J'écoute : morton feldman
Je regarde : droit devant moi.
Je lis : Etienne Klein
Je joue : avec le feu, comme toujours.
Je mange : tout à la vapeur, en ce moment
Je bois : un café, là tout de suite
Je cite : "Les anges sont la clause résolutoire des contrats divins." ~Moi.
Je pense : trop.
Je rêve : que je suis coincé avec ma chef dans un ascenseur.
(mis à jour mercredi 1 avril 2009 à 09:29)

18/05/2009

18/05/09 - 10:36

Anges et Démons et merveilles. Ou pas

Mes lecteurs les plus anciens et les plus fidèles (c’est-à-dire principalement Mum, Jtf et Did***) se rappellent peut-être d’un ancien article dans lequel je tapais sur le premier volet du Monde de Narnia (c’est par ici : http://willywalt.spaces.live.com/blog/cns!D268D0CA51BD9D42!941.entry).

Que mes lecteurs passés et actuels se rassurent : s’ils pensaient avoir vu le plus mauvais film du monde avec Narnia (et sa suite), qu’ils aillent voir (ou plutôt, qu’ils le téléchargent illégalement) Anges et Démons, un chef-d’œuvre d’ironie et de soixante-douzième degré.

C’est donc possible : le plus mauvais film de la Création existe. A la fin on ne sait toujours pas si Dieu existe mais, si c’est le cas, Il doit avoir sacrément les boules qu’on fasse des guignolades comme ça dans Sa maison (certes, reconstituée en image de synthèses, faute d’accord de la part du Vatican pour tourner sur place – sans blague, je sais pas vous, mais moi j’imagine mal Papa Ratzinger autoriser une scène d’immolation dans la crypte de Saint Pierre de Rome). A moins, bien sûr, qu’il ne s’agisse d’une blague cosmique qui ne fasse rire que Lui (cf. le propos du Père Maxi dans South Park, « Dieu a un sens de l’humour bizarre »).



Que le film soit mauvais, soit. Après tout, on pouvait s’y attendre après la pantalonnade que fut Da Vinci Code. Que Tom Hanks ait renoncé à jouer convenablement depuis Philadelphia et le sur mesure Forrest Gump, passe encore (je mets de côté La guerre selon Charlie Wilson où sa performance était rehaussée par celle, conjointe, d’Amy Adams et Philip Seymour Hoffman). Que Dan Brown jouisse d’un succès populaire, j’admets péniblement (ce qui va devoir m’obliger à augmenter le nombre d’admissions dans mon top 10 des gens-qui-vendent-des-livres-sans-faire-profession-d’écrivain, où l’on retrouve Christine Angot, ou encore Marc Lévy).

MAIS QUE

sous couvert de modestes contributions culturelles et références scientifiques, le romancier l’auteur le bandit scribouillard tienne pour acquises des prémisses de commencement d’hypothèses, affirme pour sûres des théories qui ne sont pas passées au crible de l’expériences ;

QU’EN OUTRE

il se sente obligé de verser dans la plus navrante invention (ouuuh la vilaine conspiration antipapale ! Allez, la science contre la religion, paf, on déterre Copernic et Galilée) pour pallier à son manque de crédibilité tant en matière d’historien des religions que d’aspirant physicien (« oh oui tiens je vais parler du collisionneur du CERN, ça va faire bien » ; « antimatière ça claque comme mot ! ») ou d’historien de l’art (« Bernin et Raphaël, j’aime bien, m’en vais te les coller à toutes les sauces ») ;

QU’AU DEMEURANT

il verse dans la plus abêtissante, la plus ahurissante simplification de deux millénaires de christianisme pour prêter ensuite un vague propos d’intellectuel à son héros, Langdon, qui n’est au final – et j’aimerais que ce soit bien clair – qu’un gros con borné ;



Là, je dis non. Et même, je m’offusque.

Ce film ne fait pas que véhiculer des idées incorrectes, il diffuse également des informations fausses.

Non, on ne peut pas stocker pendant des heures des ptits bouts d’antimatière dans un thermos sur batterie : les antiatomes n’existent que l'espace d’environ 40 millionièmes de seconde, parcourant, dans le LEAR – la machine qui existant avant le LHC et qui a été la première à permettre la collision des antiprotons avec des atomes d’un élément lourd – une dizaine de mètres à une vitesse proche de celle de la lumière avant de s'annihiler au contact de la matière ordinaire. (A ce propos, Mickael, je m’excuse au sujet de l’information que je te donnai sur la vitesse de la lumière à la possibilité d’atteindre sa vitesse. Je te repréciserai ce que je voulais dire – non non, j’avais pas tord, me suis mal expliqué.)



Non, Bernini n’était pas le grand chambellan ou le premier ministre ou que sais-je encore des Illuminati. Pas plus que Galilée, donc. Ils avaient probablement d’autres choses à faire. Pourquoi faut-il toujours que Dan Brown adhère à des idées de sociétés secrètes, de conspirations, de fin du monde pour étayer ses dommageables idées ?



Non, Jean-Paul II n’est pas un pape qui a uni la science a la religion. Le premier a avoir tenté, c’est Pie XII qui, en 51, devant l’Académie pontificale des sciences, tente de faire concorder les avancées cosmologiques de l’époque (Big bang et tout ce qui s’ensuit) avec le fiat lux initial ; mais suite à une conversation avec l’abbé-physicien Georges Lemaître, il se retracte un an plus tard devant l’Union astronomique internationale.



Et ainsi de suite, j’en passe, notamment sur ce que le film donne à voir de Rome. La consternation qui m’habite au moment où j’écris ces lignes n’a d’égale que ma beauté – spectaculaire, donc.



J*



Le conseil lecture de Tonton Malldwight sur les sujets évoqués :

« Le big bang ; révélations sur l’origine de l'Univers » – Les Dossiers de la Recherche, trimestriel, mai 2009, n°35 (6€).

Bonnefoy (Y.), Rome, 1630, Paris, Flammarion (coll. Champs), 2001.

Klein (Y.), Les secrets de la matière racontés en famille, Paris, Plon, 2008.




10/05/2009

10/05/09 - 11:17

Le chant de Belinda


Belinda, je sens venir la mort ; et le froid

Je le sens, embaume peu à peu mon trépas.



Il est parti. Et tandis que le jour naissait

Toujours là, allongée, j’ai recompté mes plaies ;

Une à une les plaies du cœur, les déchirures

Et chaque instant mouillé de pleurs, et de fêlures.



Le soleil, en étirant ses rayons, chauffait

Mon corps endolori, meurtri et imparfait.

Au midi dépassé, j’avais cru me mouvoir,

J’ai longuement peiné – j’ai vu venir le soir.



Belinda j’ai faim, soif ; oui, je me fais mourir.

Mes pensées divaguant, mêlées de souvenirs,

Au plus profond de moi, me ravagent les chairs,

Rendant sombre ce qui jusque-là était clair ;

La blessure immobile envahissant mon âme :

Les sentiments diffus, parmi ceux que l’on clame,

Qui font que l’on déteste et que parfois l’on aime

La tempête amassée des vents qu’un jour l’on sème.



Vois, la Lune a blanchi. Et j’attendais alors,

Porté vers son pays, qu’on m’apporte son corps.

Au moment de passer sur un autre rivage,

Exsangue et harassé, dans un autre sillage,

Qu’il voie s’ouvrir le ciel, le soleil exploser :

Et dans le noir lointain d’un nuage irisé

Qu’il ne voie plus que moi, les peines qui m’affligent

Qu’il imagine au loin mon tombeau qui s’érige.



Non, Belinda, je n’en puis plus, et j’ai menti :

Je ne le veux pas mort, tout au plus étourdi

Je veux, quand vient le soir, que sa conscience veille

Que dans son désespoir il hurle et se réveille :

« Est-ce toi, le cœur sanguinolent, l’âme noire,

Que j’entrevois déchirer le présent ? Que croire ?

Je t’ai assassinée, j’ai souillé ton image,

J’ai maudis ton prénom, craché sur ton visage !

Reviens-tu me chercher, m’emporter dans le feu ?

Me désarticuler et m’arracher les yeux ?

Cent fois j’ai crains, j’ai vu, pressenti cet instant

Au lendemain déçu de mon premier serment. »



Tu fais bien d’avoir peur, ô merveilleux Enée

Tu n’as que trop bien vu dans quoi tu m’as traînée.

C’est bien de mes mains nues que j’ai bâti Carthage

Mais c’est par ton épée que j’en lave l’outrage ;

Je suis née Elissa, mais tu trahis Didon

Tu aurais pu m’aimer, tu choisis l’abandon.



Il n’est de libation où coulera mon sang,

Car je meurs dans ma couche aux couleurs de safran.



Belinda, que l’on m’apporte l’épée fatale

Qu’il a ici laissée, la faisant mon égale ;

Qu’en traversant mon cœur enfin se réunissent

Mon sort et son destin – Que dans l’histoire ils bruissent.



J*

08/04/2009

08/04/09 - 10:56

Femme enceinte

Il y a un temps pour tout et, chers lecteurs, je le dis très solennellement, il est temps de dire du mal de Renan Luce – car non, malgré le titre de cet article, je ne vais pas parler de ma sœur qui attend une événement (dont l’heur est discutable, selon les points de vue), ni de mes brusques envies gastronomiques qui, en ce moment, passent invariablement du cassoulet aux écrevisses en passant par le steak tartare.

