Je lis : des ratures. Je cite : «On met tellement de temps à devenir adulte, c'est toujours trop tard, et la vie se venge en nous infligeant des peines qui ne s'effacent pas et des remords affreusement amers.» (Frédéric Mitterrand) (mis à jour dimanche 18 novembre 2007 à 08:58)
Putain, merde, je ne sais pas trop comment ça se fait mais, maintenant, j'ai le droit de poster 400 photos par moi. Sacristouille, en vérité, je vous le dis, moi, vous allez en bouffer, au moi(s) d'octobre, des photos du ch'tit Jeffrey, et du ch'tit Rafa! Relativement à ce dernier, oui, oui, ,comme tous les autres tarrés frustrés de l'internet, je connais les photos de lui prises et volées par un paparazzi assurément aussi médiocre que l'un de nos amis en Agnès - XL. M%ais ne comptez pas une seule seconde sur moi pour les diffuser: surprendre un petit mec de vingt-deux ans qui est en vacances, qui ne demande rien à personne et qui cherche juste à prendre du bon temps avec ses potes, ce n'est vraiment pas ma manière de faire - ou même, si le terme n'est ici pas trop obscène, de penser.
(Eh, grouille-toi, Griffin! Qu'est-ce qu'il t'arrive, là, ce matin? Tu vas finir par arriver en retard)
Bon sang, c'est vrai. Allez, c'est le dernier post du jour, hein? Enfin, je veux dire: "de ce matin".
La photo est signée Alain Baudry.
Ce qui est drôle, c'est qu'à l'époque de ma prime jeune, on se serait fait tuer plutôt que de porter du rose. Et lui, là, vingt ans plus tard, tout le monde le constatera, le rose lui va si si bien!
Note à benêt, entendons, à l'intention des happy fews cyberflics de GA: selon des sources bien informées, ce n'est pas un ch'tit Ukrainien ou Géorgien ou je ne sais quoi (désolé, Daniel: j'ai toujours été nul en géographie) drogué, battu, torturé, vendu et exploité par Nico, du Nico-Blog, hein, le ch'tit Jeffrey. Non, non, apparemment, c'est juste un petit jeune mec de dix-huit ou vingt ans (j'avoue que je ne sais plus trop), qui 'est libre, qui a ses papiers et tout et tout, qui est d'ailleurs dans doute Français, et qui aime bien poser pour des photographes qui, visiblement, le lui rendent bien.
Note à benêt, comme dirait ET - enfin "note à benêt 2": le mec qui l'a pris en photo a soixante ans. Je ne connais pas Jeffrey, ne le connaitrai jamais (hélas) mais bon: je ne pense pas une seule seconde qu'il considère que son photographe estt "un vieux porc" (sic). Moi, en tout cas, je ne le pense pas.
Note à benêt 3: la différence entre moi et les pauvres merdes ceux qui, à longueur de journée, postent leur mal-être sur le JDI, tout en nous assurant, à nous qui ne leur demandons rien, qu'ils ne sont pas là, qu'ils ne nous lisent pas et qu'ils nous méprisent, c'est que, moi, au grand jamais, même si j'avais eu une photo des fesses de Jeffrey, je ne les aurais jamais diffusées, du moins sans son accord.
Note à benêts 4. Eh, oh, qu'est-ce qu'il m'arrive, là? C'est bien mignonnet, Internet, mais il faut vraiment que je file. Laissons Cruchon et ses cruchettes à leur non-vie.
Sans lien avec le précédent ou Vite fait, avant de filer à la mine
Très classe, vraiment, cette façon d'utiliser et de diffuser une photo volée par un paparazzi ! "Respect, total respect", comme disait, je crois, un certain Difool, lorsqu'il me cassait les oreilles à l'internat, en 1990.
Voilà, en tout cas, qui en dit encore un peu plus sur le personnage...
Un mien informateur bienveillant (si, si, il y en a) m’apprend que l’on parle de moi, en commentaire d’un blog que je ne lis pas mais dont l’auteur est, me dit-on, l’avatar d’un dépressif vaguement psychopathe qui multiplie les identités virtuelles et passe son temps, sur GA, à répéter à l’envi qu’il n’est plus là.
Mais que dit-on de moi, au juste ? Que disent de moi ces gens qui ne me connaissent pas, qui ne m’ont jamais vu et qui ne me verront jamais parce que, cristi, qu’est-ce qu’ils ne m’intéressent pas?!
Je suis alcoolique, donc. Voilà qui est croquignolet. J’ai vaguement cherché d’où pouvait venir cette accusation ; je dis bien « accusation » car tu l’as bien remarqué, tout comme moi, improbable lecteur : les soit-disant branchés-déjantés-underground-bobo machin nous ont fait avec force et fracas basculer dans l’axiologique. Désormais, fin 2008, être alcoolique, c’est sale ; la drogue, c'est sale, aussi ( Steevy l’a dit : le poppers, maintenant, c’est interdit ; Sarkozy n’en veut plus) ; le sexe, c’est mal aussi (ah, bon sang, tout ce que l’on a pu lire à la mort de Cadinot. Je ne retiendrai qu’une « pensée », pour moi d’anthologie : « mais bon, euh, ce n’est QUE du sexe, hein ») ; avoir plus de trente ans, c’est obscène, aussi : ainsi, en badaudant sur des blogs qu’on aime bien, on découvre avec stupéfaction qu’un jeune trou du cul de vingt-quatre ou vingt-cinq ans n’hésite pas à dire à un mec de cinquante ans et quelques – qui sus est, l’un des seuls qui sache encore écrire, sur ce site, et qui aime la poésie – qu’il est bien regrettable qu’il ne soit pas mort au cours des années sida.
J’ai réfléchi (un peu, hein, car j’ai autre chose à faire que de soigner la dépression de ceux qui viennent polluer mon blog pour me dire qu’ils ne me lisent pas et qu’ils vont bien « je vais bien, tout va bien », dit leur maître à penser) et je me suis rappelé : ah ouais, l’an dernier, j’ai posté deux ou trois articles en étant bien bourré. Eh, tu le sais, toi, improbable lecteur : le Riesling, c’est vachement bon, hein ! Et puis ça se boit tout seul : c’est frais et transparent… on dirait de l’eau. Enfin bref, voilà qui fait de moi, aux yeux de ceux qui ne me connaissent pas et qui ne sont plus sur GA mais qui, à longueur de blogs ou de commentaires, nous parlent de leurs diarrhées, de leurs hémorroïdes et de leurs mycoses (ne ris pas, improbable lecteur : c’est ça, être branché, fun, intelligent ; et si tu peux ajouter que tu as chié dans tes draps, suite à un plan fist qui s’est mal passé parce que tu avais une gastro, ou que tu as vomi sur la bite de 35 cm de ton amant occasionnel cubain – c’est bien, cubain- ou américain – bon, ça le fait moins, c’est encore plus fun).
