10/05/200810 mai 2006 - 10 mai 2008
2 ANS
AU REVOIR
ET SURTOUT ...
... MERCI !!!
30/10/2007Harmonia universalis - Où l'on disserte de synesthésieCher journal,
En te rangeant avant-hier dans la bibliothèque du salon de musique, je mis la main sur deux ouvrages qui firent mes délices tout ce dernier dimanche d'octobre.
Voici le premier de ces livres, du R.P. Athanase Kircher, de la Compagnie de Jésus :
Mon grand-père maternel avait été disciple du R.P. Athanase Kircher lorsque ce dernier professait au collège d'Avignon. Ce génie que toute l'Europe appelait le "Maître des cents savoirs" établit que le son & la lumière ne sont qu'un seul & même phénomène. Aussi associe-t-il à chaque intervalle une couleur : l'or pour la quinte, le blanc pour l'unisson, etc, etc...
En ce merveilleux ouvrage - Le grand art de la lumière et de l’ombre - , le Père Kircher considère la couleur comme l’authentique produit de la lumière et de l’ombre. La couleur est de ce fait une « lumière ombrée » et tout ce qui est visible dans le monde ne l’est que par une lumière ombreuse ou par une ombre lumineuse.
Voici le second de ces livres, de la composition cette fois du R.P. Marin Mersenne, minime :
Les Préludes à l'Harmonie Universelle ont été publiés par le R.P. Marin Mersenne, religieux minime deux ans avant son ouvrage fondamental : l'Harmonie Universelle.
Pour ce savant que l'Europe entière révérait pour l'étendue & la diversité de ses connaissances - avec lequel mon grand-père entretînt une correspondance soutenue -, il existe dans la nature elle-même une harmonie synesthésique entre les sons & les couleurs. De sorte que la musique comme la peinture ne sont que deux facettes de la même recherche par l'homme de l'harmonie naturelle parfaite, par l'agencement parfait des sons & des couleurs que procurent ces deux arts. L'harmonie des couleurs & l'harmonie des sons ne sont ainsi que deux facettes d'une unique beauté.
Pour le Père Mersenne, on doit veiller que dans la suite des sons on retrouve une égale beauté dans les couleurs. Aussi associe-t-il les unes aux autres. Les notes les plus aiguës sonnent clair, les graves ont l'air sombre. Aussi la note grave est représentée par la couleur noire, la note la plus aiguë est le bleu qui s'évapore comme s'il retournait vers le ciel, la dominante est le vert puisque la note la plus agréable.
Que de perspectives tout cela m'ouvrait-il ! Certes, je ne crois pas être, comme d'aucuns, un pur synesthète, car mes sens sont grossiers, & je n'associe pas spontanément telle couleur à telle note de musique.
Mais en définitive, que conclure ?
Que le beau, cher journal, est consubstantiel au beau.
28/10/2007Præparatio ad synesthesiam - Où l'on se prépare à parler de synesthésie
Dans un salon empli de mille marbres antiques
Alors qu'un clavecin égrenait son murmure,
Rassérénant mon cœur, il m'offrit sa musique,
Clair émerveillement, de mon âme, peinture.
Y chanter nuit & jour, y louer les couleurs.
27/10/2007Pax multa diligentibus - Où on laisse choir un osculatoire
Cher journal,
Il y avait mercredi passé longue offrande à la chapelle du Louvre.
Monsieur le Chevalier du Plessis s'avançait noblement vers le chœur pour y offrir deux cierges & y recevoir la paix lorsque Monsieur de Valmont, à qui incombait la charge de lui présenter l'instrument de paix, laissa choir celui-ci, pourtant d'un magnifique travail de plus d'un siècle - ainsi que tu pourras en juger ci-après, cher journal -, qui résonna sur le pavé de la chapelle.
Valmont nous expliqua à la suite de cet événement qui secoua la Cour, qu'il avait été médusé sur l'instant à la lecture d'une devise inscrite sur l'un des vitraux de la chapelle :
VIRTVS PRIMA EST
SINE QUA NEC AMICITIA
NEC CONCORDIA
NEC CONSTANTIA
ESSE POTEST
La vertu est première car sans elle il n'est point ni amitié, ni concorde, ni constance.
Je crois Valmont troublé par les mauvais investissements sur la Compagnie des Indes, en lesquels il s'est laissé entraîner par quelque compagnie douteuse.
Notre petite assemblée, composée de Messieurs Danican-Philidor & Charpentier, & ornée de Monsieur du Plessis, avons fait de notre mieux pour l'en consoler.
Monsieur du Plessis pense à juste titre que Monsieur de Valmont doit sans nul doute avant tout commencer à se pardonner à lui-même cet investissement malheureux.
Cher journal, la paix est un bien rare & en définitive difficile à acquérir, alors que la guerre & la vengeance s'avèrent souvent des voies tellement plus aisées à emprunter.
M'est avis que la paix véritable s'installe dans un cœur lorsqu'il se sait aimé. Toute blessure à l'amour la pourchasse immanquablement, & le règne du chaos, de la ruine & du désespoir a tôt fait de reprendre ses droits.
Ce soir, avec l'Ecriture, je voudrais offrir une grande paix à tous les courtisans que j'aime, cher journal.
