Cinéma

LE PROMENEUR DU CHAMP DE MARS (+++)
Vu hier cette biographie du Président. D'ailleurs il reste "le Président". Un Président qu'une ancienne camarade de résistance appelle François... mais aucune citation du nom de famille de Tonton. Il s'agit plus d'une figure historique, en fait.
Michel Bouquet accomplit ici une performance suffisamment subtile pour ne pas sauter aux yeux : on ne voit ni Bouquet, ni Mitterrand. La figure qu'il représente semble familière a plein de moments. Un regard tendre qui peut se faire cruel. Une indifférence toute revendiquée. Un rire tonitruant qui attendrit mais peut aussi glacer. Une silhouette connue aussi , qui a accompagné mon apprentissage de la politique tout au long de l'enfance et de l'adolescence. J'ai réalisé que je suis de la "génération Mitterrand", sans avoir jamais voté pour lui...
Guédiguian ne signe pas une grande réalisation d'un point de vue esthétique, mais une très juste évocation de la figure charismatique de l'ancien Président. C'est aussi pour ça que le quotidien n'y a pas vraiment sa place, comme ces incursions dans la vie privée, sentimentale, du jeune journaliste (Jalil Lespert). Les anachronismes ou chamboulements temporels (discours de 71 replacé dans le contexte de 94, par exemple) ne sont pas du tout gênants, comme les décors volontairements plus évocateurs que réalistes (l'Elysée entre autres). Ils participent de cette volonté apparente de ne pas reconstituer une vérité, une véracité historique, mais de poser un regard et une ouïe attentifs sur la fin du règne de celui qui se considérait comme le dernier monarque français. Mitterrand a beau avoir été le fossoyeur français du communisme (si cher à une bonne partie de ma famille), il a aussi été le premier Président socialiste. Celui par lequel la gauche pouvait retrouver une crédibilité au pouvoir, qu'elle n'avait plus exercé depuis le Front Populaire. Le discours de Liévin ou l'extrait de celui d'Epinay peuvent paraître en terrible décalage avec la réalité politique de notre pays. Mais Mitterrand détestait l'argent. Il a défendu jusqu'au bout que la gauche ne se coupe pas de sa base ouvrière, salariale. Et pourtant, c'est au cours de ses deux mandats que l'Europe s'est affirmée comme une machine économique négligeant le social.
Finalement, on partage ici quelques-unes des dernières pensées, des dernières colères, des derniers élans (notamment mystique) d'un grand homme. On retrouve son fantôme, son souvenir. Avec émotion, fascination... avec le recul critique dont certains abusent volontiers.
19/02/05 - 18:09
Moi hier dans la nuit, j'ai revu "le Chateau de l'araignée" c'est pas mal non plus.
ramiro