Qu’est-ce que je disais ? Ah, ouais, donc: je suis donc alcoolique. Cristi, dès après avoir fini de saisir ce post, je vais appeler mon filleul de cœur, qui doit être plus ou moins en train d’en terminer avec le ramadan, pour lui apprendre la nouvelle :
- Eh, S…, tu te souviens, la fois où je m’étais murgé au rhum ?
- Vas-y, non, vas-y, non, j’me souviens pas, moi, vas-y, tu te murges au rhum, toi, vas-y, des fois ?
- Mais si, mais si, l’an dernier… tu me manquais tellement ; j’étais tellement déstabilisé d’avoir abandonné tous mes repères, d’avoir accepté d’être muté là-bas, nulle part, au milieu des vignes…
- …
- …
- Vas-y, eh, sérieux, t’es alcoolo ? C’est vrai ?
- Ben écoute, j’en sais rien : ce sont des dépressifs, sur GA, qui me donnent cette identité.
- GA, c’est ton site de PD?
- Bon sang, S..., je t’ai expliqué cent fois la différence entre pédé et homosexuel! Quoique… ces mecs qui parlent de moi sans que je les connaisse, je pense que ce sont de sacrées tafioles. Tu sais, ce genre de mecs qui vont dans une boîte ou dans une soirée et qui ne lèvent pas le cul de leur chaise, tout occupés à se moquer des autres – pour tenter d’oublier leur propre médiocrité, leur propre inexistence. Ce même genre de mecs que l’on retrouve parfois sur les pistes de danse, à en faire trop, beaucoup trop – et qui t’expliquent que c’est pour se foutre des autres, des gros ploucs qui sont là – sans vouloir s’avouer que ce sont eux, les gros ploucs.
- Bah, ces mecs là, ce sont des grosses merdes. Tu regardes pas, tu tires la chasse et tu mets juste un coup de désodorisant.
- Bah, ne sois pas aussi négatif : ces mecs-là, il paraît que marcher dessus porte bonheur.
Zut, je papote, je papote, et je ne mesure pas les risques que je prends en m’exposant ainsi aux cruchons et autres bien-pensants.
Bon, je suis un sale alcoolo. Ca, c’est établi, puisqu’ils l’ont dit. Qui sus est (ça vous excite, hein, Jérôme, cette expression, vous qui passez vos nuits à errer rue du Taur^^). J’ai pris trois ou quatre cuites en 2008 et ça c’est mal, très mal : Griffin, pauvre merde, tu crèveras d’un cancer du foie, comme ta collègue Edith, qui est morte en deux mois.
Mais ce n’est pas tout : S..., l'aimable interlocuteur de cette conversation si intéressante, je l’ai connu lorsqu’il avait douze ans. Allons-y, zou, les cruchons, qui ne me lisent pas vont s’empresser de m’accuser de pédophilie. D’autant que j’ai, déjà, posté sur mon blog une photo d’un petit Jeffrey mignon comme tout mais dont on ne sait pas trop s'il a dix-huit ans, vingt ans ou seize...
Waouh, c’est chaud ! Vite, arrêtez Griffin ! Nous avons eu la peau de ce sale pervers de Nico qui se paluchait fébrilement (du moins est-ce ce que je veux croire, lorsque je me paluche fébrilement) devant des photos de gosses ukrainiens de vingt ou vingt-deux ans qui en paraissaient dix-huit ou seize, alors, ce vieux (ben oui : il a plus de vingt-deux ans !) désaxé de Griffin qui parle à un gamin de vingt-cinq ans mais qui a eu douze ans, c’est choquant, scandaleux, obscène, dangereux : à la trappe, à la trappe!
Bon sang, mais que fait la police ? Et où est Hortefeux?
Putain, les mecs – non, non, S., même si je suis alcoolique, pédophile, pornophile, zoophile (j’ai longtemps et beaucoup aimé une petite chatte du nom de Psyché) et plein d’autres choses encore en –phile (mais non, sot, je n’ai pas dit « enpheel » : ton humour est du niveau de celui de Népo, ou quoi ?) plein de choses en fait qui feraient se redresser et s’offusquer Cruchot et ses cruchettes.
Je flippe : voilà quatre ou cinq ans que je papote plus ou moins irrégulièrement avec un singe qui, quoiqu’inhibé, ébéphile et impuissant, est… un animal ! Bon sang, ça ne va pas rater : pour Cruchon et ses fans, ça va être une nouvelle preuve que je suis un déviant sexuel. Et être un déviant sexuel, c’est mal. Car, je te le rappelle, improbable lecteur, le sexe, surtout lorsqu’il est marginal, c’est sale. Si, si : c’est Cruchon qui le dit...
Sacristouille : soudain je flippe, encore. Ben ouais : le singe susmentionné, qui ne sait pas tenir sa langue (oh, ne t’affole pas, improbable lecteur : si j’ai bien compté, voilà bien dix ans que notre brave primate n’a pas fait jouer sa langue) a révélé que j’avais passé plusieurs années sur a bosser sur une auteure (ben ouais, désolé : il paraît qu’aujourd’hui on dit comme ça) qui avait quatre-vingt ans passés. Gageons que Cruchon, entre deux diarrhées et trois mots d’autosatisfaction – vas-y, eh, t’as vu comme son filleul, il le kiffe : il va le mater sous la portes des chiottes pendant qu’il est en train de couler un bronze - me taxera de gérontophilie. Si c’est pas une preuve de mes horribles vices, tout ça, ça, moi, je m’appelle Philippe ».
- Arrête de te répéter. Ces mecs, c’est juste des merdes, non ?
- Ouais, enfin je crois ....
- Alors laisse-les crever et infuser dans le jus de leur frustration. Et puis après, on les balancera dans la fosse à purin.
- Lol, comme dirait Pink: t'as peut-être pas tort.
Note à benêts: ce n'est pas moi, hein, sur les photos. Sur la première, tout le monde l'aura compris, c'est le sublissime Jeffrey. Ah, Jeffrey: si je n'étais pas un vieux porc alcoolique et vaguement gauchiste, je te proposerais bien de t'adopter. Sur la seconde photo non plus, ce n'est pas moi (de toute façon, je le dis et je le répète, ce n'est jamais moi, sur les photos). En l'occurrence, ce jeune garçon est bien plus beau, plus musclé, plus sexy et en un mot bien plus tout que moi - cristi, il fait comment, ce diable de Photos75, pour tirer (en photo, bien sûr, en photo!) de telles bombes sexuelles?!