* Paix à Monsieur le Marquis de Saint-Martin, notre ambassadeur près la Sublime Porte : son ambassade levantine est terriblement compromise par la dernière révolution du Divan. Que cet ami trouve en lui toutes les ressources de son art, de sa diplomatie & de son cœur pour déjouer les affreux projets des méchants.
* Paix à Monsieur de Sermisy, médecin du Roi & de la Cour, qui est un ami zélé & plein d'affection. Son soin infatigable à soulager tant les corps que les âmes est véritablement digne d'admiration. Puisse son cœur être à son tour soulagé par grande abondance de paix, de joie, & que toutes tristesses en soit chassées.
* Paix au Chevalier David Riccio, inquiété par une conspiration qui a secoué la Cour. Ce gentilhomme d'origine vénitienne a vu cependant cette semaine l'érection subite de sa terre des Urbervilles en vicomté, par grâce du Roi à proportion de ses talents de lettré. Il pourra donc signer désormais David Riccio, chevalier, vicomte des Urbervilles. J'espère goûter bien vite à nouveau aux eaux de Marly en sa société si civile. Notre dernière petite débauche fut fort policée.
* Paix à Monsieur le Chevalier d'Aure de Gramont, d'illustre lignée, qui revient de mission secrète en Angleterre pour le compte de S. M. Jacques III Stuart. Puisse-t-il se reposer après ces jours chargés.
* Paix à Monsieur de Fontleroy, gentilhomme de la chambre du Roi, surintendant des Bâtiments du Roi et de ses fortifications, qui aime désormais les petits chiens à la folie.
* Paix à la Princesse de Clèves, infortunée monarque, partie une fois de plus affronter les périls aux Amériques.
* Paix à Monsieur de Corday d'Armont, vicomte de Blagy, qui s'est acquis un office à la Bibliothèque du Roi.
* Paix à Monsieur le Comte de Chaumont, gentilhomme tourangeau, qui paraîtra à la Cour pour la Saint-Martin.
* Paix à Béroalde de Verville le jeune, qui siège désormais au Parlement de Toulouse.
* Paix à Monsieur de La Bâtie, fils d'un capitoul de Toulouse et proche de ces Messieurs de Port-Royal, qui est sorti de son désert.
* Paix à Monsieur le Marquis de Roquépine, Comte d'Aubarède, qui sollicite de Sa Majesté une ambassade pour la Perse.
* Paix à Monsieur d'Aubigny, gentilhomme de l'Artois, qui a dû être satisfait de la dernière votation de la Diète de Pologne.
* Paix à Maître Christophe Ballard, seul imprimeur du Roi pour la musique, qui s'est introduit dans de nouveaux salons.
* Paix au chevalier d'Eon, qui s'est lui aussi introduit dans de nouveaux salons.
* Paix à Monsieur le Vicomte de Saint-Simon, neveu à la mode de Bourgogne de Monsieur le duc de ce nom, & gouverneur de la place militaire de Lille. Que sur ses pas marchent la gloire, l'amour & la victoire.
* Paix au R.P. de Consolin, cordelier, toujours exact dans ses dévotions & dans son amitié, qui a eu la bonté de me fêter hier la saint Evariste.
* Paix à Monsieur d'Hautrerive de Saint-Elme, que je n'ai pas toujours su entourer de mon affection - ce pourquoi je lui demande pardon -. La Cour le dit aux lieux saints.
* Paix à Louis Pierre d'Hozier, chevalier des Ordres de Saint-Lazare & du Mont-Carmel, neveu du juge d'armes de France & son futur survivancier, qui prie Sa Majesté de lui laisser conduire de nouvelles grandes recherches des gentilshommes de France, afin d'examiner soigneusement les preuves de beaucoup.
* Paix enfin à celui qui a mis mon cœur dans une grande paix.
PAX MVLTA DILIGENTIBVS !
22/10/2007Ecce festivitas amoris - Où l'on s'enivre de fêtesCher journal,
Afin de célébrer les brillantes victoires récentes de ses armes, Sa Majesté a décidé cette semaine de donner de grandes fêtes tant au Louvre qu'à Versailles. En effet, Monsieur le Comte de Forbin-Gardanne vient de remporter de farouches victoires sur nos ennemis anglais dans la Mer Baltique. Depuis la prise d'Almanza le 25 avril dernier, il semble bien que nos armes enfin déroutent l'infâme coalition des ennemis de notre cher roi d'Espagne, petit-fils de notre grand roi.
Mercredi, un brillant carrousel se tint au Louvre à Paris, où le Roi exposait ses dernières acquisitions de peintures italiennes & espagnoles.
Vendredi, Monsieur Marin Marais enchantait le salon d'Hercule de Versailles de ses suites admirables pour la viole.
Monsieur Marais joua comme à son habitude à la perfection sous le merveilleux tableau de Véronèse offert par la République de Venise au Roi.
Samedi, un grand bal paré se déroula dans la grande galerie de Versailles, après que la chapelle eut résonné d'une messe de Monsieur de Boesset, l'ancien maître de la musique de feu la Reine.
