10/08/2008SAINT LAURENTUn coup de téléphone de Julien m'a fait du bien. Il me souhaite la fête. Je commence me faire à l'idée de ces échanges sexuels sans amour qu'il a de temps en temps. Je suis certain de son amour. 01/08/2008L'INCENDIE DE NOUSJe ne viens plus beaucoup écrire ici. Je suis à mon récit "L'Indifférence" essentiellement. Je suis errant. Il y a Julien, évidemment, l'évidence de lui, la puissance de notre amour, l'odeur de ses cheveux et de sa peau, la tiédeur de sa bouche. Il y a nous, souvent heureux, et puis l'incendie de nous.
L'incendiaire de nous. Il est parti 3 semaines en vacances. Dont 2 à Lacanau. Il a parlé des dunes de Lacanau. Il a dit : "Je te laisse, je reviendrai." Il a parlé des dunes ensuite, j'ai dit que cela me torturait, l'idée de son corps remis à d'autres, mais que surtout, je voudrais qu'il ne revînt pas chargé de messages d'amour sur son téléphone. Je lui ai dit que je ne veux pas d'un troisième homme dans notre couple. Ca me tuerait.
J'ai compris qu'il faut me taire. M'écraser le front seul quand j'ai mal, et me nourrir le reste du temps de la grandeur de notre amour, de l'enîvrement de lui. J'écris alors. Souvent, il veut regarder mon livre en cours. Je le referme. Il dit qu'il pressent que ce livre parle de lui. C'est ma liberté absolue d'écrire ma douleur, de la purger dans un livre en face de sa jouissance des corps. J'ai renoncé à l'idée qu'il changerait. Une amie me dit que c'est le besoin qui le fait agir ainsi. Comme l'alcool. Moi, j'ai le mien d'alcool, la séduction, l'écriture, le vin.
Ce soir, c'est son anniversaire. Il a trente ans. Je le pense entouré de ses amis. Je me sens seul, loin de son corps. Je vais sortir en boite. M'enîvrer du premier venu. Me remettre à ce que je sais faire de mieux : l'écriture et la séduction. 16/07/2008L'INDIFFERENCEParfois, à des rares moments de notre vie ensemble, il y a en Julien des champs entiers d'indifférence. Ca ne dure jamais. Je reconnais ce territoire-là, dans le regard, il y a le ricanement de l'oeil, la bouche droite, la dureté de la lèvre. Dans ces moments-là, je m'écarte de lui. C'est trop terrifiant pour moi. Je pense à un texte, je pense à un livre, ou bien, s'il s'agit de la nuit, je m'écarte tout au bord du lit, loin de lui, dans l'exacte désir de ne pas nuire à sa nudité, et j'attends que ses bras soient de nouveau ouverts, offrants, que je puisse me saisir du rectangle délicieux de son torse.
J'attends. Je ferme les yeux et j'attends que de nouveau la fleur de lui me soit offerte.
Un jour, il me dit qu'il a besoin d'être dompté. Je réponds que oui. Je dis qu'il y a une animalité triste en lui et que parfois, il est replié en elle, dans la tyrranie d'elle, et que je n'existe plus. Une fois, il me dit aussi qu'il peut être très dur avec les gens qu'il aime. Et je sais que tous ces endroits de désertude, ces pans entiers d'indifférence qu'il me donne parfois, je sais que cette dureté-là, c'est auprès de moi, l'homme qu'il aime, qu'il les commet.
Une fois la dureté passée, Julien devient un homme d'une aimance absolu. Ca crie de lui. Il me réveille pour faire l'amour. Il me prend dans la chaleur de lui. Il y a dans l'après-coup, un débordement d'aimance.
J'ai pensé l'autre jour, quand j'aurai achevé mon roman en écrire un autre qui s'appelle 'L'indifférence".
L'autre jour, j'ai tenté de lui dire que je me relèverais pas de sa perte. J'ai été maladroit. J'ai parlé de ce qui génère cette peur-là. Il a eu mal. Ou il a été agacé. Je n'ai plus rien dit à ce sujet. Un grand champ d'indifférence s'est ouvert. 09/07/2008LA GRÂCE DE DIEUCe matin, il est huit heures moins cinq, Julien et moi venons de nous séparer. Il ne sait pas que je suis assis à l'arrêt de bus, en face de sa porte, quand à son tour il quitte son immeuble. Le bus arrive et c'est à l'intérieur de lui que je continue de suivre son pas. C'est un pas lent et assuré, un pas chancellant aussi par endroits, il y a dans sa démarche une sorte de tendresse non dissimulée, une fracture de lui, visible, évidente même.