Note à benêts 2 : Bah, on le sait tous les deux, hein, toi, mon hypocrite pote: Cruchon ou ses cruchettes, qui bien sûr ne me lisent pas, et méprisent le JDI, vont encore me sauter à la gorge pour assurer à l'aréopage que je suis une merde, un salaud, un sale pervers qui se tape des culs qui ne sont même pas féminins. Et puis, comme la beauferie n'est plus désormais uniquement hétérosexuelle, on ira suggérer que je suis passif (la dernière grande injure, chez les homos frustrés). " Eh, tu sais quoi, il paraît qu'il part en Tunisie ou au Maroc pour se faire enculer par des petits garçons qu'il ne paye même pas au tarif du SMIC horaire. Si, si, c'est ce qui se susurre sur MSN, entre Cruchon, le supposé infirmier psy marin et quelques anonymes tellement spirituels puisqu'ils postent sur leur blog des photos d'étron dans la cuvette de toilettes plus ou moins propres".
- Vas-, mais tu t'égares, là, tu t'égares. T'as quand même le chic pour faire de longues phrases quand un mot simple suffit. Ca commençait par quel mot, déjà, "Ubu-roi"?
Quand j'avais douze ou treize ans, je le trouvais super bandant, ce mec! Vingt-cinq ans plus tard, ça n'a pas changé: je lui trouve toujours autant de charme, de sexualité sensualité, de grâce et de talent.
Je n'aime pas ces mecs qui parviennent à exprimer en quelques mots ce que je m'épuise à ne pas savoir dire. Mais bon, quand c'est Bashung, Ferré, Higelin, Eluard ou Apollinaire... que dire?
Une chose, cependant: je suis toujours un peu déconcerté quand je pense que H, H alias I, ne le connaît pas, et que, pour lui, il n'est plus ou moins qu'un vieux chanteur - comme, pour moi sans doute, Berthe Sylva ...
Fiction ou projection réelle d'une drôle de réalité pour vos enfants, à l'école de demain...
Ce texte d'un collectif d'enseignants qu'on nous prie de faire passer...
Citation
La journée d'Enzo ou l'école de demain....
3 septembre 2012
Enzo est assis à sa place, parmi ses 32 camarades de CP. Il porte la vieille blouse de son frère, éculée, tâchée, un peu grande. Celle de Jean-Emilien, au premier rang, est toute neuve et porte le logo d'une grande marque.
La maîtresse parle, mais il a du mal à l'entendre, du fond de la classe. Trop de bruit.
La maîtresse est une remplaçante, une dame en retraite qui vient remplacer leur maîtresse en congés maternité. Il ne se souvient pas plus de son nom qu'elle ne se souvient du sien. Sa maîtresse a fait la rentrée, il y a trois semaines, puis est partie en congés.
La vieille dame de 65 ans est là depuis lundi, elle est un peu sourde, mais gentille. Plus gentille que l'intérimaire avant elle. Il sentait le vin et criait fort. Puis il expliquait mal.
Du coup Enzo ne comprend pas bien pourquoi B et A font BA, mais pas dans BANC ni dans BAIE ; ni la soustraction ; ni pourquoi il doit connaître toutes les dates des croisades.
On l'a mis sur la liste des élèves en difficulté, car il a raté sa première évaluation. Il devra rester de 12 à 12h30 pour le soutien. Sans doute aussi aux vacances.
Hier, il avait du mal à écouter la vieille dame, pendant le soutien ; son ventre gargouillait. Quand il est arrivé à la cantine, il ne restait que du pain. Il l'a mangé sous le préau avec ceux dont les parents ne peuvent déjà plus payer la cantine.
Il a commencé l'école l'an dernier, à 5 ans. L'école maternelle n'est plus obligatoire, c'est un choix des mairies, et la mairie de son village ne pouvait pas payer pour maintenir une école.
Son cousin Brice a eu plus de chance : il est allé à l'école à 3 ans, mais ses parents ont dû payer.
La sieste, l'accueil et le goûter n'existent plus, place à la morale, à l'alphabet ; il faut vouvoyer les adultes, obéir, ne pas parler et apprendre à se débrouiller seul pour les habits et les toilettes : pas assez de personnel. Les enseignants, mal payés par la commune, gèrent leurs quarante élèves chacun comme une garderie. L'école privée en face a une vraie maternelle, mais seuls les riches y ont accès. Mais Brice a moins de mal, malgré tout, à comprendre les règles de l'école et ses leçons de CP. En plus, le soir il va à des cours particuliers, car ses parents ne peuvent pas l'aider pour les devoirs, ils font trop d'heures supplémentaires.
Mais Enzo a toujours plus de chance que son voisin Kévin : il doit se lever plus tôt et livrer les journaux avant de venir à l'école, pour aider son grand-père, qui n'a presque pas de retraite.
Enzo est au fond de la classe. La chaise à côté de lui est vide. Son ami Saïd est parti, son père a été expulsé le lendemain du jour où le directeur (un gendarme en retraite choisi par le maire) a rentré le dossier de Saïd dans Base Élèves. Il ne reviendra jamais. Enzo n'oubliera jamais son ami pleurant dans le fourgon de la police, à côté de son père menotté. Il parait qu'il n'avait pas de papiers... Enzo fait très attention : chaque matin il met du papier dans son cartable, dans le sac de sa maman et dans celui de son frère.
Du fond, Enzo ne voit pas bien le tableau. Il est trop loin, et il a besoin de lunettes. Mais les lunettes ne sont plus remboursées. Il faut payer l'assurance, et ses parents n'ont pas les moyens.
L'an prochain Enzo devra prendre le bus pour aller à l'école. Il devra se lever plus tôt. Et rentrer plus tard. L'EPEP (établissements publics d'enseignement primaire) qui gère son école a décidé de regrouper les CP dans le village voisin, pour économiser un poste d'enseignant. Ils seront 36 par classe. Que des garçons. Les filles sont dans une autre école.
Enzo se demande si après le CM2 il ira au collège ou, comme son grand frère Théo, en centre de préformation professionnelle. Peut-être que les cours en atelier seront moins ennuyeux que toutes ces leçons à apprendre par coeur. Mais sa mère dit qu'il n'y a plus de travail, que ça ne sert à rien. Le père d'Enzo a dû aller travailler en Roumanie, l'usine est partie là-bas. Il ne l'a pas vu depuis des mois. La délocalisation, ça s'appelle, à cause de la mondialisation.
Pourtant la vieille dame disait hier que c'est très bien, la mondialisation, que ça apportait la richesse. Ils sont fous, ces Roumains !
Il lui tarde la récréation. Il retrouvera Cathy, la jeune soeur de maman. Elle fait sa deuxième année de stage pour être maîtresse dans l'école, dans la classe de monsieur Luc. Il remplace monsieur Jacques, qui a été renvoyé, car il avait fait grève. On dit que c'était un syndicaliste qui faisait de la pédagogie. Il y avait aussi madame Paulette en CP ; elle apprenait à lire aux enfants avec des vrais livres ; un inspecteur venait régulièrement la gronder ; elle a fini par démissionner.
Cathy a les yeux cernés : le soir elle est serveuse dans un café, car sa formation n'est pas payée. Elle dit : « A 28 ans et un bac +5, servir des bières le soir et faire la classe la journée, c'est épuisant. » Surtout qu'elle dort dans le salon chez Enzo, elle n'a pas assez d'argent pour se payer un loyer.
