21/12/2003Récit d'une ruptureA 13h, je me suis réveillé, hier, plein d'enthousiasme et de bonne humeur. J'avais passé une bonne soirée la veille, j'avais eu Bertrand au téléphone et on avait réussi à parler mieux que d'habitude. Par conséquent, l'espoir me revenait. Dès le réveil, j'avais un message de lui. Il me disait de me dépêcher, il semblait avoir hâte de me voir. Que demander de plus ?
Le trajet pour aller chez lui avait commencé à entamer ma si bonne humeur : trop de monde dans le métro, la peur de le faire attendre sous la pluie, la prise de conscience du long trajet qui nous sépare...
J'arrive à Bastille à 15h. Personne n'est là. Je l'appelle. "Numéro occupé." Je l'appelle et le rappelle cinq fois en un quart d'heure. "Numéro occupé." Ca commence à m'énerver, qu'est ce qu'il fout ce con à être au téléphone alors que moi je me pèle les burnes à l'attendre ??? Il finit par raccrocher et répondre à mon appel, il se fout de ma gueule parce que j'ai peur de me planter de trajet en allant chez lui (je n'ai pas du tout le sens de l'orientation.)
J'arrive chez lui, un peu froid. Lui est câlin, sans plus. On grignote. Puis on commence à parler. La naissance de ma mauvaise humeur engendre des pensées très négatives que j'ai eues toute la semaine, suite à l'indifférence qu'il m'avait manifestée le dimanche précédent. Je lui explique que j'ai tenté tous les jours de lui faire comprendre que ça n'allait pas, que cette-fois était pire que les autres et que j'étais au bord de la rupture. Comme d'habitude, c'est moi qui parle, et lui qui ne dit rien. Aucune réponse, aucun commentaire. Ni "je ne suis pas d'accord avec toi", ni "tu as raison, pardon". Rien. Dans ces conditions, à quoi ça sert de parler ? Comment puis-je digérer tout le négatif sans sa mastication intellectuelle ? La seule chose qu'il finira par trouver à dire c'est : "Il faut qu'on casse." Au départ je n'y crois pas. Ce n'est pas la première fois qu'il me propose cette solution, et ma réponse pleine de larmes à chaque fois suffit à le faire renoncer à cette possibilité. "Tu es malheureux avec moi, ça sert à rien de continuer, il faut bien que l'un des deux prenne la décision." Je finis pas comprendre que cette fois-ci, on casse vraiment. Dès lors, mes larmes commencent à couler, ma poitrine à se secouer, mon corps à se plier, ma voix à trembler. Je prends petit à petit conscience de ce qui se passe, mais mon cerveau ne veut pas intégrer cette donnée nouvelle : c'est fini. Ce que je ressens, c'est une douleur atroce, et une ironie glaciale. J'essaye vainement de le faire changer d'avis, mais sa décision est prise. Mes yeux étaient rouges et gonflés, mon visage bouffi, mes lèvres irritées. "On pourra continuer à se voir, on pourra être amants de temps en temps... ;)" Bien sûr. Le problème, c'est que je suis entier : avec moi, c'est tout ou rien. Soit on est ensemble et on se voit, soit on n'est pas ensemble et on ne se voit plus du tout. Ce n'est pas tellement un choix, mais si je le vois régulièrement je n'arriverai pas à l'oublier. Si ça doit se terminer, alors c'est la fin de notre relation amoureuse et de notre relation tout court. C'est comme ça que ça c'était passé avec Arnaud, mon ex, en tout cas. Il me dit aussi : "Ce qui est affreux, c'est que si c'était plus simple (au sens où je l'entends), ça aurait pu marcher du feu de Dieu."
Vers 18h30, après plusieurs heures de descente aux enfers, je décide d'aller pisser. J'entends alors trois personnes débarquer dans l'appart : le frère de Bertrand, sa copine, et un pote. Super. Avec ma tronche de Gremlins et mon cœur en miettes, ça va pas le faire du tout. Bertrand me rejoint dans les chiottes, puis on se faufile dans sa chambre. Il met de la musique déprimante, nous voyons toute notre relation défiler sous nos yeux, du début à la fin... Je repense à tant de mots, tant de gestes... La douleur ne s'estompe pas.
D'autres personnes débarquent, il y a toute une colonie dans la pièce d'à côté. C'est formidable. Je dis à Bertrand que je voudrais bien partir mais que je refuse catégoriquement d'exposer mon être ainsi meurtri devant toute cette population. "T'as qu'à aller les voir, leur expliquer qu'on a cassé, que ça va pas du tout, et leur demander de s'exiler dans une autre pièce juste le temps que je sorte." Finalement, la chambre de Bertrand possédant une porte de sortie elle aussi, il finit par la dégager, m'embrasse une dernière fois, et je suis parti comme un voleur.
A peine sorti de l'immeuble, je revois la rue que j'avais empruntée pour venir, je revois le magasin d'alimentation dans lequel nous avions acheté à boire à mon retour de Palavas, je repense à notre scène torride dans l'appartement en travaux...
Je suis dans la fourmilière parisienne, je croise des centaines de gens que je ne vois pas car mes yeux sont embrouillés de larmes et mon cœur embrumé de douleur.
Le trajet me parait extrêmement long. Je sens parfois le regard interrogateur des gens sur moi. Non, je ne suis pas en train de faire de la pub pour "Douleurs sans frontières", je suis juste déprimé par une rupture. J'envoie un texto à Manu : "J'ai pas la tête à parler ni à faire quoi que ce soit, mais je pense que tu préfères être au courant tt de suite. Donc voilà. C'est fini. On a cassé."