En réalité je ne vais pas critiquer Renan Luce, mais seulement sa chanson La Lettre. Analyse de texte.

« J’ai reçu une lettre, il y a un mois peut-être / Arrivée par erreur, maladresse de facteur »
Pour avoir été brièvement facteur, je peux vous assurer qu’on ne fait pas de maladresse aussi énorme. Si la lettre est adressée à Renan Luce, elle va chez lui. Bien sûr si elle adressée à Renaud Lace ou Melle Luce Renard Vve Renan, il peut y avoir confusion. Mais passons. (Oooh, je sens que je vais avoir dans les commentaires des gens qui vont se plaindre des services postaux…)
« Aspergée de parfum, rouge à lèvres carmin / J’aurai dû cette lettre, ne pas l’ouvrir peut-être » Si, mais avec des gants. Quelqu’un qui répand sur une lettre du parfum et du maquillage y a sûrement collé ses miasmes, voire, de l’anthrax.

« Mais moi je suis un homme qui aime bien se genre de jeu veux bien qu’elle me nomme Alphonse ou Fred c’est comme elle veut… c’est comme elle veut »
Donc là on présume que le destinataire s’appelait Alphonse ou Fred. L’expéditrice est donc soit gérontophile, soit lesbienne. J’ai connu deux filles qui s’appelaient Frédérique. La première était un genre de poupée de porcelaine avec d’immenses yeux bleus et des petites dents blanches. Elle détestait son prénom et refusait qu’on la surnomme Fred. La seconde me donnait l’impression d’avoir pour passe-temps la découpe bouchère d’animaux morts ou la maçonnerie. Elle avait les cheveux courts, portait des chemises à carreaux et préféraient qu’on l’appelle Fred.
Mais bref.

« Des jolies marguerites, sur le haut de ces i / Des courbes manuscrites, comme dans les abbayes »
Encore un qui a trop vu Le nom de la Rose et qui nous pond une synecdoque référentielle pars pro toto (que les profs de Français qui me lisent corrigent si je me trompe de figure de style). Puisque des courbes manuscrites, n’importe qui qui sait écrire à la main en fait. Plus ou moins réussies, certes, et ce n’est pas de l’onciale ou de la caroline, mais enfin ce sont bien des courbes manuscrites. Au demeurant, additionnées de marguerites sur le point des i, voilà qui éloigne fortement la possibilité que l’auteur de la lettre ait dépassé quatorze ans d’âge mental.
« Quelques fautes d’orthographe, une légère dyslexie / Et en guise de paraphe ma petite blonde sexy »
Voilà qui confirme mon précédent propos sur l’âge mental ou réel de l’expéditrice. En clair : c’est une adolescente un rien stupide qui trouve trop cool de dessiner une barbie en bas de ses lettres pour s’identifier. « Tu te rappelles de moi ? Mais siii, la blonde avec les nichons tout serrés dans mon t-shirt rose ! »

« Et moi je suis un homme qui aime bien se genre de jeu n’aime pas les nonnes et j’en suis tombé amoureux … amoureux »
Ben ça tombe bien pour les nonnes, cette histoire. Un type qui s’entiche d’une souillon qu’il ne connaît que par une lettre mal écrite, vaut mieux passer au large, quitte à entrer dans les ordres.

« Elle écrit que dimanche elle sera sur la falaise /Où je l’ai prise par les hanches » Ben c’est un fortiche le gars. Soit ils ont fait de l’escalade ensemble ce qui paraît faisable, soit il lui a mis sa zizouille dans son frifri, ce qui est envisageable également – pas forcément évident au bord d’une falaise – soit les deux en même temps, ce qui doit être spécialement inconfortable.

« Et que dans l’hypothèse où je n’aurais pas le tact d’assumer mes ébats / Elle choisira l’impact trente mètres plus bas »
Donc là clairement il n’est plus question de sport en altitude, mais d’avoir planter le piolet au mauvais endroit. « Assumer les ébats » = s’expliquer longuement en se prenant la tête dans les mains, pleurer, se faire pardonner et, éventuellement, remettre le couvert.
D’où bien sûr la menace. On reconnaît l’intelligence d’une fille à la valeur de ses arguments. « Si tu me recoinces pas popaul et/ou ne m’épouse pas, je me tue ! » Oh, ouais, voilà qui est percutant !... …trente mètres plus bas, donc. C’est bizarre d’avoir choisi le mot impact, ça fait penser un alunissage, genre, un truc qui se pose sur un autre d’une façon précise, selon des calculs précis.

« Et moi je suis un homme qui aime bien ce genre d’enjeux ne veux pas qu’elle s’assomme car j’en suis tombé amoureux… amoureux »
Mon garçon si elle fait une chute de trente mètres, elle s’assomme pas. Elle éclate comme un fruit pourri.

« Grâce au cachet de la poste d’une ville sur la Manche / J’étais à l’avant poste au matin du dimanche »
Résumons-nous : il y a trois cents kilomètres de côte sur la Manche mais notre troubadour, grâce au cachet de la poste de la missive, sait exactement où aller, tant il est évident que la gourde a posté la lettre depuis son patelin. Soit.

« L’endroit était désert, il faudra être patient / Des blondes suicidaires il n’y en a pas cent »
Un dimanche matin sur une falaise bretonne, tu m’étonnes qu’il y ait personne ! à part ces beaux vieux qu’on voit dans les pubs de Pleine Vie promener leur labrador pour vanter les mérites des conventions obsèques ou pour des couches. Forcément tu cherches une blonde suicidaire et tu te retrouves avec Jane Fonda, pieds nus et un pull sur les épaules qui t’explique comment sa nouvelle crème hydratante a changé sa vie, ça te fait drôle.

« Et moi je suis un homme qui aime bien se genre d’enjeux veut battre Newton car je suis tombé amoureux…amoureux »
Le chanteur n’en peut plus de nous rappeler quelle carence affective le fait tomber amoureux d’une inconnue ! Mais bon c’est le principe d’un refrain. Quant à battre Newton, mauvaise cible ! C’est la gravitation, qu’il faut tenter de combattre – et là je dis bon courage, parce que l’attraction terrestre vaut pour tant pour ta blonde que pour Jane Fonda.

« Elle surplombait la Manche quand je l’ai reconnue » Bon ben oui on a bien compris maintenant que ça se passait sur la côte, hein. Et il l’a reconnue parce que ? Mhm ?... Oui, parce qu’elle est blonde ! Merci aux deux qui suivent au fond de la salle.

« J’ai saisi par la manche ma petite ingénue » – Apprécions la rime d’une richesse confondante : Manche/manche.
« Qui ne l’était pas tant au regard du profil / Qu’un un petit habitant lui faisait sous le nombril »
Aaaah, voilà ! Belle litote pour dire que « l’ingénue qui ne l’est pas tant » est en réalité une cochonne qui s’est faite torpiller sans bouclier antinucléaire !
Bon, ensuite, on pourra discuter l’argument anatomique ; parce que si elle est enceinte sous le nombril, attention à la descente d’organes ! Mais passons, passons, c’est une facilité poétique. (Du même ordre que qualifier d’ingénue une fille facile qui se fait coincer un grumeau dans la Béchamel un samedi soir dans les toilettes du Makumba à Paimpol.)

« Et moi je suis un homme qui aime bien se genre d’enjeux veut bien qu’il me nomme Papa s’il le veut… s’il le veut. »
En voilà un qui aura bien compris tout l’intérêt de la nouvelle loi sur le statut du beau-parent !

Ah, Renan ! Tant de bonté de perdra !

J*

25/01/2009

25/01/09 - 20:29

dédicace : pour Kliban



Alors voilà, je vais pouvoir te rendre la partition... J'en suis venu à bout.

Et mes parents m'ont fait accordé mon piano pour Naaael !

J*

28/11/2008

28/11/08 - 23:03

Mélange de genres

Parlons de choses légères et sérieuses.

Style et substance. Coton et cachemire. H&M et Bompard.


Premier sujet : le rapport de la commission parlementaire sur la justice des mineurs et une de ses propositions, la responsabilité pénale fixée à douze ans.

Rappelons brièvement que depuis qu’elle a été établie en 1945, l’ordonnance relative à « l’enfance délinquante » – formule désuète qui nous fait imaginer une répression spéciale du vol à l’étalage ou de l’inscription injurieuse sur le mur d’enceinte d’une école ; « parigots, têtes de veaux ! » – a subi un peu plus de quarante modifications, dont la dernière (et pas des moindres), autorise que certains mineurs de 16 à 18 ans soient jugés comme des adultes (cf. la loi d’août 2007 sur la récidive).

Je n’ai pas toutes les clés en main pour en parler de façon exhaustive, je vais donc rédiger au débotté. Dans un premier temps, l’âge de douze ans aurait été avancé par l’ONU – c’est ce que j’ai entendu à la radio de la bouche d’un pro. Les anti ne manqueront pas, j’espère, de chercher cette prétendue recommandation, et d’en dénoter le contexte afin de faire toute la lumière sur ce propos. J’ai pour ma part du mal à imaginer que l’ONU fasse ce genre de proposition d’une part et tente de désarmer des enfants-soldats pour les (re)scolariser d’autre part.

Car oui, c’est tout le propos de l’ordonnance de 45. Le texte affirme on ne peut plus clairement que si les enfants sont acteurs d’actes délictueux ou criminels envisagés par le droit pénal, ils sont soumis à une justice spécifique, basée sur un principe fondamental : la primauté de l’éducation sur la répression.