Après la récréation, il y a le cours de religion et de morale, avec l'abbé Georges. Il faut lui réciter la vie de Jeanne d'Arc et les dix commandements par coeur. C'est lui qui organise le voyage scolaire à Lourdes, à Pâques. Sauf pour ceux qui seront convoqués pour le soutien...
Enzo se demande pourquoi il est là.
Pourquoi Saïd a dû partir.
Pourquoi Cathy et sa mère pleurent la nuit.
Pourquoi et comment les usines s'en vont en emportant le travail.
Pourquoi ils sont si nombreux en classe.
Pourquoi il n'a pas une maîtresse toute l'année.
Pourquoi il devra prendre le bus.
Pourquoi il passe ses vacances à faire des stages. Pourquoi on le punit ainsi.
Pourquoi il n'a pas de lunettes.
Pourquoi il a faim.
Projection basée sur les textes actuels, les expérimentations en cours et les annonces du gouvernement. Est-ce l'école que nous voulons ? Le gouvernement a-til reçu un mandat populaire pour cela ? Qu'attendons nous pour réagir ?
Des enseignants en colère qui aimeraientt que l'on sache être ambitieux pour l'école.
PS : si vous soutenez notre action, svp, prenez le temps d'en parler autour de vous ou de relayez ce courriel à votre propre carnet d'adresses. D'avance, merci.
Je le trouve sacrément croquignolet, ce garçon à qui le rose va si bien:
(Non, non, ET, rassurez-vous: je ne suis pas Nico, du Nico-Blog!)
* Et vous ne m'enlèverez pas l'idée, mon cher ET, que, stalinien, rocardien ou même sarkozyste, l'auteur de ces clichés doit forcément avoir du talent et de la sensibilité pour réussir de telles photos du dénommé Jeffrey!
Tu as entre 35 et 105 ans
Tu mesures entre 105 et 270 cm (non, non, Jérôme: je ne parle pas de la taille du sexe)
Tu pèses entre 60 et 160 kg
Tu es blond, brun, roux, chauve ou rasé
Tu es d'une hygiène irréprochable
Tu es (condition sine qua non) un expert du repassage
Tu sais aussi faire les vitres et cirer un parquet
Tu es maître queux (du calme, Jérôme, du calme!); tu sais, tout particulièrement, cuisiner le poisson et tu fais une paella à faire se damner un Nadal.
Tu es super organisé, hyper réaliste et tout et tout, sans pour autant mépriser les gens qui sont un tantinet bordéliques et, pour parler comme les jeunes, un peu "à l'ouest"
Tu n'as pas de mère, ni de chien
Tu es plutôt de formation scientifique, économique, commerciale ou juridique (les trucs bien chiants, quoi), et tu es intimement persuadé que deux et deux font bien quatre (m'enfin, Jérôme, y'en à marre: non, non, je ne cherche pas à faire une partouze!)
Pour toi, le plus beau des plans sexe, c'est d'être assis à deux heures du matin sur une plage déserte face à l'océan Atlantique.
Aller te promener le dimanche matin, ou la nuit, en forêt d'Argonne, te ferait kiffer grave
Tu aimes les livres, oh, pas forcément les livres rares ou les éditions de luxe, non, non, les 10/18 et les livres de poche. Tu aimes Racine, Montaigne, Pascal et Le Clézio, mais tu ne dédaignes pas Duras, Butor, Sarraute ou Blanchot. Pour toi, une bonne soirée, ça peut être de regarder, shooté au poppers, La Foêt d'émeraude ou Mort à Venise(oui, oui, Jérôme, on sait: le Rush est encore plus puissant que le Jungle juice +). Et puis tu ne fais pas partie de ces pisse-froid qui considèrent que Cadinot était un affreux et dangereux pédophile
Tu es ce mec qui es capable de dire à ma mère: " Tais-toi! Trouve-toi un mec, ou une nana, arrête de tomber malade dès que ce bon bougre de Griffin est en vacances, vis ta vie et arrête de faire chier!"
Tu es ce mec qui est capable de dire: Eh, oh, Griffin, rien à foutre, on arrête tout: tu sais quoi, on se casse en Ardèche, dans un petit village genre de cent habitants, et on ouvre une librairie-bibliothèque- café-café théâtre-galerie d'art - rien à foutre: on a quatre-vingt ans à passer sur terre, le compteur est déjà déclenché, ne perdons pas de temps.
Tu es ce mec qui est capable de dire: "Eh, oh, c'est quoi, ce délire sur Rafael Nadal? Bon, c'est clair, tu es moins beau, moins sexy, moins intéressant ou du moins moins sexuellement attirant que lui. Mais qu'est-ce qu'on s'en fout! Sérieusement, tu me vois me casser en Ardèche avec Rafa pour ouvrir une librairie-café-concert? Et puis bon, sois un peu honnête avec toi-même: voilà trente-sept ans que tu n'arrives pas à être l'idéal que tu veux être. Alors laisse tomber, et vis."
Mais bon, surtout, surtout, hein, tu es super bon en repassage.
Alors contacte-moi - de toute urgence!
Note à benêts: Ah oui, au fait, je suis noir. Pas un noir à la Carl Lewis ou à la Tyson Beckford: non, non, un noir, tout simple, du genre qu'on ne remarque même pas quand on le croise dans la rue. Certes, j'ai un sexe de 33,8 cm, mais est-ce bien important? Brisons là: tout ça pour dire que si vous êtes raciste, lepeniste ou même sarkoziste, mon annonce ne saurait vous intéresser.
J'ai enfin compris ce qui me tracassait depuis quelques jours.
Comme quoi faire un aller-retour de 270 kilomètres un vendredi en fin d'après-midi n'est pas forcément une perte de temps.
Ouais, je suis assez content, là, en fait.
"5 heures du mat' j'ai des frissons,
Je claque des dents et je monte le son,
Seul sur le lit
Dans mes draps bleus froissés
C'est l'insomnie,
Sommeil cassé."
On a beau avoir tout fait contre ça
Ne s’être pas marié
N’avoir pas eu d’enfant
Avoir refusé d’acheter – entendons : un appartement, une maison, une voiture d’homme
Le temps passe.
Le temps passe : qu’est-ce que ça veut dire ? Que les rides se creusent, que la peau se détend ?
Qu’on se regarde dans la glace et qu’il nous faut quelques secondes pour retrouver, sous le visage actuel, les traits de l’enfant dont on est de plus en plus seul à penser qu’il n’est pas si loin ? Que l’image que l’image a de nous correspond de moins en moins à notre réalité ? Qu’à un jeune de vingt ans, on voudrait dire : « Je ne sais pas ? »
Il y a cette chanson de ce type qu'il ne faut pas aimer et qui dit un peu ça.
Mais non, non:
tout ça n’est pas important.
