'arrive plus à avoir goût à la vie ? Pourquoi le monde continue-t-il de tourner alors que je n'arrive plus à avancer ? Pourquoi sont-ils devenus amis et m'ont oublié ? Pourquoi je n'arrive pas à renaître des mes cendres ? Pourquoi je me sens si seul en permanence ? Pourquoi je me pose plus de questions que je n'entreprends d'actions ? Pourquoi le passé me manque et m'empêche d'entrevoir un quelconque futur ? Pourquoi pourrais-je poser des questions à l'infini sans jamais être soulagé ? Pourquoi je vis ?

13/05/2010

13/05/10 - 13:50

Monsieur J

Monsieur J était jeune et seul. 20 ans, coincé chez ses parents, concentré sur ses études (pas par excès de sérieux mais par vide de vie). Déprimé par ses ex, qu'il peine à oublier, sans avoir la sensation d'avoir connu de relation vraiment épanouissante.
Ce soir, il va à l'anniversaire d'un ami à lui. Pédé aussi mais pas d'ambiguïté. Un bon pote avec qui boire des bières. La soirée se passe à merveille tant les délires de ses amis sont hallucinants. Ca hurle, danse, s'embrasse, se tripote chastement. Le groupe d'amis qui ferait rêver n'importe quel jeune isolé en manque de sociabilité et de sensations fortes.
L'un des pédés présent, qui l'avait d'abord accueilli froidement, se montre plus agréable et chaleureux au cours de la nuit. Derrière leurs délires se cache un petit jeu de séduction. Monsieur J n'est pas complètement emballé par le physique de ce minet blond vieillissant, mais il est flatté qu'on lui manifeste autant d'intérêt et il se laisse gagner par le désir de l'autre.

Cliché : ils se revoient dans la foulée et couchent ensemble. C'est une surprise pour Monsieur J qui ne pensait pas vivre une aventure aussi sympa. Mais il ne ressent pas l'étincelle qui laisserait présager une longue relation amoureuse.

Puis il découvre que son bon pote pédé était en fait intéressé par lui. Le voilà pris entre deux garçons, eux-mêmes impliqués l'un dans l'autre. Soit le nouveau bon coup, soit le mec plein de thunes avec qui il délire bien. Dans tout les cas, ce sera un excellent moyen de faire partie de leur groupe d'amis.

Il hésite quelques jours, chauffe les deux en parallèle. Le vieillissant, sachant la complexité de la situation, préfère prendre son temps malgré un désir et des sentiments grandissants. Le pote de bière, vexé comme un pou de ne pas être passé en premier, en profite pour se rapprocher de Monsieur J, ayant lui aussi bien envie de prendre sa part du… gâteau.
Monsieur J finit par choisir le bon pote : après tout, ils se connaissent mieux, c'est toujours une nouvelle expérience sexuelle à glaner et c'est surtout le meilleur moyen d'intégrer cette nouvelle bande d'amis (l'autre étant plus solitaire).

Et c'est ainsi que Monsieur J entama une magnifique relation amoureuse avec Mister Paillettes, se rapprocha petit à petit de chaque membre du groupe d'amis, partit en week-end avec eux à la campagne, en Belgique et à Londres, évinçant par la même occasion le bon coup qui avait préféré être respectueux en laissant le temps au temps.

Tous ces pédés et amis vécurent heureux et noyèrent de nombreux spermatozoïdes dans les culs des uns et des autres.

29/04/2010

29/04/10 - 19:09

Home-oh

Il aura fallu sept mois pour que je me fasse à mon nouvel appartement studio. Après avoir eu fortement envie de déménager ces derniers temps (c'est le bon moment, les étudiants vont partir), il a suffi de quelques rayons de soleil, d'un peu de bricolage et d'une bonne dose de rangement (il ne me reste plus qu'un seul carton) pour que je me sente enfin, un peu, un tout petit peu, à ma place. Laissons passer l'été, laissons entrer le soleil, reconstruisons nos vies, on se stressera sur les prix exorbitants de l'immobilier l'hiver prochain.

La plupart des gens se sont montrés très curieux de découvrir ce nouveau "chez moi", à ma grande surprise. Quand j'étais en coloc', tout le monde s'en fichait de voir mon appart'. Là, à croire que mes amis se sont passé le mot, mais tout le monde veut savoir à quoi ça ressemble ; alors que bon, c'est un studio quoi, y a pas de quoi allumer un cierge.
J'ai toujours du mal à mettre en valeur mon logement. En réalité, peu importe qu'il soit beau ou pas, bien situé ou quoi ; je me rends compte que le "problème" est plus profond : je ne me sens nulle part chez moi. J'ai toujours cette sensation que ma présence est transitoire, que je vais bientôt partir, que j'appartiens à un "ailleurs". Alors en attendant, je survis où je peux. Avec la hâte de rentrer "chez moi". Mais de vrai "chez moi", il n'y en n'a pas. A house is not a home.

Je crois que je ne me suis plus senti chez moi chez mes parents depuis mon retour de Londres il y a cinq ans. Des années d'emprisonnement ont suivi, avec la terrible sensation d'être trop grand pour y vivre, de cohabiter avec les mauvaises personnes, de… Aujourd'hui, quand je retourne chez eux, j'ai des souvenirs, beaucoup de souvenirs, mais je ne me sens pas — du tout — chez moi.

Une nouvelle différence entre le monde et moi ? Alors que mon entourage se sent bien chez lui, que je vois mes amis rentrer régulièrement dans leur foyer parental, je n'ai pas la possibilité de me ressourcer comme le commun des mortels. En plus d'un intérieur instable, je suis doté d'un extérieur insatisfaisant.

Ce qui me permet de me sentir à ma place : être moi-même, en toutes circonstances. Et le secret qui planait dans ma famille sur ma sexualité n'aidait certainement pas. Je pensais qu'une fois officiellement une tapette volante aux yeux de mes parents, mes relations avec eux allaient me permettre de trouver ma — vraie — place auprès d'eux. Il n'en est rien. Finalement, nous avions un rythme, des discussions pré-établies. Depuis mon larmoyant coming out en décembre, la gêne a remplacé le non-dit.
J'ai toujours fait en sorte que mes parents ne me voient pas comme un être sexué. Je ne leur ai pas parlé de mes relations amoureuses depuis mes 14 ans. Etre soudainement un adulte qui suce des bites est difficile à avaler. Je n'aime pas la façon dont ma mère me demande : "Et avec ton copain, ça va ?". Non pas parce que je suis pédé, mais juste parce qu'on touche à un aspect de ma vie dont elle n'a jamais fait partie. Je rêvais d'en faire une copine à qui je pourrais me confier. Mais je n'y arrive pas, je ne suis pas à l'aise. Et paradoxalement, je me sens moins moi-même depuis qu'elle sait officiellement que je suis gay. Une voie psychologique sans issue : si quelqu'un ne sait pas que je suis homo, je ne peux pas être moi-même, mais en le sachant, je ne peux plus être qui je veux.

Je ne suis pas allé dîner chez mes parents depuis plus de trois mois. Je passe caresser mes chattes de temps en temps, récupérer du courrier, du linge, échanger quelques nouvelles maternelles… Mais ça s'arrête là. Je m'éloigne d'eux, inexorablement. Surtout de lui, en fait, qui vieillit atrocement, qui se noie et se perd. C'est lui qui m'a appris à nager mais je suis bien incapable de le ramener sur la berge. J'attends qu'il n'y ait plus de bulles. Home is where it hurts.

Une bulle de passé est remontée à la surface récemment : mon meilleur copain d'enfance, T., a eu un enfant. Ma mère est allée à la soirée organisée en l'honneur du petit garçon. J'étais invité, mais j'ai refusé d'y aller. Je n'aurais pas eu la force de confronter mes souvenirs à la réalité…
Lui qui était un vrai cancre (à l'opposé du bon élève que j'étais) obtient aujourd'hui l'ultime reconnaissance sociale : se démultiplier. Moi qui n'aime pas les enfants, les conventions, qui suis dans l'opprobre, décalé, à mille lieues de sa vie à lui, de leurs attentes à eux — je ne voulais pas y aller. Ca m'aurait fait bizarre de serrer la main de ce garçon dont j'ai si souvent secoué la bite. Le premier sperme que j'ai touché, c'était le sien, et aujourd'hui il a donné la vie.

— Salut, tu te souviens qu'on s'est mutuellement branlés jusqu'à 16 ans ? Tu te souviens à quel point tu aimais ça et en redemandais ?

Non, vraiment, pour quoi faire ? Pour leur dire quoi ?

— Et toi alors, quand est-ce que tu nous feras un petit ? Et tu fais quoi de ta vie ?
— Je bâtis un foyer intérieur.

Le bonheur des autres, leurs naissances, leurs road trips aux Etats-Unis, ne m'intéresse pas. Vous ne faites plus partie de ma vie, les mecs, alors je m'en fous que vous soyez heureux. Laissez-moi construire ma vie, laissez-moi être égoïste, laissez-moi vous oublier complètement, vous et vos paillettes. Si je ne peux pas avoir une place à votre table, votre menu me donne envie de vomir.

Je survis, je vivrai, je trouverai mon foyer. My home. Sans vous et avec ceux qui me méritent.

There's no place like home.

18/04/2010

18/04/10 - 16:22

Les plumes élémentaires

J'avais des ailes. De belles ailes. Et on me les a coupées. Plusieurs fois. Mon plumage de feu a repoussé, à chaque fois, pour que je vole toujours plus haut.

