J'écoute : "DISCO", titres mixés par Eric Kaufman (Sony/BMG, 2008)
Je regarde : "Six feet under", "Sex and the city", "Desperate Housewives"
Je lis : John Giorno, "Il faut brûler pour briller" (Al Dante, 2003)
Je cite : «Yves n'était pas un militant, pourtant il pouvait se confier, évoquer son adolescence, déclarer dans une interview qu'être homosexuel à Oran c'était comme être un assassin, et raconter à quel point il avait été persécuté», Pierre Bergé à propos d'Yves Saint Laurent, "Cette histoire" (Têtu, juillet-août 2008)
(mis à jour lundi 7 juillet 2008 à 00:59)

21/07/2008

21/07/08 - 00:17

Lily et moi

J'attends en vain Régis Goudot à l'entrée du hall du Théâtre Garonne, les gradins sont installés sur le plateau derrière un rideau. Je m'attends au pire lorsqu'une comédienne débarque en tenue d'époque pour annoncer le retard d'un musicien, Lily chante des chansons en attendant le début de "Margot" accompagnée par Igor à l'accordéon et trois tziganes à moustache. Je reconnais Branlo au violoncelle, la troupe du Théâtre Dromesko poursuit son cabaret musical faussement improvisé en remplacement de l'énigmatique pièce lyrique annoncée. Je bois un verre de vin rouge offert pour faire patienter le public, les jeunes filles assises devant moi se resservent à satiété jusqu'à vider une à une chaque bouteille. Je suis ébloui par l'apparition majestueuse du marabout déjà vu avec Lily dans un film miraculeux d'Otar Iosseliani, "Adieu plancher des vaches " est illuminé par la présence du grand oiseau qui s'avance maintenant sur la scène du théâtre. Je me divertis avec le défilé du reste du bestiaire, une fantaisie musicale très grivoise termine la soirée et Lily chante "Les Nuits d'une demoiselle".
Je lis le texte de Jean-Pierre Thibaudat paru en juin 2007 sur rue89.com, il revient en ces termes sur la genèse captivante du Théâtre Dromesko: «Il y a un siècle – au mitan des années 80 – Igor, son frère Branlo et quelques autres avaient inventé une forme de spectacle qui ne ressemblait à rien c'est-à-dire qui leur ressemblait à plein tube : un peu cirque (chapiteau, piste), un peu bistrot (vin chaud), un peu tzigane (orchestre), un peu punk (rats), un peu Zampano, cela s’appelait le cirque Aligre et on pouvait y faire son marché de merveilles. On ne parlait pas encore de «nouveaux cirques» et quand on en parla, le cirque Aligre était déjà ailleurs. Igor et Branlo avaient rencontré Bartabas, ensemble ils avaient fondé le cirque Zingaro que l’on ne présente plus. Un jour Lily entra sous le chapiteau avec sa chevelure flamboyante et s’y trouva bien. Le succès les attendait au tournant. (…) Tandis que Bartabas et ses chevaux fondaient le théâtre équestre Zingaro, Igor, Branlo et Lily inventaient La Volière Dromesko avec animaux de la ferme et un marabout au long bec et aux longues pattes, leur mascotte. […]».



18/07/2008

18/07/08 - 00:13

Ang Lee et moi (2)

Je rate la projection de "la Vie d'Oharu, femme galante" de Kenji Mizoguchi à la Cinémathèque, J.-P. traîne dans le quartier comme chaque dimanche après-midi. Je l'accompagne chez lui où il me montre "Jouissez sans entrave", documentaire enregistré sur Arte à propos du Wet Dream Festival. Je me dirige vers la salle du Cratère, "Lust Caution" est truffé de beaux garçons. Tony Leung s'efforce de transmettre sa sensibilité à un personnage parfois caricatural, je ne me passionne pas vraiment pour cette histoire d'amour impossible. Je dénombre des connexions avec d'autres films d'Ang Lee : "Garçon d'honneur" et "Le Secret de Brokeback Mountain" relataient aussi des amours contrariés. Les enseignes des épiceries et des cyber cafés de la Grand'rue Saint-Michel étincellent, j'aime me retrouver seul dans la nuit à la sortie d'une salle de cinéma. La place Saint-Etienne est déserte, je lève les yeux vers les aiguilles du cadran du clocher de la cathédrale illuminée.
Je lis la chronique de Frédéric Mitterrand à propos de Tony Leung et "Lust Caution" dans un numéro de Têtu : «[…] Il y a quelque chose de tendre chez Tony Leung, une blessure diffuse qui le rend toujours très émouvant et comme c'est un excellent acteur, le personnage de méchant avec une faille aurait dû très bien lui convenir. Mais le scénario traîne, les caractères sont vidés de toute existence réelle, la mise en scène s'épuise à vouloir nous en foutre plein la vue et même le côté "Lotus Bleu" sent l'ordinateur et l'art director super consciencieux – loin du charme des grands mélos chinois d'avant la Révolution où s'illustrèrent le merveilleux Clark Gable exotique Zhao Dan et cette cinglée de Madame Mao quand elle était encore jolie, ces «ombres électriques» dont on trouve les affiches chez les brocanteurs branchés depuis quelques années –, les scènes de sexe sont particulièrement ratées, vaguement resucées de "l'Empire des sens" par un potache pédé qui voudrait donner le change. Ang Lee en a peut-être marre de passer pour un cinéaste pink après le réjouissant "Garçon d'honneur", son "Tigre et dragon où il filmait la beauté des mecs avec une jubilation convulsive, et ce "Secret de Brokeback Mountain" qui me bouleverse encore à chaque fois que j'y repense. Dans son effort de normalisation hollywoodienne aurait il été soudain gêné par la splendeur ambiguë de Tony Leung telle que Wong Kar-wai avait su si bien la magnifier dans "Happy Together", où mon bridé chéri et Leslie Cheung s'enculaient au cours d'une séquence franchement torride ? (…) D'ailleurs, une des grandes différences entre Wong Kar-wai et Ang Lee, deux cinéastes surdoués qui auront réalisés les meilleurs films sur l'amour homo, est que le premier n'a pas fait l'impasse sur la sensibilité de Tony Leung dans "In the mood for love" alors que le second s'en est méfié d'une manière si stérile dans "Lust Caution" quand ils l'ont l'un et l'autre rendu à son état premier d'icône hétéro essentiellement porté sur les filles. […]».