Le temps passe, ça veut dire que, malgré tout ce que l’on n’a pas fait, malgré tout ce que l’on a lutté à ne pas faire ou malgré ce que l’on a toujours eu peur de faire, les gens qui nous sont proches, les gens qui nous sont rassurés, sont en train de mourir. De jour en jour, on se sent plus seul, et l’on a de plus en plus peur.
Ceux qui pour nous restent si présent pour d’autres ne sont même pas des souvenirs, et cette simple idée est tout bonnement vertigineuse.
Vivre, c’est mourir, et point final. Quand on a vingt et le ventre imberbe, on ne le sait pas, ou on l’oublie. Heureux temps des vingt ans. A trente-sept, on compte les rides de ceux qu’on aime, et ses déceptions. On a peur alors bien même que l’on sait que la bienséance, c’est la sagesse, la quiétude – fût-elle illusoire.
Le temps passe… et tout le reste n’est que littérature.
Putain, je ferais peut-être bien de commencer enfin à lire Leiris, moi!
On le sait, depuis un mois: on n'a plus le droit, dans le JDI, d'écrire qu'on a été touché, troublé, ému, peiné peut-être, par la disparition de tel ou tel - au risque d'être moqué, raillé, conspué, voué aux gémonies. Aujourd'hui plus que jamais, pour paraître spirituel, soyons cynique.
Alors, je me garderai bien de parler dans le JDI de la mort, aujourd'hui... d'Yves Saint-Laurent.
D'ailleurs, toi qui me connais, improbable lecteur, tu ne manquerais de m'interpeller: "M'enfin, mais qu'est-ce que tu en as à foutre, de Saint-Laurent. La mode, tout ça, tu n'y connais rien. Hein, hein, c'est quoi, pour toi, la mode? Un Levis 501 et un tee-shirt débardeur blanc, le plus ajusté possible". Et tu aurais raison, toi, mon semblable, mon frère.
Quant à moi, tout au plus ajouterais-je peut-être, depuis ce week-end, une casquette blanche portée de manière un peu canaille, une paire de lunettes de soleil très noires même s'il n'y a pas de soleil et peut-être une petite pochette, portée en bandoulière, de marque Vanity ou imitation Vanity - je ne m'y connais pas assez en ces domaines pour avoir un avis assuré.
Bref, c'est vrai que je m'en fous un peu, moi, de la mode vestimentaire. J'ai toujours pensé que James Dean eût toujours James Dean avec un sous-pull jaune et un jean Tatie à vingt euros - et, à l'inverse, que Demis Roussos eût été ridicule dans l'un de ces slips blancs Calvin Klein qui, à l'éveil de ma puberté, seyaient si bien à Jeff Stryker et agaçaient si bien mes sens.
Bref, je me fous de la mode comme de l'an quarante ou, pour mieux dire, comme de l'an 1947. Que se passait-il en 1947? Je n'en ai pas la moindre idée. C'est dire si je m'en fous!
La mode, la mode... si quelqu'un a pu croire, ici, que je me moquais de lui parce que je riais d'apprendre l'existence d'une certaine Agnès B, ou C, ou D, soyons clair: je riais surtout de moi, dont le styliste préféré s'appelle M. Cora, et qui pense faire des dépenses inconsidérées lorsque je vais, une fois tous les quinze ans, acheter une veste ou un pantalon "un peu bien"... à C&A.
Passons. Qu'est-ce que je disais? Ah oui: Yves Saint-Laurent. Il y a deux choses qui m'ont toujours marqué, chez ce type: son visage disgracieux - bon sang, maintenant, quand j'écris ici, je me méfie, hein; alors disons: disgracieux à mes yeux - alors que lui n'était occupé que de la grâce; et puis la fragilité, la timidité de sa voix... Je crois qu'Yves Saint-Laurent est un type dont j'aurais pu tomber amoureux, rien que pour sa voix.
Ici, l'énigmatique et troublant Arpad, qui lit toujours ce que personne d'autre n'a vu, s'étonnera fort: quelle rapport, en effet, avec la petite frappe aux tétons saillants de la terrasse du Windsor, ce vendredi soir à N***. La beauté, énigmatique et troublant Arpad, la beauté! Encore une fois, je n'oserai plus l'écrire ne le dirai pas dans le JDI mais je pense qu'on peut en effet estimer qu'Yves Saint-Laurent était beau. Pas pour son fric et pour sa renommée: non, pour sa voix fragile et pour son regard improbable - Duras eût dit: "comme une pièce de monnaie tombée".
Enfin bon, on s'en fout. Vraiment: Yves Saint-Laurent, je m'en fous!
En revanche, je ne me fous pas de cet article, que j'ai trouvé très beau. Comme le bras nu, sculptural et bronzé d'un voyou apollinairien inconscient - ou bien? - de sa grâce comme la voix fragile de Saint-Laurent et qui vous fait éprouver que vous êtes (devenu?) plus verlainien que rimbaldien - hélas.
Un jour, demain peut-être, je dirai l'échange de nos regards hostiles, vendredi , à la terrasse du Windsor, face à la mer la gare de N***. Je dirai peut-être... la douceur et la jouissance d'imposer sans concession au tigre l'idée qu'il n'est pas menace mais objet de désir. Cette jouissance de l'incompréhension hostile du regard de celui qui comprend soudain être, hors contexte et pour des raisons qui n'affleurent pas encore, ou pas précisément, à sa conscience, être regardé. Ou alors, je ne dirai rien. Ce genre de trucs, je les oublie assez vite après les avoir pensés, ou écrits. Eh, c'est que je ne suis pas Jérôme, moi, qui rêve deux ans après à la matraque du petit vigile d'une cinémathèque*.
Enfin bref, je voulais juste dire ici que, malgré toute mon indifférence, et sans même savoir pourquoi, j'aimais bien cet article, que j'ai trouvé ici :
" Depuis l’annonce du décès d’Yves Saint-Laurent, certains ont l’air de marcher sur des œufs en parlant de Pierre Bergé, "ex-PDG de Saint Laurent", "confondateur de la griffe et proche du couturier", parfois "son ami".
Ces périphrases de vieilles personnes sont d’autant plus étonnantes que les intéressés, pacsés, n’ont jamais caché leur relation de cinquante ans. "La pudeur vient des médias", dit-on à la fondation Pierre Bergé Yves Saint Laurent. Yves Saint Laurent ne semblait même pas conscient qu’il s’agissait d’amours interdites pour l’époque. Le couple, formé en 1958, s’était "séparé sans se séparer" dans les années 1980, chacun pouvait vivre des histoires séparées et ils en parlaient assez librement.
En témoigne ce très long portrait que le New York Times avait consacré en 2000 au quasi naufrage émotionnel d’Yves Saint Laurent. Les deux hommes (et plusieurs amis) répondent à la journaliste sur leurs liens. L’article décrit deux hommes aux personnalités opposées: Yves Saint Laurent, mélancolique, sensible, peu sûr de lui, autocentré; Pierre Bergé plus froid, parfois emporté, curieux de multiples univers, de la culture à la politique… Un témoin raconte les débuts passionnés, Bergé pourchassant Saint Laurent avec un couteau dans les escaliers.