Ces fêtes ne furent interrompues que pour le requiem pour Madame de Montespan, trépassée fort brusquement aux eaux de Bourbon à soixante-six ans le 27 mai dernier à trois heures du matin. La Chapelle-Musique exécuta - à plus d'un titre ! - une messe fort sévère à six parties de Monsieur de Bournonville, dont je ne goûtai point la musique.
En toutes ces occasions, la présence de mes chers amis m'apporta beaucoup d'amusements, par leur gaieté & leur esprit. Monsieur de Valmont, toutefois, est fort fâché d'une rente que Monsieur de Beauregard a dilapidé. Madame de Montrose revenait de mission secrète près l'Empereur. Monsieur Danican-Philidor jouait avec la Grande Ecurie ce dimanche. Mon cousin Monsieur de Sermisy, médecin du Roi & de la Cour, danse parfaitement bien les canaries de Monsieur Marin Marais, qu'il goûte fort. Monsieur le Chevalier du Plessis a offert son bras à Mademoiselle de La Valette, mon incroyable fiancée. Monsieur du Plessis paraît préférer la musique de Monsieur de Boesset à celle de Monsieur Rebel.
Toutes ses fêtes me donnèrent le tournis, cher journal, tant les longs mois de privations dues à la guerre de succession d'Espagne nous avaient spoliés trop longtemps de leur bonheur.
Au milieu de cet automne, voilà comme un printemps pour mon cœur.
18/10/2007De bona amiticia - Où l'on prie un chevalier de la Sérénissime à une petite débauche
Monsieur,
Vous êtes un ami fort exact, tandis que je néglige de vous prier, - dans les formes de la plus parfaite & de la plus exacte civilité -, à nos petites débauches que nous faisons chaque semaine aux Bains de Marly.
Vous me ferez ainsi le plus grand des honneurs en venant rejoindre notre compagnie mardi prochain après vêpres. Quand ce jour-ci ne serait pas celui de ma fête, il le deviendrait par l'honneur que vous me ferez d'y paraître, puisque votre présence achèvera de le rendre solennel tant je regarde comme un gage précieux votre amitié.
Hippocrate disait qu'il fallait faire quelques petites débauches tous les mois pour se bien porter. Vous êtes, si je ne me trompe, de ce sentiment, mais je considère en la prochaine le plaisir de vous voir plus particulièrement, & de vous assurer que je suis,
Monsieur,
avec toute l'impatience possible de cette grâce,
votre très obéissant & très fidèle serviteur & ami.
15/10/2007Deo gratias - Où l'on rend grâces à une sainte
MERCI !
10/10/2007Ars poetarum - Où l'on écrit un rondeau vénitien
Brille à jamais étoile de mes nuits,
Pour ta clarté je m'en irai brûler,
Dans tes yeux noirs mon âme enfin reluit,
Pour tous tes feux je veux capituler.
Ma vie fuyait puisque je t'avais fui :
Mes préjugés t'avaient dissimulé,
Tout mon orgueil lors t'avait éconduit.
Mais désormais ton soleil adulé
Brille à jamais.
Car un matin tu as cueilli mon âme,
Tu déployas de nobles oriflammes :
Tu dépouillas toutes mes prétentions,
Tu t'es laissé doucement murmurer ;
Et par tes mains tu fis la confession
Que dans ton cœur l'Amour transfiguré
Brille à jamais. |
01/10/2007Terribilis est locus iste - Où l'on regagne sa maisonCher journal,
Quel bonheur après tant de mois de séparation, de regagner enfin ma maison. J'ai retrouvé donc Paris & l'hôtel de La Motte.
Durant mon absence, Mademoiselle de La Valette, mon incroyable fiancée, a considérablement embelli l'hôtel de La Motte par des dons somptuaires : une bibliothèque d'une richesse inouïe & sa collection de portraits des Médicis. Mademoiselle de La Valette vient de faire l'acquisition d'un nouvel hôtel voisin du mien.
Pour fêter dignement mon retour, mon cher ami Constant de Sermisy décida d'organiser des fêtes merveilleuses. Tout d'abord, il fit chanter dans sa chapelle privée un Te Deum de conjouissance de la composition du grand Marc-Antoine Charpentier. Ensuite de cela un souper des plus fastueux fut donné en son hôtel, son lustre égalait presque le grand couvert de Sa Majesté. La nuit s'acheva par un grand bal paré qui fut dansé dans la grande galerie de son hôtel.
Tant au souper qu'au bal, Monsieur le chevalier du Plessis me fit une grande impression. La grâce se répand en chacun de ses faits & dits. Vraiment, voilà, cher journal, un gentilhomme accompli. Aussi caressai-je le projet de te le faire rencontrer, cher journal, un jour prochain.
Après une si longue absence, il m'est bien difficile de reprendre des nouvelles de tous mes amis.
Côté ville, j'ai renoué avec les Grands Augustins, où Monsieur Balbastre touchait l'orgue & où Monsieur de Renoncourt dirigeait la psallette. Si Madame Robert, la fieffée bourgeoise, m'y épiait toujours, j'ai pu avoir la grâce d'y saluer de nombreux amis, parmi lesquelles figurait en première place ma tendre amie la Marquise de Montrose, plus angélique que jamais (hélas je n'ai pu présenter mes devoirs à Monsieur le duc & à Madame la duchesse de Veynes ses parents). Je dînai en compagnie de Maître Jehan Adam Guillain, le fameux organiste, que le chevalier du Plessis enchanta durant tout le repas par les grâces de sa conversation & pas sa beauté garnie de prudence. Aux Petits Augustins, le Frère Achille de La Miséricorde a paru plus confit en dévotion que versé dans la science rubricale.