J’arrive donc au second temps de ce propos, et je me permettrai un parallèle. Pénaliser un enfant (j’entends, le soumettre aux mêmes exigences pénales qu’un adulte – nous parlons ici de responsabilité) revient à le priver des repères fondamentaux nécessaires à sa construction personnelle ; repères familiaux (s’ils existent), repères scolaires (heureusement obligatoires jusqu’à seize ans), repères psychologiques : le passage effectif de l’adolescence à l’âge adulte n’est pas aussi simple qu’une loi qui fixe la majorité à 18 ans. Il en va de même pour le passage de l’enfance à l’adolescence – car enfin, nous nous engageons sur une pente drôlement glissante : si l’on admet qu’un chauve est une personne qui n’a pas de cheveux, qu’en est-il des personnes qui ont, par exemple, une dizaines de cheveux ? Elles ne sont pas chauves stricto sensu, mais elles ne sont pas davantage chevelues. De la même façon, certains enfants sont plus à même de comprendre la nature de leurs actes – et d’en assumer la responsabilité – avant douze ans, tandis que d’autres, pour des raisons psychologiques, sociales, familiales (ou tout ce que vous voulez – simplement, des raisons propres à la personnalité de chacun) sont conscients un peu plus tard de leurs actes, de leurs portées. On a tous en tête des séries télé où des enquêteurs ou policiers sont confrontés à des très jeunes psychopathes terrifiants ; peut-être certains d’entre mes lecteurs ont lu La nuit des enfants-rois de B. Lenteric ; mais dans tous les cas, ces surdoués machiavéliques qui échafaudent des plans terribles, n’appartiennent-ils pas qu’à la fiction ?

Je ne dis pas que les enfants sont purs comme des petits zagneaux qui gambadent gentiment dans de vertes prairies – simplement, ne peut-on pas laisser à l’enfance le temps qu’il lui faut pour se dérouler pleinement, sans devoir déjà la plomber d’une menace pénale ? A douze ans ? Vous vous imaginez à douze ans devant un substitut du procureur pour vous entendre dire un rappel à la loi ? A un enfant on dit que ce qu’il a fait est « mal », et on tâche de lui expliquer pourquoi afin qu’il ne recommence pas – c’est tout le sens de l’ordonnance de 45. Devrons-nous, bientôt, devoir dire à des gamins que boxer ses petits camarades à la récré « c’est mal, en vertu de telle loi modifiée par tel décret ?... »




Voilà maintenant une petite diatribe pour répondre à la remarque complètement idiote d’une gribouilleuse de Métro, que je vais citer (les deux) : il s’agit donc de Talia Soghomonian, qui écrit qu’« à l’écoute de ce nouveau disque, un peu trop sage, on en viendrait presque à regretter la Britney qui se rasait la tête dans un salon de tatouage sous le regard ébahi des fans et des paparazzi. »

Donc, chère mademoiselle Soghomonian, je me permets plusieurs commentaires. D’abord Britney ne s’est pas rasé la tête chez un tatoueur, mais chez une coiffeuse, ce qui fait sens, vous le noterez. Je crois d’ailleurs que ladite coiffeuse avait refusé de le faire elle-même, mais avait tout de même récupéré les cheveux pour les vendre sur eBay. Ensuite, oui, Britney est allée chez le tatoueur. Et devinez ce qu’on fait chez le tatoueur ? Mhmm ? Oh pardon, je vais trop vite ?... Reprenons : coiffeur = se faire couper les cheveux. Ayé, on est bon ? Alors tatoueur = se faire tatouer. Donc oui, elle s’est fait tatoué le bas du ventre d’on ne sait quoi – et je n’ai pas peur de dire qu’on s’en tape – sous le regard non pas ébahi, mais avide, des paparazzis. Les fans, s’il y en avait, n’ont pas dû comprendre pourquoi tout le monde photographiait une chauve qui se fait raturer le minou.

Ensuite, petite madame, vous conviendrez qu’on ne regrette pas qu’une fille comme Britney, qui est il faut le reconnaître une aimable courge (à sa décharge, sa mère l’exploite depuis le plus jeune âge ; difficile d’être convenablement scolarisé dans ces cas-là), se soit un peu calmée. Je ne vois pas d’autre intérêt, sinon mercantile (et encore je parle de presse à scandale, puisque en termes de ventes, ses frasques n’ont pas aidé la chanteuse à vendre plus d’albums), que celui de revoir la jeune fille péter à nouveau les plombs. Je ne sais pas si vous avez vu ces images où la boulotte chauve défonce le rétro d’une voiture (celle d’un paparazzi, étonnamment) à coup de parapluie, mais personnellement, je trouve ça plus flippant que rigolo-lol.

Voilà pour l’introduction. Venons-en au fond : cet album sorti hier, ou aujourd’hui, ou demain, bref la date on s’en cogne, tout le monde l’a déjà écouté.


La première question qu’on est en mesure de se poser, c’est : pourquoi un album si près du précédent, qui était tout de même très convenable ? D’accord, Gimme more n’était pas une idée pour faire un single, mais Piece of me ou Toy Soldier étaient assurément destinés à faire un carton. Demi-succès pour Piece of me (dont le clip cependant nous montre un Britney toujours capable d’autodérision, au même titre que Paris Hilton dont je ne saurais que trop vous recommander le dernier chef-d’œuvre), succès d’estime pour Toy Soldier. Break the ice a donné lieu à un clip façon manga assez hermétique, ou une blonde court dans tous les sens pour finalement traverser un plafond de verre et atterrir au milieu d’une réception – dommage, car la chanson n’est pas mal, tout comme Freakshow, pourtant pas promue. Preuve s’il en est que le précédent album a été mal exploité, on retrouve sur le nouveau le Radar qui, peut-être, était destiné à faire un single. (Du coup quand « Metro recommande Unusual you, Womanizer et Radar », ça fait tarte. On se renseigne, Taliachou, avant d’écrire de la bouillabaisse dans un gratuit.)

On ne se trompe pas vraiment quand on peut lire, ici et là, qu’elle – du moins, son staff, qui assurément connaît son affaire – a repris quelques bribes de succès passés. Sans vouloir disséquer l’album, j’ai relevé malgré moi quelques occurrences que je vous laisserai le soin de vérifier… Et que je vous livre avec une vague critique généraliste, qui donnera peut-être des idées pour la critique musicale (n’ayons pas peur des mots) de Métro, dénommée je le rappelle Talia Soghomonian. Un petit copier-coller sympa pour Google : Talia Soghomonian.

Womanizer, déjà, reprend cette tonalité volontaire de vieux tubes ; Crazy ou Stronger, par exemple (alors que le clip mélange différents rôles interprétés dans d’autres clips ; la James Bond Girl de Toxic, la dominatrix de Crazy, la chaudasse de I love rock’n roll). Chanson efficace puisque je me suis levé ce matin en susurrant (avec quand même la voix virile du mec qui sort du lit) Boy don’t try to front ah I know just just what you are ah ah… Bref.

Voyons Circus, où elle demande let me see what you can do, qui rappelle le I wanna see what you can do exigé dans Slave for you. Ensuite le refrain I killed the Lights (Pure) The Lights (Satis) The Lights (Faction) / I kill the Lights (Lights) The Lights (Camera) The Lights (Action) dont les césures (ok, bien grand mot je l’avoue) rappelle les hachés multivocaux de Overprotected. Les thèmes (discursifs, pas musicaux) de Circus et Kill the lights rappellent bien sûr Lucky, What it’s like to be me, Piece of Me, et Kill the lights qui clôt – pour le moment – le storytelling « Britney et le reste du monde » : « Je suis riche et célèbre, bouhouhou mais tellement seule à l’intérieur » (Lucky) ; « c’est dur d’être une star donc me les brise pas, chéri » (What it’s like to be me) ; « T’en as pas marre de me voir dans Voici et Closer toutes les semaines ? Tu veux me bouffer en brochettes ? » (Piece of Me) ; « Ok, je reviens, mais c’est moi qui gère tout – Total control Queen » (Kill the lights). Queen (of Pop) d’ailleurs proclamée dès l’intro (par Danja, collaborateur de Timbaland), prête à détrôner Madonna ?... Vu le style, les poses et les allures qu’elle prend dans les premières images du clip Circus qui circulent déjà sous la forme d’un teasing de trente secondes, c’est de plus en plus certain. Après le duo In the Zone qui sonnait comme une « donation du vivant », le bisou mouillé qu’elles avaient échangé lors de je ne sais plus quelle cérémonie qui tendait à l’« inceste », complété par l’apparition de la demoiselle au Dodger Stadium le 6 novembre dernier, lors du show à L.A. de la Diva, qui tient lieu de « dernière réunion de famille » (avec Justin T., le fils homosexuel caché dans les coulisses prêt à entrer pour 4 minutes), Circus annonce le régicide… Ou la retraite. Maintenant queen, Britney relègue Madonna au rang de Queen Mum.

Circus demande, au même titre que In the Zone, que tout le monde la rejoigne pour faire dudit circus – où elle est, encore et toujours, la bête de foire ; celle que l’on a déjà croisée dans le très sautillant Freakshow – un dancefloor – où elle pourra se fondre dans la masse.