Mais ils m'ont arraché les racines mêmes de ma régénération. Il ne me reste plus qu'à regarder les autres jouir de mes plumes pendant que je bricole de quoi tenir sur la terre ferme.

A force de chuter, ne vais-je pas finir par me noyer ? Il le vaudrait peut-être définitivement mieux.

01/04/2010

01/04/10 - 16:45

De l'indulgence du cœur

J'adore les recueils de citations. J'y trouve toujours une nourriture spirituelle, du grain à moudre pour mon cerveau, mais d'une façon souple et agréable, pas comme une branlette intellectuelle éprouvante sur un texte ardu. Il y a à la fois quelque chose de simple et de profond dans une citation. J'aime également, au gré de mes propres lectures, relever les phrases qui trouvent un écho en moi et les relire, à l'occasion.

L'écrivain Charles Juliet a publié il y a quelque temps un recueil des citations qui l'ont marqué. Le livre a traîné pendant des mois sur mon étagère avant que je me décide, l'autre soir, à le lire intégralement. Lors de mes insomnies, j'aime me plonger dans un ouvrage qui va me permettre de voyager un peu, de libérer mon esprit des tentations habituelles pour mieux trouver le sommeil.

Et l'autre jour, j'ai été frappé par une phrase. Elle est banale, même pas spécialement bien écrite, et pourtant, un mot en elle a été comme une clef pour ma psyché verrouillée :

"Le cœur doit marcher avant l'esprit, et l'indulgence avant la sévérité" (Joubert).

Je ne peux pas pardonner à qui ne s'en veut pas et ne fait rien pour être pardonné. Je ne suis pas Jésus : le pardon n'est donc pas gratuit. Mais je peux être indulgent. Indulgent envers l'humanité et son égo. Reconnaître les mouvements du cœur pour ce qu'ils sont, pour les chemins qu'ils nous font prendre, indépendamment de la raison. Les choix de vie imposés par le cœur ne sont pas des décisions prises contre les autres (contre moi), mais comme des embrasements quasi inévitables : ce sont les envies et les répulsions qui nous guident. C'est, dans le fond, toujours ce même désir qui nous anime, nous rassemble ou nous sépare. Et ça ne devrait pas susciter de haine.

Je souhaite être capable de lâcher prise, reconnaître l'égo — en vous comme en moi — et voir les êtres, tels qu'ils sont, sans jugement. Même s'ils sont faux, même s'ils se fourvoient, ils luttent à leur façon pour être heureux. Je devrais les accepter pour le bonheur, même factice, qu'ils peuvent m'apporter. De la même façon, je dois faire preuve d'indulgence face à moi-même, de vivre comme je le fais, de ressentir autant. Faire preuve d'indulgence face à l'humanité victime de ses passions.

30/03/2010

30/03/10 - 01:58

The Dark Bride

Je n'ai jamais reçu d'appel. Et je ne les ai même pas contactés non plus — j'étais terrifié à l'idée d'être pris. Non seulement je ne peux pas, physiquement, bosser à temps plein, mais en plus c'est contre mes valeurs. Du coup je me suis juste contenté de leur envoyer un mail après une bonne dizaine de jours, en leur indiquant, en toute amitié (nananèreuh) quelques fautes sur leur site. Ils ne les ont même pas corrigées. Et moi, travailler pour une publication qui se fout de la langue française, c'est juste pas possible.

Cette histoire m'a donné un petit coup de fouet en me confirmant à quel point j'aimais ma situation actuelle : bosser quand je veux avec qui je veux. Je suis mon propre patron. Un luxe.

Mais l'énergie est de courte durée. La vérité, c'est que je me contrefous de la vie professionnelle. Et je me fous aussi des autres sphères de vie. En fait, j'en viens au point où plus rien ne m'intéresse. Si sens il y a à nos existences, c'est de ressentir. Mais moi, j'en ai marre de ressentir. J'en ai marre d'être sensible, marre d'être une éponge, marre de pleurer parce que j'apprends que des amis vont divorcer, marre d'être blessé par la moindre manifestation du fantôme, marre des injustices, marre des connards qui font des erreurs et qui en sont heureux, marre des prises de tête de tout un chacun pour un oui ou pour un non, marre de ne pas pouvoir oublier, de ne pas pouvoir avancer, de regretter ma vie passée.

J'ai un toit (vaguement), à bouffer (abondamment), de vraies amies (bien plus que la plupart des gens) et un chéri (aimant). Et pourtant. Quoi que je fasse, même dans les moments les plus positifs de mon quotidien, je ne vis plus rien de la même façon. Tout mon être est recouvert d'un voile noir qui obscurcit chaque rayon de soleil. Tout est atténué, les rires étouffés, les pleurs asséchés, les poumons vidés. Seuls mes yeux sortent indemnes et plus acérés que jamais. Je vois, je perçois tout. Comme si l'extinction de mes autres sens avait encore accru ma lucidité et ma clairvoyance. Les gens n'ont plus de secret pour moi et c'en est désespérant. Car la vérité est laide : l'Arbre de la Connaissance ne donne que des fruits pourris. Depuis que j'ai côtoyé le pire de l'âme humaine il y a quelques mois, je vois clair dans leur petit jeu, à tous. Tous leurs stratagèmes pour faire semblant, pour faire croire qu'ils vivent et qu'ils sont heureux. Leurs attitudes sont écœurantes de fiction. Leurs liens sont ceux du mensonge. Vous vous méprenez, tous autant que vous êtes. Je sais parfaitement — mieux que vous — ce qu'il se passe dans vos têtes et ça me fout la gerbe.

Ce n'est pas que je n'aime pas ma vie ; c'est LA vie que je n'aime plus. Alors en attendant (quoi ?), j'essaie de suivre le mouvement, de me rattacher un tant soit peu à l'amour et l'amitié, de jouer, de profiter des quelques noisettes de bonheur qui se présentent encore. Profiter avant que l'arbre ne soit complètement pourri.
Je ne crois pas en la fin du monde, mais si elle devait arriver, j'en serais soulagé. Crevez tous. On finira tous au fond des chiottes de toute façon.

13/03/2010

13/03/10 - 13:19

Un pas en arrière ?

La vie est une petite coquine. Elle est capable d'apporter exactement ce que vous désirez mais quand vous vous y attendez le moins ; et vous comprenez, justement, que ce n'était pas ça, en réalité, que vous vouliez.

Après des semaines d'hésitation, alors que j'arrive enfin à la conclusion que non, il me faut d'abord voyager intérieurement avant de repartir à l'aventure, non seulement je me retrouve avec un ancien client qui a besoin de mes services, mais en plus je reçois une surprise dans ma boîte mail :

— Monsieur, j'attire votre attention sur l'offre d'emploi ci-dessous.

Un recruteur a vu et apprécié mon profil sur un site de mise en relation professionnelle. Je ne comprends pas parfaitement l'offre, mais je vois que le salaire est attractif, de quoi me donner envie de renoncer quelque temps à mon oisiveté. Enthousiaste, je candidate officiellement dans la foulée.

Entretien téléphonique. Le poste, principalement rédactionnel, semble intéressant. Surtout, la langue de travail est en anglais — mon rêve après toutes ces années d'études inutilisées. Ils recherchent un bilingue alors que mon niveau est "courant", mais mon profil correspond tout de même à leurs attentes : mon niveau de langue est testé au téléphone et la dame est satisfaite.

Je n'ai pas envie de bosser à temps plein. J'ai encore des économies, je peux tenir encore quelques mois, et surtout j'ai envie de digérer avant de me lancer dans une nouvelle aventure. Mais je suis curieux, alors j'accepte de les rencontrer.

Le lendemain, test de rédaction dans leurs locaux, dans un luxueux bâtiment à Opéra. Vingt minutes pour rédiger un texte selon leurs règles. Ils mettent la pression exprès pour voir ce qu'on est capable de faire en si peu de temps. Tant mieux, j'adore ça. C'est dans l'urgence que je suis le plus efficace. Ca me paraît facile et je m'en sors bien, malgré une ou deux erreurs.

Premier entretien avec l'éditeur. Je n'avais pas joué à me vendre depuis longtemps, mais je reprends bien vite mes réflexes, ne me laisse jamais déstabiliser, suis à l'aise. Le mec m'a tutoyé d'emblée, je ne me sens pas de tutoyer mon peut-être futur chef lors de l'entretien, alors j'évite de l'interpeller. Puis il me pose une question que je n'attendais pas du tout.
— Qu'est-ce qui te rend malheureux ?
— Ah bah on ne me l'avait jamais faite celle-là !

Ce qui me vient à l'esprit est ma peur de l'abandon, mais je ne suis pas chez mon psy. Je ne sais pas quoi répondre.

— Qu'est-ce qui te met en colère, alors ?
— L'injustice.
— Trop facile. Moi aussi j'aurais répondu ça.
— Etre passé à côté de quelque chose, laisser passer une erreur. Je ne supporte pas ça.
— Et qu'est-ce qui te rend heureux ?
— Le sentiment d'avoir accompli tout ce que je voulais dans la journée. Ca m'apaise.

En même temps que je parle, je croise mes bras. Il m'interrompt.

— Ouvre-toi. C'est important pour la personne que tu vas rencontrer après.

Tiens, il me donne un conseil. Cela signifie-t-il qu'il souhaite que je réussisse à faire bonne impression auprès de ses supérieurs ? Mais si mon corps se ferme malgré moi, cela ne signifie-t-il pas que je n'ai en réalité pas envie d'intégrer cette entreprise ?