Côté cour, j'ai retrouvé avec joie aux bains de Marly Maître Christophe Ballard, seul imprimeur du Roi pour la musique.
Louis Pierre d'Hozier, chevalier des Ordres de Saint-Lazare & du Mont-Carmel, neveu du juge d'armes de France & son futur survivancier, un jeune gentilhomme exquis & plein d'esprit, qui promet beaucoup, a commencé la rédaction d'un nobiliaire de Bretagne dont tous vantent la valeur scientifique.
Hélas, la Cour a perdu cet été plusieurs des gentilshommes qui en constituaient les plus beaux ornements : ainsi Charles de Corday d'Armont, chevalier, vicomte de Blangy, est-il parti aux armées, j'espère qu'il reviendra un jour sain & sauf. J'ai beaucoup pensé à lui cette semaine qui voyait la célébration de son anniversaire.
De même, la Cour est sans nouvelles du Législateur du Parnasse, Nicolas Boileau des Préaux. Son expertise d'Académicien français m'aurait aidé dans quelques vers que je décidais de composer dans la nuit d'hier.
Nous ne pouvons plus non plus disserter sur la philosophie d'Epicure depuis que Monsieur de La Bâtie, fils d'un capitoul de Toulouse a soutenu sa thèse en Sorbonne : sans doute a-t-il décidé de se retirer au Port-Royal.
Voilà, cher journal, j'ai retrouvé Paris & l'hôtel de La Motte, mais surtout, par voie de conséquence, j'ai retrouvé ceux qui me sont chers, & sans lesquels ma vie tombe en ruine.
30/09/2007Florete flores - Fleurs, fleurissez !
Pourrai-je lui tresser une digne guirlande,
En orner ses portiques, célébrer son renom,
Mêler toutes les fleurs en une sarabande,
Briser toutes les lois, transgresser les canons ?
Empourprer ses triomphes & louer sa valeur,
Raviver les lauriers, les lys & l'oranger,
Le safran, la pensée, devant sa vraie grandeur
Effaceront leurs feux & diront ses beautés.
Y rêver nuit & jour, enchanter les couleurs. |
24/09/2007Aquæ multæ non potuerunt - où l'on s'en revient à la Cour d'EspagneCher journal,
Me voici de nouveau en la vieille Europe, non sans soulagement après un si dur & si périlleux périple. A Madrid, j'ai rendu compte de ma mission près les ministres de Sa Majesté Catholique.
A ma plus grande joie, plusieurs de mes amis s'y étaient portés à ma rencontre. En mon honneur, une fête fut organisée par le Roi d'Espagne. Pour l'occasion, il fit venir de France Messieurs de Lalande & Cardinal des Touches, qui donnèrent un avant goût de leur prochain spectacle. Ce ballet s'intitule "Les Eléments" & montre par la plus exquise & appropriée des musiques les 4 éléments dans leurs divisions chaotiques & leurs unions créatrices.
L'union du feu & de l'eau me parut la plus émouvante & la plus extraordinaire. Sans cesse durant ce tableau me revenait ce verset du Cantique des Cantiques :
AQVÆ MVLTÆ NON POTVERVNT EXTINGVERE CHARITATEM
Les grandes eaux ne peuvent éteindre l'Amour.
Comme me le précisait Monsieur du Plessis, un gentilhomme de la brillante assistance, l'eau est le plus violent des quatre éléments car rien ne peut l'arrêter. La force de l'Amour lui serait-elle supérieure ? je le crois, avec toute l'Ecriture.
La musique de Monsieur de Lalande, qui me transporte plus que toute autre, était excellente. Mon bon ami Monsieur de Ker Chussy interprétait le rôle principal ; en dépit de la fatigue du voyage depuis Paris, il se tira admirablement d'une partition qui n'était pas spécialement écrite pour lui.
Cependant Monsieur du Plessis, qui possède toutes les qualités nécessaires à un gentilhomme, & qui de ce fait entend parfaitement la musique, trouva que l'exécution pouvait laisser à désirer & refusa de se joindre à mes applaudissements. Mon ami Monsieur de Minette de Beaujeu, venu lui aussi de Paris, partagea son avis.
Après le ballet, un spectacle des plus délicieux enchanta toute la nuit madrilène. Les jardins se couvrirent de mille feux, mais surtout le doux murmure des cascades était propice à créer en nos âmes les plus douces paix.
La nuit est toujours propre aux plus purs élans. Méditant en une grotte sur la force de l'Amour sur tous les éléments, sur la force incommensurable qu'il procure à ceux qui le révèrent, je me promis d'ouvrir mon cœur à ce sentiment qui en avait été depuis trop longtemps exclu.