Plus tard, Bergé devient le moteur professionnel, "parfois cruellement" derrière le créateur, la "figure adulte centrale" qui s’assure que Saint Laurent dispose de l’environnement créatif stimulant dont il avait besoin, établit la marque, protège son image quand le créateur sombre dans la drogue ou l’alcoolisme, ou "pousse un Saint Laurent rendu hagard par les tranquillisants sur le podium après les défilés". A la journaliste qui souligne la complexité de leur relation, Bergé répond:
"Je me fiche de ce que les gens disent;les gens pensent qu'Yves est le faible et que je suis le fort, mais je connais la vérité."
On pourrait se dire que la vie de couple de Saint Laurent appartient à la vie privée, mais cette relation fusionnelle avec un homme qui fut à la fois son compagnon, quasiment son pygmalion et l’homme d’affaires derrière son succès relève-t-elle seulement de la sphère privée? Comment comprendre Saint Laurent sans aborder le rôle de Bergé? Et aurait-on parlé d’"ami de longue date" pour un couple hétérosexuel pacsé?
- Combien de fois par jour dites-vous « je ne sais pas » et «Peut-être » ?
- Je ne sais pas.
- Je suis au courant de tout ce que vous avez réussi jusqu’ici, et sacrément réussi. Mais tout de même, quand on vous voit, on se demande. Vous êtes sûr que vous êtes bien à votre place dans…
- Certain. Et puis je ne fais pas que ça.
- Par exemple?
- Par exemple je griffonne.
- Griffonne quoi?
- Des feuilles d'arbre et des feuilles d'arbre.
- Et c'est intéressant? Parce qu'à moi, ça me paraît emmerdant comme la mort.
- Vous vous intéressez bien aux poissons, ce n'est pas mieux.
- Qu'est-ce que vous avez tous contre les pois¬sons? Mais pourquoi ne pas griffonner des visages? C'est plus marrant tout de même.
- Plus tard. Bien plus tard ou bien jamais. Faut d'abord commencer par les feuilles d'arbre. N'importe quel Chinois vous le dira.
- Plus tard ... Mais vous avez déjà quarante-cinq ans, non?
- C'est vrai, mais je n'en crois pas un mot.
- Tiens, c'est comme moi.
Fred Vargas, L'Homme aux cercles bleus, Ed. Viviane Hamy, 1996
"ANGOISSE, subst. fém.
A. 1. Vieilli. Sensation de resserrement, douleur physique localisée :
1. La diète n'a pas une moindre influence sur le sommeil et sur les rêves. Celui qui a besoin de manger ne peut pas dormir; les angoisses de son estomac le tiennent dans un réveil douloureux, et si la faiblesse et l'épuisement le forcent à s'assoupir, ce sommeil est léger, inquiet et interrompu.
BRILLAT-SAVARIN, Physiol. du goût, 1825, p. 214.
2. Qu'as-tu? Qu'as-tu? lui disais-je, où souffres-tu?
Là, me répondit-elle d'une voix étranglée par la douleur, en portant la main à la région précordiale, j'éprouve là une angoisse inexprimable! Son pouls battait avec violence; des convulsions la secouaient tout entière.
DU CAMP, Mémoires d'un suicidé, 1853, p. 193.
2. Loc. [P. réf. à la sensation de resserrement] Poire d'angoisse.
a) Poire d'un goût très âpre, qu'on a peine à avaler.
Au fig., vx et littér. Mauvais traitements, mortifications, vifs déplaisirs, grands chagrins :
3. Les ennuis commencent : moires de sueur, siphons glacés, bâillements, morves, larmes, poire d'angoisse, nœud au plexus solaire.
COCTEAU, Poésie crit. 2, Monologues, 1960, p. 38.
Fam. Avaler des poires d'angoisse.
b) Vx. ,,La poire d'angoisse était une sorte de bâillon dont le centre était composé d'une poche de cuir remplie de son, qu'on pouvait mâcher à loisir sans pouvoir rendre au dehors aucune articulation sensible.`` (NERVAL, Les Illuminés, 1852, p. 51).
Rem. Une déf. plus cour. présente la poire d'angoisse comme un instrument en fer dont se servaient autrefois les voleurs pour bâillonner quelqu'un, et qui, introduit dans la bouche, s'ouvrait au moyen d'un ressort, se développait en forme de poire, et étouffait complètement les cris du supplicié.
Au fig. :
4. Si la progression des soviets et l'action de leurs agents faisaient subir à certains gouvernements réfugiés le supplice de la poire d'angoisse, par contre le président Benès et ses ministres affectaient de s'en inquiéter peu pour la Tchécoslovaquie.
DE GAULLE, Mémoires de guerre, L'Unité, 1956, p. 203.
3. P. ext., littér., gén. au plur. Toute souffrance physique très violente :
5. Elle ressemblait ainsi à un criminel dans les angoisses de la question.
BALZAC, La Muse du département, 1844, p. 129.
6. Nuit exécrable, malgré le soporifique nouveau que j'avais pris (recommandé par Berthelot). J'y ai même ajouté du gardénal, voyant que le « sédormid » n'obtenait rien. Gênes et angoisses respiratoires. Me suis relevé peut-être douze fois, ivre, chancelant, excédé...
GIDE, Carnets d'Égypte, 1939, p. 1064.
Les dernières angoisses. L'agonie :
7. Après tant de souffrances aiguës, il [mon mari] mourut presque doucement (...) M. d'Eblis (...) était venu l'assister dans ses angoisses suprêmes...
O. FEUILLET, Le Journal d'une femme, 1878, p. 239.
B. Lang. cour. Inquiétude intense, liée à une situation d'attente, de doute, de solitude et qui fait pressentir des malheurs ou des souffrances graves devant lesquels on se sent impuissant. Anton. sérénité, quiétude :
8. Ce n'était plus l'apaisement du baiser de ma mère à Combray que j'éprouvais auprès d'Albertine, ces soirs-là, mais, au contraire, l'angoisse de ceux où ma mère me disait à peine bonsoir, ou même ne montait pas dans ma chambre, soit qu'elle fût fâchée contre moi ou retenue par des invités.
PROUST, La Prisonnière, 1922, p. 111.
9. Il [Amiel] est souvent un peu ridicule, et quelquefois touchant à force de sincérité. C'est sa lourdeur qu'il est difficile d'accepter, mais de temps à autre, on a l'impression qu'il a ressenti l'angoisse de vivre, l'inquiétude de se sentir seul dans un univers incompréhensible; et c'est ce qui réhabilite ce sentencieux personnage.
GREEN, Journal, 1941, p. 147.