Shattered Glass (aucun rapport avec Philip) ressemble à la suite de Kill the light, comme un extended mix. La chanson en soi ne vaut pas grand chose. If you seek Amy (subtil jeu homophonique qui donne F-U-C-K-ME, jeu qu’auront bien sûr détecté les ex-utilisateurs d’ICQ) fait penser à une chanson de Rihanna (Disturbia pour l’intro, SOS pour les couplets).

L’album bien sûr charrie son lot de slows dégoulinants, où il n’est que question d’amour, de good-bye, de forever, de dream et de reality ; subtil mélange de bouhouhou et de hihihi ; le côté « je suis triste et mal aimée et seule » de Walk on by conclu par le « bon finalement ça va pas si mal, ptêt bien que j’ai un peu dramatisé et que l’avenir sera porteur » de When I found you.


Bref en deux mots, c’est un bon album, qui devrait s’accompagner d’une promo dévastatrice. Ceux des fans qui ont vu les photos du booklet apprécieront de voir notre chère Brittany sourire.


Juste pour le ranking, une dernière fois pour la route : Talia Soghomonian.


J*

09/11/2008

09/11/08 - 13:43

Euh ?

Je rêve où Roselyne Bachelot vient de dire "...les spams et les poppers..." au lieu de "pop-up" - pour parler de la pub sur internet ?!

Rhôôô le lapsus !!

05/11/2008

05/11/08 - 22:42

Appel

"Vous êtes dans la hotlist de 36 inscrits."

Dénoncez-vous !

06/10/2008

06/10/08 - 00:21

Conférence

Je donne jeudi prochain une conférence sobrement intitulée "Promenade à Rome".

A Moulins sur Allier (03), au Colisée (non, c'est pas une blague) Cours Anatole France, 15h.

Ce sera chouette, faut viendre.

J*

01/10/2008

01/10/08 - 10:21

Le choix d'Hercule

Le choix d’Hercule

J’emprunte ce titre à Haendel pour annoncer la couleur : je vais parler de choix. Je vais tenter, du moins.
J’ai vu hier soir La vie devant ses yeux (The life before her eyes) de Vadim Perelman, adaptation du roman de Laura Kasischke avec notamment Uma Thurman. Le film traite d’une tuerie dans un lycée survenue il y a quinze ans (« le pitch est d’actualité en plus, lulz », a constaté J~) et de ses implications dans le réel : le drame ressurgit dans la vie de l’héroïne sous forme de flashes.
Difficile d’en dire plus sans révéler le nœud de l’intrigue, nœud d’autant plus gordien qu’il porte tout à la fois sur les faits, la perception qu’on en a (nous spectateurs) et l’imagination des personnages du film – ou plus exactement, leur aptitude à restituer un souvenir, à le revivre, et partiellement, à le recréer. Au final je crois qu’il n’est pas très grave qu’on ne comprenne pas la fin du film – car oui, en discutant avec deux personnes en sortant du cinéma, il apparut que nous étudions tous trois dubitatifs, avec cependant chacun nos idées sur l’interprétation à envisager. Pourquoi nous n’avons pas d’indice sur la raison de la tuerie, sur ce qui passe dans la tête du tueur ? Aucune importance, nous avons vu Elephant et Bowling for Columbine ; et même si ces films recèlent chacun leur lot de stéréotypes et d’inexactitudes, ils nous permettent d’au moins entrevoir un malaise, une terreur, qui poussent certains êtres à se débarrasser de ce malaise en se débarrassant de ceux qui l’ont généré. (Bien sûr, que je grossis le trait. Je n’élève pas ça en théorie, je propose, c’est tout.)
C’est le premier choix : mourir ou tuer – mourir ou faire mourir ? Souvent (encore une fois, je synthétise) les auteurs de school rampages (pour employer la terminologie américaine) d’abord tuent, puis retournent leur arme contre eux. C’est notamment ce qui s’est passé en Finlande il y a quelques temps. Comme si l’acte de donner la mort devait être absous, « résolu », en périssant par la même voie, comme si à la mort qu’on donne ne devait jamais que succéder la mort qu’on prend, pour s’épargner la justice des autres hommes – celle des vivants – qui sont, pour l’une inopérante, pour les autres incapables de comprendre à moins de forcer, surinterpréter les mouvements d’une conscience.
Il est d’ailleurs beaucoup question de conscience dans ce film. Du moins son nom est souvent invoqué ma sa définition ne surgit jamais, et le réalisateur tâche d’en circonscrire les effets par quelques exemples, exemples pour le moins cruciaux : choisir de mourir, encore une fois, ou de laisser mourir, ou plutôt laisser tuer. Car le tueur demande aux deux filles, qui hurlent « ne nous tue pas ! », « je ne vais en tuer qu’une, mais laquelle ? » ; au moment qui suit l’une déclare « si tu ne devais en tuer qu’une, que ce soit moi ». Premier choix. Le second choix, qui échoit (hihi) à son amie, c’est donc : dois-je laisser mourir ou dois-je me proposer à sa place ? Car voilà la question : qu’est-ce qui fait qu’à un moment, une conscience décide que c’est pour elle le moment de mourir, de tout abandonner ?... Je me rappelle un jour de MP qui s’était extasiée devant une émission de divertissement : « Bilitis, Bilitis !Quand on a écouté ça, on peut mourir. » (Ce que Bilitis vient faire là-dedans, j’en sais fichtre rien, mais ce furent ses mots. Elle se fit sévèrement remonter les bretelles par mon oncle qui se trouvait là, pas tant à cause de la phrase mais plutôt sur le choix de « ce qu’il faut écouter avant de mourir » – ce devait être un braillard quelconque qui s’époumonait sur des vocalises sirupeuses.) Des livres sortent, maintenant, et ont pour titre Les mille films qu’il faut voir avant de mourir, 500 œuvres d’art à connaître, ce genre d’intitulés. (Je connais des cinéphiles et des étudiants en histoire de l’art qui peuvent déjà se trancher les veines dans une baignoire.)
Bref.
Je repose la question : à quel moment peut-on considérer qu’on est libre de mourir (suicide), ou qu’on est disponible pour mourir (proposition de meurtre, comme dans le film) ?
Pour ma part, envisager le suicide reviendrait à constater que je ne suis plus capable d’apprendre, ou que j’en ai assez appris ; ou encore, que j’ai définitivement perdu face au temps et que je ne supporte plus ses excès ; ou pire, que j’ai cédé face à moi-même. Assurément, je préfèrerais mourir avant de voir mourir ceux que j’aime ; le deuil est à proprement parler un poids. Est-ce le raisonnement de la fille dans le film ? « Je décide de mourir maintenant, tant que j’en ai le choix, parce que je ne supporterai pas de voir mourir mon amie – et surtout, d’avoir sur la conscience sa mort, au moment où j’ai eu le choix ? »
On pose parfois la question : que voudriez-vous avant de mourir ? Les réponses varient somme toute assez peu. Réfléchissez deux minutes, et vous verrez que votre réponse portera soit sur le sexe, soit sur la nourriture : « me taper un cassoulet / une forêt noire énorme », « coucher une dernière fois avec cet(te) ex au corps magnifique / que j’ai tant aimé(e) ». Il y a aussi « nager avec des dauphins », « voir Madonna / Philip Glass / Brigitte Fontaine en concert », « passer une journée avec absolument tous les membres de ma famille », etc. Complétez la liste. Aucun d’entre nous ne répondrait : « enfin comprendre la théorie de la relativité restreinte », « connaître le sens de la vie », « savoir si les bouclistes sont plus proches de la vérité que les cordistes », « savoir si Darwin avait raison », ou « qui a tué JFK, finalement ? »

Alors que peut-être, avant de mourir, on voudrait simplement avoir le choix de notre mort, non pas en termes décisifs (« elle ou moi ? ») mais plutôt factuels : où, quand, comment.
Puisqu’il faut bien mourir, à défaut d’avoir bien vécu – et pourquoi mourir, quand on ne sais pas si on a vécu ?

J*

03/08/2008

03/08/08 - 10:35

Salut à toi, foule

Un ptit mot pour vous avertir, lecteurs, que je répondrais bientôt – personnellement et ensuite, après sélection, ici – dans les prochains jours. Allez, disons que ce sera fait d'ici dimanche prochain... Il vous reste donc une semaine pour envoyer de nouvelles questions.

Bon dimanche,

J*

01/07/2008

01/07/08 - 12:57

*la* question

*La* question

Bon, je ne vais pas avoir grand chose à dire dans les prochaines semaines parce qu’il faut que je boucle mon mémoire (forcément, je viens de trouver un nouveau bouquin sur Merleau-Ponty donc ma troisième partie n’en finit pas d’augmenter).
Cependant, lecteurs, lectrices, camarades virtuels, poutres et tomates confites (oui, j’avais envie), j’ai eu une idée pour vous occuper.
Vous allez me poser une ou plusieurs questions par mail (walter.malldwight@gmail.com), auxquelles je répondrai (de façon plus ou moins étoffée, selon ma sensibilité du moment) personnellement. D’ici trois semaines, un mois, je sélectionnerai un certain nombre de questions (et leurs réponses) que je publierai sous la forme d’un article sur ce blog mirifique.