06/07/2008

06/07/08 - 23:44

Wajdi Mouawad et moi (3)

Wajdi Mouawad est seul sur le grand plateau du TNT, je me demande longtemps où il veut en venir dans "Seuls". Les pièces du puzzle familial s'emboîtent sinueusement, je suis soudain bouleversé par le retournement dramatique tardif. Le personnage lutte pour sa survie, je me lasse de le voir se débattre avec des litres de peinture. Cette fin colorée s'éternise, je m'enfonce de fatigue dans mon fauteuil. Plusieurs filles se lèvent pour acclamer Wajdi Mouawad, j'ingurgite un Coca Cola au bar du théâtre pour me réveiller. M. ne s'attarde pas, je termine la soirée au café les Thermes avec Ktoo et Jean Lebeau.
Le Théâtre Garonne est bondé, je remarque la moyenne d'âge du public plus élevée qu'à l'accoutumé. "May B" est un travail sur l'œuvre de Samuel Beckett, je ne m'intéresse pas à cette chorégraphie vintage de Maguy Marin. La pièce n'en finit pas de se terminer, je suis satisfait d'avoir assisté à une représentation de cette curiosité créée en 1981. Régis Goudot ne semble pas convaincu par le spectacle, je me laisse entraîner au Grand Cirque.



"Seuls" © Thibaut Baron

01/07/2008

01/07/08 - 07:18

François Tanguy et moi (2)

J'ai hâte de découvrir la dernière création de François Tanguy programmée par le Théâtre Garonne à la Grainerie de Balma, la scénographie est identique à celle de l'éblouissant "Coda" vu précédemment sous la Tente du Théâtre du Radeau. Je guette la succession des tableaux chorégraphiés avec minutie, les acteurs livrent des textes en partie inaudibles et souvent en anglais ou en allemand. Je note l'installation de multiples cadres entre le public et la scène, les acteurs sont éclairés en contre-jour. J'attends patiemment la grâce ressentie lors de la découverte de l'univers de François Tanguy avec "Coda", rien n'affleure pourtant et les plages de musique classique se succèdent en vain. Je suis saisi par l'émotion au bout d'une heure, l'amplitude du plaisir semble décuplée par les longues minutes d'expectative. Je reste béat jusqu'à la fin de "Ricercar", l'accueil du public n'est pas très enflammé. Je croise Cécile Brochard à peine sortie de la salle mais déjà pressée de rentrer chez elle, Ktoo avoue s'être beaucoup ennuyée. Je m'étonne du peu d'enthousiasme autour de moi, Jean Lebeau me raconte que François Tanguy travaille depuis longtemps la même matière artistique.
Branlo surgit de la pénombre au sommet du minuscule chapiteau du Petit Théâtre Baraque, je le regarde sans conviction faire le clown à l'extrémité d'une échelle. Il pointe un pistolet à eau sur le public autour de lui, je souris un peu inquiet de devenir une éventuelle cible. Il titube sur l'échelle, je m'interroge sur la solidité de l'armature métallique du chapiteau lorsqu'il s'y raccroche. Nigloo récupère l'échelle, je vois la mélancolie dans ses yeux de clown déchu. Le spectacle des "Augustes" bascule à cet instant, je ne rate rien de leurs gesticulations poétiques sur la piste en contrebas.



"Ricercar" © Didier Grappe

26/06/2008

26/06/08 - 03:01

Wajdi Mouawad et moi (2)

"Forêts" éveille mon intérêt dès les premiers instants, je ne comprends rien à cette énigmatique histoire d'os dans le cerveau de l'héroïne. Le puzzle des multiples destins parallèles se dessine à pas lents, je reste en haleine quatre heures durant sans défaillir. La pièce s'achève dans bel élan d'humanisme, je quitte la grande salle du TNT bouleversé comme de nombreux spectateurs. Laurent Pelly me salue dans la foulée, je remercie Jean Lebeau d'avoir programmé ce spectacle écrit et mis en scène par Wajdi Mouawad. Ktoo peine à s'en remettre au bar du théâtre, je relève l'incroyable créativité de Wajdi Mouawad et de ses comédiens avec pour seuls éléments de décor deux cloisons et quelques chaises autour d'une table.
Le casting de "Funny Games U.S." m'impressionne dans la grande salle du cinéma Utopia, je trouve que la présence de stars comme Naomi Watts et Tim Roth désamorce la violence du film de Michael Haneke. Les images de la précédente version me reviennent parfois au cours de cette projection, je suis toujours troublé par la beauté angélique de Michael Pitt. Ce remake est malgré tout souvent insoutenable, je me dis que les images du dernier clip de Justice n'ont rien de violent comparées à celles-ci.



Photo: "Forêts"

14/06/2008

14/06/08 - 03:57

Mark Tompkins et moi

Je rejoins Claude Bardouil au Bijou, où Mark Tompkins interprète son tour de chant accompagné par Nuno Rebelo. J'assiste au concert depuis le fond de la salle, "Lost and Found" se termine par la reprise de "Avec le temps" puis par une chanson écrite pour un comédie musicale. J'aperçois Nicolas Bacchus, A. semble en grande forme. Je note la présence de Frédéric Chambert, ce dernier ne quitte pas Annie Bozzini. Ktoo s'interroge sur le fonctionnement des laveries automatiques, je lui conseille de regarder "My beautiful laundrette" de Stephen Frears.
"Soyez sympas, rembobinez" me divertit généreusement à l'Utopia, je n'ai pas vu la plupart des films américains parodiés par les personnages. Le film de Michel Gondry est une déclaration d'amour au cinéma des origines, je me laisse peu à peu piéger par l'émotion. Le dénouement était prévisible, je suis pourtant en larmes à la fin de la projection.