Je suis touché par ça. Touché par la douceur de son visage sur le trottoir, touché par la grâce de la fragilité qui le constitue.
Julien ne sait pas combien chaque jour, sa vie illumine la mienne. Il ne sait pas. C'est des gestes de rien, des esquisses de gestes et de paroles, c'est illuminant, proprement. Hier par exemple, quand nous faisons les courses, il propose que nous payons la note à deux. Je souris et je dis que ça, une pareille proposition, c'est le début de la vie à deux. Il réfléchit un peu et son visage s'éclaire de tendresse.
Il ne sait pas combien mon coeur battait quand, dimanche, je l'attendais sur le quai de la gare de Lyon. Il ne sait pas que soudain, lorsque son visage m'est apparu au milieu des passagers, combien j'ai été transporté par la lumière de ses yeux lorsqu'ils ont rencontré les miens.
Je l'aime infiniment et tous les jours je prie la Grâce de Dieu que cet amour m'accompagne le plus loin possible dans ma vie. 06/07/2008LA PERTEJe suis terrorisé, tout le temps, de le perdre. C'est une douleur qui ne cesse pas. J'arrive pas à la sortir de moi. C'est une terreur idiote, glaciale, foudroyante, ridicule. C'est une angoisse qui ne repose sur rien d'objectif, mais voilà, c'est là, c'est monstrueusement là. J'arrive pas à sortir de cette tourmente. Je suis fou. Je crois que je suis fou, vraiment, et je ne veux pas l'atteindre, le blesser avec ma folie.
Mais il y a l'écriture. Il y a ce bain d'écriture, craché de moi comme l'alcool.
Il y a l'écriture. J'ai repris mon roman et c'est dans cette épouvante-là, totale, que je reprends le livre. Je suis revenu à lui et ça me sauve. On ne sait pas combien l'écriture aide à tenir debout. Souvent, en enfance, dans les endroits les plus délabrés d'elle, j'ai écrit pour ne pas mourir. 05/07/2008Depuis que j'aime Julien, je suis ramené à un état très ancien de moi emprunt de bonheur et de sanglots. C'est une sorte de suspension, un état intermédiaire.
L'autre soir, au bord du lit, je lui dis qu'après Yasid, je croyais que j'aimerais plus. Que ça cesserait de moi. Que ça arriverait plus. Je croyais ça avec démesure et désespoir. Je lui dis que sa présence à ma vie est une véritable illumination. Je lui dis qu'il est le troisième dans ma vie que j'aime ainsi, avec cette force. Je lui dis que c'est le premier homme dont la tendresse des bras est nécessaire au sommeil.
Parfois, je me dis qu'il faudrait que je le protège de moi, de l'exubérance de mon amour. Parfois je me dis aussi que si notre amour cessait, je me relèverais pas. 01/06/2008L'ANGOISSE D'ABANDONCe midi, après la piscine, j'ai été arroser les plantes chez Julien. La lumière baignait l'appartement et il y avait en contrefond, l'esseulement de mon ombre, les traces de lui, partout comme des incises, inscrites dans l'odeur des murs. Puis, j'ai retrouvé mon ami Léo à la Porte Dorée ; il était surpris de me revoir, nous avons pris un thé et nous avons parlé. J'ai été heureux de ces retrouvailles, j'ai regardé ses peintures, j'ai pensé que son art avait grandi, que quelque chose de nouveau écorchait la couleur, qu'il y avait une détresse supplémentaire, une part de beauté plus grande, j'ai pensé aussi que la plupart des gens que j'aime ont de l'or dans les doigts, qu'ils ont un rapport au monde presque fou, effondré, que leur survie au monde est liée à l'art essentiellement.
J'ai vu Renan aussi et la conversation que nous avons eue dans ce bar des Champs-Elysées m'a beaucoup apaisé. Je ne l'avais pas vu depuis quelques mois et je l'ai trouvé revigoré de beauté, semblable aux peintures de Léo, il était maigri un peu, la forme de sa chair était appétissante. Puis, plus tard, je prends le métro jusqu'à Bastille, et c'est à l'endroit du train exactement que je suis saisi de pleurs.
