Popy
Popy avait marié la fille d'une bonne de sa famille, Audi ( je sais c'est le nom d'une voiture, merci ), d'origine suédoise, parlant peu français.
Popy était né entre les deux guerres, sa famille parvenait plutôt mal à conserver les apparences du faste...
Popy et Gran' ont eu 3 enfants, un garçon puis deux filles.
Pierre-Marc, leur fils, l'ainé, s'est suicidé peu avant ses 17 ans.
En hiver 81 je suis né de la passion intempestive et éphémère ( au sens propre) , de leur première fille et d' un étranger.
Popy m' a accueilli comme son fils revenu...
Il m'a reconnu à la mairie, m'a élevé... Maman n'avait pas alors encore 17 ans, elle était en première année de médecine.
Le destin joue parfois des tours gracieux aux hommes... bien que d' origines diverses et plus ou moins colorées, je suis le portrait de Pierre-Marc...(qui aurait passé beaucoup de temps au soleil.)
Popy m'a vénéré dès mes premiers sourires.
Je l'accompagnais partout dés l' âge de 1 an et demi.
J'étais bébé Esso pour ses collègues.
J'aime passer des heures à épier les details cachés des photos de nous deux.
Maman m'en veut encore de tout cet amour qu'il m'a donné, je le sents bien, Maman est une gonzesse, elle ne peut pas comprendre.
A la rigueur aristocrate de l'éducation de ses filles succéda le laxisme rigolard de mon " élevage". Gran' répétait sans cesse à son époux : '' tu pourris cet enfant à tout lui accorder ''.
J'ai poussé sauvage et gâté pendant mes 5 premières années.
Popy est mort alors d' un accident facheux et retransmis à la télé... mon vrai Papa est mort alors.
Maman m'a menti, Popy était en voyage... il reviendrait... on me donnait des cadeaux qu' il m' envoyait... puis l' on m'envoya chez mon Papa des USA.
Arrivé dans la grosse ville où les gens parlaient un anglais moche, je disait à Maman qu' elle était une menteuse, que Popy était mort, que je la détestais...
Mon Papa génétique m'a reconnu et il m' a confié à une dame... je suis tombé très malade; J'avais 6 ans.
Maman m'a repris...
Gran' était malade de chagrin, elle ne pouvait pas s'occuper de moi, ses petits oiseaux exotiques étaient tous morts et elle refusait que la bonne nettoie... Gran' est parti pour 3 mois à l' hôpital.
Maman a marié un homme très moche qui ne parle qu' une langue et qui a un nom de paysan... un scientifique de la république.
Un monsieur pathétique et gauche... mathématique, laid... dont les manières m' écoeurent...
Il m' a demandé de l' appeler Papa, je lui répondait : '' Jamais ! Ma mère est peut être une putain idiote qui s'est marié par lassitude... mais vous n' êtes pas mon père, vous êtes un singe qui sait lire. Ne me parlez plus je vous hais. ''
Je retrouve dans les cahiers de Maman des phrases horribles que je leur jettais jusqu' à mes dix ans. Maman commente que je suis malheureux.
'' Maman, faites vous coudre cette bouche qui clame votre sottise"
" Vous êtes la maman la plus laide de mon école j' ai honte''
'' Monsieur je crois que vous avez oublié de saluer le chien, l'armée ne vous a donc pas appris à respecter vos suppérieurs''
On a fini par ne plus me parler à la maison, mon frère ne m' interessait pas non plus... ma mère avait chié une réplique encore plus laide et vile de son mari.
Puis j'ai demandé à vivre avec ma Tante.
Aujourd' hui j'ai appris à aimer Maman comme on aime une cousine trisomique et appris à ignorer le singe totalement. De mon père j'ai quelques nouvelles par une avocate, une secrétaire... je ne connais plus le son de sa voix.
Popy me manque... mais je me souviens de son odeur, sa voix, ses gestes, comme il chantait faux pour Gran', ses grandes mains qui jouaient bien du piano, ses boutons de manchettes que je volais...
Quand il faisait le fou avec le chat et une écharpe.
Parfois je le surprends dans ma glace...presque... Gran' le dit ... '' you are a walking ghost ''.
Je me doute bien que mon éducation mène facilement à un ''caractère''... cependant je le clame... j' ai été aimé comme peu l' ont été... et à des vies lisses de classe moyenneuse je préfère mon parcours inepte.
Sans doute mon coeur est handicapé ... aussi je choisis d' aimer celui qui tarde à revenir de voyage...