Photo: Mark Tompkins

12/06/2008

12/06/08 - 06:40

Wes Anderson et moi

Je tente une première approche de l'œuvre du cinéaste Wes Anderson à l'Utopia, "À bord du Darjeeling Limited" débute par un préambule avec Jason Schwartzman. Je m'amuse de cette scénette parisienne, le générique débouche sur un autre décor. Je suis déstabilisé par ce bond au cœur du continent indien, Jason Schwartzman est toujours aussi irrésistible. Je ne reconnais pas Owen Wilson derrière les bandages qui masquent son visage, Adrien Brody est toujours aussi sexy de film en film. Je suis heureux de découvrir Anjelica Huston au détour d'un plan, elle endosse le rôle d'une mère insaisissable. Je sors de là désireux de savourer d'autres films de Wes Anderson.
Claude Bardouil a du mal à introduire "Au pays. Des nuées" d'Elfriede Jelinek, c'est la première fois que j'assiste à une lecture du cycle célébrant l'anniversaire de la Cave Poésie depuis septembre. Il parle longuement de l'auteur et du contexte dans lequel fut écrit pour le théâtre ce monologue, j'ai un peu de mal à entrer dans le texte ensuite. Il ne se contente pas de livrer une simple lecture assis devant un micro, je l'observe lever parfois étrangement une jambe ou un bras en lisant. C. attend son mec après le spectacle, je suis impressionné par la culture cinéphile de ce dernier. Claude Bardouil raconte son inscription dans la salle de gym de son quartier, je m'étonne qu'il ne pratique pas déjà de sport.



08/06/2008

08/06/08 - 08:29

Josef Nadj et moi (2)

La moyenne d'âge du public du Théâtre Garonne est nettement plus élevée qu'à l'accoutumée, je ne connais de Josef Nadj que "Last landscape" vu sur cette même scène la saison précédente. Le chorégraphe expliquait quelques jours plus tôt lors de la présentation de la saison du Théâtre Garonne son désœuvrement face à la frénésie des sociétés urbaines contemporaines, je ne m'attends pas à être emballé par son "Entracte". Cécile Loyer est la seule interprète féminine de cette pièce, je suis très impressionné par sa performance. La création musicale n'est pas aussi envahissante que celle de "Last landscape", je quitte la salle stupéfait par la haute qualité du spectacle présenté.
"7 secondes - In God we trust" est interprété par quatre comédiens de la Cie La Part Manquante dans un atelier du Théâtre Garonne, je ne suis pas convaincu par la mise en scène d'Alain Daffos. Le texte de Falk Richter est mis en musique tel un oratorio, je suis séduit par la création musicale signée Nihil Bordures. Je suis curieux d'écouter Alain Daffos évoquer au bar du théâtre son approche de ce texte que je ne connaissais pas, Céline Nogueira et M. se découvrent une passion commune pour Shakespeare.



Josef Nadj © Jean Barak

31/05/2008

31/05/08 - 07:48

Tugan Sokhiev et moi

Un hélicoptère télécommandé d'on ne sait où survole de très près les spectateurs installés dans la salle, je suis terrifié à l'idée qu'il se vautre sur moi. Les comédiens de "La Vieille dame qui fabrique 37 cocktails Molotov par jour" ne cessent de hurler, je me demande comment Denis Rey va se tirer de ce guêpier. Le texte de Matei Visniec rebat lourdement des clichés sur la création théâtrale, je m'ennuie à mourir en attendant que s'achève cette mise en scène de Jean-Pierre Beauredon. J.-P. est en joie à la fin du spectacle, je salue Denis Rey dans le hall du Théâtre Sorano.
J'entre dans la Halle aux Grains au même moment que Pierre Cohen, Tugan Sokhiev lui souhaite la bienvenue en notant que c'est le premier concert de l'Orchestre national du Capitole auquel il assiste depuis son élection. J'écoute le discours du maire en préambule au traditionnel concert pour les jeunes offert par la mairie de Toulouse, il exprime son attachement au chef d'Orchestre dont il ne souhaite pas le départ cet été au terme de son contrat. Le public est debout après la "Cinquième symphonie" de Tchaïkovski qui clôt le concert, je sors de là enchanté.



Tugan Sokhiev © Patrice Nin

19/05/2008

19/05/08 - 16:10

Jean-Louis Martinelli et moi

Ilka Schönbein manipule des marionnettes bricolées comme des extensions de son corps, je suis frappé par son regard clair et intense. Elle se glisse dans la peau de sa mère et de sa grand-mère, je ne cesse de m'accrocher à la folie reflétée dans ses yeux. "Chair de ma chair" se termine par une distribution aux spectateurs du théâtre Sorano de la polenta cuite pendant le spectacle, j'échange quelques mots avec Régis Goudot dans le hall. Didier Carette m'avoue avoir réfrigéré son vieux projet d'adaptation pour le théâtre des "Versets sataniques", j'ai bien l'impression que le frigo est en fait un congélateur.
"Bérénice" occupe la grande salle du TNT, je ne trouve aucune faute de goût à la mise en scène de Jean-Louis Martinelli. Les acteurs portent le verbe exigeant de Racine sans défaillir, je suis suspendu à la modernité de leur interprétation. Marie-Sophie Ferdane et Patrick Catalifo procure une fébrilité inouïe à leur personnage, je suis ému par la démesure de leur fragilité. M. se plaint du manque d'action dans cette pièce, je lui fais part de ma fascination pour la dissection de la parole amoureuse dont elle se nourrit.


