31/10/2007Horreur humaine "Je crois y être destiné. Au départ, j’étais une graine qui a donné le fruit pourri que je suis devenu. Pourri parce qu’on ne m’a pas ramassé lorsque je suis tombé. La branche m’a repoussé, alors que je n’étais pas encore mûr. Avant cela, j’ai grandi sur une terre infertile, pauvre, je ne me suis pas développé, épanoui comme les autres, car je suis une plante que l’on n’a pas entretenue. Mon cœur, ma peau sont durs, elle est fripée et sans chair. Je suis là seulement parce que la nature a cru que ma vie serait utile. Et maintenant, sur cette même terre inféconde, je moisis, les vers de l’ennui me mangent dans toute mon impassibilité, immobile et inconnu.
- Et alors ? Qu’as-tu contre le fait d’être un fruit sec ?
- Le fait est que je veux être un homme, avec la joie d’un enfant, l’indifférence d’un adolescent, la vision d’un adulte et la sagesse d’un vieillard. Les vers me mangeront plus tard. Je ne veux pas mourir d’ennui."
Ennui pour ennui - Estebanus 05/12/2006My weaknessMa faiblesse… cette grande force qui vient de mes profondeurs intestinales et qui, en rien de temps, me fait jouir de la vie en une seconde éternelle. On arrive à en regretter les secondes précédentes qui ont subi le sort miséreux de la normalité. Ma faiblesse, my weakness… En une douce compagnie humaine et musicale, j’ai vécu, assis sur un lit, nu, l’une des plus belles scènes de mon existence. Des sanglots étouffés, comme pour ne pas défigurer cet étrange silence mélodieux. Après cela, que demander de plus qu’un calme parfait, que de se délester de toute humeur noire, parce que la vie est délicieuse ? Et toi… ah qu’est-ce que j’aime ce toi, qu’un mot ne saurait résumer ! Des vies entières ont dû être sacrifiées pour concevoir une telle offrande. Et au-delà de toute religion, c’est à moi que tu t’offres, dans ta forme plénière, ton esprit, ton corps et ton bonheur. J’aime nous voir ainsi, j’aime voir que tout va si bien. Plus rien ne semble de taille à se comparer. Ma faiblesse, alors, qu’est-elle, sinon croire, encore croire que tout est si petit pour toi ? 03/12/2006Car je sais que ta chambre est la fin du séjourJe viens juste de retrouver un poème, écrit dans un amphithéâtre, un jour de profond ennui. Il s'agit sûrement du dernier poème pour une femme, fin d'un rêve qui s'était évanoui dans le plaisir de la chair masculine. Le voici.
Car je sais que ta chambre est la fin du séjour.
Toi, mon cœur, ma catin, sur ton lit dérangé,
Et dans tes profondeurs, je te ferai l’amour ;
Ta senteur vaginale à ma langue échangées.
Je veux me perdre dans ta forêt d’arbres sombres
Que le feu des bougies rend rousse et éclatante…
Un plaisir incertain se cache dans les ombres :
Douces ombres je viens par ma lèvre tremblante,
Et qu’un poison blanc qui arrive à tant souiller ;
La pluie de jouissance en ce bas monde hostile.
Mon être étreint ta geôle et ses parois mouillées,
Je suis ta Clé, Amour, Catin, Toi, si fébrile.
Mais que m’as-tu volé ? Tendre virginité,
Ma tendre inspiration, dans un cri s’est perdue.
Et d’un regard ardent, toute l’intensité ;
L’inutile vers à un barreau s’est pendu.
22/11/2006Le rôle de mon humanitéMon but est d'émouvoir. Je veux être sûr d'en être capable. Je veux qu'on soit capable de m'aimer parce que j'ai compris l'intérieur des gens. Et je veux créer, à partir de la mélancolie, de la joie, qu'on puisse éclater d'un sourire la sombre carapace, qui nous désunit du bonheur de vivre.
Mes mots veulent être des étreintes, des caresses, qui prendraient votre esprit, ainsi que mes mains contiendraient votre visage rembruni.
Comme lui, lui qui les a chargées de sa tête aux yeux humides. Son corps sanglotait, sous les percées de lumière, au travers des feuilles de peuplier qui mouvaient dans le vent timide. Nous étions sur un chemin de forêt, le soleil nous arrosait tendrement.