Les pleurs ne cessent pas. Je crie des larmes. Je les connais bien, ces larmes, je crois souvent que je suis façonné de larmes, que l'intérieur de moi est construit sur des ruines. Je crois ça. Je suis étranglé par la peur de la perte. Ca cesse pas, jamais, c'est jamais hors de moi, ça m'habite depuis l'enfance, toujours. Dès que j'aime, je suis saisi par le sentiment de la perte. Je deviens étrange à ma propre humanité. Je deviens un puits de larmes. Je pleure et je suis seul avec ces larmes. Julien me manque et je me dis que c'est de la folie d'être ainsi détruit par l'amour. J'en veux à mes parents de m'avoir éduqué dans l'incertitude de l'aimance. Fallait pas aimer, c'était interdit. Fallait se construire ses propres rochers, ses propres remparts, ses propres embrassades. Je souffre et je suis rempli à chaque fois que j'aime.
Et toujours, dans ces moments, je suis ramené aux bords des quais et je pense au glissement des pieds sur le béton, au bruit sec que ferait mon corps contre les rails. Et puis les larmes cessent.
Je suis de nouveau peuplé pour quelques heures, jusqu'au prochain incendie. LES NAUFRAGESIl y a du naufrage en nous. Souvent, lorsque je regarde Julien je pressens l'épouvante des naufragés. Je ne sais si cela procède de ma part d'une forme de projection. Toujours est-il que ce naufrage s'exprime de manière aiguë dans le cri que dégage sa lèvre toutes les fois que nos échanges abordent l'intimité de lui, toutes les fois qu'au lieu des mots, il y a le silence qui enfle son oeil.
Je dois parler aussi de cet incident survenu lundi. Nous avons rendez-vous chez un couple d'amis à lui pour le diner. Il est prévu que chacun d'entre nous allions nager, lui dans le 19ème, moi à Carnot. Je suis un peu en retard. Les trois garçons m'accueillent. Je demande à Julien s'il a bien nagé. Immédiatement, il répond non, qu'au lieu de la piscine, il s'est rendu dans un sauna gay où il s'est fait prendre par un inconnu. Il dit ça, devant ses deux amis que je connais à peine, il crie ça, il y a dans sa bouche de la jouissance et de la victoire à me dire ça. Je suis par terre. C'est un choc.
Pendant deux jours, je suis incapable de me défaire de l'image de lui se faire prendre et embrasser par un homme. Je crois, le pire pour moi, c'est imaginer sa bouche prise par un autre, sa langue étranglée à une autre. La vulgarité de ça. Pendant deux jours, je ne dors plus. Je suis plié par l'envie de pleurer pendant les deux jours qui suivent. Je suis incapable de me désaisir de la jalousie que j'éprouve contre cet inconnu.
Plus tard, dans le métro, il demande si j'aurais préféré qu'il mente. Je suis totalement bousculé par cette phrase. C'est bien au-delà du dicible. Je suis étranglé de douleur. Il ne sait pas que je lutte contre la peur de le perdre, tout le temps, d'être arraché de lui par un autre. Il glisse sa tête sur mon épaule et il répète qu'il m'aime, qu'il ne m'abandonnera pas.
Voilà. J'ai accepté. J'accepte parce que je l'aime et que mon aimance pour lui m'oblige au sacrifice. La question est de savoir si je pourrai survivre à la douleur de le perdre toutes les fois qu'il se sera donné à un inconnu dans quelque endroit du monde. C'est la question. Elle est là, entière, corroborée par celle de mon désir de ne pas nuire à son besoin de liberté. Il y a l'été bientôt, il part avec les mêmes amis et je me dis qu'il se donnera encore à des inconnus rencontrés sur la plage, que je resterai cloîtré à Paris à cause de mon travail, terrassé de douleur de l'imaginer dans le corps d'inconnus. Je me dis aussi que c'est le prix de mon amour pour lui. J'espère qu'il saura me téléphoner, me rassurer de sa voix, qu'il saura entendre le tressaillement de ma douleur. J'espère qu'il continuera de m'aimer. 31/05/2008PREMIER WE SANS LUIPresque deux mois que je ne suis pas revenu à l'endroit salvateur de l'écrire. Je suis en dehors du geste de l'écrire depuis que je connais Julien que je l'aime infiniment. L'amour exclut de l'écrire, ça tient à distance des dévastations littéraires de soi.
C'est le premier week-end sans Julien, à Paris. Je suis de garde. Il est en famille, en province, au sud de Dijon. Alors, nécessairement, je reviens à la périphérie de moi, à l'obligation de l'écrire, au besoin vital de l'écrire.