Ces questions peuvent concerner mon avis sur une chose, mon sentiment sur une autre, ma vie, mon œuvre, mon cerveau, mon blog. Si vous avez des questions sur certaines allusions, élisions…, c’est le moment de les poser. (Par mail, donc, je le redis pour qu’on soit bien clair. Même de façon anonyme, hein ! je suis pas des RG, l’important dans cette histoire ce sont les questions ^^).
C’est qui ton héros préféré ?
Quel chef opérateur ont en commun Rohmer et Truffaut ?
Quand est-ce que tu retournes à Rome ?
Et ton mémoire, ça parle de quoi ?
C’est vrai que tu lis toujours Mickey Parade ?
Pourquoi on n’a pas eu de chronique sur le mariage de ta sœur ?
C’est vrai que Philip Glass est scientologue ? Et bouddhiste ?
Sinon, comme tu trouves ma robe ?
T’as combien de paires de lunettes ?
En vrai, t’as quel âge et tu pèses combien ?


Voilà quelques exemples.
Je vous attends.

Bon juillet,
Sincerely yours

J*

03/06/2008

03/06/08 - 22:48

Attention c'est long, très long

C'était la tournure d'un mail d'Annabelle il y a quelques mois. Elle avait mis ainsi en objet : « Des nouvelles de Madagascar attention c'est long, très long. » Ca m'avait plu, donc je reprends ce titre pour intituler la consternante succession de digressions qui va suivre.

On m'a dit récemment (et on se reconnaîtra) quelque chose de vaguement désagréable comme « t'écris plus trop sur ton blog », genre, « qu'est-ce que tu branles ?... » (oh ça va, j'écris comme je parle et je parle comme j'écris, alors permettez-moi cette tournure un brin familière).
Eh bien je vais tout vous raconter, et je conclurai par un trait de suspense. Quelque chose d'énorme se profile à l'horizon, et vous allez voir que c'est à prendre au pied de la lettre.


Alors quoi ?
Ces dernières semaines furent chargées, en terme d'examens notamment.
Histoire de l'art moderne : « décrivez la méthodologie de recherche que vous avez employée pour votre mémoire », quelque chose comme ça. Sujet facile, à deux précisions près : d'abord, la matière est enseignée par mon directeur de mémoire ; ensuite, c'est ledit directeur qui m'a, deux heures avant l'examen, démoli au sujet de ladite méthodologie dudit mémoire de moi (appréciez toutes ces allitérations). Donc bon. Difficile de trouver le juste milieu entre « ma méthodologie elle déchire » et « je suis une sous-crotte qui ne mérite pas même votre condescendance, ô Maître aimé, bouhouhou, détestez-moi ». Battre sa coulpe ou camper sur ses positions ?... Je campe peu (nan mais vous me voyez sous une tente ? – ok, pas drôle) et, avec le temps, j'ai appris à écouter les conseils et avis des autres sans (toujours) les prendre pour des agressions à l'encontre de mon délicieux être. Donc, j'ai modérément battu ma coulpe (ouch !) tout en faisant valoir le bien-fondé, fatalement candide, de ma « méthodologie », qui a consisté à lire des livres, prendre des notes et observer les tableaux que j'étudie. (Sisi, on appelle cela une « méthodologie ».)
Histoire de l'art contemporain : mes camarades msn se rappellent probablement des messages récurrents au sujet du postmodernisme (« Occupé – révise son postmodernisme, toute aide bienvenue », « parti manger – Jameson wants me dead », etc.). Et paf, sujet du partiel : « peut-on (ou doit-on, chai plus) parler d'un ou de plusieurs postmodernismes ? A l'aide d'exemples, etc., défendez votre idée, etc., etc. ».
Le postmodernisme, ou comment opposer Habermas et Lyotard (on comprend), connecter Philip Glass à Battles (mais siiiii), regretter « feu Rauschenberg » (sic) et conclure sur les collages de Schwitters.
Je vous tiendrai au courant de mes notes, pour rire.

L'Anglais et l'Italien ça compte pas, c'est juste du blabla. Même si, cela dit, j'ai passé le CLES 2 d'Italien hier (CLES pour Certificat de Langues d'Etudes Supérieures, quelque chose comme ça). D'ailleurs il y avait parmi les autres candidats un prénommé Kiriakos (j'innove pour l'orthographe, je ne l'ai pas vu écrit), duquel je me suis gentiment moqué, auquel j'ai d'une façon (malgré moi) fort déplaisante expliqué que son équivalent français était Cyriaque, et qui m'a remis un peu plus tard à ma place en m'expliquant qu'il parlait six langues. Dont le Grec, évidemment. Le lecteur attentif avait deviné. (Ouch, bis.)

Et donc c'est tout, vous dites-vous ? Eh bien, pas exactement. Je pourrais aussi vous raconter que j'ai tenté pour la troisième fois d'aller voir Louise Bourgeois à Beaubourg mais que j'ai du m'asseoir dessus (sur la tentative, pas sur Louise Bourgeois ou Beaubourg) puisque le Centre Pompidou avait été envahi par la CGT qui y avait établi son QG. Enfoirés de syndicalistes. (Oooh ça va, je taquine.) Non aux 35 heures ! la retraite à 65 ans !... (Oui, je taquine toujours.) Le même jour j'ai tenté le Louvre pour enfin voir l'expo Baccio Bandinelli, qui finissait, et j'ai trouvé dans sa librairie non pas les deux livres épuisés que m'avait recommandés mon prof mais une traduction du journal de Pontormo, peintre que j'affectionne, notamment connu pour sa Déposition de Croix... sans croix (chapelle Capponi, santa Felicità, Florence, 1525), et désormais respecté pour d'édifiantes déclarations telles que : « Jeudi matin j'ai chié deux étrons non liquides et dans ce qui en sortait c'était comme de longues mèches de coton, c'est à dire du gras blanc. » Ah, l'art ! Prout.

Sinon dans le Têtu de juin, que j'ai acheté pour rire (j'aime aussi me coincer les doigts dans une porte), on trouve une critique du film Chronique d'un scandale (Notes on a scandal) qui conclut par : « Cate Blanchett et Judi Dench sont extraordinaires dans ce drame psychologique à la fébrilité absolue ». Il faut dire que Judi Dench nous a habitués à son rôle récurrent de mère Fouettard dans les derniers James Bond, toujours prête à lui en coller une ou à se laisser tenter par les raisonnements oiseux dudit 007 (qu'il s'agisse de Brosnan ou de Craig), autant qu'elle nous a étonnés en restauratrice de fresques dans Un thé avec Musollini... Mussolinni... Bordel, M-u-s-s-o-l-i-n-i, j'y arrive, qui donne d'ailleurs la réplique à Cher, actrice toujours impeccable dont on rêve un jour de reprendre les répliques (« Champagne's on me ! » (qu'on peut traduire par « J'offre une tournée générale de champagne ! » et non pas « j'ai du champagne sur moi ! », qui fait plus cochonne qui sait pas boire que riche américaine classieuse)) à défaut de pouvoir un jour entrer dans ses costumes de scène (pas assez de hauteur de plafond chez moi, en ce qui me concerne). (Dieu que cette phrase était longue.)
Donc oui, tout ça pour dire que Judi Dench est absolument impeccable en prof autoritaire et manipulatrice, autant que Cate Blanchett en séductrice naïve et dépassée. (Et qui est navrante dans son rôle de méchante dans le dernier Indiana Jones, mais que voulez-vous, on ne peut pas être bon partout. Ah si, Nicole Kidman peut.)

Ou plutôt Nicole Kidman pouvait. Nicole Kidman était mieux avant, comme beaucoup de gens. J'ai acheté le livre de photos de Mario Testino que Taschen a sorti il y a quelques temps, et bon nombres d'entre elles sont une ode au « c'était mieux avant ». Nicole Kidman, « elle était mieux avant de se faire greffer des Francfort au dessus et au dessous des lèvres. » Lindsay Lohan, « elle était mieux avant de ressembler à un canot pneumatique. » Donatella, « elle était... euh... Moins pire avant de ressembler à un brise-glace. » (Non vraiment à ce stade-là, on n'appelle plus cela une bouche. Ca me rappelle le conseil que donne un jour Minnie Driver à Patsy Stone dans Ab Fab lorsque cette dernière se remplit les lèvres de Botox : « règle n°1 : la bouche est toujours moins grosse que le visage », quelque chose dans ce genre.)
Heath Ledger, « il était mieux avant de mourir. » (Il doit faire une drôle de bobine, maintenant.) Kirsten Dunst, « elle était mieux avant qu'on lui donne des vrais rôles. » (Oui parce que j'informe les fans que Kirsten Dunst est une mauvaise actrice. Non non, même pas passable. Mauvaise. Vous l'avez vue dans Spider-Man 3 ? Quoi, c'est un rôle de courge ? Gwyneth Paltrow aussi, elle a un rôle de courge dans un film de super héros, j'ai nommé Iron Man. Et elle s'en sort bien. Dunst, à part montrer les dents... Oh j'imagine bien les prises de vue : « Ok Kirsten maintenant tu essaies d'avoir l'air triste... Non, triste, pas inquiétante. Et rentre les dents, sinon je te fais limer tout ça. » Ok, j'exagère. Kirstun Dunst sans les dents, c'est comme un doberman avec les oreilles et la queue intactes : ça fait moins peur quand c'est à l'arrêt. Même en photo, elle a l'air chiante. Sauf quand c'est LaChapelle qui shoote.)
Madonna, « elle était mieux avant de se faire rajouter des pommettes. »
Il y a aussi une photo bizarre de Gael Garcia Bernal. Il a l'air méchant et semble tenir un couteau à cran d'arrêt, dont on ne sait pas trop s'il s'en sert de peigne ou de téléphone. « Allô, tu m'entends ? ça coupe... » (Pardon.) (Tiens, Jtf lui a loué une voiture tout récemment, ce qui fait que si je soudoie Jtf, je peux avoir son adresse et son numéro, au Bernal. Mais je braie pas un mot d'Espagnol, je serais bien embêté s'il me demandait d'arrêter d'appeler ou sinon il prévient la police.)