Il pleurait dans mes mains, et je ne savais pas qui il était, agenouillé face à moi.
Il levait les yeux, alors je le reconnus bien sûr : ses peines avaient tant nourri mon imagination qu'il était impossible de le contempler, sourire au visage. Pourtant, je l'avais déjà vu, ce sourire absent...
Il avait laissé ses larmes dans mes paumes. Aux rayons du soleil, elles scintillaient d'une magnifique couleur verte, comme si on tirait l'essence d'un brin d'herbe jeune. Il me regardait l'air impassible, moi qui soutenais la lourdeur de son tourment.
Puis commencèrent à croître, au creux de mes mains, des pousses, des fleurs aux longues tiges et aux pétales exquis, pleins d'orange et de bleu, des lianes qui s'entrelaçaient, tournaient et ceignaient mon bras, qui s'élevaient doucement et avec grâce, comme un ballet naturel qui dansaient sur la terre fertile de ma peau.
J'ai su créer des tristesses une beauté, d'une larme une allégresse. La vraie tristesse n'est pas, pour tous les cas, de croire éperdument qu'un tel bonheur puisse être vrai, mais bien de ne pas chercher, dans ses propres pleurs, la grandeur de notre être qui s'y cache.
Ah Nature, mère des fluides sur lesquels nous voguons. 13/11/2006L'âcre douceur d'un rêve inaccessibleIl y a entre nous une barrière longue de plusieurs années-lumière, communiquant comme des inconnus, mais en sachant certaines choses l’un de l’autre, comme la connaissance d’une autre galaxie. Je n’avais jamais vu une aussi grande barrière, et c’est elle-même qui me fait peur. Et la peur suscite le tremblement, l’inquiétude.
Si un jour tu venais à franchir cette grande cloison, comment pourrais-je réagir à cette intrusion dans mon monde d’un tel ange ? Serais-je hystérique ou bienheureux, stupéfié ou chancelant ? C’est qu’on n’entre pas dans le monde de l’autre sans conséquence. Le reste est la condition de l’instant.
Mais que j’aimerais frôler ta peau d’un mouvement si faible que tu la sentes à peine, tout mon être serait invisible, mes gestes fantômes et seule serait ta lumière la grandeur de mon sourire. Je te regarderais comme un enfant, avec des yeux aussi innocents, car je découvrirais le plaisir de la beauté.
Mais cette barrière te rend si inaccessible, impossible à t’imaginer autrement, comme Saint Jean-Baptiste, voulant m’emmener aux cieux en sa compagnie. Tu m’es tellement inconnu et si proche de l’horizon : on avance vers toi sans te rencontrer. Tu ne représentes que ma peur de l’autre, celui que j’encense. Et je dois subir constamment l’assaut de pensées noires et de spasmes psychiques, qui ne s’en vont jamais.
Que m’as-tu fait, quel est ton envoûtement ? Tu as ceint mon esprit comme un poignet. A toi seul, tu incarnes l’ambivalence : de toute envie naît son contraire, et mon désir devient soudain répulsion. A m’attirer et me refuser, mon être s’écartèle et la douleur provient du ventre, de mes intestins. Ma douleur est viscérale. C’est une âcre douleur qui a surgi le jour où j’ai eu l’audace de rêver de toi.
02/10/2005Sublime érotisme Quoi de plus beau dans la vie d'un homme que d'être amoureux, de faire découvrir à l'autre combien on l'aime, combien notre intérieur est bon. Mais à trop vouloir primer le sentiment, le fou se voit adorer ce que l'on lui laisse : le corps, l'extérieur. Ainsi commence la vie du psychopathe en manque d'amour...