Je suis vide. Depuis hier soir, je suis vide. Je suis arrêté. Je pense à cette grande artiste qui maudissait son arrêt, qui le fuyait absolument, jusque l'éclaboussure de la folie. Je suis arrêté véritablement. Je suis dans un dépérissement malheureux, je suis situé là, à l'interstice de la douleur et de la peur. Je suis terrifié. Je suis terrifié par l'abandon. Je me souviens des week-ends entiers où Y. regagnait sa famille, où soudain, j'étais sorti de sa vie, sorti de lui totalement, sans coup de fil, sans geste aucun. Je me souviens de la perte que son éloignement générait en moi. Je me souviens combien je me tenais dans l'imploration de son retour et dans l'épouvante qu'il me quitte.
Souvent je crois que je suis incapable de survivre en dehors de l'aimance. Et souvent je crois aussi que l'amour me porte à une telle vulnérabilité que je pourrais en mourir.
Depuis que j'aime Julien, je suis réduit à un marécage lent, un territoire informe et vulnérable. Souvent, je reconnais dans l'odeur de ses bras, la force qu'il pourrait avoir à m'étouffer, à me réduire. Souvent, lorsque je suis dans son corps, je suis situé à l'endroit exact de ma perte et de ma continuation en même temps. L'amour m'offre totalement, dans une pauvreté immense. Je suis offert, sans protection, sans pudeur.
Souvent je reconnais les gestes de l'aimance chez Julien. Je vois ça au tintement de sa bouche saisie de rires, au mouvement tendre de la paupière. Souvent aussi, je ne pressens plus rien de son amour. Je crois qu'il va me quitter. Je lui écris des SMS, je lui dis que l'aime. J'ai besoin d'être consolé de son amour. Ca vient pas. Julien se tait. Je vois là, dans la puissance de son silence, combien il a de commun avec moi la fracture l'amour. Ce silence me met à l'épreuve de lui et me rend malheureux.
Julien est un accidenté de l'amour. Il a grandi sur des incertitudes d'amour. Il écoute des heures entières Mylène Farmer, et je crois qu'en l'écoutant, il est ramené à la désolation profonde de lui. Je crois que Julien s'est sorti de l'enfance en implorant de l'existence. C'est dans la sexualité la plus certaine de lui qu'il se sait vivre, qu'il est rappelé à son existence.
(La suite dans quelques heures). 14/04/2008JULIENJe suis amoureux, je crois, véritablement. C'est au-delà de ce que je concevais de ma propre capacité à aimer de nouveau. Après Y., je me croyais déserté de tout sentiment d'aimance. Je croyais que ça ne serait plus, que je resterais cloîtré dans l'éparpillement des corps en boite de nuit, dans la mascarade sexuelle des sexes sans goût.
C'est au-delà, véritablement. Ca transcende ma chair, mon âme, mes cris. J'aime la puissance de sa bouche, la très grande douceur de ses yeux, le geste des bras autour de moi toutes les fois que la nuit nous retient à elle. J'aime sa mélancolie, sa propre surprise d'amour, cet au-delà qui lui arrive aussi, imprévisible, sans douleur. J'aime le brun des yeux, les paupières enflées de silence.
J'ai vendu mon appartement aussi. C'est arrivé en l'espace de deux mois. Au prix que je souhaitais. Dans trois mois, je n'habiterai plus rue Coriolis. Je louerai un appartement encore dans le 12ème, parce que la chaleur des arbres, la nervure de couleur qui traverse cet arrondissement sont impossibles à quitter. Et il y a Julien qui vit à quelques mètres de chez moi.
Sans doute, avec la vente de cet appartement, il y a dans mon coeur, dans celui de Julien, le désir de nous rejoindre, de vivre ensemble. Nous sommes tenus par la peur. Des gens disent "ne vous emportez pas ! c'est le début ! prenez le temps de voir." C'est des gens jaloux qui disent ça. Un jour, mon meilleur ami, E., me dit qu'à chaque fois que deux êtres s'aiment, il a une armée d'inquisiteurs qui se lève. Il y a ça exactement, ces gens qui nous découragent à nous aimer. 08/04/2008L'ARGENT MON EX DIMANCHE ZONE INTERDITEHeureuse douceur des vacances. Je suis en vacances pour 3 semaines. Les charmes du temps fluide. Regarder l'agitation parisienne dans le métro, de ma place à moi, quiette et irresponsable, me terrer complètement dans la suspension des jours sans travail. Voilà, ce sera l'occupation principale de mes vacances. Il y aura dans quelques jours un séjour près de la mer, à Nice, là où ma soeur et amie S. habite avec sa fille, dans le soleil trempé de la côté méditerranéenne.
