"... si vous la rencontrez, bizarrement parée, traînant dans le ruisseau un talon déchaussé et la tête et l'oeil bas comme un pigeon blessé, messieurs, ne crachez pas de jurons ni d'ordures au visage fardé de cette pauvre impure que déesse famine a par un soir d'hiver contraint à relever ses jupons en plein air. Cette bohème là, c'est mon bien! ma richesse, ma perle, mon bijou.. ma reine... ma duchesse..."

J'écoute : le vent
Je regarde : le vent et ses effets
Je lis : des images
Je joue : comme un chat
Je mange : les pulpes et les intérieurs
Je bois : de tendres mélanges
Je cite : mes amis, même ceux que je ne connais pas, en vrai...
Je pense : à ceux qui m'aident à vivre
Je rêve : de mieux les accompagner
(mis à jour mercredi 29 novembre 2006 à 15:10)

06/09/2008

06/09/08 - 21:34

Aller-retour.


Je suis au bureau. Le téléphone sonne. C'est la voix d'une jeune fille ; elle est gênée de me contacter mais me dit qu'elle travaille pour une communauté de communes qui cherche à recruter quelqu'un et me demande si je connais un certain M. X. Je le connais, oui, je travaille avec lui sur un dossier, en effet. Je suis un peu gêné à mon tour ; je me vois mal dire du mal de quelqu'un qui cherche à obtenir un poste et qui, je le sais, travaille dans une ambiance assez difficile dans sa collectivité. Alors je dis qu'il travaille bien, qu'il est intéressant, qu'en tant que partenaire, je n'ai nullement à me plaindre de sa capacité d'écoute et que ses analyses sont souvent pertinentes. Peut-être est-il juste un peu bouillonnant parfois (j'invente ça pour ne pas non plus dresser un tableau idyllique auquel elle ne croirait sûrement pas...). Puis, à une inflexion progressive de sa voix, je sens bien qu'il se passe quelque chose à l'autre bout du fil. J'entends une autre voix dans la pièce, masculine, elle finit par dire: "Euh... Attendez... Euh... Oh... Merci, merci beaucoup... Je..." Puis elle tente de reprendre la conversation mais n'y parvient pas, s'excuse, bégaie un peu. Elle est ailleurs, absolument ailleurs. Au bout d'un moment, je lui dis (et je me rends compte en le disant du caractère un peu inapproprié de ma phrase, bien sûr) que je suis désolé de la déranger. Et elle finit par me dire: "C'est qu'on vient de m'apporter des fleurs. Je m'en vais ce soir, je quitte cette communauté de communes, alors voilà..." Elle rit mais on dirait qu'elle pleure.

Il y a quand même parfois de jolis raccourcis dans l'existence, non?

04/09/2008

04/09/08 - 13:47

Une joie simple.

Je courais là, retrouvant mes habitudes d’avant l’été.
Il faisait beau et le lac miroitait, et même si tout autour des nuages noirs en enfonçaient les bords, les collines boisées ruisselaient de lumière. Le vent se levait par vagues de plus en plus fortes mais me laissait, dans les moments d’accalmie, au milieu d’un silence épais et magique que mes mouvements déchiraient au passage. J’avais un peu le sentiment de pénétrer une matière noble et d’être prêt de m’y mêler totalement.
Au bout de quelques kilomètres de course, je parvins à l’endroit où le chemin, qui suit les rives du lac, longe aussi un bouquet de peupliers et de saules.
Alors que j’entrais dans leur ombre clignotante, une rafale vint agiter le feuillage des saules, faisant tourner le ventre des feuilles. C’était soudain comme une pluie d’argent, tendre et forte aussi, et que je sentais prémonitoire. Je regardais, ébahi, cette ondée qui me couvrait de douceur.
A ma droite, un héron, au vol dolent, flèche amollie dans le ciel lourd, traça un long trait gris-bleuté au-dessus de moi. Puis, tandis que je sortais du couvert du saule, le vent, comme s’il s’engouffrait à l’ouverture d’une porte, me fouetta de nouveau, jusqu’à me déporter un peu.
Alors, en quelques instants, je vis que le lac, juste devant moi, se soulevait d’une masse violette piquetée comme un papier d’argent passé. Et cette masse, trop lourde pour s'élever plus haut, épuisée par sa propre fureur, se disloquait aussitôt et s'abattait au sol et sur moi : c’était la pluie.
Je ne pus m’empêcher de sourire. Et de laisser l'eau tenter de me dissoudre pendant que je courais...

01/09/2008

01/09/08 - 10:58

Une toute petite bonne femme. (Richard Avedon à la Galerie du Jeu de Paume, jusqu’au 28 septembre.)

Elle est toute vieille et toute fripée. Engoncée dans une veste surchargée qui semble immense pour elle, elle apparait, minuscule, accrochée dans son tout petit cadre blanc à hauteur d'yeux sur un des piliers de cette salle consacrée à d'immenses portraits, à des visages dix fois plus grands que le sien, et qui devraient la submerger.

Mais non, ici, je ne vois, presque, qu'elle.