Nouvelle achevée le 2 octobre 2005
« Quoi de plus beau, plus inspirant, qu’un nu en peinture ? » Le jour où ma mère, de sa superbe stature, grande et élancée, s’est déshabillée devant moi et m’a regardé dans les yeux, il m’était difficile de supporter le poids de ses pupilles sur les miennes, parce qu’elle tentait de me séduire. Mais il m’était agréable à contempler le ventre délicat qu’elle arborait, au-dessus d’un tendre feuillage blond éclatant. Elle a décidé de me prendre dans ses bras, mon visage d’enfant sur son sein encore candide, d’une chaleur câline que le nouveau-né cherche à tout prix. « Tète-moi mon bébé, je suis là, regarde comme je suis belle »
Et je l’observais, du haut de son cou fin jusqu’à ses pieds frêles. Je tétais sans que rien ne vienne remplir ma bouche, sinon un morceau de chair humide entre les dents. Pendant que je savourais cet instant de réminiscence, je sentais comme le passage d’un vent bienfaisant, qui était celui des mains de ma mère, le long de mon corps, jusqu’au bas de mon ventre. « Je suis là, mon enfant, je te protège, mon corps te soutient » Elle s’immisçait dans mes vêtements, tout en me priant de la regarder, ne regarder qu’elle, regarder sa silhouette angélique et son corps pauvre en défauts. Des gens me disent que c’est un viol, je nomme cela apprentissage. Ma mère, ma sainte mère m’a enseigné que la beauté du corps renvoyait l’amour.
Quoi de plus beau, plus inspirant, que ma mère nue en peinture ? Devant un peintre qui est devenu mon père et fou après l’avoir connue, elle a posé, de toute la splendeur qui émanait de sa personne. « Ne regarde que l’extérieur des gens, tu profiteras de leur plus grande beauté. Les cœurs des gens sont sinistres, faux et impitoyables. Ils viendront te voir quand ils trouveront intérêt à venir. Cela les rend égoïstes. Ne tombe pas amoureux d’un cœur, sinon du corps qui se soumettra à tes mains. Aime-le comme une offrande au dieu que tu es. » Alors, je suis devenu esthète du corps humain, j’ai étudié l’anatomie et me suis nourri d’un excédent de chair, muscles et os en papier, dans les livres de science. Toute ma vie se résumait à cette passion pour le physique, la matière palpable et tendre. Je vouais un culte à l’érotisme sublimé, à en crier grâce, à supplier que cet accès à la beauté me rende la liberté. Car ce fut une souffrance.
Quoi de plus beau, plus inspirant, qu’un nu dans un lit, à m’attendre ? Mais ce n’est que l’esthétisme du corps qui aveuglait mes yeux devant pareille laideur. Oh ma tendre et céleste mère, toi qui gouvernas mes plus divines pensées, l’harmonie de tes traits en reine, avec quelle enveloppe pourrais-je comparer la tienne ? Je n’ai d’yeux que pour la fadeur. Et pourtant, je les aime. Et si je les aime, c’est que je possède un cœur. « Ne tombe pas amoureux d’un cœur. » Moi qui me suis intéressé à l’image du corps, jamais je n’ai porté attention au sentiment. Comme un être repoussé par les palpitations de cet organe qui jase sans cesse, déblatérant un flot infini d’émotions insondables, je conclus que ma mère avait raison : s’amouracher du cœur de l’autre est une bien belle futilité et rien ne remplace le langage symbolique et délectable d’une silhouette.
Quoi de plus horrible, plus répugnant, qu’un nu que l’on ose saccager ? Faire l’amour, comme l’indique cette expression faussée, voudrait signifier que l’amour est un partage de notre chair afin d’atteindre des sphères, d’une densité étouffante, d’excitation, armé du prétexte d’être amoureux et de dévaster la pureté d’un sexe pour un bienfait apaisant et sordide. Comme tout homme, animal avant tout, pourvu d’un instinct primitif de conservation, j’ai fini, en guise d’expérience, par faire l’amour à une femme qui prétend connaître mon cœur et s’en être émerveillé. C’est à peine si je sentais en moi l’envie de vouloir la pénétrer. Car depuis longtemps déjà, le corps ne demeurait qu’une icône de plaisir visuel, où l’on pouvait poser dessus ses yeux sans éprouver le moindre remords. Puisqu’elle sentait que mon ardeur sexuelle était glaciale, elle a subitement transformé son visage de femme offerte en celui de femme cruelle.
- C’est comme ça que tu m’aimes ?
- Je ne suis pas sûr de t’aimer, tu sais. Je ne sais pas ce que je fais là en fait.
- Tu ne sais pas ? Tu es censé me faire l’amour, crétin !
