Quand le parent normatif parle...
Oui : on peut être contre le mariage gay, et ne pas être homophobe.
Pour moi, le droit doit donner une vision de la société, la structurer. Or, je perçois cette demande d’accession au mariage comme une attitude consumériste du droit : « moi aussi je veux ça ! ».
Rendons-nous à l’évidence, nous sommes différents. Je trouve insultant que l’on me rétorque « Que tu sois homo ou hétéro, ça change rien, c’est pareil ». Non, c’est pas pareil. Je suis homo, pas hétéro. Je trouverais tout aussi insultant de dire à un Noir : « je ne vois même pas que tu es noir ». On nie une différence parce qu’elle fait peur. Je préfère la voir et la reconnaître sans la craindre.
Ainsi, je serais d’avis pour que le droit reflète cette différence, comme le reflet de la société que l’on souhaite, et pas comme le fruit d’un caprice communautaire. Un PaCS amélioré, avec les mêmes droits que le mariage : pourquoi pas, je signe tout de suite.
Mais le mariage est une institution, un point de repère. Il signifie l’hétérosexualité, la procréation, la famille. Il trouve ses racines dans la religion. Certes, il fut un temps où il était autrement plus restrictif : il était un privilège, et l’amour était notion étrangère à ce concept. Le mariage gay ne serait donc qu’une ultime marche vers la démocratisation de cette institution.
Mais que restera-t-il pour symboliser ces valeurs de procréation ? Doit-on apprendre à des enfants qu’ils ont le choix d’être hétéro ou homo ? Pour moi (j’ai bien dit POUR MOI) l’homosexualité reste une déviance : une population faite d’homos est vouée à l’extinction ; un garçon est fait pour aller avec une fille (l’anatomie est explicite). Le droit devrait donc, à mon avis, tolérer et reconnaître la différence des couples gays, sans que cela interfère avec les notions véhiculées par le mariage.
Deux arguments sont souvent opposés à cette thèse, j’y répondrai ici :
1/ Pourquoi les femmes stériles ou ménopausées pourraient-elles se marier ?
Parce qu’il s’agit de symboles et pas de réalités biologiques. Le mariage exprime que l’hétérosexualité est la condition sine qua non de la procréation, malgré ses exceptions. Je pense (à tort ?) qu’un mariage gay pourrait à long terme mener toute une population à devenir bisexuelle, ce que je n’encourage pas pour la survie de l’Homme. Je doute que les unions stériles poussent tous les hommes et femmes à devenir infertiles…
2/ Ca se passe très bien dans les pays nordiques, alors pourquoi pas en France ?
Parce que, sans jouer les Cassandres, je ne suis pas confiant en l’avenir plus lointain de telles sociétés (pas les nordiques, mais celles qui reconnaissent le mariage gay). Un peu comme de grands enfants, on s’affranchit des contraintes morales, on s’émancipe comme en 68, repoussant au loin par la raison pure (à la manière de Kant) les limites du raisonnable. C’est une excellente chose, mais arrive un moment où la raison à elle seule, faite de mécanismes flexibles et articulés, ne suffira peut-être plus à soutenir un monde autrefois structuré par une, certes rigide, mais solide colonne vertébrale. Autrement dit, je nous prévois l’avenir des Grecs…
Je sais, ça fait réac, mais le changement n’est pas une fin en soi.
PS : je suis très heureux d'être gay, et je ne suis pas croyant.
03/06/04 - 08:25
LOL oui ça fait un peu réac.
Si on suit cette logique, interdisons donc le divorce !! Pour la procréation !! Car il est bien connu que pour procréer, le mariage préalable est indispensable... Et ne parlons pas de l'avortement....C'est une vaste hypocrisie, c'est nier la réalité de notre société...
Quant à rendre une part de la population bisexuelle....???? La mise en place du PACS n'a pas démultiplié le nombre d'homos ou de bi que l'on sache... L'ouverture d'un droit à une part de la population ne change pas les fondements d'une société, elle officialise une situation de fait !
Les homos resteront homos, les hétéros resteront hétéros, le bis resteront bi, et le mariage gay ne changera rien à tout ça !
L'avenir des Grecs ? Le même que celui de toute civilisation dans l'histoire de l'humanité ! Elle s'est développée, elle a brillé, elle est morte ! Croire que notre civilisation est pérenne est un mirage, elle évoluera et mourra comme toute les autres, quelque soit les valeurs qu'elle ait véhiculé... Cet argument est plutôt dangereux...
La nostalgie du bon vieux temps où il y avait une "morale"...ahahah laissez moi rire.
En lisant ton post, "la survie de l'Homme", notre monde qui tourne à Sodome et Gomorrhe, j'ai l'impression de me retrouver dans les pires moments de la morale conservatrice et butée catholique d'un autre âge...
Helmut (visiteur)