Photo: "Bérénice"

11/05/2008

11/05/08 - 19:42

Jean Gilles et moi

Le chœur les Eléments est installé dans l'entrée romane de la cathédrale Saint-Etienne avec l'orchestre baroque Les Passions dirigé par Jean-Marc Andrieu, je découvre le requiem de Jean Gilles qui fut maître de musique de cette cathédrale à la fin du XVIIIe siècle. Les applaudissements du public enthousiaste résonnent dans la nef, j'explique à M. après le concert que ce requiem fut créé ici lors des funérailles du compositeur en 1705.
"Big 3rd episode (Happy/End)" débute par les répétitions d'un concert de rock, je suis réveillé par le cri des guitares et le fracas de la batterie. Les musiciens parlent de cul, je vois la chanteuse débarquer telle une vamp moulée dans une robe rouge vif. Une vidéo prend le relais, je ne retiens pas grand-chose de ces images. La suite se déroule dans une salle de sport où des filles dénudées bavardent, je n'ai d'yeux que pour le garçon au torse nu. La scène est répétée une nouvelle fois comme ce fut le cas avec le tableau d'ouverture, je reconnais la musique d'Angelo Badalamenti tirée de la bande originale de "Mulholland drive". La même scène est rejouée une quatrième fois, je suis excédé par ce procédé lassant et sans intérêt. Un mur de carrés lumineux s'ébranle, je baille à m'en décrocher la mâchoire. Des jeunes gens font irruption sur le plateau du Théâtre Garonne en poussant des cris euphoriques sur fond de musique à danser, j'attends la fin de ce calvaire avec impatience. Le spectacle a duré une petite heure, je m'étonne de l'exaltation de M. à la sortie. Céline Nogueira me fait part de sa grande satisfaction au bar du théâtre, je l'écoute intrigué par tant d'enthousiasme.



"Big 3rd episode (Happy/End)" © Wolfgang Kircher

04/05/2008

04/05/08 - 05:09

Céline Nogueira et moi

Céline Nogueira s'adresse au public des curieux invités à découvrir son travail dans un atelier du Théâtre Garonne, je suis impatient d'assister au fruit de ce chantier issu d'une réflexion en cours autour de trois pièces de Shakespeare: "MacBeth", "Richard II" et "King Lear". Elle dépose une couronne sur la tête d'Haris Resic contre toute attente, j'assiste à la déception de Claude Bardouil en ce début de "Of Kings and men". Elle confie finalement à ce dernier le rôle du roi comme convenu en répétitions nous dit-elle, je l'observe interpréter le soulagement avant de se lancer dans quelques pitreries. Il grimpe en hauteur et se balance dans le vide, je ne comprends rien aux fragments de textes dits en anglais. Il finit par être dépossédé de sa couronne puis humilié, je trouve qu'il fait une drôle de tête. Sandrine Nogueira vide un seau d'eau sur sa tête et se roule par terre, je suis étourdit par tant d'énergie libérée en si peu de temps. A. est dans tous ses états après cette brève présentation, je l'interroge sur l'origine de son émoi. Il disparaît dans la foulée vers un prétendu rendez-vous sexuel, les autres m'entraînent à la table du Point d'Ogre. La conversation s'attarde sur "Nature morte dans un fossé" de Fausto Paradivino, j'argumente ma déception après avoir assisté à une représentation au TNT. Le collectif D.R.A.O. y revendique la colère de l'auteur, je n'ai pas compris pourquoi l'interprétation loufoque de Stéphane Facco désamorce en permanence cette colère. Claude Bardouil me présente la New-yorkaise Fay Simpson, j'écoute encore une fois au cours de la soirée l'étrange histoire de la dent de Bilbo. Ktoo finit par voir des mormons partout dans la salle du restaurant, je m'associe à l'hilarité générale jusqu'au milieu de la nuit.
Je somnole de fatigue le lendemain pendant "le Combat de Tancrède" à Odyssud, la musique de Claudio Monteverdi est interprétée par les Sacqueboutiers. Je suis frustré d'apprécier si peu d'instruments anciens, un duo de danseurs exécute une chorégraphie de très mauvais goût. La soirée se termine au Grand Cirque avec A. et R., je ne m'y éternise pas.



Photo: "Of Kings and men"

27/04/2008

27/04/08 - 07:39

Joel et Ethan Cohen et moi

"Hollywood vixens" débute par une énorme fête dans une villa, je pense à "The Party" de Blake Edwards. Russ Meyer filme les aventures d'un groupe de filles libérées qui jouent de la musique pop, je m'étonne de ne pas croiser les énormes poitrines peuplant ses oeuvres les plus connues. La comédie musicale vire au conflit entre les sexes, je retrouve là les obsessions habituelles du cinéaste. Les acteurs sont jeunes et beaux, je suis enthousiaste face à l'irruption du cauchemar final. M. s'extasie à la sortie de la Cinémathèque, je n'avais pas découvert une telle perle au festival Extrême Cinéma depuis longtemps.
La plus petite salle de l'ABC affiche complet, je ne m'en m'étonne même pas. Je n'aime pas cet endroit exigu, c'est la dernière projection de "No country for old man" avant la fermeture du cinéma pour travaux. Je renifle par intermittence la mauvaise halène du type assis près de moi, Javier Bardem hante le film de Joel et Ethan Cohen avec sa coiffure improbable et son mutisme de gardien de prison. Je suis terrifié par ce personnage déterminé, il semble être capable du pire à tout moment. Je m'attache au cow-boy solitaire incarné par Josh Brolin. Tommy Lee Jones joue un vieux flic rusé, il me rappelle Frances McDormand en femme flic dans "Fargo". C'est le premier film des frères Cohen adapté d'une œuvre littéraire en l'occurrence d'un roman de Cormac McCarthy, j'aime cette noire mélancolie inédite dans leur oeuvre.