- Je suis désolé, voyons… C’est ma première fois et je ne me sens pas à l’aise, car je ne vois en toi que ta beauté pure.
- C’est une moquerie ou alors tu es fou ?
- Je croyais que tu m’aimais, comment peux-tu être si odieuse ?
- Parce que je ne suis pas censée être dans cette position pour rien.
- A quoi cela te sert de faire l’amour ?
- Tu devrais au moins essayer de le faire, tu comprendrais.
- Je n’en ai pas envie, pas avec toi.
Elle se releva, se rhabilla en criant.
- Tu ne sers à rien, retourne dans tes bouquins, regarde la page du cœur et peut-être tu saisiras l’importance du sentiment.
Quoi de plus beau, plus inspirant, qu’un nu en colère. Elle sortit comme une furie, laissant derrière elle sa présence encore palpable, par les mots qu’elle a prononcés. « Regarde la page du cœur. » En inspectant chaque livre, un par un, qui traitait de cet organe essentiel, aucun ne définissait le cœur comme le siège du sentiment. Pourtant, combien elle avait raison, puisque je sentais mon cœur redoubler de vitesse et gonfler d’émotions en admirant le galbe d’un sein fragile. Serait-ce de l’amour alors que de sentir son cœur palpiter convulsivement lorsque une vision vous attire ? Oui, une vision. Rien ne satisfait dans l’acte de faire l’amour qui, au contraire, rend malheureux par son absence de bien-être. En me promenant, je lus tout à coup, sur une pancarte : « Histoires de cœur. » Mais quelle est cette histoire ? En feuilletant le magazine pour femmes, je découvris des témoignages qui n’avaient aucune consistance, qui parlait d’inutilités. « Mon mari me trompe… J’ai peur de retourner avec lui… Il m’a tellement ouvert l’esprit et mon cœur… Je crois que je suis amoureuse de lui… Nous avons des problèmes sexuels, que faire pour les résoudre… » Ce recueil de phrases, qui semblaient se répéter sans cesse, me faisait prendre conscience, malgré l’idiotie des dires, que l’amour avait deux fondements possibles. Soit l’amour est un divertissement pour remplir des pages de magazines, soit c’est une maladie qui se propage par des problèmes érotiques ou des peurs démesurées. Quoiqu’il en soit, l’amour est bien une certitude, puisqu’il touche tant les humains.
Quoi de plus beau, mais de plus éprouvant, qu’un nu en train de mourir. Je voulus connaître le cœur afin de l’examiner. Je me mis à la recherche d’une femme pouvant m’aimer, même si je ne savais pas comment reconnaître une femme ayant un penchant pour moi. La science m’a aidé, puisque je m’examinais moi-même dans un miroir pour m’apercevoir de la structure d’un corps. Il a fallu que je développe mes muscles et voir la rondeur de ceux-ci. Ainsi, d’extérieur, les regards des femmes, comme captivés par une apparence divine, fixait la proportion de mes épaules amples. Ma sainte mère m’a offert un visage que l’on a jugé « bouleversant à admirer, tout comme sa mère. » Il ne me fut pas difficile d’attirer l’une d’entre elles dans le piège de ma joliesse. Je lui demandais de se mettre nue, seul instant où l’agréable m’était permis. Et elle m’a pris tendrement par les mains, dans un sourire radieux, m’invitant à s’allonger sur son corps exhibé. Je la voyais heureuse, m’imaginais son cœur lui verser des litres de sang en travers son corps qui réclamait l’assouvissement. Je lui plantai alors un poignard dans le thorax, si fortement qu’elle en fut incapable d’hurler sa souffrance. Lorsqu’elle sombra dans le néant, je me mis à découper son corps ensanglanté au niveau du cœur et le pris dans ma main, qui absorbait sa chaleur encore récente. Mais en l’ouvrant non sans peine, je découvris alors le vide dans les ventricules et les oreillettes qui le composaient. L’émotion était-elle tactile, pouvait-on la voir ou était-elle aussi invisible et immatérielle que l’air que nous respirons ? Quoiqu’il en soit, je ne sentais que de l’insignifiance à regarder ce cœur charcuté.
Quoi de plus encombrant, plus tape-à-l’œil, qu’un nu sans cœur ?
