J'ai été invité, ça arrive ... En bout de table, les hôtes avaient placé Richard (183, 72, 38), parfois surnommé Charlie pour les besoins de la cause.
A un moment donné, Charlie, qui venait de se faire largué, a parlé de fidélité. Avec un regard sous entendu à mes convives avertis, j'ai lancé les hostilités :
- Attends, Charlie ... tu parles de fidélité ... mais la fidélité en soi n'existe pas. On est fidèle à. On n'est pas fidèle dans l'absolu !
Tous les yeux se tournent vers lui. On voit qu'il réfléchit. Peut-être se souvient-il de certaines notions de phénoménologie, peut-être simplement ne sait-il pas dire non.
Au bout d'un temps très long, il acquiesce : un petit "ui" sors de sa bouche. Je renchéris :
- Et puis il ne faut pas confondre fidélité et exclusivité ... On peut être fidèle à une personne et non-exclusif, dans le sens où on va voir ailleurs. Le tout étant de rester fidèle au contrat passer avec cette personne, non ?
Il me regarde un peu désemparé, assez touchant, en fait. Les autres remplissent son verre de vin. Je dis :
- C'est fini, la morale judéo-chrétienne, c'est papa-maman, tout ça ! Mais Dieu est mort depuis Nietzsche. Toi comme les autres, tu dois ressentir l'attirance, le désir. Pourquoi y résister, pourquoi être exclusif à partir du moment où tu restes fidèle à ton mec et à ce que vous avez établi ensemble ?
Il dit :
-Oui mais non ... enfin non, je suis d'accord intellectuellement mais je ne veux pas que mon mec (là, il rit tristement) me trompe. Si je l'aime, je ne veux pas !
- Mais il n'y a pas tromperie, bonhomme ! Vous restez fidèle au contrat. Je ne sais pas, c'est une attitude adulte, non ?! Et puis tu étais d'accord qu'il n'existe qu'une fidélité à ..., non ?"
Ca sent l'estocade, les autres sourient en détournant les yeux de Charlie, l'un d'eux lâche un "C'est vrai". Lui repousse de sa fourchette un bout de viande qui gisait dans son assiette, reprend une gorgée de vin. Je fais :
- Tu sais, ce qui fait la vie belle et libre, c'est le plaisir et sa recherche. Si tu as des grands principes hérités de cette morale vieillotte, tu vas la gâcher ..."
Il se lève, essuie sa bouche, dis "Excusez-moi" et se dirige vers la salle de bain.
La main sur la poignée, il se retourne, nous regarde et lance "Tu oublies qu'on n'est pas qu'intellectuel. Quand on aime, on n'est pas intellectuel, on ne vit pas un contrat. Quand on aime, on peut être blessé. Si on aime.".
Il a les larmes aux yeux. Il continue son geste et referme la porte sur lui.
Avec les copains, on se regarde. On se ressert un verre.
Passé 10 secondes, on sourit, on dit: "Quel con, ce Charlie !".
Personne ne se souvient l'avoir vu partir.
Qu'une porte qui claque.
"Mon amoureux et moi... on apprendra à se connaître, et à s'aimer, à s'aimer vraiment, pas comme deux garçons qui croient que l'amour doit tomber du ciel, non non, mais comme deux garçons qui ont appris à aimer l'autre.
On ira au théâtre, lui m'expliquera les Hz et les statistiques différentielles, je lui apprendrai l'art vivant, et il m'apprendra à aimer le bruit des herbes qui ploient sous le poids du vent."
Et puis ça continuait longtemps, à longueur de blog, des phrases construites au futur.
Il écrivait : "Redis moi je t'aime, parce qu'il y a des moments, je sais que tu le penses encore, quand je suis allongé sur toi et que je te caresse. Et si s'arrêtait ici le temps? De la tête au pied. Je t'aime. Je t'aime."
Je l'enviais, je crois, de savoir magnifier son présent.
Je le retrouve aujourd'hui, cul écarté, une érection à dent, la tête enfouie dans un oreiller, quémandant sur un site chaud, une photo de lui avec un sourire factice.
J'ai eu envie de lui demander : "Salut Mike ! Que s'est-il passé avec T. ?"
Finalement, j'ai écrit : "Slt, tu ch ?"
Il m'a répondu : "Sodo soumis direct"
didamxx@citegay.org, le beau parleur, le bon baiseur.
Il parle beaucoup, il avait prévenu auparavant, je parle beaucoup. Moi aussi, je peux parler beaucoup, mais jamais au début. Au début j’analyse, je regarde où je mets les pieds, j’attends.
Il parle beaucoup de sida, de ces copains séropo, des risques, de son ex. Il dit ça ne me dérange pas de baiser avec un mec qui l’a, il dit moi je ne l’ai pas. Moi non plus je ne l’ai pas. On va utiliser des capotes.