Je sors du métro. La pluie est torrentielle. C'est à peine si je la sens. J'ai emballé mon cœur, et je me prépare à peut-être faire face à mon père. J'entends mon téléphone faire 'bip-bip'. C'est Manu : "Non... Tu dois etr éfondré mon Kiki... Ce n'è peut-etr ke provisoir?Malgré lé souci tu a envi d'etr avec lui ou pa?Tu di "on" mé C + lui ou toi?Sinon je t'M moi..." Cette dernière phrase me scotche sur place. Je sens le sol s'ouvrir sous mes pieds, me creuser une tombe et me noyer dans la boue. Mon visage est maculé de larmes et de pluie. Allez, encore quelques mètres et je suis chez moi. Courage.
Arrivé devant chez moi, un couple de retraités a du mal à rentrer. Je me cache derrière des feuillages pour essuyer mes yeux, pour camoufler ma tristesse à ces inconnus. Je m'étonne moi-même de ma prestation : je suis souriant et avenant, je les aide à rentrer, etc.
Il doit être aux environs de 20h. Je rentre dans mon appart'. Mon père n'est pas là. Je ferme la porte. Je m'effondre. J'ai envie de me coucher là, à même le sol, de me recroqueviller. Les larmes prennent leur chemin habituel et douloureux. J'ai le réflexe d'allumer l'ordinateur. Je vais dans ma chambre. Je pose mes affaires, je me lave les mains et les cheveux (le gel et la pluie c'est pas top.) Je vais sur GA pour me libérer un peu, mais je peine à écrire et j'ai mal partout.
Je réponds à Manu : "Effondré, c le mot oui. C lui qui a décidé de casser parce que notre relation me rend malheureux... Moi malgré tt je voulais pas encore casser. G mal à la tête."
Je prends un Nurofen et je décide d'aller me coucher, cette journée n'a rien de bon à m'apporter. Je reçois alors un texto inattendu. C'est Bertrand. Il me dit "Je t'aime !" J'ai une foule de sentiments contradictoires en moi. Je suis touché qu'il m'écrive, qu'il me dise ça, et en même temps, j'ai envie de lui dire : oui, et alors ? Je ne sais pas quoi lui répondre, je sais que si je ne lui réponds pas il fera silence radio, et je n'ai qu'une envie, c'est d'avoir plein de contacts avec lui. "Moi aussi, mais tu le sais... J'ai mal à la tête. Bisous à Miss Starlette et aux autres."
A 21h, je me couche. Mais impossible de m'endormir. Moi qui n'ai jamais mal à la tête, j'ai la sensation d'avoir un lourd casque de plomb. Je me sens malade et très seul. J'ai envie qu'on s'occupe de moi. J'ai envie que Bertrand arrive avec une petite cuillère et me ramasse morceau par morceau. Je sais que c'est impossible, qu'il est avec ses amis, qu'il s'amuse, qu'il pense peu à moi.
"Oui enfin tu lui a di ke tu ne voulè pa cassé non?Vous avè peut-etr besoin d'un break...Sil tien à toi il ora ossi envi d'etr avec toi...Pleur plu mon Kiki..."
A 22h, je prends du Lexomil et du Stilnox. Je finis par m'endormir. C'est la trêve. Je me réveille à 1h. Je ne me sens plus mal. Il me suffit de cinq minutes pour que tout me revienne en mémoire. Je me remets à pleurer. Je ne sais plus quoi faire. La douleur est trop forte. J'ai cette impression terrible d'avoir perdu goût à la vie. Je n'ai plus envie de rien. Je n'ai rien mangé depuis plusieurs heures. Je prends un deuxième quart de Lexomil.
Je repense à tout ce qui s'est passé. Des phrases cohérentes se forment dans ma tête. J'imagine que je parle à Bertrand. Je décide de me relever et de mettre tout ça sur papier. Pendant plus d'une heure, je lui écris une lettre.
A 4h, nouveau texto de Manu : "ça va... ? Tu pleures? (la question trop conne) Si tu a tro besoin de lui tu doi lui parler... Tu dois suivre ton coeur quoi Quoiqu'il te dise... Je pense à toi"
"Ca commence à aller mieux. Je crois que G jamais autant pleuré de ma vie! Je viens de lui écrire une lettre, ça m'a fait du bien. Il me manque. Merci d'être là."
Je m'endormirai une heure plus tard, après avoir pris un troisième quart de Lexomil.
11h, je me réveille. Je me sens anesthésié. Je ne sais plus quoi penser, je ne sais plus ce que je veux vis-a-vis de Bertrand. Je décide de profiter de cette froideur pour tout mettre en ligne sur GA.
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Jonathan, 26 ans, assistant de rédaction en recherche de sens et de soi.
Diable névrosé, chieur, chouineur, tapette volante, superficiel, profond, humain et tout un tas d'autres choses.
Je n'aime pas les fautes d'orthographe, je n'aime pas les fautes de grammaire, de conjugaison, de frappe, de concordance des temps (que je fais trop souvent) ou d'expression. Je n'aime pas non plus ceux qui ne savent pas lire. Afin de satisfaire ma maniaquerie et me permettre d'avoir le blog le plus propre possible, merci de me signaler toutes les fautes que vous pourriez y trouver. Quant aux lecteurs de travers, il n’y a malheureusement rien à faire, je ne peux pas les balayer.  |
21/12/03 - 12:58
Tiens bon, demain est un autre jour.
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