Mais je m’interrogeais toujours sur la nature de ce sentiment amoureux. Bien des pensées se nouaient dans une confusion inextricable. « Ne tombe pas amoureux d’un cœur… Je crois que je suis amoureuse de lui… C’est une maladie… Regarde comme je suis belle… » Je suis en fait impuissant à l’amour, ce qui ne m’empêchait pas vouloir continuer ma quête. Mais je ne voulais plus ouvrir le corps d’une femme.
Mais qui est-ce ? Qui me dérange dans mes pensées ? Quelqu’un frappe à la porte. Devant moi apparaissait ma mère. « On m’a libéré mon amour. » Il m’était impossible de ne pas remettre le visage de celle qui m’avait enfanté, qui m’avait pour la première fois enseigné ce qu’est… Maman… je t’aime…
Quoi de plus beau, plus inspirant, plus parfait, qu’un nu. Celui de ma mère. Comme lorsque j’avais l’âge de raison, ma mère s’asseyait et prenait ma tête sur ses genoux, entrant dans la bulle de sa nudité sublime.
- Maman, je t’aime, contemple mon amour.
Je plantai alors le poignard dans mon cœur, dans l’espoir de vivre assez long pour scruter la clarté enfouie dans mon cœur pierreux. Ma mère hurla de désespoir à me voir mourir dans une douleur atroce. « Non ! Pas ton cœur… »
13/09/2005Du haut de mon royaume
Un matin, lorsque les yeux ne supportaient plus mes paupières devenues légères comme le son sur une graine de tournesol, le dur soleil méridional fouettait déjà la région de ses rayons en fusion. Je me réveillai, alors en sueur, seule protection contre l’étouffante atmosphère. Je me levai, marchai vers le salon de mon ami. Sa mère était là, les cheveux attachés, prête à partir travailler. En me proposant un petit-déjeuner, j’acquiesçai, tout en m’intéressant à la diffuse clarté qui provenait du dehors. Du dedans, un courant d’air tiède pénétrait lentement. La fenêtre était ouverte, elle semblait appeler comme l’entrée d’une mine d’or. Du fond de la grotte, il n’y avait que brillance et désir.
Mais on pouvait apercevoir quelque verdure au loin, avec une couverture bleu azur, presque blanche, presque transparente, un drap de velours qui resplendit par un soleil irradiant. Je m’approche, les yeux maintenant grands ouverts, abrutis par la lumière environnante. J’étais intrigué, cependant pas apeuré, comme un chant de sirène. J’étais maintenant envoûté par ce bain de chaleur tendre, qui se faisait de plus en plus torride. Mes pieds déjà sont éclairés, et jusqu’aux mollets bientôt je sentais tout le poids de l’astre me peser et s’accrocher comme le ferait une plante grimpante. Quand la lumière dépassait la frontière de mon aine, puis de mon abdomen, et cela assez rapidement, je croyais fondre. Non plus par les radiations solaires, mais par un paysage dont la splendeur accroissait au fur et à mesure que la chaleur m’enveloppait. Quand tout mon corps s’illuminait comme d’une source à l’intérieur de mes viscères, je pouvais poser mes mains sur la balustrade du petit balcon, au troisième étage d’un immeuble, au sommet d’un plateau qui donnait sur des champs à perte de vue, presque grillés et une forêt fantôme, brûlée il y a un an.
La ville était à mes pieds, je la possédais par mon regard et entendais ce qui s’y passait. J’écoutais les grillons et les oiseaux quémandant de l’eau, les enfants qui criaient et des chiens qui aboyaient en tout point de la ville. Je restais là. Je restais ébloui par un soleil ravageur et une vue qui lui ressemblait. La beauté et l’ardeur unies me donnaient des vertiges du haut de mon royaume réduit. Pendant quelques moments, il m’arrive d’être un roi et un poète, un empereur et un esthète, être glorieux face à la harmonie d’une nature qui se prête, malgré la loi divine du Feu Sacré qui condamne la vie de ses flammes vengeresses qui ne sait les maîtriser ou les oublier.
