Tâtonnements
Il y a deux moments qui me fascinent toujours dans les relations. Le premier, c’est celui qui instaure des limites. En effet, du moment de la rencontre jusqu’à la concrétisation (que ce soit en amour, en amitié ou dans le cadre professionnel) tout est question de repousser des limites. Petit à petit, on s’autorise à dire plus de choses, à en demander plus aussi, à être plus impertinent, à faire des blagues plus osées, à pénétrer dans l’intimité de l’autre et vice-versa. La question est de savoir jusqu’à quel point on est autorisé à aller.
Il n’y a aucun doute que les gens dont je me sens le plus proches aujourd’hui sont les personnes qui m’ont le plus permis d’accéder à leurs secrets et qui connaissent les miens.
Chaque fois qu’on refuse de répondre à l’une de mes questions ou qu’on m’empêche de m’épancher autant que je le souhaiterais, une barrière entre l’autre et moi se crée.
Mais le fait est que chaque étape se fait en un temps unique et différent suivant personnes et relations. Il faut du temps avant que deux êtres battent à l’unisson. Ces moments où l’on découvre les autres et où ils apprennent à nous connaître sont certes très enrichissants mais aussi effrayants : chaque nouveauté arrive comme une surprise et rien ne dit que la prochaine ne sera pas un colis piégé.
Par exemple, comment savoir si les blagues qu’on s’amuse à faire aux autres sont appréciées ou offensantes ? Comment trouver la bonne mesure entre l’insulte et la vanne ? Comment faire comprendre que nos intentions sont uniquement bénéfiques ? Comment savoir si les autres sont ironiques ou sincères ? S’ils plaisantent ou s’ils reprochent ? C’est d’autant plus difficile que beaucoup de gens sont inconstants. Je vois régulièrement que c’est là le sujet de nombreuses discordes.
Le deuxième moment qui me fascine dans mes relations est celui qui va décider de l’avenir de l’autre dans ma vie. Le moment le plus crucial est celui où je découvre ses défauts. Bien souvent un défaut en particulier. Ce moment où l’euphorie du début de toute relation cède à la dure réalité : le piédestal de la nouveauté sur lequel il ou elle était placé s’écroule pour laisser la place à l’égalité. Le risque, et c’est ce qui se passe dans 90 % des cas en ce qui me concerne, c’est que la personne s’écroule carrément et descende là où je ne peux plus que la regarder de haut. Désolé, ça ne me convient pas. Au suivant !
Là encore c’est extrêmement effrayant, parce que dans toutes mes relations naissantes je crains ce moment, d’autant plus que si la personne a chuté de mon cœur, ce n’est pas nécessairement réciproque. Il arrive bien sûr que les rôles soient inversés, chose que je déteste, mais que je n’ai pas d’autre choix que d’accepter.
Ainsi, se lancer à corps perdu dans une relation est quelque chose que j’ai recommencé à faire récemment mais qui est, je le sais, très risqué. En gros, c’est quitte ou double. Tant que l’autre en est conscient…
Ce moment où je prends conscience de l’
humanité de l’autre est en fait un moment de négativité vis-à-vis de cet autre. Pendant quelques temps, je ne veux plus de cette personne. Elle tombe en disgrâce. Après la montée du Roller Coaster, c’est la descente qui décoiffe. Ca peut durer une heure, comme ça peut durer des mois. Et c’est après cet instant que tout se décide. Si le train remonte la pente, alors là, on peut envisager un avenir relationnel ensemble. Mais si le wagon stagne ou tombe encore plus bas, on en restera à des superficialités, désolé.
C’est aussi pour ça que pas mal de mes relations virtuelles en restent là ; je ne poursuis pas la chose jusqu’à tenter de les transformer en amitiés réelles parce que je sais comment je suis, je sais que j’ai tendance à me lasser et qu’à la moindre occasion je vais fuir afin, paradoxalement, de ne pas perdre les bons aspects.
C’est ainsi que je préviens toujours un maximum de gens : ne t’attache pas à moi, je ne suis pas la bonne personne pour ça… Si on s’attache trop trop vite et que je ne me suis pas autant attaché à l’autre, alors je me détache. C’est la loi de ma jungle.
04/03/05 - 19:24
P'tit con, j'aime vraiment bien ce que tu écris.
jeuneparisien1978