12/09/2007Inter spinas floret - Où l'on médite sur le sens des voyages
Cher journal,
De tous les voyages que j'ai entrepris dans ma pauvre existence, celui-ci est sans nul doute le plus long. Face aux nombreux périls qui s'annonçaient à moi - les perfides Anglais, les pirates assoiffés d'or & de sang, les terribles réducteurs de têtes, les jungles impénétrables, les serpents les plus redoutables, les faux frères & les traîtres - je dois te concéder que mon cœur en avait conçu au moment du départ bien des alarmes.
Celles-ci se sont rapidement évanouies devant les merveilles que j'ai vues ici. La Nouvelle-Castille n'est que montagnes d'or & d'argent, on y jouit du plus excellent des climats, la douceur de la vie coloniale se partage à l'ombre des patios dans la plus exquise des civilités.
Ma rencontre avec Son Excellence le Vice-Roi s'est heureusement déroulée. Le Marquis de Castelldosrius m'a fait conduire jusqu'aux mines d'argent de Potosi, but de ma mission ici pour le compte de Sa Majesté Catholique.
A Potosi, les Espagnols ont perpétué l'antique institution des souverains Inca appelée ici "mita". Cette corvée traditionnelle assure une relativement bonne exploitation des mines, & on ne voit pas le moyen de l'améliorer, comme j'en ferai rapport à Son Excellence Monsieur l'Ambassadeur d'Espagne dès mon retour à Paris.
Le Vice-Roi de Nouvelle-Castille m'a offert pour présent à mon départ une argenterie uni-plat très complète & m'a fait mander mes armes afin qu'elles y fussent gravées. Je le priais d'y faire porter plutôt celles-ci :
De sinople, barré d'argent à trois croissants de gueules
avec la devise :
Inter spinas floret - Il fleurit entre les épines
au lieu du bâton noueux en bande, car je suis redevable à un ami très cher des bontés qu'il m'avait accordées avant mon départ dans un transport commun.
Durant cette nouvelle Odyssée, je me suis fait un ami très proche en la personne de Marcel de Lestrac, dont je ne me sépare plus désormais. Tu sais ma passion, cher journal, pour les amitiés viriles & vraies, qui aident tant notre cœur en cette vie.
Cher journal, n'as-tu pas remarqué pour finir combien un long voyage sur cette terre est l'image & la figure du long voyage que nous devons tous engager un jour à la fin de notre vie ? Nul ne veut l'entreprendre, pourtant le prix y est le bonheur en sa perfection.
26/08/2007Calamitatis & miseriæ - Où les sauvages veulent nous réduireCher journal,
Ayant quitté Carthagène, notre convoi progressa avec peine dans les forêts immenses de ces contrées baptisées par les Portugais « Amazonie ». Tu ne peux te figurer, cher journal, combien la terre en est ubéreuse ! Continuellement arrosés par des pluies digne du Déluge, d'immenses arbres y poussent leurs frondaisons cathédralesques.
Après avoir passé plusieurs tribus au naturel aimable, nous avons eu ce jour l'heur funeste de nous trouver sur le territoire des terribles réducteurs de têtes. Supérieurs en nombre, notre résistance fut vaine, nous fûmes vites faits prisonniers & conduits à leur village.

Là, la vue pour le moins saisissante de leurs œuvres, qu'ils aiment exhiber surtout au lever du soleil, nous a plongés, mes compagnons & moi, dans un désespoir profond. Je ne voyais pas, cher journal, ma tête si tôt réduite à une telle infimité, offrant ainsi une bien immarcescible beauté diabolique ! Que faire ? Ma viole de gambe avait péri : leurs enfants l'avaient transformée en balle de soule. D'où nous viendrait le secours ? J'eus lors l'idée saugrenue de chanter un air complètement passé de mode de Monsieur Certon, plus fameux pour ses chansons pittoresques que pour sa production au service de la chapelle du Roi. Tandis que je tenais la haute-contre, Monsieur de Lestrac, qui la connaissait aussi, faisait la basse :
Si ta beauté se garnit de prudence
Et ton savoir mérite récompense,
Si ton esprit déprise outrecuidance
Et tu as sens selon ta géniture,
Qu'est-ce de toi ?
Tu surmontes nature,
Car tes doux chants & dits tant gracieux,
Ton beau maintien, ta très belle facture
Font réjouir maints cœurs solacieux.
Ainsi réduite à deux parties, cette chanson produisit néanmoins un effet immédiat sur ces sauvages sanguinaires, qui ne cachèrent point leur allèchement. En un mot, nous étions dans la minute sauvés & libérés. Je promis au nom de mes compagnons, dès notre arrivée à Cusco, d'y faire célébrer un Te Deum de conjouissance chez les R.P. Jésuites de cette ville. Voici une fois de plus démontrée, cher journal, la puissance de la musique. Mais n'en étais-tu point déjà persuadé ?
23/08/2007Deliciæ Cytheriæ - Où l'on se plaît à CarthagèneCher journal,
Depuis que j'ai débarqué en ce beau port de Nouvelle Grenade, j'ai eu le plaisir de voir toutes les particularités de cette ville ; je suis ravi d'y avoir trouvé des hommes très polis, d'une bonne éducation, & qui possèdent en perfection tout ce qu'on peut souhaiter pour l'entretien : je tâcherai de bien employer mon temps avec eux, afin d'acquérir, avec la perfection de la langue castillane, toute la politesse qui m'est nécessaire afin de plaire à des personnes aussi polies qu'elles.