18/04/2008

18/04/08 - 01:39

Paul Thomas Anderson et moi

Je me passionne pour l'itinéraire du héros de "There will be blood", Daniel Day Lewis incarne ce chercheur d'or noir dans l'Amérique du XXe siècle naissant. Je suis impressionné par l'ambiguïté de ce personnage restituée avec brio par l'acteur, il acquiert une terrible épaisseur dans sa route vers la fortune. Je m'attache à la manière dont il combat le pouvoir religieux, les aléas du scénario révèlent sa monstruosité enfouie. Je décroche au bout de deux heures, le film de Paul Thomas Anderson se termine en portrait de l'entrepreneur enrichi et vieillissant. Je suis finalement las des grosses grimaces de Daniel Day Lewis derrière l'épaisse couche de maquillage, il devient très démonstratif pour illustrer la misanthropie de son personnage muré dans la folie. Je me souviens de l'ennui ressenti cet hiver au cours des trois heures de "Magnolia" revu à la Cinémathèque pour la troisième fois.
La salle de la Cinémathèque n'est pas loin d'afficher complet, je suis frappé par l'inhabituelle diversité des publics dans une séance d'Extrême cinéma. Les organisateurs du festival présentent longuement le programme de la soirée, je m'étonne du succès d'un film dont même Jackie Kennedy a vu les images à sa sortie en salles. On nous annonce des scènes de pure comédie, je suis impatient de découvrir cet objet. "Gorge Profonde" s'intéresse particulièrement à l'orgasme clitoridien, j'ai rarement été confronté sur grand écran à des vulves aussi poilues. Un homosexuel s'est glissé dans la foule des personnages masculins, je ne trouve qu'un seul mec à mon goût parmi eux. J.-P. s'amuse des scènes burlesques, je suis surpris de ne pas m'ennuyer.



Photo: "There will be blood"

12/04/2008

12/04/08 - 03:11

Thierry de Peretti et moi

Je lis un message à mon intention : «Vu le "Hamlet etc..." de Koltès, euh pardon, de Peretti, au Garonne... Indigence affligeante, le frangin de Koltès s'en fout plein les fouilles avec les brouillons de son grand frère... C'est comme si toi, moi, ou d'autres, donnaient à entendre leur belles rédac de 3ème... J'aime sans doute trop Koltès, mais ce texte, et cette mise en scène digne des premiers balbutiements d'un couillon prétentieusement voué à la scène, me laissent abasourdi, ébaubi, méchamment étourdi... Si jamais c'est dans ton agenda, évite!».
Un projecteur s'écrase bruyamment à l'avant scène au début du "Jour des meurtres dans l'histoire d'Hamlet", je réagis à peine malgré la proximité et le bruit sourd provoqué par l'incident. Un acteur sursaute aussitôt et se vautre à terre au pied de ce cadavre de métal, je ne suis dupe à aucun moment. Pascal Tagnati en Hamlet se déshabille entièrement, la pure blancheur de son corps m'hypnotise. La mise en scène du texte de Bernard-Marie Koltès par Thierry de Peretti ne cesse de me surprendre, je m'emballe devant la performance de Pascal Tagnati. Les personnages ouvrent les portes du théâtre Garonne, je suis éberlué de voir le plateau déboucher ainsi sur la rue où un passant tourne la tête au loin. M. est très enthousiaste, je ne me souviens pas l'avoir déjà vu dans un tel état à la fin d'un spectacle.



"Le Jour des meurtres dans ..." © Pierre Grosbois

05/04/2008

05/04/08 - 02:26

Agathe Mélinand et moi

J'admire les effets spéciaux mis en scène par Laurent Pelly dans "les Aventures d'Alice au pays des merveilles", Christiane Millet porte seule le texte de Lewis Carroll dans le petit théâtre du TNT. L'adaptation d'Agathe Mélinand n'adopte aucun point de vue, je m'endors peu à peu devant cette copie approximative du film de Walt Disney. Les adolescents et les enfants ont l'air ravis de leur soirée au théâtre, je ne comprends pas l'intérêt de cette proposition. Agathe Mélinand proclame dans le programme que ce «spectacle n'est pas jeune public», je suis persuadé du contraire en quittant les lieux. J'ai l'impression de m'être fait arnaqué par une telle affirmation destinée à remplir la salle, J.-P. ramasse des cartes à jouer tombées en pluie à l'avant-scène au milieu des gamins.
"La Sorcellerie à travers les âges" ouvre le dixième festival Extrême Cinéma à la Cinémathèque de Toulouse, je revois avec intérêt le film hybride de Benjamin Christensen accompagné par un mix de GDZ. J.-P. s'agite près de moi, je trouve la musique électro un peu envahissante. M. rapplique pour le cocktail après la projection, j'ingurgite des babas au rhum, des éclairs au chocolat, des macarons, des cannelés, et beaucoup de petits gâteaux à la crème. Je fais une halte au Bear's avec J.-P., je bois un Coca Cola et j'ai envie de gerber.



"Les Aventures d'Alice au pays des merveilles" © Guy Delahaye

04/04/2008

04/04/08 - 00:44

Didier Carette et moi (8)