Deuxième entretien. Intégralement en anglais. Je kiffe. Des années que je n'avais pas eu l'occasion de converser de la sorte. Je fais une erreur à la con, impossible de trouver un mot, j'en emploie un autre, qui n'est pas le bon. Impossible de savoir dans quelle mesure cela joue sur ma candidature.
Je me permets une question personnelle à la fin.
— Je peux vous demander d'où vous venez ?
— Je suis australienne, mais j'ai longtemps vécu à Londres, d'où mon accent.

Troisième entretien, avec le big boss. "Je vous accorde dix minutes, ça vous va ?". L'entretien en durera en fait vingt. Ce jeune est le seul en costume, cheveux gominés. Tout, dans son attitude, dans son phrasé, dans la façon dont il choisit ses mots, est étudié. Il respire l'école de commerce à plein nez. Quand il me parle de son entreprise, j'ai l'impression qu'il joue dans une pub à faible budget.

— Ah vous avez fait de l'italien ?
Et là il me parle en italien. Gloups.
— Un poco.
Merde, ça c'est de l'espagnol.
— Euh, j'étais très bon au lycée, mais je n'ai pas pratiqué depuis… Ho domenticato tutto.
Le seul autre mot dont je me souviens de cette langue, c'est "cazzo", "verge". Je me vois mal lui balancer ça dans la gueule.

— Il faut que vous ayez bien conscience que nous travaillons dans un environnement très féminin, il n'y a que des filles ici, alors j'espère que votre fiancée n'est pas jalouse !

(Je n'aime pas la chatte.)

— Au contraire, je préfère ce genre d'environnement. J'ai fait des études littéraires où les filles sont majoritaires, ça me convient parfaitement.

(Mi piace il cazzo !)

— Je vais être honnête avec vous. Votre test est très bon, votre profil est très intéressant, mais ce qui me fait peur, c'est que vous êtes à votre compte depuis longtemps.

Ah mais j'ai la même peur. En fait, je ne cherche même pas de boulot à temps plein, ça m'est tombé dessus sans que je m'y attende et j'ai décidé d'éprouver le processus de recrutement afin d'en savoir plus sur vous et sur moi.

— C'est légitime. Mais travailler seul, à force, est pesant. J'ai besoin de contacts humains, d'échanger, d'apprendre. C'est formidable d'être indépendant, mais les missions sont particulièrement rébarbatives sans relations. Et puis, j'ai travaillé en entreprise avant, pourquoi n'y arriverais-je plus maintenant ?

Après deux heures dans leurs locaux, ils me libèrent. L'éditeur me raccompagne.
— A très bientôt, Jonathan.

Me voilà perdu. Bien que j'aie tenté de me montrer enthousiaste tout le long, je me sens en inadéquation avec l'entreprise. "On s'investit à fond ici, on ne compte pas ses heures…" Typiquement le genre d'ambiance que je ne supporte pas. J'aime partir à heure presque fixe, avoir du temps pour moi. En tout cas, être le seul décisionnaire de mes horaires. Le travail, c'est un plus, ça ne devrait pas être la base de nos vies. A quoi ça sert de vivre si c'est pour avoir à peine le temps de manger, baiser et regarder une série ? Putain, tuez-moi, je ne suis pas fait pour ce monde.

En même temps, à quoi je m'attendais ? A ce qu'on me paye 2500 euros bruts par mois pour écrire et faire gentiment mes heures ? Dans la rédaction, un salaire aussi élevé est extrêmement rare (pour ne pas dire inexistant). Des milliers de gens aimeraient être à ma place, je ne peux pas l'ignorer. Et si moi, maintenant, j'ai plutôt envie de prendre mon temps pour vivre, je n'aurai plus d'argent dans quelques mois ; il me faudra alors trouver un boulot, et jamais il ne sera aussi bien payé ni ne correspondra autant à mon profil.

Oui mais voilà, ne vaudrait-il pas mieux trouver un mi-temps, moins bien payé, mais où le boulot sera plus varié ? J'ai beau avoir martelé à quel point j'avais envie de connaître leur domaine et d'écrire pour eux, en réalité, j'en aurai vite fait le tour, je déteste la répétition.
— Qu'est-ce qui te rend malheureux ?
Putain, c'est ça que j'aurais dû dire : la répétition.

Et puis, j'en fais quoi, de mes insomnies, qui ont bien repris ? Je les range dans une boîte et les refile à quelqu'un d'autre ? Si seulement…

Le meilleur moyen de ne pas regretter quelque chose, c'est d'essayer. Il faut juste que je prenne de la distance face à tout ça. Ce n'est que du travail, ce n'est pas la vraie vie. C'est un jeu, une mascarade, une comédie dont je connais les règles. Et dans un premier temps je serai forcément ravi de découvrir le fonctionnement d'une nouvelle entreprise, son langage (j'ai déjà remarqué qu'ils disaient "focusser" au lieu de "focaliser"). Etre l'ethnologue que j'adore dans le monde professionnel.

Oui mais ne vais-je pas perdre mon âme à faire quelque chose en sachant que ça va profondément me faire chier ? Comment accepter de leur mentir, de leur faire croire que je suis à fond, que je m'investis sur le long terme alors que, clairement, je n'y vais que le temps de prendre un nouveau rythme et de gagner de l'argent au passage ? Ca, ça ne doit même pas entrer en considération, les entreprises ne se gênent pas pour enculer à sec leurs employés, à moi d'y trouver mon compte, et si c'est dégueulasse, j'irai sucer ailleurs.

Je change d'avis toutes les heures. Et je ne suis même pas encore sûr d'être pris. Dis, cerveau de merde, tu ne voudrais pas arrêter d'analyser le moindre non-événement de ma vie ?

11/03/2010

11/03/10 - 15:16

L'amas de laine

Flottement, indécision, mélancolie, douleur, colère, amour, complicité, sens… 2010 apporte son lot de surprises aussi, son ensemble de sentiments contradictoires, sa part de lumière autant que de ténèbres. Il m'est alors bien difficile, parfois, de gérer tout ça, d'envisager un futur serein tout en recréant un équilibre sur les fondations des blessures indélébiles sauvagement infligées en 2009.

Depuis quelque temps, je m'interroge beaucoup sur le sens de la vie, la direction que je souhaite me donner et la façon d'y parvenir. Je me le demande tellement que j'ai souvent la sensation d'être un nouveau-né, perdu, abandonné, esseulé, qui ne sait plus qui il est, et qui n'a comme seule source d'identité tangible que la marque de ses plaies. Pourtant, en 2008, après quelques mois de thérapie et d'intense introspection, j'avais fini par conclure que le sens de la vie était de ressentir. La vie, pour moi, se déroule à travers nos émotions. Un événement est extérieur et peut produire des remous à l'intérieur — et c'est ça qui est intéressant. Mais j'ai tellement ressenti ces derniers mois, j'ai été envahi par tant d'émotions qu'il est logique, légitime et naturel que j'aie aujourd'hui le désir, l'envie et le besoin d'être protégé et anesthésié. En d'autres termes, j'ai perdu le sens, le goût et l'essence de la vie.

Il me faut en fait digérer, apprendre à vivre à la fois avec, et sans. Je croyais bêtement qu'en refaisant ma vie, qu'en laissant passer quelques semaines, j'oublierais, je guérirais, je pardonnerais. Non : plus le repas est lourd et gras et plus le corps met du temps à digérer. Avec maux de ventre et expulsions liquides par tous les orifices.

Je comprends également que tout ceci n'est pas que sentimental. Il ne faut pas oublier que j'ai enchaîné les profondes désillusions professionnelles dans presque toutes mes expériences ; les trahisons dont j'ai été victime sont peut-être les vraies (tout au moins l'une des) raisons de mon incapacité à travailler aujourd'hui. En 2008, j'avais un boulot qui faisait sens, enfin je le croyais, étant dans un domaine qui me plaisait ; j'étais entouré de gens que j'aimais, qui formaient une nouvelle famille pour moi.

Quand le cerveau travaille pour les mauvaises entreprises, lorsque le cœur bat pour les mauvaises personnes, surviennent nécessairement des événements tragiques, provoquant la sensation de ressentir trop violemment ce qui ne nous était pas destiné. La roulette russe de la vie nous impose toutes sortes d'obstacles, que l'on a parfois le courage de surmonter ; mais les injustices me laissent indubitablement un goût d'incomplétude et gâche même les belles saveurs qui se présentent. Comment retrouver alors la sérénité en croquant dans un fruit gâté ?

Il faudrait tout prendre comme un jeu. La vie n'est qu'un ensemble de parties de jeux de société dont maîtriser les règles permet de gagner. J'apprends, à mes dépens, que tricher fait partie des pratiques courantes, presque obligatoires, du destin humain. Mais est-ce vraiment ce dont j'ai envie ? Renoncer à mon authenticité ? Pour gagner quoi, au juste ?

Le problème, c'est qu'il est bien difficile de maintenir une distance face aux événements qui nous touchent ; je ne suis pas un robot, bien au contraire, je reste encore et toujours cette éponge capable de capter les émotions ambiantes. Et puis, surtout, on a beau ne vouloir que s'amuser, je ne peux pas ignorer la faille que nous portons tous. La réalité de notre souffrance vient de notre recherche permanente de consolation. Le Saint Graal, c'est le lien originel, le cordon dont la déchirure reste douloureuse à jamais. Les psys parlent de la Mère, les religieux de Dieu, les philosophes des Idées. Peu importe. Il n'existe pas de solution, alors pourquoi ne pas accepter son universel sort ? Puisque nous ne pouvons pas y échapper, apprenons à aimer la douleur.