Il me faut pourtant hélas quitter bientôt ce lieu de délices afin de rejoindre Cusco où je devrai rencontrer le Marquis de Castelldosrius, vice-roi de Nouvelle-Castille. On m'annonce qu'il me faudra traverser des contrées fort sauvages où tous les dangers m'attendent. J'ai pris par devers moi la viole de gambe que mon cher ami Monsieur de Lalande, sous-maître de la Chapelle & surintendant de la Chambre, m'a offert avant mon périple. On dit que plus d'un R.P. Jésuite à vu sa vie sauve en jouant pour les barbares de ces forêts, qui se trouvent miraculeusement charmés.

Mais, cher journal, quel cœur resterait insensible à la beauté de la musique ?
15/08/2007Lætentur cœli & exsultet terra - Où l'on met pied à terre
Cher journal,
En ce beau jour de l'Assomption, le Neptune sur lequel j'ai fait route depuis Port-Louis de Bretagne est entré dans le port de Carthagène en Nouvelle-Grenade.
Notre traversée, cher journal, fut loin d'être de tout repos. Pour éviter l'ennemi, Monsieur de Sérignan fit tout d'abord route vers les Iles de Canaries. Nous y fîmes ravitaillement, ce qui me donna l'occasion d'observer l'exacte manière dont les gens de ces îles dansent ; la danse que nous nommons dans nos bals parés de la Cour "Canarie" en est finalement assez éloignée.
En ces îles, notre sénault s'agrégea à une escadre espagnole, commandée par le marquis de Castelvielhos, qui faisait route vers Carthagène. La traversée de l'Atlantique se fit sans encombre & nous vîmes terre au bout de 3 semaines. C'était notre minuscule Ile de la Désirade, l'une des possessions de Sa Majesté aux Antilles, dont le charme est cependant altéré par de violents vents qui soufflent en permanence.
Au large de la Dominique, nous eûmes l'heur de rencontrer une escadre britannique, aux ordres du commodore Wetch. Un terrible combat naval s'engagea aussitôt. La bravoure de nos hommes égala la farouche combativité de nos alliés espagnols. Le Neptune, après plusieurs canonnades, aborda l'un de vaisseaux ennemis. Si tu m'avais vu, cher journal, sauter sur le pont à la tête des officiers au moyen d'une corde & d'un grappin. La devise des La Motte, gravée sur mon épée, ne faillit point une fois de plus en cette occasion.
Un boulet du marquis de Castelvielhos mis fin aux jours du commodore Wetch, & l'escadre ennemie choisit de se dissiper. Nous construisîmes le lendemain un beau mausolée de pierre pour ce commodore y reposer. Ce monument s'élève au-dessus d'une plage de la Baie du Galion, sur l'Ile de La Martinique.
Lorsque nous passâmes il y a 4 jours l'Ile de la Trinité, un navire pirate de ceux qui infestent la Caraïbe fit mine de nous approcher, mais constatant notre supériorité en armes, son funeste pavillon s'éloigna bien vite.
J'ai ouï à l'instant des vêpres sublimes en l'église des Jésuites de Carthagène. C'était un ravissement d'entendre les Indiens de ce pays aussi habiles aux violons qu'au chant. Les cinq psaumes, l'Ave Maris Stella & un Magnificat du premier ton furent ainsi chantés en musique, de la composition d'un des R.P. de cette compagnie. Je me sentais comme chez moi à Versailles, tant cette musique fut céleste. Il n'y avait bien sûr pas notre procession du vœu de Louis XIII après vêpres. Aussi, un bref moment m'était laissé pour visiter cette ville coloniale fort agréable & riche en jardins, & pour te conter brièvement mon passage dans le Nouveau Monde.
Je dois te laisser car le Vice-Roi de Nouvelle-Grenade donne ce soir un grand bal pour notre capitaine de vaisseau Monsieur le marquis de Sérignan & pour tous les officiers français de sa compagnie. Peut-être y ferai-je quelque conquête coloniale...
A bientôt cher journal.
04/07/2007Nationes ex longinquo ad te venient - Où l'on s'embarque pour les Indes Occidentales
 on cher journal,
Cela fait bien longtemps que je ne t’ai conté mes aventures.
Envoyé en mission une nouvelle fois par Monsieur le marquis de Torcy au cœur du Saint Empire Romain Germanique ravagé par la guerre, j’ai pu faire passer des instructions secrètes à certains des princes allemands fidèles à nos armes.
Le repos dont je jouis à cette heure en mon hôtel parisien ne sera que de très courte durée. Ce repos est toutefois illuminé par le présent que je viens de recevoir de Monsieur l’ambassadeur d’Espagne & qui ravit mon cœur : il s’agit du portrait de Sa Majesté le roi d’Espagne, tableau que voici, cher journal, & qui orne désormais mon grand salon :
N’est-il point admirable ?
Mes ancêtres se trouvent fort honorés d’être accrochés en compagnie d’un si grand & si bon prince, si digne petit fils de notre roi de France Louis le Grand.