Il porte une casquette noire un peu de biais sur sa tête avec le logo Nike® sur le devant, il se tient assis sur le lit, jean T-shirt baskets, les jambes écartées. La couette est bleu nuit, ses chaussettes sont blanches. Je me demande ce qu’il porte comme sous-vêtement.
Il dit j’aime bien parler avant, voir si le mec a quelque chose dans le crâne. Je ne fais jamais de plan direct. Moi si, j’en fais, des plans directs, je ne le lui dis pas, je fume des Marlboro® light en buvant un Coca™.
Je ne lui dis pas que la désespérance parfois me pousse à fantasmer des délires de soumission sauvage avec des mecs qui ne sont qu’acteur. C’est tellement plus rassurant de savoir d’avance que je jouirai quoi qu’il arrive, quel que soit le mec, pour le fantasme en lui-même. Les rencontres comme celle-ci, où il faut faire preuve de son intérêt, sont vraiment difficiles. Je ne le lui dis pas.
Je pense à son pseudo, à ce que ça peut signifier. Je pense à son sexe.
Il dit j’aime pas les mecs qui viennent et qui se jettent sur moi. Il met de la musique, du Portishead, il s’agenouille devant des appareils compliqués, je glisse ma main le long de son bras. Il m’entraîne vers le lit pour que je m’allonge. Il dit j’aime pas embrasser, il va directement aux tétons, je commence par le bas de son dos, sous le T-shirt, son ventre rasé, je pousse les fesses contre lui pour simuler qu’il me saute. On se met en caleçon, il porte un boxer blanc, finalement.
Il dit j’adore ça, ton cul.
Il quitte son boxer blanc rapidement.
J’avais besoin de ça, exactement, ça : De prendre mon pied avec un petit mec de 23 ans, un inconnu, de jouir dans une chambre à la lumière crue, sur une couette bleue, d’oublier les silences de Belleville, d’oublier Leo Ferre, de jouir.
Lui ne jouit pas. Quand il arrête j’en reste surpris.
C'est didamxx@citegay.org, le beau parleur, le bon baiseur.
Je suis tombé sous le coup de trois whiskies bus coup sur coup.
L'étain est maintenant dans ma gorge, j'en suis encore saoul.
Je revois tous ces frangins, n°5 et sa technique de l'entre deux qui s'enorgueillissait de sa trombine, l'italien aux allures d'oiseau tombé, mon chien des désastres passés, le précieux toujours dans le rouge.
Les mots sur eux coulent comme un steamer au large, noirs comme l'étincelle du tungstène éclatant d'un phare, blancs pareils aux chaleurs trop fortes. Progressivement quand je vais, je sens ma cavale de la nuit, mes jours fériés, le max à tout vent.
Je leur laisse la fleur.
C'est trop dûr, je vais me branler.
A la clameur des réverbères, dans le silence de la rue, la lune reste à sa place. Celle d'avant.
J'allume une cigarette, je l'avale. Pour puer plus, pour puer mieux.
De la gueule et du sgueg, si possible.
Monsieur Poulet avait raison, il faut mettre Freud à la poubelle et tirer sur Bernoulli et ses éléments séparés.
J'en craque une seconde, pour voir.
Freud, de ses lèvres constellées, m'invite à des prières inversées.
J'hennis encore. Je hais déjà.
Au petit matin, j'irai au travail.
Ce soir, j'ai la tête d'un mec qui a lu tous les livres.
L'ennui, la lésine, l'erreur, agacent mon corps et bercent mon esprit.
L'ennui surtout, sur l'oreiller de mon desk, vaporise le savant chimiste en d'interminables quêtes.
Je me suis donc inscrit sur tous les sites de cul aux noms un peu vendeur : RezoG, CitéGay, Keumdial, GayVox, GayRomeo ...
Là, des gens sur des photos un peu tristes montrent un sourire affligé et leur bite volontaire.
Là, le monde semble d'équerre et réglé par de sourdes plaintes, mes hypocrites, mes démons, mes frères.
Là, je deviens un rêveur patenté, un romantique abscons, le débauché pauvre qui baise et mange pour toujours.
Au détour d'un corps (lui, 36 ans, 187, 75, pas d'indication), j'entrevois cette photo qui depuis me hante.
Qui était l'un, qui est l'autre ? Où sont leurs mains ? Se sont-ils aimés dans cette eau ? Et si oui, pourquoi s'être séparé ? Et si non, pourquoi éditer cette photo ? Oiseau ivre entre cette écume inconnue et cette mer trempée.
Lui, 36, 187, 75 ... aurait aimé, donc ? Baise au final ? Étoile d'août comme poussière de flamme ... que sait l'univers ?
L'ennui enfante les songes. Comme la pitié ou l'animal.
Plus beau que mes anciens mensonges.
Les gens gardent leur pseudo comme leur schizophrénie.