Régis Goudot m'arrête dans le hall du théâtre Sorano, j'ai appris la veille son remplacement dans la distribution de "La Cerisaie" en raison du plâtre qui immobilise son pied. Je savoure enfin la présence de Didier Carette sur scène, une foule de comédiens s'agite autour de lui. Il balance deux ou trois anachronismes, je me demande quel rôle il tenait dans cette pièce quinze ans plus tôt aux côtés de Marie-Christine Barrault sur la même scène. Il me fait rire, je suis très déçu par le reste de la distribution. Je finis par m'ennuyer, Cécile Brochard ne cesse de faire du bruit en extirpant de leur emballage les bonbons qu'elle ingurgite frénétiquement près de moi. Des tableaux de pure mise en scène me réveillent entre chaque acte, je prends alors un vrai plaisir à retrouver ce dont je raffole chez Carette. Les comédiens reviennent au texte de Tchekhov, je suis de nouveau accablé par l'ennui. Georges Gaillard apparaît seul dans la dernière scène, je suis frustré de ne pas avoir eu le loisir de l'apprécier plus longtemps. J'évite de croiser Didier Carette après le spectacle, il est heureusement fort sollicité en ce soir de première.
La salle du Théâtre du Pavé est bondée, je lis le texte d'introduction d'"Andromaque" déroulé à la manière du générique de "Star wars" sur le rideau de scène. La mise en scène de Francis Azéma installe un climat de science-fiction, le décor et les costumes me laissent perplexe. Jean-Baptiste Azéma est fringué comme s'il posait pour Pierre & Gilles, je suis séduit par son interprétation fragile d'Oreste. Il s'approche très près de son meilleur ami Pylade joué par Grégory Bourrut, je m'amuse de l'ambiguïté de leur étreinte. Corinne Mariotto incarne Andromaque, je suis comme d'habitude ému par son travail d'une belle justesse. Je croise Coraline Lamaison au bar, elle me raconte qu'elle n'était pas de la distribution dans la mise en scène de la pièce par Claude Bardouil en 1999. J'apprends qu'elle interprétait Andromaque dans une scène du "Bal des anges", une création collective antérieure de la compagnie Parlez-moi d'amour.



Photo: Didier Carette dans "La Cerisaie"

30/03/2008

30/03/08 - 08:49

Pippo Delbono et moi (3)

Je tombe sur Claude Bardouil dans le hall du TNT, il s'apprête à assister une seconde fois au spectacle de Pippo Delbono. Je lui rappelle qu'il n'avait pas aimé "Urlo" vu précédemment dans la même salle. Je l'écoute justifier son enthousiasme, il avoue son admiration devant la mise à nu radicale du metteur en scène dans cette dernière création. Les corps mutilés ou sacrifiés par la maladie et la mort ouvrent "Cette obscurité féroce", j'examine le corps musclé quasiment dénudé de Pepe Robledo. Le défilé infini des créatures majestueuses m'émerveille, je suis toujours impressionné par l'aisance naturelle avec laquelle Bobo évolue sur le plateau. Le metteur en scène ménage ses effets dans un décor d'une blancheur nue, je ne suis pas submergé par l'émotion comme trois ans plus tôt dans "Urlo". Il termine par une performance en solo, je trouve sa démarche courageuse.
Pippo Delbono parle de son enfance aux spectateurs de la grande salle du TNT encore baignée de lumière, je me demande si je vais réussir à m'intéresser à cet exercice pendant une heure et demie. "Récits de juin" se poursuit avec le récit de la mort de son premier amour, je suis saisi par cette histoire que je connais pourtant déjà pour l'avoir lu dans la presse. Il enchaîne avec un extrait du "Temps des assassins" relatant ce drame, je revois avec plaisir ce moment d'infime délicatesse. Il revient en détails sur son cheminement dans les rues de Gênes juste après l'annonce de sa séropositivité, je chancelle à cet instant sur mon siège comme si j'étais au bord d'un précipice. Pippo poursuit son récit avec beaucoup d'humour, je suis attentif à d'autres extraits de créations antérieures qui me sont inconnues. Il s'attarde sur la personnalité de Bobo, je suis très ému quand ce dernier vient saluer l'audience avec lui. Après le spectacle, je croise Cécile Brochard dans le hall du théâtre avec son homme. Je suis curieux de connaître leur avis sur "Alice au pays des merveilles" à l'affiche de la petite salle dans la mise en scène de Laurent Pelly, il dit s'y être ennuyé.



"Cette obscurité féroce" © Gianluigi di Napoli

24/03/2008

24/03/08 - 15:14

Manuela Agnesini et moi

Le petit atelier du théâtre Garonne baigne dans la pénombre, j'entends Manuela Agnesini lire des extraits du "Carnet de bal d'une courtisane" de Grisélidis Réal. L'auteur énonce la liste des prestations sexuelles prodiguées à chaque client accompagnées du montant en francs perçu en échange, je suis intrigué par cet exercice de style. Ce texte me rappelle le carnet sur lequel je dressais la liste de mes contacts sexuels péchés sur les réseaux téléphoniques, pour éviter de tomber plusieurs fois sur un plan cul foireux. Quatre écrans vidéo déroulent des images de Jane Fonda ou Cindy Crawford en plein exercice de gymnastique, je regarde le mammouth juché sur une petite locomotive avançant lentement sur les rails autour de l'installation. D'autres animaux en peluche sont disposés ça et là, je distingue peu à peu la silhouette de Manuela Agnesini qui se redresse derrière une imposante perruque. "Au commencement était la chair…" se poursuit avec les images interminables d'une caméra s'enfonçant dans un vagin, la diction trop lente de l'artiste m'empêche de saisir le texte philosophique lu. L'image blanche renvoyée par les écrans vidéo se tâche lentement de rouge, je sors de la salle un peu soulagé par la fin de cette installation chorégraphique un poil trop longue. Manuela Agnesini me raconte comment elle a filmé l'intérieur de son sexe, je m'amuse de l'entendre annoncer la venue de sa gynécologue lors de la représentation du lendemain.
Les quatre interprètes de "Quatorze" sont quasiment nus dans la pénombre du studio du CDC, la chorégraphie de David Wampach me divertit follement. La fête s'installe après ce dernier spectacle en clôture du festival C'est de la danse contemporaine, j'y croise Coraline Lamaison avec Claude Bardouil. Ce dernier me détaille son emballement pour l'installation de Manuela Agnesini, j'évoque l'insolite et saugrenu "About you" de Sylvain Prunenec vu la veille à l'église Saint-Pierre-des-Cuisines. Christophe Bergon mange beaucoup de fromage, je lui explique les raisons pour lesquelles "D'un jour à l'autre" de Patricia Ferrara est le seul spectacle qui m'a déplu dans la programmation du festival. David Wampach danse avec ses béquilles et son pied dans le plâtre, je m'empiffre de bonbons. M. exhibe des signes de fatigue, je quitte les lieux avec lui avant le début du karaoké. Je retrouve Lola sortant du Beaucoup, nous prenons avec J.-P. le chemin du Grand Cirque où l'ambiance se révèle détestable.



