Je cite : Les cadavres de ma vie ont creusé sur mon visage de profondes rides qui me donnent un charme fou... (mis à jour lundi 20 décembre 2010 à 10:29)
Ne t'inquiète pas : Je vais bien. J'en avais simplement marre de ma vie de merde qui se réduisait aux intégrales et aux espaces vectoriels. Alors là, c'est dimanche soir, je suis à la gare Saint-Jean (je t'ai menti en te disant que j'allais à l'internat).
Je prends un train pour Nice à 0 h 59. C'est tout ce qu'il y avait de libre. Et je ne compte pas m'arrêter là-bas.
Donc je pars en vadrouille, je ne sais pas où.
Et je reviendrai un jour... Je ne sais pas quand ...
Je suis conscient que je fous ma grande carrière d'ingénieur informaticien en l'air, mais il valait mieux cà. Je dirais même plus, il le fallait parce que j'étais au bord du suicide (j'ai fait deux "petites" tentatives ce week-end et puis je me suis dit : pourquoi arrêter de vivre alors que je peux recommencer une autre vie ?)
Donc je pars, muni de mon pipeau, du poncho de Véro, d'un couteau suisse et d'une carte du monde.
J'ai également piqué une photo de la famille dans les albums avant de partir car je vous aime mais il faut que je parte.
Je me débrouillerai.
Je trouverai un boulot, ou je ferai la manche, ou au pire je crèverai dans un caniveau de Sarajevo mais je serais mort de toute façon en restant ici.
Je te promets 4 choses :
- Je ne me laisserai pas enrôler dans les réseaux de prostitution albanais.
- Je mangerai à ma faim.
- Je me laverai (dans la mesure du possible).
- Je t'écrirai régulièrement pour t'assurer que je vais bien.
J'estime que c'est l'essentiel.
Comme tu t'en rendras compte, je n'ai pas pris mon portable, je vais retirer des sous jusqu'à ce que je sois arrivé à destination (que je n'ai pas encore choisie). puis là, je trouverai un truc, un boulot, un hébergement, ou un trottoir... et je détruirai ma carte de crédit dès que je serai un minimum sur de "survivre". Mais je te tiendrai au courant de toute façon.
Je t'en prie, n'essaie pas de m'en empêcher.
Je sais que c'est de la folie, mais c'est mon choix. Je veux découvrir le monde maintenant, tout de suite, même si je dois le regretter pendant cinquante ans par la suite (mais honnêtement je suis sur que NON !)
Je sais que la vie qui m'attendait était nulle à chier, enfin c'était pas mon truc en tous cas... Devenir ingénieur comme C. , pour être dans le confort toute ma vie et partir en croisière à Cuba alors qu'il y a plus pauvre que moi, ça m'insupporterait.
Je sais que ça a l'air débile dit comme ça. Bon bref, j'arrive pas à l'exprimer mais je veux pas d'une vie commune de merde avec ma ptite femme (ou mon ptit mari, à voir ...), etc.
Et c'est murement réfléchi de toute façon, donc ne te dis pas que c'est une connerie, c'est en accord avec moi-même, voilà tout.
Bon je te fais des bisous le temps de poster ça avant de prendre mon train. Je t'aime tu vas me manquer.
A un de ces quatre ou un peu + tard ...
Martin.
(la dernière lettre de mon fils Martin il y a un mois, deux jours avant son suicide, le 25 mai 2004)
Je sais que c indécent d'étaler ça ici mais jme dis que ça doit jamais recommencer martin était gay comme moi et c sans doute l'une des raisons qui l'ont déprimé on dit qu'un ado c comme un escargot sans sa coquille, une période d'extrême fragilité et on s'en rend pas assez compte
C'est bien d'en parler, et de nous en parler... le dialogue continue. Sous une autre forme...
Mme Foldingue (visiteur)
23/06/04 - 20:29
On ne peut que rester sans voix en te lisant et compatir, de loin, malheureusement.
Si t'as besoin de discuter, jsuis joignable ici ou sur msn.
++
Furyo
Oui sa lettre était rassurante, peut être trop. Pour rassurer justement ... Son tour du monde s'est terminé à Venise. Comment a-t-on pu ne rien voir venir, j'aurai beaucoup de mal à me persuader que j'ai été assez attentif.
C'est une réaction "normale" que de te culpabiliser... Mais ca ne changera pas le cours des choses... Essaies de ne pas trop t'en prendre à toi même...
le libre arbitre de chacun est là , bien présent, et c'est dans des instants comme celà qu'il se manifetse sans doute le plus, on ne vit pas POUR les autres mais AVEC les autres, quoiqu'on dise , quoiqu'on fasse de bien ou de mal, les hommes choisiront toujours leur destin...mon petit blind j'te fais un gros bizoo car je sais que tu t'en relèveras.
là où il est , ton fils veut te voir fort!
Oui ils choisissent leur destin.... Quoique... On m'a dit qu'au moment précis de "passer à l'acte" (quelle vilaine expression), on n'a plus vraiment de libre arbitre, on est dans une sorte d'état second et que c'est cela qui donne la force pour le faire. Je dis bien la "force", pas le "courage" car présenter le suicide comme un acte courageux serait en faire l'apologie et qui sait, inciter d'autres à le faire, alors je le dis tout net : non, le suicide n' a rien à voir avec le courage car il fait beaucoup trop de mal à ceux qui restent.
Hum, je crois que j'ai écrit le contraire l'autre jour...
Ce soir justement j'assistais à la projection de " la chambre du fils" suivi d'un débat après le film. A cette occasion, le toubib spécialisé dans l'aide aux ados suicidaires a prononcé des paroles qui m'ont d'abord fait mal, mais après réflexion, je m'interroge... Il présentait le suicide comme un acte "inconsciemment cynique", disant que le désir (inconscient toujours) de faire souffrir en culpabilisant ceux qui resteront n'est jamais totalement absent chez ceux qui décident de mourir, le tout lié parfois à une mise en scène morbide (dernière lettre, etc...). Il a aussi parlé de "crise d'identité", de désir d'être aimé ( "on ne m'aime pas assez vivant, au moins quand je serai mort, ils auront de la peine, ils m'aimeront plus"). Bon je caricature un peu ses propos mais c'est ce que j'en ai retenu en gros. Inutile de dire combien j'ai chialé en entendant çà, mais à la réflexion, il a surement raison.
Quand je vais trop mal, je me dis aussi que Martin a pourtant tout fait pour éviter qu'on culpabilise, enfin... à sa manière....Avant de sauter dans le vide, il a écrit en grosses lettres à la craie sur la terrasse de l'immeuble: " Maman je t'aime, c'est pas ta faute, c'est la faute de personne sinon la mienne, je vous aime tous, mais pas moi ".
J'ai relu mille fois ces mots dans tous les sens.
Pas vieillir, pas grandir.
Venise, Lido di Jesolo, 25 mai 2004: Martin a voulu aller voir l'envers du décor.
Je ne saurai jamais pourquoi,
Ni comment c'est de l'autre côté....... ...... ...... ...... ......
23/06/04 - 12:44
C'est donc ça qui t'est arrivé ! :(
C'est affreux comme histoire... Désolé !
-Diabolito- (visiteur - site web)