Aujourd'hui, je m'emmerdais. Encore.
J'ai donc googlisé le pseudo de mes ex.
C'est dingue ce qu'on apprend des conversations passées, sur GA, Gayromeo ou ailleurs. Dingue aussi, en sélectionnant "image", ce qu'on peut en voir. Ce qu'il en reste.
Après, j'ai eu envie de me rassurer.
J'ai donc googelisé en image "érection", "anus" et "sodomie".
C'est dingue ce qu'on peut apprendre là aussi ...
A un moment, j'ai vu une rose. Like an innocent.
On m'avait dit : tu verras, c'est tranquille au mois d'août.
C'était vrai.
La moindre punaise qui passe sous mon bureau en devient un évènement.
Alors je la regarde longtemps, là, dans l'étendue de l'open space. Seul.
Je n'avais jamais pensé aux punaises jusque là, sauf, sans doute, pour les maudire.
A un moment donné, comme elle avançait et qu'il ne se passait plus rien, j'ai décidé de l'écraser à moitié, pour voir.
Je me suis rapproché pour la regarder mourir.
Je n'ai pas senti l'odeur de punaise écrasée pendant qu'elle se trainait sur ses trois pattes affolées. Elle était prisonnière du sol, elle se débattait contre la mort.
Ca a peut-être duré 10-15 minutes et puis ça s'est arrêté. Scellée.
Ma présence faisait cette mort plus atroce. Je le savais et je suis resté. J'ai regardé comment une punaise, ça mourait.
Je voulais voir d'où ça surgissait, la mort : De l'épaisseur, du dehors, des anciennes forêts qui entourent mon bureau. De moi, peut-être, qui essayait de retrouver son trajet d'avant mon pied.
Je ne sais plus la fin.
Sans doute, la punaise éventrée, à bout de forces ... Je ne sais plus rien sauf que je suis parti de là.
Je me suis dit "Tu es en train de devenir folle".
Et je suis parti de là.
Je crois que je l'avais ramassé sur KEUMDIAL, un soir de solitude. Aucun visage ne me revient. Je crois me souvenir qu'il avait un grain de beauté, mais où ?
Le cuistot (Jérôme, 32, 190, 75) : "Qu'est-ce que je vous mets ? La langue ou la raie ?"
Moi : "Euh ..."
Lui : "Je peux vous mettre les deux si vous aimez"
Moi, rouge, déjà moins vierge : "La langue suffira, merci"
Lui : "Et voilà mon p'tit môssieur !"
Moi (à voix basse) : Ducon !
Et j'ai rien laissé dans mon assiette.
Ma vie est méga grave.
Aujourd'hui, j'ai vidangé une pompe à vide.
L'huile en était épaisse et noirâtre, mon pantalon de costard s'en souviendra longtemps. Celle que j'y ai mise était incolore et fluide, mon pantalon s'en souvient encore.
Et puis, tout à 4 pattes et les mains aux turbin, je me suis rendu compte que ses tuyaux étaient plus usés qu'un préservatif poreux.
Moi je dis, vive les études !
Ca aide à se rendre compte de la porosité du vide ... Et puis ça aide à se payer un teinturier.
Me voilà donc en quête de gros tuyaux en caoutchouc, diamètre 60 mm, creux et rouge.
Et bien sûr, quand je cherche ...
Reste à sectionner ce truc aux bonnes dimensions ... et bien sûr, quand je cherche ...
Ma mère me disait souvent que je ne trouverais pas une vache dans un placard (ou chaussure à mon pied, au choix), elle devait avoir raison : rien sous la main pour couper un gros tuyau mou.
Je me mets à penser ... Quoi, qui et où qu'est-ce ...
Je m'en vais donc voir les services techniques pour leur demander une scie à métaux (pour du caoutchouc, j'ai pensé : Y'a pas mieux !)
Là, y’a un beau rebeu tout maigre et très sympa de 27-30 ans qui m’accueille et qui, comme d'habitude quand je le croise dans l'usine, m'appelle "beau gosse" quand j'arrive.
Hi hi, c'est sympa, ça va deux secondes.
Je lui explique mon besoin, lui montre le tuyau à vide, lui dis ce que je veux.
J'ai eu l'impression d'être sur un site de Q … tragique !
Il me dit : "Donne moi ton tuyau, je te fais ça sur place ma poule !" (je cite).
Je reviens avec mon tuyau à la main.
Lui : "Quelle longueur ?"
Moi : "1 mètre 50."
Lui : "Tiens le moi, j’y vais !"
Et vas y que je te fais des vas et viens avec la scie …
Et quand ça a été fini, les deux bouts de part et d'autre : "Ben voilà, c’est facile, tu reviens quand tu veux beau gosse."
Et clin d’œil …
Je suis parti rouge comme le tuyau, dur et mou pareil, mon pantalon à porter définitivement au pressing.