Ce cadeau de Monsieur l’ambassadeur n’était point sans idée ni intérêt. Sa Majesté d’Espagne souhaite m’envoyer en mission en Nouvelle Grenade. Je n’ai guère hésité à répondre à une telle proposition, même si elle bouleversait l’ordre de mes charges & offices : les trésors fabuleux des Indes ont de tout temps exercés leurs profonds attraits sur mes rêveries.
Voilà, cher journal, j’embarquerai dans deux jours au Port-Louis de Bretagne sur le sénault du Roi Le Neptune, commandant de Lort de Sérignan. Si Dieu le veut, & si les cyclones brutaux, les fieffés anglais & les vils pirates des Antilles nous laissent passer, nous attendrons Carthagène en Nouvelle Grenade, où je dois rencontrer le Capitaine général de ce grand port. De là je dois gagner Lima, où le Vice-Roi du Pérou m’accordera audience. Ce dernier vient d'entrer en charge, il s'agit de Emmanuel de Oms & de Sainte Pau, marquis de Castelldosrius. Ma mission consistera principalement à observer les mines d’or & d’argent des Indes espagnoles & comprendre pourquoi les livraisons de ces minerais, si précieux pour soutenir la présente guerre, sont en diminution constante.
Face aux périls nombreux que j’aurai à affronter, je ne regrette point d’avoir fait mon testament cet hiver - il est du reste consigné ici même dans tes pages.
Mais, cher journal, ne trouves-tu pas toi aussi bien grisante cette nouvelle aventure en ces contrées lointaines, même si les mœurs y sont moins policées que chez nous, pour ne point dire sauvages ?
07/06/2007In noctibus extollite manus vestras - Où pourquoi l'on veille tard
Cher journal,
Je rentre fort tard des salons du Louvre où, venu en voisin, je retrouvais ma tendre amie Madame de Montrose, & ses chevaliers servants Valmont, Danican & Beauregard.
Il est fort tard, & j'ai pris la fâcheuse habitude depuis quelque temps de me coucher à l'heure où les chanoines de Notre-Dame ou de la Sainte-Chapelle se lèvent pour chanter l'invitatoire & les nocturnes.
Ne crois pas, cher journal, que je suis devenu insomniaque. Loin sans faut !
Comme toujours, il suffit que j'ajuste mon bonnet & que je pose ma tête sur ma couche pour aussitôt m'endormir.
Simplement, je refuse de me coucher à une heure décente.
Tu dois me trouver bien extraordinaire & même étrange, cher journal.
Que te dire ? Je lutte jusqu'à l'extrême épuisement pour rester éveiller, tant j'ai soif de vivre. Lire, écrire, peindre, tout plutôt que de m'endormir. Le sommeil me parait une petite mort quotidienne, que je tente désespérément de refuser.
Qui apaisera mon cœur afin que je sorte de cet éreintant engrenage ?
Après ces graves méditations, voici quelques nouvelles plus distrayantes de la Cour.
Le comte Etienne Báthory tient à faire ses preuves pour les honneurs de la Cour. Pour l'heure, il découvre notre beau pays, les mœurs policée de ses habitants, les coteries de la Cour. Il est rentré enthousiaste du dernier Te Deum que donnait à la Sainte Chapelle Monsieur Charpentier.
Il se pourrait que je rencontre enfin le Président d'Ogny, président à mortier au Parlement de Paris, toujours retenu par les occupations de sa charge & les soins de la Cité.
Monsieur de Saint-Eclair est rentré victorieux de sa campagne dans la Forêt-Noire, où il a donné des marques éclatantes de son courage & de sa bravoure. L'ambassadeur de Siam doit être fier de lui. Monsieur de Saint-Eclair, de la Forêt-Noire est passé à Paris mais n'ira pas à Brest, c'est du moins ce qu'a dit une nonne au vicomte de Blangy.
Monsieur de La Bâtie, fils d'un capitoul de Toulouse et proche de ces Messieurs de Port-Royal, vient de brillamment finir ses humanités universitaires.
De même, Monsieur le chevalier de Montmorency-Laval, que je croisais hier à Marly en compagnie de Monsieur de Saint-Elme, a soutenu sa thèse de théologie en Sorbonne summa cum laude. Le sujet en était La nature théologique & allégorique de l'éléphant dans l'économie du salut. Monsieur de Saint-Elme arborait une perruque fort courte, ce doit être la nouvelle mode.
Monsieur de La Bâtie devrait lire cette thèse sur l'éléphant dans l'économie du salut. Je suis assuré qu'il trouvera que l'éléphant est le plus épicurien des animaux de la création.
A bientôt cher journal, je vais pour une fois tâcher de me coucher avant le second nocturne.
29/05/2007Sine necessitate - Où l'on donne les dernières nouvelles de la Cour
Cher journal,
Voici plusieurs aventures touchant mes amis :
Monsieur le marquis de Saint-Martin, notre ambassadeur près la Sublime Porte, nous a annoncé le complet renouvellement du Divan.
La Guerre de Succession d'Espagne n'en finit pas. Jacques Edouard de Saint-Eclair, le jeune capitaine des gardes françaises, va mener une expédition en Forêt-Noire à la fin de cette semaine. Le Prince de Siam sera avec lui.