Amalgame des espèces naturellesVoici la manière littéraire avec laquelle vous pourrez imaginer le sentiment de souffrance, à quitter la terre natale, le milieu naturel de mon existence, à quel point s'en séparer est symbole de mort. Voici le destin de mon enfance. De toute manière, toutes les bonnes choses ont une fin.
En passant à travers les arbres qui filtraient plus ou moins la lumière, il s'imprégnait de la fraîcheur du mois d'avril, encore tremblant sous un soleil blanc, aveuglant et froid. Numéro n°1 se plaisait, solitaire, à serpenter entre les troncs frémissants et à se couvrir des souffles satinés du vent. Il aimait aussi extirper la première feuille du bel arbrisseau charnu à l'orée du bois, comme une marque de son appartenance. Mais cette fois-ci, l'arbuste n'avait plus de feuilles, vertes en cette époque d'humidité. Et certaines cimes autrefois luxuriantes de vie se retrouvaient nues, comme un enchevêtrement de vaisseaux sanguins desséchés. Lorsqu'il arrivait dans la clairière où il avait l'habitude de fredonner, Numéro n°1 vit devant lui, à quelques mètres, un amas de feuilles d'un vert encore vivace. Quand il s'approcha, l'amoncellement formait un grand cercle, cinq ou six mètres de diamètre.
Un enfant de sept ans environ en son centre.
Il avait l'air de dormir comme dormirait un faon au creux du ventre de sa mère. Et, au sein de ce berceau chaud, il n'avait crainte d'aucun danger. Il dormait, une main sur le cou, en fœtus. Il avait la peau brunie, tendre à la vue ; il était nu comme un ver et ne semblait pas tenaillé par la douceur printanière. Il vivait au beau milieu de l'inconscience. Supporté par ce matelas de feuillage, il faisait penser à un fruit naissant, illuminé par le soleil qui rendait sa couleur éclatante.
Cependant, Numéro n°1, trouvant le spectacle plus étonnant qu'émerveillant, se demandait d'où venait ce garçon sans habits, au centre d'une forêt déserte, endormi sur un tas de feuilles. Il ne paraissait pas étique ni même triste. Il avait d'autant plus un visage radieux qui rappelait les visages heureux de l'innocence enfantine.
Numéro n°1 réfléchissait alors sur ses actes. Il fallait qu'il signale de toute façon la présence de l'enfant qui aurait pu paraître abandonné s'il n'y avait pas eu cette voûte de feuilles sur laquelle il sommeillait profondément. D'un pas hésitant, Numéro n°1 marcha sur le lit de nature et s'approcha de l'enfant. Il s'agenouilla devant le petit et remarqua maintenant son extrême beauté, la délicatesse de ses traits. En tâtant son pouls, son cœur battait lentement, comme tout cœur assoupi.
Numéro n°1 décida alors de soulever le petit homme qui ne quitta pas le monde des rêves et sortit de la forêt, supportant le frêle poids de l'enfant dans ses bras. Il s'attendrissait devant cette trouvaille bien inattendue. Revenant au village, il se rendit à l'hôpital. Il appela une infirmière. Elle nota sa froideur. Son visage avait perdu sa clarté originelle.
- Il n'a plus de pouls! s'écria alors l'infirmière.
Personne n'a pu ranimer la sève du fruit décroché de son arbre, le flux de la nature qui nourrissait les sages pensées d'un être qui ne souhaitait que la seule liberté de vivre.
L'année qui suivit, Numéro n°1 voulut laisser la première feuille de l'arbrisseau, à l'orée du bois, pousser et mourir comme à chaque venue de l'automne, selon les lois des saisons.
28/08/2005L'esprit étroitUne nouvelle où le psychologique et une bonne immersion dans l'histoire sont importants. Il faut juste, pour pouvoir ressentir les douleurs subies dans les méandres de mes intestins, que vous vous placiez dans la peau du personnage.