Photo: "Quatorze"

17/03/2008

17/03/08 - 17:47

Merce Cunningham et moi

J'ai n'ai aucun papier sur moi pour emprunter un ipod dans le hall du TNT, B. y dépose son permis de conduire et me confie l'objet obtenu en échange. La musique de John Cage est interprétée live par Joan La Barbara pendant "XOVER", les cris de mouette dépressive qu'elle pousse perturbent ma perception de la chorégraphie de Merce Cunningham. Ktoo s'installe près de moi après l'entracte, je mets en route mon ipod pour apprécier "eyeSpace". Je finis par en régler le son au minimum pour me concentrer sur la chorégraphie, la création sonore restituant pour la scène un environnement de transports en commun en devient plus perceptible. Les gazouillis des ipod raisonnent comme des cigales dans la grande salle du TNT, je ne suis pas davantage convaincu par la chorégraphie de Cunningham. Je restitue le gadget à B. pendant le second entracte, elle affiche une certaine déception après les deux pièces présentées. J'en profite pour étaler mon profond ennui ressenti lors du " Roi Lear" vu la semaine précédente dans la même salle dans une mise en scène de Jean-François Sivadier. Le programme s'achève avec "Sounddance", cette pièce de 1975 me bluffe finalement. J'échange mes impressions après la représentation autour d'un verre et quelques sucreries, je note que mon avis est largement partagé.
R. m'entraîne à la Halle aux Grains où les Victoires de la musique classique sont retransmises en direct sur France 3, je vois pour la première fois Tugan Sokhiev diriger l'Orchestre national du Capitole de Toulouse. La salle est éclairée sous un jour splendide encore inédit à mes yeux, j'observe attentivement le hors champs de l'émission de télévision. Jean-François Zygel décrypte l'écriture du "Boléro" de Ravel avec les musiciens de l'orchestre, je me réjouis de cette leçon de musique fort pédagogique. Les Sacqueboutiers prennent place, les instruments de cet ensemble de cuivres anciens de Toulouse attisent ma curiosité et leur musique m'enchante.



Photo: "eyeSpace"

 

VU

La Nouvelle star, 28 mai 2008 : Ycare chante
Déshabillez-moi

La Nouvelle star, 21 mai 2008 : Ycare chante
Bang Bang

La Nouvelle star, 15 mai 2008 : Ycare chante
Je suis un homme

La Nouvelle star, 7 mai 2008 : Amandine chante
Bad Girls

La Nouvelle star, 30 avril 2008 : Thomas chante
Come undone

La Nouvelle star, 16 avril 2008 : Ycare chante
It's so quiet

La Nouvelle star, 2 avril 2008 : Ycare chante
Le Chanteur

ENTENDU

"Ca me dit l'après-midi", Alfredo Arias. Par Frédéric Mitterrand, France Culture, mercredi 23 juillet 2008. (120 mn)

LU

Jarman en son jardin

Intégrale. Au Magic Cinéma de Bobigny, tous les films d’un cinéaste outrageant qui a filmé à l’anglaise