Donc oui, je parlais de cet excellent film avec Cate Blanchett et Judi Dench, d'autant plus excellent que c'est Philip Glass qui en a signé la musique.

Voilà.
Sinon je vous situe l'action : je suis dans le train qui me reconduit à Lyon, je viens de passer l'après-midi avec Minimounette à faire des choses aussi essentielles que regarder les questions au Gouvernement sur Itélé, chercher un sac isotherme sur lequel n'est pas écrit Picard ou Champion (et nous l'avons trouvé aux Galeries, ouais snob, je sais, pardon Mum) pour conserver mes raviolis chinois congelés, tester les encens de Nature et Découvertes. Il y en un qui sent le bordel. Cette lourde odeur qui imprègne les coussins moches d'endroits douteux. « Senteur bar à putes – Laissez-vous porter par cette entêtante évocation de souvenirs de célibat lointain, mélange de tabac tiède et de cette étrange eau de toilette que portait Candice, qui était en fait de l'aftershave parce que Candice était un monsieur. Ampoule rouge et abat-jour à frange pailletée non fournis », pourrait-on lire. (Les explications sur les encens Nature et Découvertes sont toujours d'une poésie de ce genre.)
Il y a trois personnes en première. La clim' doit être réglée à 18 ou 20°, donc on a plus l'impression d'être au Musée du Luxembourg que dans un train en juin. (Oui, il fait toujours un froid polaire dans ledit Musée ; ceux qui ont vu Arcimboldo (ou Lalique moins récemment) savent de quoi je veux parler. Quoi, Vlaminck ? Nan, j'irai pas, j'irai pas ! J'fais ce que je veux.) J'écoute la BO de Blanc dans Noir et Kajiura Muki minaude des japonaiseries. (Youli-chan, si tu me lis...) Je bois de l'Evian payée une demi-fortune au Relay avant de partir et ça me donne envie de faire pipi. (Lecteur, tu as le droit de savoir.)

Il est 20h.05, je suis officiellement passé dans la tranche horaire gratuite de mon forfait Neo... A l'heure où les grands fauves vont boire (c'est qui qui a écrit ça, déjà ?) je vais ennuyer d'autres gens par d'autre medium.

Bien à toi, ami lecteur soulagé.

J*


P.-Sc. : ah oui, je parlais d'une énorme nouvelle. Ma soeur se marie la semaine prochaine. Je vous raconterai tout cela, bien évidemment sans omettre aucun des abominables détails, avec force photos gênantes et histoires de famille drôles, touchantes et pathétiques.
Oui, je sais que tu lis mon blog, frangine. Ce post-scriptum tient lieu d'avertissement.
Mais bon, il y a une piscine à l'hôtel.
Dans l'hôtel.

28/05/2008

28/05/08 - 09:42

She's on the radio

...chantait Poni Hoax il y a des siècles.
J'écoutais distraitement Inter en faisant mon lit, et elle s'est mise à pleurer. C'était vers 9h.20, dans la très courte mais excellente émission de Vincent Josse, Esprit critique. Ca parlait de marionnettes, et moi les marionnettes, je m'en bats l'oeil, comme dit la Reine-Mère (mon autre grand-mère, moins citée que Mamie Porto).
Et puis elle s'est mise à pleurer, au sujet de Christine Fersen, qu'elle avait rencontrée, qu'elle « croisait ». Elle a appris son décès avec « émotion » – et elle a essayé d'étouffer ses sanglots tandis que le journaliste rattrapait le coup ; puis elle s'est remise à parler de ces saloperies de marionnettes, dont définitivement on se bat l'oeil.

Madame, je ne vous connais pas, mais je vous bise bien amicalement, si vous me permettez cet abominable moment d'épanchement sentimental dont je suis si peu coutumier.


Et si aujourd'hui, si on arrêtait les marionnettes ? On va se promener entre les gouttes, boire un café trop cher, ratatinés sur une terrasse avec des gens qui parlent fort de leur souci quotidien, entre le prix de la baguette et le supérieur tyrannique.
En rentrant on cherchera qui est Christine Fersen et on pensera à la dame aux marionnettes qui a pleuré pour elle, en direct, à la radio.


J*

24/05/2008

24/05/08 - 15:15

RECHERCHE URGEMMENT

Les livres suivants :

Louis Marin, "Détruire la peinture", paru chez Champs/Flammarion

(Il reparaît en septembre 2008 mais j'aurai rendu mon mémoire d'ici là. Si quelqu'un pouvait me le prêter, ou me l'échanger contre le même, mais neuf, dès qu'il paraît, je suis preneur.)

et

Françoise Bardon, "Caravage ou l'expérience de la matière"

(A n'importe quel prix.)


Avec moult remerciements,

J*

15/05/2008

15/05/08 - 10:26

Aix-en-Provence

Pour cause de concours administratif, recherche bonne âme pour m'héberger une nuit fin mai (date à préciser, probablement 28 ou 29).

Etudie toute proposition.

J*

30/03/2008

30/03/08 - 09:16

Mes intruses du jeudi matin – Si je meurs

Je me suis réveillé jeudi matin avec un sentiment de grande tristesse, une tristesse idiote, de l'empathie post-mortem, à base de conditionnels, et de « et si...? », de « peut-être que... ».
Dans la nuit de mercredi à jeudi, j'ai rêvé de Jocelyne. J'ai rêvé de Jocelyne et j'ai pensé à Sophie.
Je vais vous parler de Jocelyne et de Sophie.

Jocelyne était une camarade de classe à l'école primaire, puis au collège. C'était une jolie fille, une brune énergique avec un visage volontaire, quoique toujours empreint de douceur. J'idéalise sûrement, maintenant. Mais dans dans mon souvenir, Jocelyne reste cette fillette de onze ans au caractère un peu emporté mais toujours prête à éclater de rire, cette adolescente de treize-quatorze ans qui se bat avec les garçons, qui a des bonnes notes en arts plastiques et qui se fait coller par le prof de Maths. Jocelyne avait un an de plus que moi et sa soeur, Béatrice, un an de moins. A l'école, au moment où chaque « garçon » devait avoir une amoureuse, je me retrouvais avec Béatrice, parce que les garçons la craignaient un peu. Trop silencieuse, trop mystérieuse, trop d'yeux bleus. (Tout les garçons préféraient Marion, tout le monde aimait Marion, concept pur de cheerleader à la fois blonde, jolie, populaire et bonne élève – si bien que Marion passait sans trop se poser de questions de Rémy à David, de David à Mathias, etc., en ignorant soigneusement Alexis, un camarade grassouillet et timide, et moi, le drôle de garçon qui restait les soirs dans le bureau de la directrice pour faire ses devoirs parce que sa maman ne pouvait pas venir le chercher avant cinq heures.)

J'ai deux souvenirs très distincts de Jocelyne.
Le premier doit dater du CE1 quand elle était au CE2. Nous faisions des projets de groupe, parmi lesquels : construire un château en carton, le peindre, le soumettre à la vindicte populaire. Je me souviens que les boîtes de croquettes pour chat que je rapportais de chez moi étaient très appréciées par mon groupe – invariablement composé d'Alexis, David et autres élèves plutôt impopulaires et/ou rejetés et/ou cancres – pour élever de hautes murailles autour de tourelles en rouleau de papier toilette ou de sopalin. On fit un corps de bâtiment avec une boîte de sucre, dont on ôta le bec verseur en alu. Jocelyne, qui passait par là, désigna le rebus et demanda : « vous ne vous en servez pas ? », et comme la réponse était non, elle récupéra le bec verseur qu'elle replia sur lui-même et dont elle fit un heaume à un petit gardien de son château. Cette ingéniosité nous avait stupéfaits.
Le second souvenir se passe aussi en primaire, mais plus tard. CM1 pour moi, CM2 pour Jocelyne.
Nous devions écrire des lettres à des correspondants étrangers, je crois, ou une classe étrangère, quelque chose comme ça. Je crois me souvenir qu'il y avait un genre de mini-concours pour sélectionner la lettre qui représenterait la classe ou l'école. Les institutrices avaient déjà séparé le grain de l'ivraie pour proposer au vote une dizaine de lettres, parmi lesquelles majoritairement celles d'élèves de CM2, mais aussi celle d'Alexis, celle de Marion bien sûr, et la mienne.
Jocelyne avait écrit une jolie lettre sur qui elle était, comment était sa classe, son village. Elle l'appelait « mon ami de si loin », elle voulait « aller voir son beau pays ». (Je ne me souviens pas de ma lettre.) Tout le monde s'inclina devant son talent, les tournures de ses phrases (que je jugeai pour ma part parfois trop simplistes, d'autres fois trop emphatiques – oui, je me souviens avoir pensé des critiques stylistiques), son ton sincère. La lettre fut choisie, pour d'ailleurs je ne sais quel résultat.