C'est vrai, je dois parler du choc à la télévision, dimanche soir. Je dîne chez des amis, et mon frère me téléphone. Il dit : "Il y a J. ton ex qui passe sur l'émission Zone Interdite surM6." J'allume la télévision immédiatement. Il est répandu sur l'écran, évidemment, je le trouve inchangé, invieilli, à la hauteur de ce qu'il a été pour moi ces quelques 4 années, victorieux de sa réussite professionnelle, je veux dire, dans la puissance et la béatitude du capitalisme.
Le sujet de l'émission traite de la manière dont des gens privés de pouvoir d'achat, pauvres, embellissent leur quotidien de bons plans en tout genre et de réductions. J. fait partie de ces gens. Il est montré dans une grande surface à la recherche de remboursements d'articles. Il dit que souvent il va à des spectacles parisiens à prix très réduits. Il parle de son site Internet censé offrir aux internautes une amélioration de son quotidien.
Soudain, il dit sans un geste de la main, avec une horreur qui lui est propre, une horreur mécanique, rugissante, il dit que grâce à ses économies et sa gestion de sites Internet, il vit parfaitement à Paris avec ses quelques misérables 1500 Euros par mois.
Je suis stupéfait de ça. Je suis stupéfait que son appât du gain, de la fortune l'amène à gémir un pareil mensonge. Ses différents sites lui rapportent quelques 20 000 Euros par mois, l'émission n'a pas le courage d'avouer que le bureau où il montre des prix ou cadeaux qu'il a reçus, constitue une part infime des nombreux biens immobiliers dont il est propriétaire. Je suis stupéfait que cet homme que j'ai aimé, cet homme-là soit devenu ce menteur éhonté, se targuant de vanter les mérites des bons plans à des milliers de familles étranglées par les crédits et les revenus en baisse. Je suis stupéfait que ses stratégies commerciales le conduisent à prostituer ses mensonges sur un écran de télévision. Autant qu'il raconte les films pornographiques qu'il a tournés dans notre domicile à nous pour s'enrichir. Autant qu'il dise les mois où il a pu compter sur ma générosité et ma parcimonie le temps qu'il contruise ses sites et qu'il recueille suffisamment d'adhérents. Autant qu'il dise qu'à chaque clic sur ses sites Internet de prétendus bons plans, pendant qu'un consommateur rêve vaguement à quelques enrichissements, lui, J., perçoit tout aussi directement une commission d'un groupe publicitaire qui revend l'adresse de l'Internaute.
Parfois, des années après, on se rend compte combien les amants demeurent des ombres, des étrangers à soi, des mensonges, occupés par l'artifice et la tromperie.
06/04/2008Mon coeur, mon amour, mon petit LOUMon coeur, mon amour, mon petit Lou,
Ma lumière, mes bleus à l'
Ame et mes pauvretés anciennes éclairées à la sciure de ta
Bouche
Je t'aime je ressens ça comme un bruit un frottement de soleil un orage un rien de
Toi
Je t'aime et je voudrais contre ta chair nue dresser des épines de
Seigle
C'était presque rien
- L'inattendu
Un soir dans la douceur argentée des pluies
Romaines
Je t'ai regardé et tu
As posé contre ma hanche le cintre raffiné de ta lèvre
J'aurais voulu baiser une nuit de plus
Un océan de plus et d'autres eaux encore
La génuflexion ténébreuse de ton cou
Je t’aime à en perdre l’esprit
J’ai les yeux hideusement convulsés dans le sceau de ta paupière
Et
La marque blanche laissée sur l’oreiller
Par l’orgueil de ton sexe
Mon cœur mon petit Lou ma lumière
J’ai déjà peur de te perdre dans les ramures incertaines d’un Dieu plié de
Sang
01/04/2008JULIENLongtemps que je n'ai pas repris l'écriture. Il y a les mémoires des étudiants à lire en pagaille, des rapports professionnels à finir, et les heures énormes de comptabilité et de gestion financière qui m'attendent.