Ce n'est pas de consolation, dont j'ai besoin, pas de futur à paillettes ou de projets intersidérants. J'ai finalement déjà beaucoup accompli rien qu'en vivant pleinement tous ces derniers mois. "Lorsque l'on a beaucoup marché, il faut s'arrêter pour laisser à l'âme le temps de nous rejoindre. On ne peut pas toujours aller, il faut parfois revenir à soi" (Ngo Semzara Kabuta). Ce que je veux maintenant, c'est digérer le passé afin qu'il n'ait plus aucun lien avec le présent. Couper tout ce qui est susceptible de me hanter. Ranger, tout mettre à plat, me débarrasser de tout ce qui me dérange depuis trop longtemps.

Depuis que j'ai emménagé seul, tous les jours je me fous la pression pour sortir, j'essaie de voir un maximum de gens, de ne pas rester enfermé. Mais quel mal y aurait-il vraiment à faire le contraire ? Je suis assez aguerri pour savoir ce dont j'ai besoin au moment présent. Ce n'est pas un drame de rester chez soi, seul face à soi-même. Ce n'est pas de vie sociale dont j'ai besoin, mais d'équilibre intérieur. Prendre du temps pour soi, seul, et méditer. "What we achieve inwardly will change outer reality" (Plutarch).

Pour avancer, il me faut d'abord reculer, faire un saut dans le temps, puis nager, plus fort, jusqu'à maintenant.

07/03/2010

07/03/10 - 21:05

Mélancolique acidité

J'ai fini par être rattrapé. J'ai tenté de fuir mon sort, de mettre des pansements sur mes blessures, d'avancer en attendant qu'elles guérissent. Mais les pansements ne constituent pas un soin, ils camouflent la laideur du temps, les marques de la réalité.

On ne peut échapper à la douleur, éviter les confrontations, les situations désagréables, oublier complètement. Je croyais qu'avec le temps on cicatrisait, on passait à autre chose. J'imaginais que chaque jour atténuait les drames, les peurs, les flammes. Il n'en est rien. Comme une mer qui laisse momentanément place aux badauds qui se promènent, les plaies finissent par reprendre leurs droits et terminent le désastre entamé.

J'ai envie d'arracher des bouts de mon corps.

26/02/2010

26/02/10 - 16:37

Nouvelle lune (6) : Révélation

Nouvelle lune (1) : Fascination
Nouvelle lune (2) : L'impensable impossible
Nouvelle lune (3) : Textos nocturnes
Nouvelle lune (4) : Tentation
Nouvelle lune (5) : Hésitation

Rudy et moi restons pleins d'interrogations. Depuis trois mois, il était heureux avec son homme mais n'a pas su résister, en une semaine, à deux différents garçons. Si nous nous mettons officiellement ensemble, cela veut dire qu'il va briser le cœur d'une personne qui l'aime et qui n'a rien fait de mal… Et puis, tout ça pour quoi ? Tout s'est précipité tellement vite, en quelques jours seulement, est-ce que nous ne sommes pas dans une sorte d'euphorie illusoire ? Si nous nous mettons ensemble, vais-je être capable de vivre avec l'idée qu'il pourrait me tromper à mon tour ? Suis-je réellement prêt à être en couple après tous mes déboires sentimentaux ? Ne vais-je pas me réveiller, au bout de quelques jours, pour me rendre compte qu'en fait, non, ce que je ressentais n'était pas réel, c'était juste une réaction à la douleur ? Et là j'aurais le poids d'une relation, du bonheur de quelqu'un d'autre sur les épaules. J'ai envie d'être avec Rudy mais la responsabilité est trop grande.

Pourtant, le soir-même, il met fin à sa relation pour en entamer officiellement une avec moi. Il pense tout le temps à moi, me dit-il, a toujours ressenti quelque chose pour moi, depuis le jour de notre rencontre il y a neuf mois, et après tous les échanges que nous avons eus pendant ces mois jusqu'à la concrétisation sexuelle et émotionnelle de ces derniers jours, c'est une évidence que nous sommes faits pour être ensemble. J'ai peur, peur de tout ce que ça implique, mais sa décision, sa preuve d'amour, m'émeut et me transporte. Me voilà propulsé dans un couple improbable avec un adorable garçon.

Je le découvre plus qu'enclin à communiquer. La première chose qu'il me dit, au sujet de nous, c'est : pas de tabous, abordons tous les sujets, ne restons jamais sur des non-dits. Et là, je me dis : bingo. Enfin un mec qui veut parler, sans stratégie, sans égo surdimensionné, sans fierté douloureuse et mal placée. Il vient entier, authentique, affectueux, sans jamais rien cacher de son caractère ou de ses intentions. Ce qui ne l'empêche pas de s'adapter, sans que je lui demande quoi que ce soit, pour que je me sente bien, de s'inquiéter de mon sommeil, de me dire, de lui-même, qu'il va du coup nettement moins boire puisqu'il sait que je n'approuve pas. Chaque moment avec lui me donne l'impression d'être un gosse face à une pochette surprise. On se découvre même une connexion émotionnelle encore plus forte qu'on imaginait, une empathie à double sens. Lorsqu'il évoque certains aspects douloureux de sa vie, je pleure avec lui (ce qui ne me surprend pas, je sais que je suis comme ça). Mais je me rends compte qu'il est exactement pareil puisqu'un soir où je fonds en larmes, encore fragilisé et bouleversé par mes récentes pertes relationnelles, il pleure avec moi en me disant : "Je ne supporte pas de voir que tu as aussi mal".

Je suis passé, en quelques jours, du désespoir le plus total à une relation pleine de plaisir. Le contraste entre les deux est frappant et engendre une fois de plus quelques interrogations. J'ai en effet toujours l'impression que cette relation a quelque chose d'illégitime. Et ce n'est pas que parce qu'elle a commencé dans le secret. C'est comme si le malheur était tangible, concret, je le perçois toujours au plus profond de mon être. A l'inverse, le bonheur me semble vaporeux, extérieur, insaisissable, irréel. Comme si mon conte de fées n'avait pas lieu d'être ; comme si je me complaisais dans le malheur et n'avais pas le droit au bonheur.

Je me suis assez posé de questions. Depuis presque deux mois, maintenant, que je suis avec Rudy, j'essaie juste d'accepter tout ce qu'il m'apporte et de gérer avec sérénité tout le reste. Vivre pleinement plutôt que de toujours tout intellectualiser (hum, je reste moi-même quand même). Nous sommes bien ensemble, et on en oublierait presque notre lien initial. Ce qui aurait pu être glauque n'a nullement été une gêne entre nous, au contraire. Car oui, Rudy n'était pas n'importe qui, un inconnu rencontré sur le Net. Nous avons quelqu'un en commun : Rudy, c'est l'ex de mon ex, Angelounet.

24/02/2010

24/02/10 - 15:22

Nouvelle lune (5) : Hésitation

Articles précédents
Nouvelle lune (1) : Fascination
Nouvelle lune (2) : L'impensable impossible
Nouvelle lune (3) : Textos nocturnes
Nouvelle lune (4) : Tentation

Le lendemain, je suis sur mon petit nuage. Rudy a une heure dans l'après-midi avant d'aller voir son homme. Nous nous retrouvons à Saint-Lazare ; nous ne nous embrassons pas, ne nous faisons même pas la bise, prenons soin de ne pas nous toucher pour se dire bonjour. Drôle d'effet après la journée torride que nous avons passée la veille, mais bon. Nous nous promenons et parlons de tout et de rien, une fois de plus. Le moment est étrange car j'ai terriblement envie de le prendre dans mes bras, d'être affectueux avec lui. Je me rends compte que je l'apprécie plus que de raison. Que je ne devrais pas ressentir tout ça, que c'est déjà bien assez compliqué comme ça. Que ça me fait chier qu'il passe la soirée avec son mec officiel. On ne se touche pas vu que nous sommes dans la rue ; j'ai l'impression d'être en cavale, de faire quelque chose d'interdit. C'est excitant.

A un moment, il s'apprête à traverser alors qu'une voiture arrive. Je lui prends alors le bras pour le retenir, retire très vite mon membre une fois que Rudy est sain et sauf. Mais, en moins d'une seconde, je l'ai perçu, son bras a commencé à se diriger vers le mien et Rudy m'a adressé un regard qui en disait long. On n'a pas besoin de se toucher réellement ni de s'embrasser pour sentir le désir entre nous. Ses yeux me bouleversent tant ils sont emplis d'affection.

Nous nous disons au revoir sur le quai du métro. Il me fait une bise, chaste, mais très proche des lèvres. C'est électrique, j'ai encore plus envie de le serrer dans mes bras, de le ramener chez moi plutôt que de le laisser partir vers son mec.

Mais je ne suis que l'amant.

Le lendemain matin, j'ai plusieurs textos de Rudy. Il me confie qu'il avait envie de me rejoindre directement en rentrant de chez son mec. Moi, il m'a manqué toute la nuit, j'avais terriblement envie de sa présence. Je suis encore touché par mes tragédies amoureuses et il n'y a qu'avec lui que j'oublie et que je me sens de nouveau vivre.

Le rendez-vous est pris, il vient passer l'après-midi chez moi. J'ai la nouille qui frétille.

En arrivant, il me raconte comment s'est passée sa soirée. Lui qui d'ordinaire a un appétit sexuel démesuré n'avait pas du tout envie de son homme. Homme qui a, d'ailleurs, senti que quelque chose se tramait. De mon côté, je suis tranquille, personne ne se doute de rien. En tout cas, pas de ça.