L'esprit étroit :
Je ne sais ni le jour ni l’heure, ni surtout l’endroit où je me trouve. J’ai peur. On dirait une sorte de cube de métal, sans portes, sans fenêtres, sans lumière. Seule une ampoule dans une des parois de cette cage. J’ai froid, je suis entièrement nu et je n’ai rien pour me nourrir. D’ailleurs, je ne sais pas non plus depuis combien de temps je suis enfermé ici. « On » m’a laissé tout de même du papier et un stylo. Qui m’a enfermé là-dedans et pourquoi ? Je ne pense pas qu’il y ait de vraies raisons pour que l’on me cloître dans cette prison. Non, au moins en prison, on a l’impression de respirer quand on compare avec cette boîte. Elle est très grande, peut-être des centaines et des centaines de mètres de long, je ne sais pas, parce que je n’ai jamais osé m’aventurer vers l’obscurité. A titre de comparaison, je dirais que ce serait comme marcher vers l’inconnu, comme si je marchais à la verticale vers le fond d’un gouffre sans clarté, qui ne s’arrête jamais. Je viens de me réveiller et j’ai déjà sommeil. Est-ce qu’on va me sortir de là et arrêter cette plaisanterie ?
Je n’arrive pas à dormir. C’est étrange cette fatigue qui malgré tout nous tient éveillé. J’entends mon ventre gargouiller. Oh bon Dieu, j’espère qu’on va me donner quelque chose à manger et à boire. Même si j’avais commis une faute grave, voire le pire des crimes perpétrés, qu’on me laisse survivre, afin de me repentir et de réfléchir sur ma faute. Mais là, je pense n’avoir rien fait pourtant, je n’ai tué ni trahi personne. Je suis un homme bien. Je n’ai rien fait. Et si j’avançais vers le fond ? Non, y a peut-être des pièges. Ceux qui sont assez fous pour m’emprisonner dans ces sortes d’oubliettes (car oui, on m’a oublié) le sont sûrement bien assez pour me rendre la tâche encore plus difficile pour me faire connaître de nouveau. Non, je ne peux pas avancer. Le plus angoissant, c’est cette absence d’ombre, pas une seule silhouette. Je vais essayer d’appeler.
Non, il n’y a rien, un écho gigantesque. Oui, je suis vraiment seul. Bon, je vais quand même essayer de dormir.
Je viens juste de me réveiller. Perdre la notion du temps nous donne cette impression de vieillir si rapidement et en même temps, un accès à l’éternité. Dans mon cas, mon âge m’importe peu. La seule relation que j’ai avec le temps se résume en une question : « quand viendra-t-on me chercher ? » Car je sais qu’il faut subir plusieurs jours de souffrance avant de crever de faim. Non ! Pas mourir, je ne veux pas mourir et je ne vais pas mourir. Mais bon, quand même, j’ai peur. Cela me donne presque envie de prier. Non pas de pleurer car je n’ai pas encore été frappé par le désespoir. Putain, j’ai envie de pisser. Ah les salauds !
Bon, j’ai été pisser un peu plus loin, là où l’éclairage de l’ampoule se fait encore. Pas de bouffe, pas de lumière, pas de toilettes, pas de vêtements. Et si on m’observait ? Mais qui est « on » ? Hein ?! Qui est-ce ? Je me suis dit qu’on voulait peut-être faire de moi un cobaye humain, tester la capacité de résistance avant qu’on me fasse péter un plomb. Enfin, je crois que c’est fini les tortures des camps de concentration. Ah j’ai faim. Surtout que j’ai du mal à penser, à construire des phrases. Et si on ne venait pas ? Ou bien a-t-on voulu m’enfermer pour que je puisse écrire ce que je ressens. Veut-on seulement un résultat pour étudier la forme stylistique d’un futur fou. Un fou qui va crever comme un poisson. Je voudrais tellement sortir d’ici, même avoir un peu de lumière et un morceau de pain, qu’il soit rassis si vous voulez, mais quelque chose qui puisse enrayer les cris de mon estomac. Parce qu’une fleur sans sève va mourir, comme une abeille qui appelle au secours. Que j’ai faim…
Je ne sais plus écrire assis, il faut constamment que je bouge, car mes fesses sont complètement gelées au contact du métal. Après que j’ai considéré que j’étais dans une boîte en fer, je me mets à penser que je suis dans un réfrijirateur. Je ne sais même plus comment ça s’écrit. Enfin, il fait froid et le plus consternant est que je ne peux pratiquement pas voir ma queue rétrécir comme un vieux morceau de lardon qui a perdu sa graisse. Même le fer ne reflète pas mon visage qui doit être cadavérique. J’ai froid, j’ai terriblement froid.