Le chevalier d'Aure de Gramont, jeune & beau gentilhomme d'illustre lignée & qui promet beaucoup a entrepris de devenir gentilhomme-verrier & d'ouvrir ainsi une manufacture florissante. Hélas, mes biens étant investis sur la Compagnie des Indes, je ne peux l'accompagner dans cette belle entreprise. Il lui faudrait 60 000 livres. Quel courtisan pourrait lui en faire l'avance ?
Charles de Corday d'Armont, chevalier, vicomte de Blangy, est allé vénérer le voile de la B.V.M.
Le R.P. de Patras de Campaigno, de retour de missions chez les indiens des Amériques, a retrouvé le R.P. de Consolin aux Cordeliers.
Monsieur le procureur du Roi près son Châtelet de Paris semble las des procès qu'il instruit. Il menace de laisser sa charge, ce qui serait une perte terrible pour tout le Parlement de Paris.
Monsieur de Valmont n'a pu voir Monsieur de Berwick. J'en suis fort peiné.
Quant à moi, ma route a croisé celle de Monsieur le chevalier de Saint-Gobain hier au sortir de la grand messe de la Pentecôte aux Grands Augustins. Mon farouche ennemi m'a provoqué en duel une fois de plus. Une fois de plus, celui-ci me fut défavorable : ce diable de Saint-Gobain m'a à nouveau entaillé profondément la main.
Aussi est-ce à grand peine que je te trace ces lignes cher Journal.
Pourtant, malgré cette peine, je me suis consolé entre messe & vêpres en peignant une crédence en faux marbre. Je suis très satisfait du résultat de mon art, alors même que c'était la première fois que je me lançais dans pareille aventure ! La crédence a aussitôt trouvé place dans la chapelle de l'hôtel de La Motte.
A bientôt, cher journal.
22/05/2007Pericula ludus - Où l'on s'inquiète de Monsieur de ValmontCher journal,
Je suis très angoissé car je suis sans nouvelles de mes amis Valmont & Danican-Philidor qui devaient passer en la perfide Angleterre pour une mission des plus périlleuses.
J'ignore s'ils ont pu faire la jonction avec le noble & beau Berwick :
Le marquis de Torcy m'a prévenu que j'aurai également moi-même à effectuer plusieurs missions secrètes dans les semaines à venir. La Sainte Russie, la Bavière, les îles d'Amérique & de nouveau l'Angleterre devraient être bientôt sur ma route. Pourvu que je puisse revoir Berwick, tout me sera alors bonheur.
Il faut que je me prépare davantage à ces prochaines missions. Je vais tâcher d'être plus régulier aux exercices aux Grandes Ecuries.
13/05/2007De angustiis - Où l'on donne quelques nouvelles de la Cour & de la Ville
Cher journal,
Avant-hier, Messieurs de Minette de Grandpuys & de KerChussy m'avaient prié dans un hôtel proche du mien, de l'autre côté de la Place des Victoires.
Il s'agissait pour eux de me présenter le baron de Couserans, avec lequel ils voulaient absolument que j'entre en affaires.
Je souris beaucoup à l'idée de mes amis mais les soins apportés à l'organisation de cette rencontre manquaient par trop de naturel.
Il est vrai que Monsieur de Couserans paraît être parfait gentilhomme, doté de toutes les qualités de la grâce & de l'esprit.
Trop à la pensée du funeste anniversaire que je célébrais, je ne fis aucunement les efforts de la conversation.
Hier soir, un souper fin me réunissait Monsieur de Beauregard, Monsieur de La Bourdonnaye & moi-même. La liberté de ton qui fut la nôtre n'aurait pas été approuvée par Madame de Maintenon.
Voici maintenant, côté Ville, quelques nouvelles de mes amis.
Côté Ville, Madame de Montrose est à la Cour de Toscane. Le Président de Valmont a réussi à faire chuter le grand vicaire. Maître Jehan Guillain a été privé de mon hospitalité par le susdit souper fin. Le comte de La Motte quitte la Champagne pour Paris.
Côté Cour, les nouvelles sont plus nombreuses.
J'ai passé commande à Monsieur Boileau des Préaux d'un éloge de Louis le Grand, mais le législateur du Parnasse paraît être sec devant un si noble projet.
C'était l'anniversaire cette semaine de Louis-Gaspard d'Hauterive, baron de Saint-Elme. J'espère que tous les courtisans l'auront choyé.
Le marquis de Roquépine veut faire un commerce avec moi sur un navire de la Compagnie des Indes.
Louis-Pierre d'Hozier, futur juge d'armes de France, s'est pris à admirer la démocratie des Athéniens.
Monsieur de Saint-Eclair, le jeune capitaine des gardes françaises, s'est couvert de gloire en s'infiltrant en pleine guerre de Succession d'Espagne dans la perfide Albion pour une mission aussi secrète que périlleuse.
Monsieur de La Garenne a pris la route des Indes tandis que mon cousin Sermisy prenait celle des ses possessions de Guyenne.
Monsieur de La Bâtie, fils d'un capitoul de Toulouse, doit lire les pères du désert dans l'édition de Port-Royal.
Le comte & la comtesse de Chaumont n'en finissent plus de vouloir accroître leurs seigneuries tourangelles.
Béroalde de Verville le jeune taquine toujours les castors en Nouvelle-France.
A bientôt, cher journal.
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