Par Gérard Lefort

Sur le tard de sa vie, alors qu’il se savait déjà condamné à mort par le sida qui l’embarqua le 19 février 1994, Derek Jarman, réalisateur de cinéma, vidéaste, scénariste, peintre, homme de théâtre, écrivain, acteur, costumier et plasticien britannique, né le 31 janvier 1942 à Northwood (Middlesex !), consacra beaucoup de son activité à l’entretien d’un jardin, son jardin, autour d’un cottage de pêcheur du sud de l’Angleterre qu’il avait acheté en 1986 lors d’une chasse aux jacinthes des bois en compagnie de Tilda Swinton, son actrice, amie et égérie. Ce jardinage fut son œuvre ultime et a donné lieu à un livre, un garden book, intitulé Un dernier jardin (1). Des photographies de Howard Sooley accompagnent les textes. Ce qu’on y découvre n’a pas grand-chose à voir avec ce qu’on appelle depuis le XVIIIe siècle un jardin «à l’anglaise». Certes, la nature y est civilisée à la façon d’un faux chaos. Mais le cottage de Jarman n’a rien d’un manoir et tout d’un cabanon en planches goudronnées. Et le jardin qui l’entoure a pris racine dans un environnement pour beaucoup infernal : immense étendue de galets et de végétations étiques, le long de la mer, face à la centrale nucléaire de Dungeness, dans le Kent.
Ange moqueur.
Comme un humour, le cottage de Jarman s’appelle Prospect Cottage. Cette maison et son jardin sont cependant un paradis. Le paradis, qui vient d’un mot d’ancien persan signifiant «un endroit verdoyant», hante tous les jardins, mais seuls certains y parviennent. Celui de Michael Derek Elworthy Jarman est un vrai paradis. Touffu, bordélique, bricolage de plantes autochtones (santoline, giroflées, aubépines) et d’essences rares, un vrai parterre d’arlequin, brodé de trésors décoratifs récupérés : galets glanés sur la grève, crocs de marinier rouillé, vieux outils qui font de nouvelles sculptures, madriers, bois flottés et autres fortunes de mer reconvertis en tuteur, poteau, treillage. Se promener aujourd’hui dans les films de Derek Jarman, c’est comme baguenauder en son jardin : à la fois Eden perdu et Gethsémani retrouvé, ce jardin des oliviers où Jésus se recueillit au milieu de ses disciples endormis avant son arrestation et sa Passion. On y marche en faisant attention, on s’arrête devant les plates-bandes d’une trentaine de films (courts et longs métrages), intrigué, médusé, alarmé parfois, embaumé et ravi tout le temps. C’est le paradis d’un ange moqueur, avec vue sur l’apocalypse.
De prime abord le visage de ses films est tellement changeant que l’on peine à singulariser leur originalité : quel est le lien, de l’expérimental des premiers courts métrages (début des années 70) au relatif classicisme de Wittgenstein (1993), biographie érotico-rococo de l’auteur du Tractatus, en passant par diverses pubs et vidéos clips pour Marianne Faithfull, The Smiths, les Pet Shop Boys, Patti Smith ? Comme toujours dans une œuvre d’art, la cohérence est diagonale et le lien, aberrant. Un de ses premiers court métrage (1974), tourné en super 8, se nomme In the Shadow of the Sun. C’est en effet, au sens musical, une suite d’ombres et de lumières. De même pour son élégie à Karen Blixen (Stolen Apples for Karen Blixen, 1972), où le vol des pommes se fond dans un portrait photographique de la baronne.
Le cinéma de Jarman ne dira jamais autre chose : un art de la superposition, de la solarisation, de la surexposition, et, plus précisément, de l’anamorphose, qui n’a rien à voir avec le collage et tout à faire avec la coexistence. C’est ça le cinéma, ou c’est ce qu’il aurait pu devenir, loin des scénarios manucurés et des images ratissées. De fait, à regarder le ciné-Jarman on songe souvent aux splendeurs du muet, au cinéma primitif, à celui de Méliès. Et à le voir parfois jouant en personne dans ses films, à Keaton : des mines de triste sire qui font rire, des facéties qui ne sont pas que comiques. Jarman, qui fut élève de la Slade School of Art au début des années 60, a beaucoup emprunté à la peinture. Constable sûrement, étant donné son obsession des paysages anglais, fussent-ils urbains, et par-dessus tout le Caravage, auquel il finit en 1986 par consacrer tout un film. Au début de The Last of England (1987), une saynète peut servir de passe-partout : on y voit un jeune skinhead s’acharner à coup de tatanes sur une reproduction du Bacchus du Caravage. Avant de se vautrer dessus pour s’y branler. Ce qui permet d’en découdre avec deux étiquettes collantes : Derek le pédé, Jarman l’iconoclaste.
Punk.
Certes, Jarman est né au cinéma et a une relative célébrité avec la vague punk qui, au milieu des années 70, submerge la Grande-Bretagne. Certes, son premier long métrage (1975) Sebastiane (unique film de l’histoire du cinéma entièrement parlé en latin) fut considéré comme un manifeste homo-érotique frondeur, rejoignant le Pink Narcissus d’Anonymous. Certes, il n’est pas rien que, dans Jubilee, on entende une lesbienne camionneuse hurler sa version très particulière du Rule, Britannia. Et ainsi de suite pour The Garden (1990), où la vie de Jésus est rapportée à une histoire d’homosexualité transcendée, jusqu’à Wittgenstein (1993), où Jarman, considérant que les anecdotes de la vie valent les aphorismes de la pensée, insiste sur la folle biographie du philosophe qui, il est vrai, lorsqu’il fut invité aux États-Unis par l’université de Berkeley, demanda s’il pouvait rencontrer son héroïne : Carmen Miranda.
Sur tous ces points, Jarman qui fut bien une (drag) queen du queer, frappa dur et sec et on chercherait aujourd’hui un cinéma outrageous qui lui ressemble. Mais ce serait le rater que de le parquer dans ces réductions de lui-même. Ne serait-ce que sur la question de l’homosexualité qui, dans son cinéma, est tout sauf une réponse. Comme Fassbinder, Jarman a toujours considéré que les rapports de classes sont plus forts que les rapports sexuels. Et que la politisation de l’homosexualité, la fameuse «révolution homosexuelle», emporte avec elle le risque de sa propre répression. Voir, ces derniers temps, les dérives sectaires du communautarisme gay, ou, tout ça pour ça, le droit conservateur à se marier, fonder une famille et avoir des enfants, auquel répond une image récurrente dans les films de Jarman : un landau en flammes.
Rêves.
Ça fait du bien de cracher sur un portrait de la Reine ou de Sarkozy quand il prétend être roi, il est nécessaire de défendre les opprimés, mais l’insurrection chez Jarman est d’une nature autrement irréductible. Ses films sont comme des tableaux de son Caravage chéri : tous les souvenirs qu’ils permettent, tous les rêves qu’ils attisent et les raisons de se révolter. On entend le rire d’une femme, on se rappelle de celui de Nico dans La Dolce Vita. Tilda Swinton se lance dans une danse des sept voiles, c’est Isadora Duncan qui revient. On voit un jeune homme fusillé à répétition, c’est Lorca qu’on assassine. Et puis tous ces expulsés, émigrants, sans-papiers, clandestins, bombardés, qui sont les âmes errantes et déportées, éclairées à la torche, filmées au bazooka dans The Last of England, film du XXe siècle qui vaut pour aujourd’hui.
Le cinéma de Jarman est comme une fiole de poppers sous nos narines endormies. A respirer à fond, avec les effets afférents dénombrés par l’impeccable Tilda Swinton : «Le foutoir, l’argot, la musique de Simon Fisher Turner, les vrais visages, l’intellectualisme, la mauvaise humeur, la bonne humeur, l’insolence, les normes, l’anarchie, le romantisme, le classicisme, l’optimisme, l’activisme, la jubilation, l’orgueil, la résistance, l’esprit, la lutte, les couleurs, la grâce, la passion, la beauté.»

Festival Théâtres au cinéma, au Magic Cinéma de Bobigny, du 28 mars au 13 avril. Rens. : 01 41 60 12 36 ou www.magic-cinéma.fr

(1) Ed. Thames et Hudson, 1996, 144 pp., 22,50 €.

Libération, mercredi 26 mars 2008