Je me suis évanoui, je pense que ce fut le froid et maintenant, il fait chaud comme dans une cocotte-minute. Plus de doute, il y a bien des fils de pute qui veulent me faire craquer. Mais où sont-ils cachés ces connards ? Qu’est-ce qu’ils me veulent ? J’ai bien envie de ne pas écrire, afin de ne leur laisser aucune trace, de manger le papier et le stylo, si seulement j’avais une autre préoccupation que celle-ci. Et puis, qui sait ? Un jour, pourra-t-on lire ceci, à moins qu’on puisse réellement croire que ce qui m’arrive s’est réellement passé. Qu’ils soient des connards, j’espère que ce ne sont pas des meurtriers, des bourreaux. Ah mon Dieu, pourquoi moi ? Ca y est, je me retrouve à présent dans un chaudron de sorcière dans lequel on me fait cuire à feu doux. Je commence à être sur les nerfs. Cela fait, je ne sais pas combien de temps, que je n’ai pas bouffé un truc. D’ailleurs, mes rêves sont peuplés d’oiseaux, déplumés et fumants. Et cette faim n’a de cesse que de me donner des vertiges, de coups de fatigue et un état nerveux intense. L’épuisement et la nervosité n’étant pas compatible, je ne m’entends presque plus penser. Je tremble et j’ai peur putain ! Je suis complètem
Je me suis réveillé en sursaut, après un cauchemar. Et j’ai découvert à côté de moi un objet. Lorsque je me suis approché de lui, je ne me suis pas rendu compte tout de suite de ce que c’était. Directement, j’ai pensé qu’il y avait donc une ouverture quelque part, car cette chose n’a pas pu apparaître par miracle dans ma prison. Et l’observant de plus près, puisque mes yeux ont eu le temps de s’habituer à l’absence de lumière, je ne pouvais pas en croire mes yeux. C’était une tête de chien, fraîchement coupée. On m’a largué une tête de chien pour que je bouffe. Ils croient que je vais bouffer sa saloperie de cerveau. Rien que d’y penser, je vomirais tout ce que je n’ai pas mangé. Après ma fatigue, mes vertiges, mon état de forcené, j’ai maintenant des haut-le-cœur. Et pourtant, il faut que je mange. Qu’est-ce que tu en dis ? Il doit avoir un gros cerveau
Je suis parti dégueuler. Il faut que je mange, car à y réfléchir, si je laisse cette tête, elle va pourrir. Premièrement, je ne pourrais plus la manger et deuxièmement, l’odeur de cerveau moisi, mélangée à l’odeur de l’urine, pourrait agir comme un acide plus que corrosif dans mes poumons. Mais d’où vient cette tête ? Et si c’était au fond ? Il faut que je marche vers le fond. Et peut-être qu’on ne veut pas que j’y aille. Peut-être qu’on va lâcher les chiens sur moi. N’avancez pas ou les chiens vont manger votre tête avant que vous n’ayez mangé la leur. Je les vois déjà ces cinglés, avec leurs blouses blanches. Mais j’ai envie de partir, je n’ai rien fait.
Je suis resté des heures sûrement le visage entre les cuisses, dos au mur. Je ne fais que pleurer, parce que c’est comme dans les films. On voit les personnages pour qui leur vie défile parce qu’ils savent qu’ils vont crever. Ah, je voudrais voir un bon film. Rien que pour avoir de la pitié pour le gars qui va mourir à cause d’un psychopathe. Qui tourne un film de moi ? Qui s’intéresse à mon angoisse à ce point qu’il ait envie de me garder rien que pour lui ? Encore j’entendrais une réponse, même un son, un léger son, me prouvant qu’il y a de l’action quelque part dans le noir profond, je serais rassuré. Mais là, on s’en fout. Et si je longeais le mur, peut-être trouverais-je une issue ? C’est un test assurément. On n’enferme pas les gens juste pour savoir qu’ils sont en train de crever de faim dans leur propre pisse. Bon. Je vais voir. Je reviendrai si j’ai trop peur. Mais j’ai déjà peur. Putain, qu’est-ce qu’on va me faire ? Bon, je vais voir.
Cobaye n°1 mort après évasion, test concluant
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