Nous faisons une nouvelle fois l'amour puis nous allons au Mc Do de Convention. Et ce moment s'avère décisif. Car au lieu d'en faire un lieu banal et anodin, nous abordons enfin le sujet de notre avenir commun. Malgré ma sensibilité, j'ai cette caractéristique très masculine de moins aimer l'autre après avoir joui : une fois mes besoins primaires satisfaits, celui que je pouvais désirer ardemment quelques minutes avant le rapport peut devenir une coquille vide à mes yeux par la suite. Et dans la mesure où Rudy n'était pas la personne à laquelle il fallait que je m'attache, je me serais attendu à ça.

Sauf que non. C'est tout le contraire. Assis au premier étage, un groupe de jeunes loubards pas très loin de nous, j'observe Rudy manger, sourire, parler. Et je me sens transporté par son regard. Il porte en lui une telle douceur que ça me bouleverse. Alors que nous évoquons notre histoire, j'ai des larmes étoilées plein les yeux.

Je lui avoue. Oui, je l'ai revu dans une optique de vengeance, je n'aimais pas ce qu'il montrait de lui aux soirées où nous nous sommes côtoyés, j'ai le cœur brisé et je suis instable, oui. Mais en réalité, j'avais, sans me l'avouer, toujours été attiré par lui et je me suis rendu compte que ce qui se passait entre nous allait bien au-delà du sexe. Il est le seul à m'avoir autant remonté le moral en si peu de temps, le seul à m'apporter autant de plaisir et de bonheur étant donné la situation. Il me redonne goût à la vie. Et même si c'est bizarre et compliqué, oui, s'il n'était pas déjà en couple, j'entamerais une relation avec lui.

Nous continuons notre discussion en marchant jusqu'au métro Boucicaut. Nous évoquons rapidement quelques craintes. Il se demande comment réagiront mes amis en sachant ce qu'il se passe avec "lui". Je lui explique que je n'en ai plus rien à foutre de ce que pensent les autres. Mes amis comprendront qu'il me fait du bien et que c'est tout ce qui compte. C'en est fini de se poser de telles questions : tout ce qui m'intéresse, c'est d'aller mieux, de penser à moi et à moi seul, car la dernière fois que j'ai agi contre moi-même pour préserver quelqu'un d'autre je me suis pris la plus belle claque de ma vie. Allez donc tous vous faire foutre, je saisis mon bonheur.

A l'heure où les travailleurs sortent de leur aliénation quotidienne, où les riches grand-mères du quartier font leurs courses, je passe mes bras dans le dos de Rudy, le colle à moi et lui donne un dernier baiser.

A suivre...

22/02/2010

22/02/10 - 18:12

Nouvelle lune (4) : Tentation

Articles précédents
Nouvelle lune (1) : Fascination
Nouvelle lune (2) : L'impensable impossible
Nouvelle lune (3) : Textos nocturnes

Le lendemain, je me sens dans un drôle d'état d'esprit. La nuit passée à échanger des sextos avec Rudy m'a complètement retourné le cerveau. C'est la première fois que je fais ça. Certains messages ont été bien plus chauds que ce qui a été publié ici, d'autres ont abordé d'autres sujets, bien plus profonds. L'ensemble me fait me sentir vraiment bizarre. Je me sens mis à nu, comme si j'avais dévoilé mes sentiments et couché avec un nouveau garçon.

Nous continuons à échanger des messages. Il me raconte sa journée, il a allègrement couché avec son mec ; je suis un peu jaloux (et frustré), mais après tout, je ne suis rien. Je n'ai aucun droit. Et puis, qu'est-ce que je peux faire ? Je ne vais quand même pas les faire rompre.

Une nouvelle nuit où nous discutons et où nous décidons de nous retrouver au petit matin. On ne se chauffe pas trop et on se promet qu'il ne se passera rien. On a envie de se voir mais peur de ce qui pourrait arriver vu la situation complexe…

Lorsqu'il arrive, je me sens vraiment mal à l'aise. Je me demande même ce qu'il fait là, en fait. Je suis crevé par ces deux nuits, complètement décalqué et décalé. On se met dans mon coin cuisine pour prendre le petit dej et on parle comme si de rien n'était. On tente de mettre de côté la tension sexuelle qu'il y avait entre nous la veille, d'oublier qu'il a déjà un copain. Le voir lui, chez moi, un dimanche matin, c'est surréaliste. Je devrais être en train de dormir, il devrait être chez lui. Je ne suis même plus attiré tellement ça me stresse. Mais l'idée d'avoir un gentil et beau garçon dans mon lit, de lui faire des câlins, me plaît toujours autant.

Après une bonne heure à manger et papoter, l'air de rien, il se prépare à aller se coucher. Il se lave les dents, se déshabille, comme si nous étions un vieux couple. Je me mets de mon côté du lit, près du bord, je me demande s'il va se frotter à moi en passant. Même pas, il se glisse à l'autre bout sans même me toucher. C'est débile, alors, très vite, je me colle à lui. Il a tout de suite du répondant, me prend chaleureusement dans ses bras. C'est terriblement simple, incroyablement bon. Juste avoir un garçon dans mes bras, un garçon capable de donner autant d'affection, sans retenue, avec authenticité.

On continue de papoter. Je sens que le désir monte en moi (je bande, appelons un chat un chat) mais je ne veux rien tenter. Il est casé, s'il doit se passer quelque chose, c'est à lui de prendre les choses en main.
- Calme-toi, me dit-il.
- Hein, quoi ?
Il n'a pas touché ma bite, comment peut-il savoir… ?
- Ton cœur bat super vite, calme-toi…
- Ah ? Euh, mais non, il bat normalement…
Grillé.
Je retire mon T-shirt parce qu'il me donne chaud, le bougre. Et là, je sens bien que cette nudité supplémentaire le perturbe. Il a la tête sur mon torse poilu, le caresse, me l'embrasse. Il prend bien soin de rester aussi loin de mes lèvres que de mon bas-ventre de sorte que tout ceci reste très soft. J'aime sentir sa tête sur moi, je lui caresse le dos, les cheveux. J'embrasse son front, chastement. Sa main descend à peine sur mon ventre. Qu'on me caresse ainsi le torse et le ventre a un énorme pouvoir érotique, c'est l'une des choses que je préfère : je bande de plus en plus dur. Mais va-t-il se décider à aller jusqu'au bout ?

En même temps que sa main joue au yoyo sur mon torse, ses lèvres se rapprochent de mon visage. Il m'embrasse dans le cou, sur les joues, sur le front. Redescend, remonte, fait le tour de ma bouche, sans jamais la toucher. J'ai chaud, mon caleçon est trempé, mon cœur est bouleversé. Putain mais vas-y, embrasse-moi, prends-moi, allez, ne me fais pas languir plus longtemps !!! Il continue pourtant son petit jeu, au point de me rendre fou. Mon caleçon va exploser, mon cœur va s'échapper, j'ai l'impression que mon sang va gicler par tous mes pores. Le torse, le téton, le ventre, le téton, le torse, le cou, la mâchoire, la joue, près des lèvres et enfin, enfin, enfin, il me donne un baiser de Prince Charmant.

C'est le moment juste, idéal, j'ai la sensation d'être au bon endroit, au bon moment, avec la bonne personne. Plus rien d'autre ne compte, plus personne n'existe ; nous sommes seuls au monde, sous ma couette, à s'embrasser pour la première fois, et c'est bon, et c'est chaud, terriblement banal et unique et merveilleux à la fois. Ses lèvres si douces qu'entoure une barbe piquante offre un délicieux contraste. Je me sens complètement défaillir pour lui, pourtant je sais qu'il ne faut pas, mais je suis ainsi fait, toujours le cœur en érection autant que mon sexe.

On s'embrasse longuement, on se câline chastement : il joue sur mon ventre mais ne se rapproche jamais trop de mon humidité. Mais pour moi, le processus est lancé. Un baiser, dans ma vie, est toujours aussi intime qu'une pipe. Ainsi, l'un ne va pas sans l'autre. Me donner accès à ses lèvres c'est s'autoriser à se foutre à poil et à jouer plus en profondeur avec nos bâtons d'amour. Alors, on rapproche nos corps, d'abord habillés, je profite allègrement de son très beau cul, de sa bite, de tout son corps, avant de baisser son caleçon et de goûter à son ardent désir.

La suite est plus que conforme à mes attentes : faire l'amour avec lui est digne d'un conte de fées. Je ne m'étais pas trompé, nous sommes complètement compatibles. Il fait tout bien du premier coup, ce qui n'arrive habituellement jamais avec mes chéris. Il est volontaire, pas du tout du genre à faire l'étoile de mer et pense au désir de l'autre avant le sien. Je n'avais jamais connu une relation sexuelle qui se passe aussi bien du premier coup.

Lui aussi ressent notre connexion de folie. Je lui ai plu autant qu'il ma plu : il vante mes prouesses sexuelles (pourtant pas optimales à ce moment-là), ne s'attendait pas à ce que je sois aussi à l'aise sexuellement, que je prenne autant les devants, que je sois aussi coquin. "Tu fais tellement bien l'amour…" me dit-il. "Avec mon homme, je baise, avec toi je fais l'amour."

L'heure tourne, il nous faut nous séparer. Nous n'abordons pas les sujets qui fâchent. Moi, je m'en fous, je n'ai pas d'attaches, j'ai vécu un superbe moment. Mais lui doit se poser mille questions, doit culpabiliser d'avoir trompé son mec de la sorte… Je préfère le laisser réfléchir avant d'en parler. Je me sens bien même si j'ai la sensation d'être devenu une vraie salope.