10. L'angoisse est due à la perte d'une identité véritable. Si j'attends un message dont dépend mon bonheur ou mon désespoir, je suis comme rejeté dans le néant. Tant que l'incertitude me tient en suspens, mes sentiments et mes attitudes ne sont plus qu'un déguisement provisoire. Le temps cesse de fonder, seconde par seconde, comme il bâtit l'arbre, le personnage véritable qui m'habitera dans une heure. Ce moi inconnu marche à ma rencontre, de l'extérieur, comme un fantôme. Alors j'éprouve une sensation d'angoisse.
SAINT-EXUPÉRY, Pilote de guerre, 1942, p. 281.
11. Une personne que j'aime m'a dit qu'elle avait grand-peine à s'endormir, à cause de l'angoisse qui l'étreint lorsqu'elle a éteint la lumière. C'est l'angoisse de la solitude, la peur de s'en aller dans la nuit.
GREEN, Journal, Le Bel aujourd'hui, 1955-1958, p. 272.
SYNT. Une angoisse mortelle; une grande angoisse; une angoisse profonde, horrible, affreuse; une angoisse inexprimable, indicible; une angoisse sourde; une vague angoisse; une légère angoisse; un moment, des jours, des heures, des minutes d'angoisse; un sentiment, une sensation d'angoisse; un regard d'angoisse; être en proie à l'angoisse; attendre, vivre dans l'angoisse; éprouver de l'angoisse; connaître l'angoisse; augmenter, calmer l'angoisse (de qqn); emplir (qqn) d'angoisse; (demander) avec angoisse.
Loc. vieillie. Être à l'eau d'angoisse et au pain de tribulation. ,,Se dit des moines que leurs supérieurs enferment, par punition, dans les cachots, et mettent au pain et à l'eau.`` (LITTRÉ) :
12. L'Église reconnut Simone hérétique et la mit, pour salutaire pénitence, au pain de douleur et à l'eau d'angoisse.
A. FRANCE, Les Contes de Jacques Tournebroche, 1908, p. 85.
Rem. Attesté également ds GUÉRIN 1892, Nouv. Lar. ill., DG.
Spéc., PHILOS. (notamment existentialiste). Inquiétude spirituelle et morale en face de l'inconnu de l'existence personnelle et collective :
13. ... qu'entend-on par angoisse? L'existentialiste déclare volontiers que l'homme est angoisse. Cela signifie ceci : l'homme qui s'engage et qui se rend compte qu'il est non seulement celui qu'il choisit d'être, mais encore un législateur choisissant en même temps que soi l'humanité entière, ne saurait échapper au sentiment de sa totale et profonde responsabilité. Certes, beaucoup de gens ne sont pas anxieux; mais nous prétendons qu'ils se masquent leur angoisse, qu'ils la fuient; ...
SARTRE, L'Existentialisme est un humanisme, 1946, pp. 27-28.
C. MÉD. Malaise caractérisé par une peur intense accompagnée de sensations de resserrement à la région épigastrique, d'oppression respiratoire et cardiaque, de sueurs, de frissons, ou au contraire d'une sensation de chaleur. Une angoisse nerveuse; un cri d'angoisse :
14. Lorsque sept heures du soir s'approchèrent, les angoisses de Dantès commencèrent véritablement. Sa main, appuyée sur son cœur, essayait d'en comprimer les battements, tandis que de l'autre il essuyait la sueur de son front qui ruisselait le long de ses tempes. De temps en temps des frissons lui couraient par tout le corps et lui serraient le cœur comme dans un étau glacé. Alors il croyait qu'il allait mourir.
A. DUMAS Père, Le Comte de Monte-Cristo, t. 1, 1846, p. 249.
15. ... huit heures sonnèrent à l'horloge. J'entendis la Sorbonne et le Val-de-Grâce qui répétaient lentement ces huit coups qui m'avaient semblé ne devoir jamais venir. Une angoisse profonde me serrait la gorge, mes artères battaient violemment à mes tempes, mes paupières étaient chaudes, une insupportable chaleur brûlait mes mains desséchées, une émotion puissante me contractait le diaphragme, et, comme disent les malades, je ne pouvais rattraper ma respiration; enfin, pour parler le langage scientifique, le grand nerf pneumogastrique communiquait à tout mon être les inquiétudes qu'il puisait dans mon cerveau.
DU CAMP, Mémoires d'un suicidé, 1853, p. 63.
16. Il reparle de son « taedium vitae », qui devient par instants une souffrance physique, une angoisse nerveuse et musculaire insupportable.
GIDE, Journal, 1923, p. 751.
17. Les troubles physiologiques et psychologiques de l'angoisse constitutionnelle sont à prédominance matinale. Les premiers sont si obsédants qu'on a longtemps voulu expliquer l'angoisse par ses seuls symptômes organiques. Mais chacun d'eux peut se présenter indépendamment de l'angoisse : c'est elle qui les groupe en un tableau psychique significatif.
MOUNIER, Traité du caractère, 1946, p. 233.
SYNT. Une sueur d'angoisse; un frisson d'; une expression d'; crier, suer, frissonner d'; être saisi d'; être étreint, serré par l'angoisse.
PSYCHOL. Névrose d'angoisse :
18. Cette névrose [la névrose d'angoisse] procède soit par crises, souvent soudaines et raptus, laissant le malade brisé et redoutant la mort subite, la folie, l'abolition de ses moyens d'existence ou de sa vie sociale, soit par périodes prolongées d'hyperémotivité, sans cause extérieure, évoluant souvent vers un état habituel d'inquiétude, sinon d'affolement, avec besoin de protection et d'assistance...
POROT 1960.
PRONONC. ET ORTH. : []. Demi-longueur pour [] ds PASSY 1914. Enq. : //. De FÉR. 1768 à GATTEL 1841, on indique à la syllabe finale un a d'arrière. KAMM. 1964 relève l'évolution vers [a] ant. (p. 93). Ac. Compl. 1842 mentionne une var. orth. angoesse.