Puis vint le collège. Le temps faisant son oeuvre – une année scolaire suffisant, dans la perception qu'ont les enfants du temps, à effacer bien des traces – Jocelyne se borna à occuper un reflux de ma mémoire, cette mémoire qui, lorsqu'on la convoque, restitue parfaitement des souvenirs qu'on croyait disparus ; et l'année suivante, elle n'était plus que « Jocelyne, qui est en cinquième/en quatrième », selon que je fus moi-même en sixième ou en cinquième (ensuite, j'ai changé de collège).

Des années plus tard, ma soeur me parla de Jocelyne, que c'était terrible, qu'elle faisait « n'importe quoi ». J'avais oublié Jocelyne, de mon école primaire. Par un stupide lapsus mental, je pensais à Jocelyne, la secrétaire de mairie d'un patelin proche, qui était la fille d'un vieil homme chez lequel mon père achetait ses lapins, et dont le fils avait été, lointainement, un camarade, mais c'est vite dit.
(Curieux ouvrage que celui de la mémoire, comme je dis souvent, qui vous fait vous rappeler des génériques télé ou des slogans publicitaires – « Javel dire à tout l'monde ! » – au moment où, en partiel de droit du contentieux administratif, vous tueriez un proche pour qu'on vous souffle le nom d'un célèbre arrêt du Tribunal des Conflits (Société commerciale de l'Ouest africain, 22 janvier 1921) qui est indispensable à votre raisonnement.)

« Jocelyne est morte », me dit-elle.
« Qu'est-ce que tu veux que ça me foute ? », ai-je répondu à ma soeur, parce que d'une part ce que me dit ma soeur par nature ne m'intéresse pas, et d'autre part, parce qu'elle me disait que cette brave femme, que j'avais dû voir trois fois dans ma courte vie en allant à la mairie, était morte.
Jocelyne s'est faite embobinée par un drôle de type. Jocelyne s'est droguée. Jocelyne a fait une overdose.

Jocelyne ? Quoi, l'autre Jocelyne ?!...

J'ai rêvé de Jocelyne, je n'ai pas compris pourquoi ; par quel glissement de conscience ce souvenir lointain a oeuvré dans mon inconscient, proposant, à la machine qui rêve, de disserter par long filaments oniriques sur le visage doux, tout à la fois austère et souriant, de Jocelyne, en classe, en CM2.

Me réveillant là-dessus, j'ai aussitôt pensé à Sophie.
Sophie était une autre camarade de classe, que j'ai rencontrée en quatrième, au collège. C'était une jolie adolescente, avec une peau hâlée de quarteronne, un sourire franc et impeccablement blanc, des ongles manucurés et une sérieuse propension à rigoler à n'importe quel moment, pour n'importe quel sujet. Sophie était une bonne élève, elle fut probablement déléguée, d'ailleurs ; et sa jovialité la rendait populaire au sein de la classe, comparativement à une autre élève, Christine, meilleure élève encore qui, après un certain temps d'observation/inquiétude réciproques, devint ma meilleure amie.
Sophie fréquentait une fille qui tentait, comme un papillon de nuit pris dans un prisme de lumière, de s'en approcher le plus possible sans s'y brûler. Stéphanie était l'avocat, l'infirmière, la secrétaire de Sophie, et toujours un barrage entre elle et le reste du monde. Comme si pour atteindre Sophie, il fallait implicitement toujours passer les épreuves de Stéphanie.
Sophie avait eu cette incroyable faculté, je m'en souviens, de réussir à faire rire notre professeur de physique-chimie, la rigide, inflexible Mme E.
Les classes composées selon les options, en l'occurrence, pour la 4ème A, latin et Allemand, il était normal que les élèves de 4ème A se retrouvent ensemble en 3ème A. La classe se reforma avec ses mêmes groupes de camarades et une nouvelle venue, Alexia. J'avais pour ma part, à ce moment de ma scolarité, des rapports convenables avec la plupart des gens. C'est du moins l'impression que j'ai maintenant – je tirais une vague gloriole d'être le premier à parler au nom des autres pour n'importe quel motif, de même qu'un insolent pitre notoire.
Un matin, peu de temps après la rentrée, la mère de Sophie me trouva devant le collège pour me demander si je pouvais, les matins, aider Sophie à porter son cartable jusqu'en classe (le collège était en haut d'une pente, et c'était un bâtiment tortueux fait d'escalier et couloirs). Sophie était fatiguée, m'expliqua-t-elle. Pour ma part j'étais satisfait (et surpris) qu'on me prenne assez au sérieux pour qu'on puisse me demander de soulager une camarade malade.
Car Sophie était malade. Leucémie.
Quelques temps plus tard, aux premiers jours de Novembre, Mme E. (la même que susmentionné), qui était responsable du cycle 4ème/3ème, convoqua ma mère et lui conseilla vivement à de me changer d'établissement.
Je partis, donc, laissant Christine doublement furieuse : contre les profs et le collège qui m'avaient dirigé vers la sortie, et contre moi parce qu'elle savait bien qu'une large partie de ce renvoi m'était imputable.
Le temps passa, avec lui la scolarité dans mon troisième et dernier collège, duquel on demanda poliment à ma mère de me retirer pour trouver un lycée plus capable de me supporter.

Christine, qui m'avait toujours soutenu dans l'adversité, m'apprit quelques temps plus tard, alors que je demandais des nouvelles de mes camarades, qu'après s'être battue, défendue, toujours en tâchant de positiver, Sophie était morte.

Dix ans après, je rêve de Jocelyne et je pense à Sophie.
Que seraient-elles devenues ? Qui seraient-elles, où seraient-elles ?...
Jocelyne aurait fait les Beaux-Arts, à l'étranger probablement. A Bruxelles, tiens. Elle serait devenue une artiste de renom... Ou pas. Elle aurait connu un succès populaire, ou un succès d'estime, ou pas de succès du tout. Elle aurait rencontré un galeriste amical qui, au bout de quelques temps, lui aurait offert des fleurs, puis l'aurait invitée à dîner. Elle se serait enfuie par peur de s'enfermer dans un schéma social qu'elle craignait, puis elle serait revenue, se serait laissée épouser, aurait fait à cet homme charmant qui vendait quelques-unes de ses toiles trois beaux enfants, Samuel, Raphaël et Nathaniel.
Sophie serait devenue journaliste d'investigation, ou avocate d'affaires. Elle vivrait dans un appartement coquet à Paris ou Londres, elle se mettrait en ménage avec un homme d'affaires de la City qui lui proposerait de mettre leur PEL en commun, puis de se marier. Elle accepterait, mais une fois qu'elle serait passée associée dans son cabinet, ou rédacteur en chef dans son journal... Et non sans avoir eu auparavant une aventure avec une très belle fille du Nord qui lui aurait fait tourner la tête. Elle accoucherait d'une petite fille qu'ils appelleraient Matilda, parce que c'était le prénom de la grand-mère de Thomas, son jeune époux, mais aussi celui du personnage préféré de Sophie dans le roman d'enfance éponyme de Roald Dahl.

Dix ans après ?
Hier, je recevrai un mail de Sophie, qui veut revoir les gens de sa scolarité pour lesquels elle avait eu de l'estime. Christine vient de m'appeler, nous partirons ensemble à Londres pour le mariage. Stéphanie sera là.
Demain j'ai croisé Béatrice en allant chercher le pain. Elle m'a dit que Jocelyne avait eu une proposition d'exposition à Berne. J'irai la voir probablement.

Dix ans après, je me demande avec amertume où j'en serai si, comme Jocelyne, j'avais fait les mauvais choix de mauvaises personnes ; ou si comme Sophie j'avais dû subir une maladie, et la laisser m'emporter. Parfois ces questions resurgissent, aux mauvais moments (mais d'ailleurs, quels sont les bons ?), et traînent avec eux des hypothèses terribles, seulement solvables dans le temps, avec le doute qu'elles réapparaissent à tout instant ; méthodiques dans le hasard, absolutistes dans la destruction, comme devant répondre aux certitudes que l'on a mûri à leur propos.

Il ya ce poème de Rupert Brooke, The Soldier, qui commence ainsi :

“If I should die, think only this of me:...”

Et moi, si je meurs, que resteras-t-il de moi ? Les livres et le piano du fils, les cartes postales du neveu, les diplômes de l'étudiant, les baisers du petit ami, les rires des amis ?... Si je meurs, qui rêvera de moi en se disant que je suis un intrus du sommeil des vivants ?...

J*

06/03/2008

06/03/08 - 01:32

Déviation

Cette semaine j'ai publié quelques mots ici : {[www]}



J*

23/02/2008

23/02/08 - 18:44

Dédicace à Bruno L.

En mémoire d'un certain retour de Rome ^^

10/02/2008

10/02/08 - 15:44

Des nouvelles d'en bas

J’ai un peu hésité avant de t’écrire, parce que ça ressemble trop à une petite commémoration, un acte unilatéral un peu égoïste : vouloir se souvenir, devoir se rappeler. Mais, après tant de cartes postales que je ne t’ai pas envoyées, j’ai l’impression que c’est le moment – même si quelque part c’est idiot d’écrire à une morte, car on écrit jamais que pour soi dans ces cas-là ; pour mal satisfaire le vide qu’elle a laissé.
Oui, je parle de toi, je te parle à toi, malgré tout ce que je viens d’écrire qui devrait me faire poser le stylo (car j’écris à la page 844 du tome V de mes carnets, ceux qui t’inquiétaient ; si tu veux je peux feuilleter lentement tous les autres, que tu les lises avec tes yeux cosmiques ; car certainement tu ne dis plus « merde, qu’est-ce que je j’ai fait de mes lunettes ?... »).