Je me sens tout-puissant. Je repense à ce moment, quelques semaines auparavant, lorsque je me disais qu'il fallait que je couche avec lui, pour réaliser que je suis arrivé à mes fins. Je l'ai voulu, je l'ai eu.

A suivre...

21/02/2010

21/02/10 - 15:41

Zéro

Depuis plus de dix jours, je dors. C'est un miracle. Les premiers temps, dès la tombée de la nuit, je sentais des signes de fatigue pointer leur nez et je m'endormais avec une rapidité incroyable tous les soirs au plus tard à minuit pour me réveiller, frais comme la rose, en même temps que les travailleurs.

Si la nouvelle est excellente et me donne la pêche, elle me confronte encore plus au vide de ma vie. Tout à coup, je ne peux plus me cacher derrière une excuse. Effectivement, j'ai plus d'énergie et d'enthousiasme pour agir. Mais pas tant que ça, finalement. J'ai encore et toujours du mal à m'y mettre. C'est comme si la moindre demi-heure de labeur (i.e. travail, ménage…) devait être compensée par plusieurs heures de loisirs. En 2008, quand je bossais comme un dératé pour la Ruche, j'avais une force de travail surhumaine des jours, des semaines durant. Aujourd'hui, tout me paraît insurmontable, même après une bonne nuit de dix heures.

Je pourrais encore en trouver, des excuses. Je ne suis pas bien chez moi, envie d'hiberner en cette saison, envie de sortir dès qu'il y a un rayon de soleil, j'ai mal au dos dès que je m'assois sur mes chaises pourries… Bla bla bla. La vérité, c'est juste que je n'ai pas envie. Juste pas envie. Envie de rien. Et certainement pas de ça. Je n'arrive pas à croire que ce soit juste une question de sens des actes. Quand je passe une heure sur Facebook, ça n'a aucun sens en soi, même si c'est révélateur de mon besoin d'être relié aux autres.

Ce n'est pas qu'en la valeur travail que je ne crois plus, ni en le monde, c'est en moi. Quand j'ai fini mes études en 2007, quand j'ai travaillé en 2008, j'avais des croyances, des envies, de l'ambition. J'avais la vie devant moi, en somme. Quand je me suis mis à mon compte il y a un an, j'avais encore des projets. Mais aujourd'hui, plus rien, je n'y arrive plus. J'ai des idées, vagues, mais toujours pas l'énergie de les mettre en place. Alors que ça n'en demande pas tant que ça. Au fond, j'ai l'impression que quoi que je fasse, je n'y arriverai pas. Je ne me sens pas à la hauteur. C'est tellement cliché qu'à me lire je me dis que personne ne va y croire. Pour une fois, je n'arrive pas à retranscrire ce que je ressens - voilà, même ça je n'y arrive plus.

Depuis toujours, j'ai la sensation de ne rien savoir faire. De ne pas être doué, de ne pas être bon. Alors je sais bien que j'ai quelques compétences, qu'elles aient des implications dans la vie personnelle et professionnelle. Mais je les trouve minimes, faibles, insuffisantes par rapport à ce qu'il faudrait. OK, je sais aligner trois phrases à l'écrit, et alors ? Après ? J'en fais quoi ? Je n'aime pas écrire sous la contrainte, être rédacteur m'ennuie et je ne suis pas assez doué pour être journaliste (sans parler d'un manque de connaissances dans lequel je me complais complètement vu que je suis coupé du monde). OK, je sais aligner trois phrases en anglais. So what ? Mon niveau a considérablement baissé depuis que je suis parti à Londres, je garde un anglais courant mais je suis loin, très loin d'être bilingue et me sens donc incapable d'accéder à des fonctions qui nécessitent une parfaite maîtrise de cette langue. Alors oui, on ne peut pas me retirer mes compétences orthographiques, largement supérieures à la plupart des gens les plus cultivés. Mais là encore, ça ne suffit pas, je ne rivalise pas avec de vrais secrétaires de rédaction ; je mets ceux que je connais sur un piédestal si élevé que j'ai l'impression d'être un enfant à côté d'eux.

Je ne sais plus quoi faire de ma vie. Après des études généralistes d'anglais dont il ne reste rien, un Master de communication qui n'a servi à rien, des expériences dans la culture ou l'administration qui me paraissent si loin… Même pour être secrétaire j'ai l'impression de ne plus être à la hauteur vu que je suis empoté comme personne dès lors qu'il faut faire un truc un tout petit peu compliqué sur Word ou Excel.

J'ai tout le temps l'impression d'être "en sommeil". Comme s'il fallait attendre (quoi ? une étincelle ? un alignement planétaire ? la fin du monde ?) quelque temps avant que je ne me remette en marche. Là encore, j'ai toujours des excuses (la fatigue, la déprime, la rébellion…). Et je croise de plus en plus de gens plus ou moins comme moi - au mieux, il font un break, au pire, ils sont sortis du système depuis des années. A chaque fois ça me conforte dans l'idée que ce mode de vie est possible, que c'est ce qui me convient le mieux. Parfois, je suis frappé de voir que ces gens gâchent leurs compétences. J'en vois qui ont fait de longues études intéressantes, ou qui se lancent dans de titanesques projets d'écriture. Souvent, je suis admiratif face à leur expression, touché par leurs traits d'esprits. C'est qu'ils n'ont plus que ça à faire, en somme - penser. Comme moi, ils se laissent dériver dans les méandres de leur cerveau avec peu de branches dans le monde réel. Ils me rappellent clairement moi, ces gens, ces compétents qui ont fait le choix de ne pas être productivistes. Jusqu'à ce qu'une autre façon de voir les choses m'a heurté. Et s'ils ne savaient rien faire, en réalité ? Ce n'est pas parce que le monde ne leur convient pas, qu'ils en sont partis, c'est parce qu'ils ne correspondent pas au monde. Parce qu'ils n'ont pas de talent utile au monde du travail actuellement. Ils n'ont rien à apporter. C'est pareil pour moi. Je vois bien que je ne sais plus rien faire, je n'ai jamais su faire quoi que ce soit de vraiment bien, en fait. Ma vie, ça a toujours été d'être et de faire les choses "assez bien".

Pourtant j'ai bien conscience que dans de nombreuses entreprises il ne s'agit pas réellement de savoir-faire, mais plus de savoir-être. Je l'ai vu de mes propres yeux, ce sont les plus ambitieux, ceux qui se posent le moins de questions, qui avancent le plus vite et vont le plus loin. Ils ne sont pas les plus doués, mais ils font croire qu'ils sont les meilleurs. Tout est une question de croyance de l'autre en soi. Mais pour cela, il faut avoir confiance en soi, et ça, vraiment, je ne sais pas faire. J'ai beau le tourner dans tous les sens, je vois bien que je ne vaux rien. J'essaie de prendre tout ça comme un jeu, de faire semblant, moi aussi, mais quand on a comme valeur profonde l'authenticité, il est bien difficile d'accepter d'être un imposteur.

Il faut que je me bouge avant que je m'enterre. Mais j'aurais envie de le faire en repartant à zéro, libéré de tous mes boulets.

19/02/2010

19/02/10 - 18:16

Nouvelle lune (3) : Textos nocturnes

Articles précédents
Nouvelle lune (1) : Fascination
Nouvelle lune (2) : L'impensable impossible

Rudy : Ca va ?
Moi : Oui, je passe la soirée avec mon ex.
Rudy : Hein ? Bah alors !
Moi : On se voit souvent, y a rien entre nous ! Il essaye de temps en temps de recoucher avec moi mais je dis tout le temps non (sauf une fois). Et là il a un copain de toute façon, donc aucun risque.
Rudy : Ah tu couches pas avec les hommes en couple ?

C'est quoi cette question ? A-t-il en tête l'idée de coucher avec moi ?

Moi : Pas avec lui en tout cas. ;)
Rudy : Putain, j'ai trop envie de te voir… Lundi, un Starbucks dans la journée ?

Et là, j'ai senti que quelque chose basculait. Il avait beau me parler de son mec, dire qu'il était content de passer du temps avec lui, il m'exprimait souvent son affection de la sorte. Mais cette phrase, "Putain, j'ai trop envie de te voir…" sortait tellement du cœur que j'y ai vu plus que de la simple amitié.

Moi : I feel like seeing you too… Ca devrait être bon pour lundi.
Rudy : On se tient au courant. Mais pas trop tard car je dors avec mon homme. ;-)

Ou comment calmer mes ardeurs en deux secondes.

Moi : Ca me va dans l'idée. Oh vous faites chier à tous être en couple !
Rudy : Bah pourquoi ?
Moi : J'aime pas les couples. :p
Rudy : Jaloux ! Et puis c'est vrai, j'aurais pu te… Enfin bon…

Ah, voilà un message qui me plaît.