Il y a la rencontre avec Julien, hier, à la piscine Carnot. C'est inattendu, vraiment. Ca a lieu sous les douches, exactement, à la sortie des bains. La pièce est pleine d'une vapeur molle qui engourdit les corps. L'eau qui pisse des douches est plus chaude que d'habitude. Les hommes, enhardis par la chaleur de l'eau, restent longtemps sous elle, au milieu de la moiteur virile de nous, dans la contemplation et le silence. Je le vois, lui, Julien. Je ne sais pas encore qu'il s'appelle Julien. Il est debout à quelques mètres de moi, dans le recoin blanc des douches. Je discerne un corps de ma taille environ, très clair, surtout je vois des yeux fendus comme une amande, un sourire très lumineux, une douceur inerte des cheveux. Je suis saisi de la tendresse qui se dégage de son corps. De l'immobilité radieuse de sa chair.
Je souris. Il me suit dans les vestiaires, et il se pose à côté de moi, sur le même banc, et je lui souris encore. Il a 25 ans peut-être, pas plus, je suis certain. Plus tard, il me dit qu'il en a presque 30. Il est tout entier à regarder le geste de ma main qui dore mon corps de crême. Plus tard, près des caisses, je lui demande de m'attendre, que je récupère un papeir laissé à l'entrée.
Il le fait. Il attend. Nous remontons ensuite le Boulevard Carnot vers les Maréchaux. Nous ne disons pas grand chose. Il prend mon téléphone et je prends le sien. Je dis que je ne peux pas rester avec lui, qu'une amie m'attend pour dîner place Monge, dans le 5ème. Il sourit. Il me dit son prénom et je suis ramené aux grandes pentes de mon enfance où je rêvais d'un amant au même nom. Il y avait dans le prénom de Julien une lumière inouïe. Il y avait une promesse d'amour. Tous mes personnages de roman s'appelaient Julien et je les rêvais étreints de beauté et de chaleur.
Nous nous revoyons ce soir, évidemment. Nous faisons l'amour puis nous allons nous promener à la foire du Trône. Nous grignotons des Churros. Nous nous embrassons et il me quitte avec un message sur le téléphone : "Merci pour ces délicieux instants avec toi."
J'ai hâte d'être à lui. D'être à demain dans la pudeur de sa bouche.
21/03/2008NOYADEL'autre soir, ma mère m'appelle. Elle dit quelque chose au téléphone qui ressemble à un cri d'elle, un cri tout entier de sa chair. Elle dit que désormais, elle et mon père voyagent le plus qu'ils le peuvent. Ils parcourent les voûtes du monde, elle dit. Elle dit aussi, et c'est ce cri qui irradie d'elle, elle dit : "La mort peut être si proche, on ne sait pas."
Je demande des explications. Je demande de quoi elle parle véritablement, de quelle mort elle parle véritablement. Elle répond par un silence, très lointain, très en deçà de ce que sa bouche saisit d'elle-même.
Le lendemain, j'ai de nouveau mal dans les yeux. C'est une douleur prodonde, qui hante le cerveau. Ca se prolonge jusque l'intérieur de moi. Je sors dans la rue et je suis assommé par la lumière du jour. Puis, ça s'arrête. Je vois de nouveau la lumière, le mouvement de la rue, le passage des gens et la douleur s'arrête. Je me dis que c'est le mal qui gonfle, qui s'étend insidieusement mais sûrement à l'intérieur de ma tête. Je me dis ça et je pense à l'assomoir des paroles de ma mère au téléphone.
Ce soir, à la piscine Carnot, un garçon, sous les douches, que je vois souvent à Legall me sourit et me dit bonjour. Je réponds sêchement, ma voix est brutale, hideuse, comme le tonnerre. Je nage dans l'eau. Et pendant que je nage je ferme les yeux pour m'habituer à l'état de l'aveuglement. Je suis très effrayé de parcourir les longueurs du bassin dans le noir absolu. Je tiens à peine quelques minutes et j'ouvre les paupières.
Je me dis que perdre les yeux ressemble à une noyade, un incendie.
Je nage. Je pense à V.à notre histoire qui n'aura pas existé véritablement. Je me dis que je devrais récupérer au plus vite les affaires de toilettes que j'ai laissées chez lui afin de refermer cet intervale d'affection.
Puis je ne pense à plus rien. 15/03/2008L'écriture s'espace. J'attends des nouvelles de l'éditeur : la signature du contrat, l'envoi du manuscrit aux normes attendues. Ca n'est pas l'essentiel.
L'essentiel est ailleurs. Je suis seul de nouveau, je veux dire sans vie aimante, ça aura duré quelques semaines à peine mais quand je relis les jours passés, je me dis que ça aura été une vie amoureuse un peu idiote, très lente, sans mouvement, sans amour véritable.