ÉTYMOL. ET HIST. 1130-1140 anguisse « oppression, anxiété physique et morale » (WACE, Vie de Ste Marg., 99 ds GDF. Compl. : Oy parler de Jhesuchrist Et des anguisses qu'il souffrit); 1172-1175 angoisse (CHRÉTIEN DE TROYES, Chevalier au lion, éd. Förster, 2196 ds T.-L.); Poire d'angoisse : 1. 1184 « variété de poires de qualité » (GEOFFROY DE VIGEOIS, Chronique, année 1094, BOUQUET, Hist. Gaules, XII, 427 d'apr. Faral ds Mél. Thomas, 1927, p. 149 : His diebus repertum est genus pyri a rustico in agro, cujus fructus vulgo cognominantur Poires d'angoisse. Vicus ejus sic vocitatur et est in Lemovicino); 2. 1461 par calembour « bâillon de fer en forme de poire dont on bloquait les mâchoires des prisonniers » ici par image (VILLON, Grand Testament, 740 ds GDF. Compl. : Dieu mercy et Tacque Thibault Qui tant d'eaue froide m'a fait boire [question par l'eau], Mis en bas lieu, non pas en hault Mengier d'angoisse mainte poire); 1616-1620 (D'AUBIGNÉ, Hist. univ., IV, 385 ds Mél. Thomas, p. 153 : Pour ce que ce galand se trouvoit parfois surchargé de prisonniers... il inventa une sorte de cadenas en forme de poires, aussi les appeloit-il poires d'angoisses...; leur aiant fait retirer sous le palais cette machine, avant retirer une clef qui estoit dedans, il en faisoit un tour qui grossissoit le morceau d'un travers de doigt, et par ainsi ne pouvait plus sortir de la bouche que par l'aide de la mesme clef); d'où le goût âpre et détestable prêté à la poire et son emploi fig. manger des poires d'angoisse « souffrir mille maux » : 1536-1540 au propre (CHARLES ESTIENNE, Seminarium, p. 70, ibid., p. 154 : angustiana sive angustiae pyra, nominantur, vulgo Poires d'angoisse, quod dum eduntur, acerbo et austero quodam sapore ita molesta sunt ut angustiores fauces reddant et plurimum noceant); av. 1544 au fig. (MAROT, Chants divers, VII, ibid., p. 153 : De cent couleurs en une heure elle change, En ses repas poires d'angoisse mange Et en son vin de larmes faict meslange).
Du lat. angustia, très rarement au sing. av. la Vulgate (6 ex. dep. Salluste ds TLL s.v.), le plus souvent au plur., au sens de « défilé, passage resserré » dep. CÉSAR, Gall., 1, 11, 1, ibid., 59, 76; au fig. « difficulté, situation critique » (sens plus faible qu'en fr.) ds CICÉRON, Quint., 19, ibid., 60, 50. Poire d'angoisse : 1 (poire de qualité), de Angoisse, canton de La Nouaïlle, Dordogne, Faral, loc. cit.; voir aussi Roques ds Romania t. 53, p. 409; 2 par jeu de mot sur le mot angoisse, d'où poire d'angoisse devenu au propre la dénomination d'une poire âpre, et au fig. synon. de difficulté, malheur.
STAT. Fréq. abs. littér. : 5 057. Fréq. rel. littér. : XIXe s. : a) 3 019, b) 6 207; XXe s. : a) 8 573, b) 10 448.
BBG. BACH.-DEZ. 1882. BASTIN 1970. BERTR.-LAPIE 1970. BOUILLET 1859. Canada 1930 (s.v. angoêsse). CHESN. 1857. DAUZAT Ling. fr. 1946, p. 6. FOULQ.-ST-JEAN 1962. GARNIER-DEL. 1961 [1958]. GUIZOT 1864. JULIA 1964. LACR. 1963. LAF. 1878. LAFON 1969. LAL. 1968. LAPL.-PONT. 1967. Lar. méd. 1970. LE ROUX 1752. LITTRÉ-ROBIN 1865. MARCH. 1970. Méd. 1966. Méd. Biol. t. 1 1970. MOOR 1966. MUCCH. Psychol. 1969. NOTER-LÉC. 1912. NYSTEN 1824. PIÉRON 1963. PIERREH. 1926. POMM. 1969. POPE 1961 [1952] § 184, 31"
Dans ma bloglist, ou ma friendlist ou ma hotlist - je m'y perds - ce soir, il y a un nouveau mec, qui s'appelle Consommable.
Drôle de pseudo, hein? Que je n'aime pas trop...
En même temps...
Un mec comme ça, je me demande si ça existe vraiment. Ce genre de mecs, moi, au boulot, dans la rue, au supermarché, au théâtre, au ciné ou même au parcours santé, je n'en croise jamais. Mais alors vraiment jamais!
Ce pseudo, "Consommable", me fait peur: il m'évoque une mise à mort, à tout le moins une disparition revendiquée, provoquée voire désirée.
Et puis, comme je le disais tout à l'heure à l'un de mes aimables correspondants, je ne cours pas après les mecs trop désirables. Parce qu'ils n'ont généralement que faire de moi? Sans doute. Mais aussi parce qu'ils m'ennuient. Les deux ou trois top-modèles que j'ai pu croiser, dans des bars spécialisés pour les hommes qui aiment les hommes ou dans mon lit, mp'ont assumé de leur suffisance, de leur fatuité, et m'ont filé une sacrée envie de dormir!
Bah, je peux faire le malin et frienlister ou hotlister à la "va comme je te pousse", la beauté officielle, je veux dire, celle du milieu gay, je m'en fous un peu. Je ne cherche pas à consommer, non, non, ni à être consommé.
Je ne bluffe pas en disant que je recherche, bien plutôt que le cliché, le caractère, la personnalité, l'émotion, l'histoire (le passé), la sexualité. Le plus beau de mes amants ne ressemblait à rien, dirait S. Mais justement...
Il n'empêche que, ce soir, j'ai mis ce consommable dans l'une de mes sacrées putains de listes stupides et ineptes!
Note à benêts: Et là, Jérôme, qui se tape des heures de films asiatiques chiants à mourir dans le simple espoir d'apercevoir le braquemart du jeune vigile de la rue du Taur, à Toulouse, va intervenir pour me balancer une grosse saloperie! Mais non, Jérôme, je parle d'amour, là: vous ne l'avez pas compris?!
"Il n'y a pas à avouer qu'on en est, parce que ce n'est pas une faute. Il n'y a pas à proclamer qu'on en est parce qu'il n'y a pas là de quoi tirer une fierté. Il y a simplement à dire qu'on en est parce que c'est comme ça. Ni honte, ni prosélytisme... Dire l'homosexualité, c'est la déculpabiliser." Jean-Louis Bory (1919-1979)
"J'ai couru après le temps
Il portait un manteau de pluie
J'ai déchiré en l'approchant
Un bout de tissu et depuis
C'est à minuit que ça arrive
Quand vous passez au jour suivant
Moi je reste sur l'autre rive
Pour une minute encore vivant
Une minute pour se faire la belle
Avoir la lune sous mes semelles
Et les cheveux dans les étoiles..."
Renan Luce, "24h01" (extrait), 1960
Quand ils sont venus chercher les communistes
Je n'ai rien dit
Je n'étais pas communiste.
Quand ils sont venus chercher les syndicalistes
Je n'ai rien dit
Je n'étais pas syndicaliste.
Quand ils sont venus chercher les juifs
Je n'ai rien dit
Je n'étais pas juif.
Quand ils sont venus chercher les catholiques
Je n'ai rien dit
Je n'étais pas catholique.
Puis ils sont venus me chercher
Et il ne restait plus personne pour protester.
(Poème attrué à Martin Niemöller (1892-1984), pasteur protestant arrêté en 1937 et envoyé au camp de concentration de Sachsenhausen. Il fut ensuite transféré en 1941 au camp de concentration de Dachau. Libéré du camp par la chute du régime nazi, en 1945.)