Moi : Me… me quoi ?
Rudy : Te… J'en sais rien moi. ;-)
Moi : Salope. :p
Rudy : Tu as vu tes statuts Facebook des fois toi ?
Moi : J'aime bien les salopes moi. ;) Qu'est-ce qu'ils ont mes statuts ?
Rudy : Bah parfois, on voit que tu aimes les salopes. ;-)
Moi : C'est parce que j'en suis une aussi. :D
Rudy : J'osais pas le dire. Mais j'aime bien l'être moi. ;-)
Moi : J'ai bien senti quand on a parlé de cul qu'on semblait assez sur la même longueur d'ondes ouais. :p
Rudy : Arrête, tu vas m'exciter, lol.
Moi : Ne me dis pas ça, je suis une salope (et je commence à être grave en manque). De toute façon tu peux rien faire de mal, t'es au boulot.
Rudy : Exactement… Mais lundi. ;-)
Moi : Je suis pas sûr que tu puisses faire grand chose au Starbucks. :p
Rudy : Bah oui mais au Dépôt !
Moi : Oh quelle horreur !!! Je serais bien incapable de faire quoi que ce soit là-dedans. T'y es déjà allé toi ?
Rudy : Jamais dans un truc à cul ! J'ai baisé dans plein d'endroits quand même. ;-)
Moi : SALOPE ! Moi j'ai toujours été classique. Malheureusement. Et donc t'as envie d'ajouter le Starbucks à ta longue liste de dépravation ? ;)
Rudy : Non, mais j'aime bien aller chez les gens et voir leur univers.
Moi : Tu peux venir chez moi quand tu veux… :D
Rudy : Avec plaisir. ;-) Mais tu veux quand même pas m'inviter un soir ?
Moi : Il faudra bien que je t'invite chez moi pour te remercier de m'inviter tout le temps dehors…
Rudy : Bon ok. Mais le soir, j'ai tendance à rater mon train.
Moi : Ca tombe très bien. J'en ai marre de dormir tout seul.
Rudy : Tu sais ce qu'il s'est passé la dernière fois que j'ai dormi avec un garçon.
Moi : Et c'est pas allé assez loin à mon goût. ;)
Rudy : Bon, lundi chez toi alors ?

Sauf que le lundi, il n'était dispo que l'après-midi. Il me fallait trouver un soir, moment plus sensuel, pour parvenir à mes fins.

Moi : Oh l'aprem c'est triste. Lundi : Starbucks. Un soir de la semaine : chez moi.
Rudy : OK. Ce sera la semaine d'après alors…
Moi : Oh c'est dans longtemps ! Bon bah peut-être que tu viendras chez moi lundi alors, lol.

Oui parce que je suis chaud, quand même.
Nous changeons de sujet. Dans la conversation, en réponse à son questionnement sur mon état moral, je lui glisse :
"ça me fait du bien de parler avec toi…".

Rudy : Moi aussi j'aime parler avec toi, ça fait vraiment du bien. Même mon homme a compris ça. Il n'est pas jaloux de toi. Tant mieux. ;-)

Et merde.

Les minutes passent sans que je réponde.


Rudy : J'en connais un qui s'est endormi !
Moi : Pas encooooooooore ! Trop excité pour dormir je crois. ;)
Rudy : J'ai bien vu que tu étais excité, vu les propos(itions).

Puis, dans un texto à part…

Rudy : Ah Jonathan…

Comme un soupir de désir… Non ?

Moi : Quoi ? T'as joui ? :D
Rudy : Euh non, j'ai pas joui. Mais je suis dans un tel état ce soir…
Moi : Putain, m'en parle pas, j'avais pas autant mouillé mon caleçon depuis très longtemps ! ^^;
Rudy : C'est bizarre. Je fais très rarement des SMS cochons mais quand j'en fais avec mon homme, c'est systématiquement en parallèle de tes SMS. Mais là, non, on continue à parler de cul. J'EN PEUX PLUS. Alors comme ça tu mouilles ton caleçon ?

Des SMS cochons uniquement en parallèle des miens ? Ca veut dire quoi ça ? Que c'est moi que tu kiffes en réalité ?

Moi : Ah oui, quand je suis excité, j'ai la bite qui mouille grave (et je transpire aussi beaucoup du cul) : je suis un homme fontaine ! :p Pas toi ?
Rudy : Je mouille beaucoup aussi. ;-) Y a même des mecs que ça a dérangé. Mais c'est pratique quand tu mets pas de capote. Ca sert de gel et hop… Oui, j'aime le sexe et je le revendique. J'ai besoin de beaucoup faire l'amour (ou de baiser aussi tiens). J'aime certains trucs aussi et je m'éclate pas mal avec mon homme car on parle bien de sexe…

Mais tu me fais chier à parler de ton mec ! Tu souffles le chaud et le froid avec moi.
Et là, il m'envoie une photo de son visage.


Rudy : Oh putain cette gueule, pas rasé depuis une semaine…
Moi : Ca te fait jamais mal de prendre un mec sans gel et sans capote ? Même en mouillant, moi j'ai la bite tellement sensible que souvent ça me tire. Alors qu'avec du lubrifiant c'est tellement bon putain… C'est tellement important le sexe, tu apprends tellement de choses sur les gens en couchant avec, et tu peux échanger et partager tellement plus que des fluides…

Note importante : il va de soi que cette discussion de sexe sans protection sous-entend des rapports sexuels dans un couple fidèle, après plusieurs mois de relation et tests effectués.

Moi : Oh putain salaud, tu fais exprès de m'envoyer une photo de toi pas rasé !!!

Surexcité, je suis à deux doigts (!) de lui envoyer une photo de mon émoi, pour le chauffer. Mais je reste pudique, aucune photo de mon anatomie n'a jamais été faite (je pourrais être Miss France, moi), alors je retire mon caleçon, je le mets au sol et je le prends en photo.

Rudy : Euh, tu es tout nu alors ? Prendre un mec sans gel et sans capote ? Bah je lui lèche le cul s'il faut. Je suis pas rasé et je pique grave. Tu aimes ça ? Là, je pique. Bah j'ai le boxer tout mouillé aussi. Grrr.
Moi : C'est une nuit pleine de surprises et d'humidité…
Rudy : Tu me donnes chaud. J'ai une demi-molle depuis trop longtemps là. Heureusement que je suis au taf. Tu m'excites en plus, tu le sais…
Moi : J'avoue, heureusement que tu es au taf, je n'aurais pas été très sage sinon… Déjà que je ne te facilite pas la tâche. Mais quand un mec m'excite j'ai du mal à me contenir.
Rudy : Oh putain, j'en peux plus…

Et voilà, au moins, là, il ne pense plus à son mec, mais à moi.

Rudy : Je te pensais pas si chaud comme ça mais c'est avec plaisir que je te découvre ;-p (oui, j'y mets la langue). Mais effectivement heureusement que je bosse car sinon…
Moi : Je ne suis pas facilement attiré, tu sais… Alors quand je suis sûr de ce que je ressens, ouais je suis chaud. :p Et puis j'ai tellement l'impression qu'on a la même approche du sexe que ça me perturbe un peu. ^^;
Rudy : Toi, tu me plais. Je te l'ai dit tout à l'heure. Ce n'est pas uniquement physique. J'aime nos échanges, être avec toi… Et physiquement, quand tu as un T-shirt ou un polo un peu ouvert, ça me déconcentre. Tu es mignon Jonathan, tu le sais. Bon, repose-toi… Tu as bien de la chance d'être dans ton lit, j'aurais aimé y être.
Moi : :) You're fucking sweet. Je ne me l'explique pas mais tu me fais du bien. Merci pour tout ça… Avec toi j'oublie tout ce qui m'a blessé ces derniers temps. Tu es vrai avec moi et ça me touche. Et en plus je rêve de ta barbe et de ton cul (voilà, c'est dit). Putain je devrais pas te dire tout ça ! I like you and I wish you were here.
Rudy : Je te fais du bien ? J'adore cette relation avec toi. Tant de réciprocité. ;-) Si ça te fait du bien, tant mieux, ça me fait plaisir. Tu rêves de ma barbe ? Ca va piquer là… Bon, pour mon cul, ok. Il paraît qu'il est bien accueillant.
Moi : Bah ça me fait du bien de t'avoir dans ma vie. Ta barbe, ta bouche, ton sourire… Ca dépasse le physique tout ça, y a un TRUC quoi. Y a un truc…
Rudy : Euh, j'ai un peu de mal à croire que je puisse faire cet effet mais bon. ;-) Ca fait plaisir en tout cas. Tu as jamais goûté à ma bouche, tu peux pas savoir… Putain, tu m'excites aussi…
Moi : Tu sais, souvent, les feelings sont réciproques. La connexion va dans les deux sens. Tu m'aimes bien, je t'aime bien… Et puis t'es vachement mignon, et t'as de la barbe, lol. J'ai des images plein la tête. Il faudrait que je la goûte, justement, ta bouche…

Il m'envoie une photo de lui.

Rudy : 05h21, c'est dur le taf de nuit. Je vais vieillir plus vite…
Moi : Moi je te trouve chou quand tu es fatigué.
Rudy : ;-) Tu vas être crevé toi demain… Je sais pas quoi répondre à ton SMS précédent mais ça me touche vraiment beaucoup. Tu me fais plaisir… Tu as pas sommeil ?
Moi : Je suis crevé mais j'arrive pas à dormir. Tu tiens bon toi ?
Rudy : On prend un café ? Moi, ça va. La pression est redescendue. ;-)
Moi : Tu veux filer du café à un insomniaque ? Tu veux ma mort ou quoi ? ;) Va vraiment falloir que je dorme là… T'es pas censé rejoindre ton homme en plus ?
Rudy : Bah si mais il dort. Alors le rejoindre à 08h ou à 09h c'est pareil.
Moi : C'est pas l'envie qui manque, mais ce ne serait pas sage de se voir après une telle nuit… ;)

Je finis par décider d'aller me coucher et de le laisser à son couple.

Rudy : Bisous doux.
Moi : Bisous fous.
Rudy : A ce point ? Arrête, je vais prendre la ligne 12 sinon…
Moi : Ne me tente pas ! Rentre chez ton homme ! On n'est pas sages…
Rudy : Si on se voit, c'est pas forcément pour tromper mon homme. Je suis quelqu'un de bien (enfin, j'essaie le plus possible). J'arrête de te tenter alors. :( Je ne vois pas en quoi on n'est pas sages.
Moi : Oui mais là, je ne serais pas sage et quelqu'un de bien, je vais te sauter dessus, je le sens, et c'est pas cool pour toi…
Rudy : C'est quoi ton adresse ? lol

Je lui donne alors mon adresse.