Alors, reprenons où tu t’es arrêtée. Que te manque-t-il, qu’as-tu raté ?... J’ai fini mon droit – tu serais fière. Je suis à Lyon maintenant, j’étudie l’histoire de l’art. Marie va se marier avec un garçon qui a l’air gentil, pour ne pas dire inoffensif. Nicolas va bien, on a repris contact il y a peu. Il vivote de projets et d’expositions qu’il fait en Suisse et – hasard – à Lyon.
Domi et Lili vont bien, Eric me donne aussi cette impression, malgré ses affaires qui le transportent un peu partout et qui, peut-être, ne lui donnent pas vraiment le temps de se demander s’il va bien. Maman a pleuré, et Gilles aussi ; et beaucoup.
Ta voiture – ton tank, pardon, ton abominable tape-cul – ne roulera plus, pour des raisons que nous n’éluciderons pas ici, car ce n’est pas le propos.

2008 semble se présenter plus favorablement, après des fêtes de fin d’année maussades. Tu manquais. Tu n’as pas réclamé du champagne ou du vin – « oui mais j’en bois qu’ici » – tu n’as juste picoré tes plats pour te jeter sur le fromage – « oui mais y’a qu’ici qu’il est bon ». Tu ne m’as pas demandé de t’emmener à Lyon pour « voir comment je suis installé », tu ne t’es pas gentiment moqué de Paulette en remarquant son « sacré coup de fourchette ».
Tu ne m’as pas demandé de rester quelques jours avec toi quand je t’aurais ramené.
Tu ne m’appelles plus pour me demander quand est-ce que je viens, pour me dire que tu as encadré ma dernière carte – ces cartes que je ne t’envoie plus.



C’est fini, mais ça continue, car tu me regardes chaque jour par les yeux de la grande photo que j’avais faite de toi devant le vitrail à la Bretêche. Je me demande, avant de faire certaines choses, comment toi tu les ferais. Je me dis que tu apprécierais sûrement que je te joue cette partition de Philip Glass que j’ai enfin fini de déchiffrer, même si tu aurais dit : « c’est joli, c’est Chopin ? »
Je pense que tu aimerais bien Julien même si tu le trouverais trop maigre ; tu demanderais des nouvelles de Marion et si « elle est toujours aussi mignonne » ; de Christine et si « elle est toujours aussi sérieuse ».

Je suis venu, hier, mais tu n’étais pas là. Je t’ai laissé des primevères.
Attends-moi samedi prochain, je viens te chercher chez la coiffeuse. Tu lui feras un gros chèque en rigolant, en disant que tu vas manger des nouilles jusqu’à la fin du mois ; et puis on ira au restaurant, on picolera du Lacrima Christi, on partagera des profiteroles et tu me raconteras pour la millième fois que « ton grand-père, s’il avait pu, ne se serait nourri que d’huîtres et de profiteroles… Avec beaucoup de whisky. »
On fera un tour de ville, on rentrera chez toi, dans ta maison surchauffée. On regardera la télé pendant que je lirai « mon Mickey » et que tu broderas.

Je ferai des croque-monsieur que tu goûteras à peine en disant que tu n’en as jamais mangé d’aussi bons, tu iras te coucher parce que tu es « lessivée » d’avoir repassé cinq chemises de « ton cher oncle ». Tu m’appelleras au milieu de la nuit parce que tu es tombée de ton lit. Dimanche matin on ira nettoyer la tombe de Papi, tu iras inspecter celles d’anciennes voisines et allant à la gare, tu me demanderas « Oh, tu es obligé de partir aujourd’hui ? »
Tu me manques tellement.

J*

02/02/2008

02/02/08 - 13:39

A propos de rien / Merci, Jérôme

Certains morceaux de nos pensées fonctionnent comme des certitudes, et certaines de ces certitudes, pour rassurantes qu’elles soient, peuvent se fonder sur rien de rationnel.

Il en va de même pour certaines questions, qui, lorsqu’on les réduit à force de « pourquoi ? », ne donnent finalement jamais d’autres réponses qu’un irréductible « parce que c’est comme ça, et c’est tout ». Et c’est ainsi pour nos sentiments, qui parfois s’amalgament d’une façon tout à la fois étrange et charmante, ou de nos comportements qui en entachent d’autres, comme, à la sortie d’une lessive, une chemise rouge qui a dégorgé et constellé un pull blanc de ses taches roses : rien à faire, le pull a pris, tout au plus le gardera-t-on pour faire le ménage – qu’il s’agisse de le porter ou d’en faire des chiffons à poussières.





On n’est jamais certain de voir quels sentiments ont déteint sur d’autres. On jurerait presque qu’on avait ajouté, au moment d’aimer, de haïr, de croire ou d’éluder, la lingette Décolor-stop qui fait dire à la dame, dans la télé : « le tri, c’est fini ! »

Lorsque l’ombre s’étire sur ce que j’ai de plus conscient, qu’est-ce que je dois faire ? Laisser couler les ténèbres, croire que je peux vivre avec simplement en les ignorant ? Ou tenter de construire un rempart, une petite digue bariolée qui sépare la terreur de la lumière ?... Pourtant, aussi sûrement que la lingette Décolor-stop – que, cette fois, on n’a pas oublié de mettre en machine avant de croire désirer, espérer détester – ressort chaque fois grisâtre, il ne fait jamais complètement noir lorsqu’on ferme les yeux en plein jour.



Et je reste là, les yeux mi-clos, prêt à recevoir, peut-être à donner, sans vraiment comprendre pourquoi.

« Parce que c’est comme ça, et c’est tout. »






Alors oui, pour conclure ce propos vaguement abscons, je voudrais faire un grand merci à Jérôme Kerviel. Oui, merci, Jérôme, merci à toi (on se tutoie hein ?) de monopoliser les media, de détourner leur attention de notre überPräsident. Ca aura coûté un gros paquet de pognon à la Générale, mais en attendant, quel repos pour nos yeux et nos oreilles !...

Mais voilà, Il reprend ses droits. Il revient, et Il est furieux. Il attaque, avec le Cintre (surnom ancien que j’avais donné à Carla Bruni, initiale CB, Gold, Amex, Platinum, espèces acceptées), RyanAir pour cette publicité sortie dans le JDD.



Je pourrais aussi vous raconter comment je me suis fait réveiller dans le train par la sonnerie d’un portable, qui a eu le temps de faire tout un refrain avant que son propriétaire le trouve :

« J’ai la quéquette qui colle-euh / j’ai les bonbons qui font des bonds ; j’ai la quéquette qui colle-euh / dansons sur le Pont d’Avignon ».



Et puis non.

Bon week end, amis lecteurs.



J*

 

Baaaajour ! tu es le ème visiteur (depuis le 28.XI.04). Ca te fait quel effet ?

WiSHLiST !

 

Vous êtes fermement décidé(e) à me faire un cadot mais vous n'avez pas d'idée ?

En voici quelques unes. Des produits de consommation qui, du fait de la consommation susdite, s'épuisent, et dont je dois régulièrement renouveller le stock.

Je précise, avant que vous tentiez de faire le détail de cette liste odieusement futile et matérialiste, que j'aime les dessins d'enfants et les colliers de nouilles.

Mais pas que.

Alors, pour ma tronche :

Ma crème de jour : la Total Turnaround Visible Skin Renewer de Clinique ; mon contour de l'oeil : le Daily Eye Hydrator de Clinique.

Pour mon touffion :

Mon shampoing : le Bain Satin 2 (ou 3) de Kérastase. Mon après-shampoing : le Lait Vital de Kérastase. mon masque : le Masquintense Cheveux épais de Kérastase. Mon produit coiffant : la Crème Nutri-Sculpt de Kérastase. (En vente seulement chez les coiffeurs ou sur internet.)

D'autres bricoles, hop : Liquid Face Wash Regular Strength, Clinique ; Scruffing Lotion 2.5, Clinique ; Gel Nettoyant Gommant, Sisley ; Gel Express aux Fleurs, Sisley ; UV-Response Face Cream SPF 50, Clinique.

Pour que mon être irradie sa senteur suave : n'importe quel parfum d'Armani (mais plutôt l'Acqua di Gio).

Pour confirmer ma mine toujours magnifiquement unifiée : 1 (numéro 2) ; 2 (pudre universelle libre - 30 naturel) ; 3 (beige moyen).

Voilà, ça, déjà, c'est bien. Sinon des fleurs ça me fait toujours très plaisir, ou une bouteille de pinard. Et si vous préférez m'offrir des livres, demandez-moi avant, parce que j'en ai beaucoup beaucoup et que j'aurai peut-être celui que vous pensiez m'offrir en exclusivité. Ah, si vraiment vous tenez à me faire une surprise, évitez les romans.

Pour les chemises ma taille c'est 39/40, selon la coupe. Pour les lunettes, la taille pare-brise.

D'autres idées ? ok... des cartouches pour ma carafe, oh et puis ça ça me ferait plaisir ; ça aussi ; ou ça ; oh et puis ça, là ; et puis de quoi réviser ma Renaissance : à 1 et 2 .

Voilà, je complèterai la liste au fil du temps... Si jamais ça marche !...