L'autre soir, je rentre du Marais. J'ai diné avec un ami dans un restaurant chinois qui borde la rue des Archives. Nous avons bu une bière dans un bar au bord de la rue Sainte Croix de la Bretonnerie. A côté de nous, trois garçons, très jeunes, très certains de l'évidence de leur jeunesse, de l'impérissable d'elle. L'un d'eux nous demand si je le kiffe. Il dit ça exactement : "Tu me trouves kiffant ?" Puis c'est les trois qui demandent la même chose et je trouve cet étalage de jeunesse, cet accroc de la parole d'une violence inouïe. Je les laisse à leur bonheur, alors. Je reprends la ligne 1 à Hôtel de Ville. Dans le train, je regarde les voyageurs de la nuit. La plupart des visages sont des visages fermés, éteints. Il y a une très grande solitude dans la pliure des yeux. Je regarde une femme surtout, la trentaine, belle je crois, le front haut. Elle porte tout entière les vestiges de la solitude. Ca l'habite complètement, la solitude. C'est comme l'alcool, elle en porte les stigmates jusque l'intérieur des yeux.
Je me dis que je suis de ceux-là, de ces oiseaux de nuit, sans amour, dans le continuum silencieux des lits vides. 07/03/2008LA VIE D'AVANTJ'avais rencontré V. On avait l'amour, quelques fois, pas vraiment, à cause de choses sales, des sortes de microbes, des maladies infirmes. Et puis nous nous étions vus souvent. Nous avions crû que nous aurions pu devenir des amants à long terme. Nous avions pensé ça. Puis V. s'était lassé de moi. Il m'avait trouvé étrange, déplacé, loin de ses univers, il s'était dit que cette histoire n'irait pas loin. Il avait cessé de téléphoner, de répondre à mes messages. Il n'avait plus pensé à moi. Il n'avait pas mis de paroles sur cette rupture annoncée, il avait laissé faire le silence. Je n'avais plus répondu à la profondeur de ce silence.
Alors, c'est vendredi, je crois, la vie d'avant revient. Je danserai au Tango, parce que c'est mon amie K. qui mixe, mais aussi parce que dans la vie d'avant chaque week-end ou presque, j'allais au Tango danser et embrasser des beaux garçons. 03/03/2008SEXUALITE ET ECRITUREJ'ai repris mon roman. Il y a eu cet arrêt de plusieurs semaines. L'écriture a cessé avec la rencontre avec V. Souvent, c'est ça, l'écriture, des arrêts et des retours obligés à elle, c'est semblable à ma sexualité, je veux parler des accidents de désir, des perturbations de la verge, je veux parler des territoires vides, de la mrot du désir, et puis, brutalement, la sexualité refait surface.
J'ai eu peur de perdre tous mes amants à cause de ces accidents de sexualité. Souvent, lorsque je fais l'amour à un homme que j'aime, je crois que je vais le perdre, que je suis assis au bord d'une précipice, qu'il y a une fatalité à cette fracture de la sexalité. J'envie ces hommes qui ont des sexualités égales, ininterrompues, qui baisent dans la certitude de leur virilité.
Je ne sais pas si V. est venu me lire. Je dois continuer à écrire comme si ses visites n'existaient pas. Comme si ce blog n'était peuplé que de fantômes, de gens qui ne m'existent pas. Je dois remplir ces pages comme pendant des mois et des mois j'ai couvert mon lit de meutrissures de sperme. J'ai lu à ce propos que les hommes qui mènent une vie sexuelle multiple ont des chances de développer un cancer de la bouche à cause du Papillonma Virus. Je me suis dit que véritablement il y a dans la sexualité une colère divine, que les rares traces de Dieu se manifestent dans le tournoiement du plaisir sexuel. Que la nature nous fera payer longtemps la libido.
29/02/2008V.J'ai rencontré V. il y a quelques semaines, je ne sais plus vraiment, ça a lieu au Tango, dans l'étouffement de cet endroit, je le regarde et je le trouve séduisant. Je me penche vers lui et bientôt nos bouches sont aggripées l'une à l'autre. Ca aurait pu durer le temps certain de cette soirée, ça aurait pu s'arrêter là, dans l'ivresse belle de la séduction.