Rudy : Ce matin, ça va être (trop) chaud. Mais si j'arrive à te maintenir éveillé demain pareil, je viendrai avec des croissants. ;)
Moi : Ca me rassure, je préfère ça, c'est plus sage. Ne nous emballons pas. Cette nuit était chouette, c'est tout ce qui compte. :) Bisous, mal rasé. :p
Rudy : J'étais pas loin pourtant, lol. Repose-toi bien. Bisous doux qui piquent.

A suivre…

17/02/2010

17/02/10 - 16:19

Nouvelle lune (2) : L'impensable impossible

Suite de l'article Nouvelle lune (1) : Fascination

Passer un moment avec Rudy me faisait plaisir, même si je savais que rien ne se passerait vu qu'il était en couple depuis trois mois. Jamais je ne gâcherais ça au prix d'un coup de bite.

Pas grave, Rudy devient mon ami. C'est déjà un grand pas en avant de savoir que mon corps fonctionne toujours. Les textos que nous nous échangeons me plaisent. Il a une façon de me parler qui me flatte, il m'aide à me sentir bien. Avec lui, je n'ai plus l'impression d'être une sous-merde. Il est parfois un peu limite lorsqu'il me dit qu'il a envie de me revoir, mais sans jamais être vraiment ambigu ; j'ai toujours connu Rudy en couple et il s'est toujours exprimé de la sorte. Je sais donc bien qu'il a un peu tendance à en faire trop dans ses mots, même en amitié. Mais pour une fois, une relation dépourvue de cynisme est une bouffée d'air frais. Il est entier et vrai, y compris dans sa façon d'exprimer son affection. Et quand je le taquine sexuellement, il ne surenchérit pas.

Je revois Rudy juste après avoir eu mon aventure avec Bradshaw. Il a du mal à comprendre que sa sainteté Diabolito ait pu coucher aussi facilement avec lui et ait renoncé à ses valeurs pour se taper un beau gosse. Je lui explique la complexité et la profondeur de la situation. Le dîner se passe bien, à l'exception de la pizza quatre fromages et du vin qu'il engloutit seul ; cette vision d'un homme ingurgitant deux produits qui me dégoûtent a le don d'annihiler tout désir. Cela ne m'empêche pas d'apprécier le jeune homme, je le lui manifeste en passant ma main sur son cou en revenant des toilettes ; je suis devenu si tactile ces derniers mois. Il passe bien vite à son tour aux chiottes, puis nous quittons le restaurant pour nous promener.

Une fois de plus, il fait froid, mais parler pendant des heures nous réchauffe. Il finit par me complimenter sur mon physique - alors que je me sens particulièrement moche ces derniers temps. On regarde mes photos et il s'amuse à en faire le commentaire : là-dessus, t'es vraiment mignon, par contre sur celle-ci, c'est quoi cette vieille coupe de cheveux ? C'est quoi cette mèche ? On rigole, j'aime son honnêteté. Par contre, il a tendance à être scotché à son iPhone (en geek ultime qu'il est) et ça a le dont de m'emmerder bien profondément. Je considère en effet que lorsqu'on est en compagnie de quelqu'un, on ne passe pas son temps sur un appareil technologique… De plus, il envoie sans cesse des textos à son mec. Euh, tu l'dis si j'te soûle ?!

Qu'importe, je l'aime bien, il me détend, me fait rire et sait me réconforter quand ça ne va pas. J'ai gagné un ami.

Rudy et moi n'avons ensuite pas l'occasion de nous voir avant pas mal de temps. Nous continuons alors à échanger régulièrement grâce aux nouvelles technologies. Le rôle de confident lui va bien. Et moi je suis son psy !

Jusqu'à ce qu'il m'avoue avoir vraiment besoin de me parler… Pour me confier qu'il a trompé son mec avec un qu'il a rencontré en soirée. Je n'en reviens pas. Mais, tout de suite, cela fait sauter une barrière dans ma tête : s'il l'a trompé avec lui, alors il peut le tromper avec moi.

Je ne voulais pas briser un couple, m'insérer entre eux, mais puisque Rudy est capable de s'enthousiasmer rapidement pour un autre garçon, alors il est possible qu'il s'intéresse aussi à moi. Il manifeste toujours l'envie d'être fidèle mais je sens, depuis toujours, dans ses mots, qu'il reste toujours ouvert à une rencontre inopinée. Et je sais qu'il m'aime bien, qu'il me met un peu sur un piédestal. Je pourrais parvenir à mes fins. J'imagine la tête de mon entourage s'ils l'apprenaient…

Mais voilà, Rudy aime son homme. Et décide de rester avec lui, d'oublier l'incident, de passer à autre chose.

Je suis bien vite rattrapé par ma morale (ne touche pas aux hommes mariés). Je n'ai pas le droit de me servir de lui pour me faire du bien. Mes amies me conseillent toutes de foncer. Je n'ai pas à me préoccuper de sa situation amoureuse à lui ; je ne vais pas le violer, s'il est consentant, c'est son problème, pas le mien. Après tout, je suis libre comme l'air et j'ai le cœur en miettes.

Que faire ? Dois-je rester un simple ami et me cantonner à ce rôle qui me convient ? Etre celui à qui il se confie ? Ou passer du côte obscur de la Force en tentant de coucher avec ce garçon qui m'intrigue tant ?

A suivre...

15/02/2010

15/02/10 - 18:44

Nouvelle lune (1) : Fascination

Mes intentions n'étaient pas innocentes en le revoyant. Je savais qu'une relation entre nous aurait l'effet d'une bombe dans ma vie. Dans ma nouvelle comme dans l'ancienne. Une solution pour contrer les effets dévastateurs de mes derniers drames sentimentaux ? Mais je ne m'attendais pas, vraiment pas, à ce qui allait suivre.

Sur Internet, j'aimais bien Rudy. Pourtant je trouvais sa façon de s'exprimer quelque peu étrange, presque enfantine, sans jamais réussir à la définir complètement. Il me racontait sa vie, se confiait à moi facilement, me manifestait un intérêt qui faisait plaisir. Mais à chaque fois que nous nous croisions, j'étais déçu par la réalité. C'était toujours en soirée, où il était bourré. Il me faisait penser, au choix, à un poivrot beauf de 23 ans ou à une petite pute sans éthique.

Il m'avait plusieurs fois proposé de nous voir, seuls, dans d'autres circonstances, mais je n'avais jamais donné suite. Début décembre, dans l'optique de me remettre sur pied, je lui propose un rendez-vous en tout bien tout honneur. Voir de nouvelles têtes (et pourquoi pas une nouvelle bite) est tout ce dont j'ai besoin à ce moment-là.

A peine est-il sorti du métro Bastille que je me sens vraiment - vraiment - content de le revoir. Le contact de sa barbe sur ma joue au moment de lui faire la bise me fait un peu trop plaisir et le geste qu'il fait lorsqu'il fume m'apparaît alors sexy. Damn, what's wrong with me ? Comment puis-je être attiré par "lui" alors que ça fait neuf mois que nous nous "connaissons" ? Ca ne peut être qu'à cause de notre lien si particulier, je dois vraiment avoir l'esprit tordu et pervers…

Au Starbucks, le temps passe vite et la discussion ne se tarit pas. Le jeune homme a un esprit qui fonctionne différemment du mien : il ramène souvent la parole à son expérience, va de digression en digression (alors que j'aime aller en profondeur). Mais, surprise, malgré ces défauts de communication, il revient toujours au sujet initial et semble sincèrement intéressé par ce que je lui raconte. Il m'écoute, me conseille et tente de me comprendre. Je ne m'y attendais pas et ça me fait vraiment du bien. Il est agréable, le petit Rudy.

Nous décidons de finir l'après-midi en nous promenant dans Paris, où nous discutons sans nous arrêter. Rue de Rivoli, au niveau des Tuileries, nous abordons le sexe. Et là, c'est une révélation : il en parle aussi simplement et librement que moi. Bien que nos pratiques ne soient pas exactement les mêmes, je sens qu'il perçoit la sexualité de la même façon que moi. Je suis sûr et certain que coucher ensemble serait divin. Nous sommes parfaitement compatibles, ça ne fait aucun doute. Il fait froid, nous marchons dans la rue, et pourtant, je sens la chaleur m'envahir l'entrejambe et mon caleçon s'humidifier de désir. C'est la première fois, depuis mes histoires, que je suis attiré par quelqu'un. Et il faut que ça tombe sur un garçon qui est en couple et heureux.

A suivre...

 

Disneyland : 10 % de réduction sur votre passeport annuel. Pour en profiter, contactez-moi !

Jonathan, 27 ans, consultant éditorial.
Diable névrosé, chieur, chouineur, tapette volante, superficiel, profond, humain et tout un tas d'autres choses.

Je n'aime pas les fautes d'orthographe, je n'aime pas les fautes de grammaire, de conjugaison, de frappe, de concordance des temps (que je fais trop souvent) ou d'expression. Je n'aime pas non plus ceux qui ne savent pas lire. Afin de satisfaire ma maniaquerie et me permettre d'avoir le blog le plus propre possible, merci de me signaler toutes les fautes que vous pourriez y trouver. Quant aux lecteurs de travers, il n’y a malheureusement rien à faire, je ne peux pas les balayer.