En hommage à Ricroel (part 2)
Suite de l'article de Frédéric Mitterrand publié dans Paris-Match du 26 août 1993 en l'honneur de la reine Paola.
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Il n'existe pas de méthode infaillible pour devenir une grande reine et, en plus, c'est également une affaire de circonstances. La cruauté du temps de guerre et l'amertume qui en a résulté ont ainsi fracassé le destin de la princesse de Réthy, que tout appelait pourtant à cet honneur ; la beauté, l'intelligence, la noblesse de caractère, rien n'y a fait, et qui s'est ému de son absence aux funérailles de celui qu'elle aima pourtant comme un fils, et qui lui rendit si longtemps cette tendresse ? Vous, peut-être, et sans doute n'étiez-vous pas la seule, mais on n'en saura rien. Jamais rien, parce qu'en Belgique les palais royaux sont les coffre-forts de l'Histoire.
Enfin, Élisabeth, l'épouse d'Albert Ier, le roi chevalier, fut une mère des armes et des arts, à la fois excentrique et géniale. Astrid apporta à chacun de ses actes tant de douceur, de compassion et de poésie que les grands fauves des sombres années 30 en restèrent touchés et stupéfaits, tandis que les coeurs purs se retrouvèrent inconsolables du chagrin de sa mort. Quant à Fabiola, il y a trop de mots pour exprimer ce que l'on ressent d'elle, et aucun n'atteint la vérité ; quiconque se trouve en sa présence s'attache à elle, pour toujours. Les saints ennuient, les anges n'ont pas de sexe, et ceux qui la disent admirable comme une sainte, et bonne comme un ange, font inconsciemment offense à une femme aimante qui se voudrait éperdument ordinaire ; c'est d'ailleurs là sa seule faiblesse ; elle a beau marcher parmi les hommes, elle aura toujours la tête dans les étoiles.
Qu'avez-vous pensé lorsqu'elle vous a pris la main, et celle d'Albert, pour chanter ce cantique de Bach, pour cet acte de gloire et d'espérance dont elle faisait le linceul du plus grand amour de sa vie ? Et le tailleur blanc, et les sourires à vos petits-enfants, toute cette foi, cet amour des êtres, cette maîtrise à saisir les symboles et les rites ? Vous êtes-vous dit, comme nous tous, bouleversés par un tel spectacle, que cela porte un nom, que cela s'appelle être une reine ? Nos temps pressés sont obsédés par la finitude : la dernière star, le dernier empereur, la dernière reine. Lorsqu'il s'agit de Fabiola, on ne voit pas qui a fait mieux depuis trente ans. Mais enfin, il y a vous, après, c'est-à-dire maintenant, et ce sera donc bien difficile.
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