Nous nous revoyons, souvent. Je vais dormir chez lui, dans un arrondissement de Paris que j'ignore totalement. C'est le 16ème, à quelques pas de la Place Charles de Gaule Etoile. Souvent, quand je me rends chez lui, je suis absorbé totalement par l'inertie des bâtiments, la très grande hauteur des immeubles hausmaniens, ça ma ramène aux endroits les plus ténus de ma propre pauvreté, je me dis à chaque fois que je suis heureux de traverser la boue parisienne pour le rejoindre, lui, V., dans les hauteurs bourgeoises du 16ème arrondissement.
Je sais que V. a peur tout le temps. Qu'il est saisi dans une sorte d'immobilité pensive, que le monde, son monde est ébranlé d'incertitudes. Moi, je ne pense rien de nous. Je traverse nos rencontres comme on traverse un champ argentin, des murailles de nuages. Je le fais dans l'innocence totale du voyageur.
Je lui ai parlé de ce blog, j'ai eu tord. Je ne devrais pas laisser les gens que je connais s'approprier de cette sorte de littérature. Ils ne peuvent pas saisir l'utilité de ça. Ils ne savent pas que j'écris ces lignes dans un grand mensonge de poésies. Que la plupart des choses qui s'écrivent ici sont des mensonges vrais. 15/02/2008Ca y est, le manuscrit est envoyé. L'éditeur l'a reçu par mail. Il attendait depuis Décembre. Je me suis confondu en excuses. Je vais pouvoir me concentrer sur mon roman maintenant. Il y a ma formation, certes, mais ça ne compte pas.
Il y a l'image d'Edi, de plus en plus lointaine.
Il y a Paris et cet appartement que j'ai mis en vente hier, décidé de fuir quelque part où exister. 12/02/2008EDI 2Maintenant ça ne cesse plus. Je suis hanté par le geste ultime de ses bras autour de mes épaules à l'entrée du métro. Son image est partout, c'est comme un fantôme, un astre errant. Je dois penser à autre chose mais c'est là, toujours, une suite de riens, la très grande image de son sourire, les yeux cambrés comme des amandes, la chair de lui, montrée à peine, déchiffrée par la nuit.
Ca a lieu surtout à l'endroit du Bar, dans le Marais, l'Open Café aux heures de grande fréquentation. Il me demande de rester près de lui, de continuer la conversation, et il parle toujours, sans arrêt, c'est un enchantement de paroles. Il veut savoir s'il me plaît et je dis que je suis transi de lui, que ça, une apparition pareille, ça n'est plus survenue depuis longtemps dans ma vie, qu'enfin ça change de ces rencontres sans nom en boite de nuit, inexistantes, certes réconfortantes mais inodores, invisibles. Il dit aussi qu'il voudrait me faire l'amour mais qu'il est arrêté par la relation à son amant, celui qui le loge, qui le nourrit, qui lui donne de l'argent pour se souler. Il dit ça et à l'instant de ces mots, je veux l'étreindre dans le foudroiement de sa bouche.
Il me montre un collier, à l'endroit du cou. Il y a une croix, c'est une croix juive que sa mère lui a offerte dans un temps ancien de sa vie. Il est sans âge. Vingt ans, vingt cinq ans, trente, je ne sais pas, il a le visage durci des hommes qui ont fait la guerre, ceux-là aussi qui ont abandonné leur pays, leur famille, leur sang. J'approche le doigt de la croix, et je sais que le saisissement du bijou c'est déjà la première offrande d'amour qu'il me fait.
Je dois parler du geste de dérobade qu'il commet exactement lorsque le doigt va toucher la chair de son cou. Il tourne la tête, et je ne sais rien alors de sa chair. Je pressens l'odeur d'elle, la fulgurance d'elle, il se dérobe au geste du doigt contre son cou, parce qu'il sait que le geste est parfaitement irréparable, que c'est le commencement à quelque chose d'autre qui nous dépasse.
Et puis cette adresse mail qui ne fonctionne pas. Ces messages qui me reviennent. Toujours. Des essais de lettres semblables à l'effleure du doigt contre sa peau brune.  |
| L'histoire de ma vie n'existe pas. ça n'existe pas. Il n'y a jamais de centre. Pas de chemin, pas de ligne. Il y a de vastes endroits où l'on fait croire qu'il y avait quelqu'un, ce n'est pas vrai il n'y avait personne.
Je n'ai jamais écrit, croyant le faire, je n'ai jamais aimé, croyant aimer, je n'ai jamais rien fait
qu'attendre devant la porte fermée.
Je me suis dit qu'on écrivait toujours sur le corps mort du monde et, de même, sur le corps
mort de l'amour.
Marguerite DURAS |