Elle apparaît de plein pied. Ses bottines semblent la gêner alors elle sautille et, relevant ou retenant, on se sait trop bien, sa jupe au tissu gris épais, dans cet élan saisi par Richard Avedon, on dirait que son geste, mi taquin, mi pudique, est celui d’une fille coquette qui montre qu’elle sait encore lever la jambe. Dans ce mouvement, ses épaules sont encore plus rentrés que d’habitude ; sa tête s’y enfonce littéralement, s’y noie. Et alors, au milieu de ce corps qui enferme certainement quelqu’un d’autre, on ne voit plus que ce visage tailladé, buriné, massacré par le temps et les diverses passions, et où se lit, au-dessus de tout, l’air profondément coquin d’une très jeune fille, souriante et espiègle, pétillante et effrontée, qui n'est jamais morte en elle. Et d'être confronté à ce spectacle prodigieux, l’on n’en revient pas.

C'est parce qu'au fond, il s'agit ici de la photographie d'une très vieille petite fille. Et son nom, c’est Marguerite Duras.

28/08/2008

28/08/08 - 14:41

Les petites gourmandes.

J'avançais tranquillement vers la boulangerie-pâtisserie de la rue de la cathédrale. A cette heure où l'on sort du bureau l'air léger, se laissant prendre aux mailles encore tièdes du soleil et où les bruits de la ville du mois d'août sont atténués et rendus particulièrement doux.

Deux petites vieilles, à l'embonpoint généreux, discutaillaient devant la vitrine en se montrant du doigt les gâteaux et les pâtisseries. C'était l'effervescence. Leurs gestes étaient gourmands et elles allaient et venaient en boitant, léchant vraiment la grande surface vitrée qui les séparaient des mille-feuilles et des tartelettes, indécises.

J'hésitai à mon tour avant d'entrer, voulant bien les laisser pénétrer le lieu avant moi, un peu curieux de ce qu'elles prendraient, je l'avoue. Mais elles discutaient encore, revenant clopin-clopant sur leurs premières amours et ne se décidant pas à choisir. Alors j'entrai pour acheter ma "baguette paysanne aux grains", entendant malgré tout quelques bribes de leur conversation à côté de la porte.

- Oh ben j'te dis qu'on va s'en prendre un chacun, au moins.
- Ah bon? tu crois?...
- Oh ben écoute, faut c'qui faut, c'est qu'ç'a l'air bon, tout ça.
- Ben oui, lequel que tu veux, toi?
- C'ui là, l'a l'air ben bon. Et toi, là, regarde donc c'ui-ci.
- ...
- On va s'en prendre d'autres, j'te dis, voilà.
- Oh tu crois ?

Et pendant que je rangeais ma monnaie et que je m'attardais exprès, elles rentrèrent et engagèrent l'échange avec la forcément avenante boulangère.

- Et bonjouuuurrr. Qu'eeeest-ce qu'iiiil vous faudraaaaaaa?...
- Oh ben, on voudrait trois gâteaux, voilà.
- Et lesqueeeels s'iiil vous pléééééééééééééé?
- Oh ben c'est que j'sais pas trop bien. Qu'est-ce que c'est-y qu'vous avez donc?
- Aaaaaaaaaaalors, [à la mitraillette] j'ai des tartelettes aux fraises et aux framboises, il me reste encore une tartelette au citron meringuée, j'ai des mille-feuilles, des opéras, des flans, des aumônières, des...

Et à chaque nouveau gâteau énoncé, la mamie faisait un grand geste d'acquiescement, jetait parfois un clin d'œil appuyé à sa commère et, à mon avis, avait déjà décidé de prendre plus de trois gâteaux. Ravi, je sortais le sourire aux lèvres.

J'avais envie de chanter.

La la laaaaa...

26/08/2008

26/08/08 - 18:17

Oshpitizim…Oswiecim…Auschwitz…


Après la pluie froide et forte d’hier, je regarde un peu surpris par la fenêtre du minibus le temps clair et cristallin qui recouvre aujourd’hui, et les inonde, la campagne mitée par les lotissements, les champs où le paysan fait, plié en deux, les foins à la serpe et range en biais ces petits tas jaunes de paille humide, la longue vallée de la Vistule qui s’étire comme un chat et les zones industrielles innombrables et tellement tristes de la petite Silésie, images répétitives d’une histoire en cours qui n’arrive pourtant pas à prendre consistance en moi. J’ai un nœud à l’estomac et je ne m’en défais pas. Nous nous rendons ce matin dans cette ville aux trois noms dont le troisième est resté pour toujours le signe de l’horreur, à tel point que je n’arrive pas à me faire à l’idée que c’est encore, et malgré tout, une ville, je veux dire : un endroit où des gens vivent, où des gens peuvent vivre.

Pourquoi m’attendais-je à ce point à pénétrer un ciel sombre et froid, à glisser dans les ornières et la boue de chemins creux, à remonter le col de ma veste en frissonnant ? Il fait si beau. Aujourd’hui, le soleil est partout. Des oiseaux glissent en cascades le long des peupliers frémissants ; les blocs de briques rougeâtres se démultiplient, propres et nets et entourés d’aires engazonnées ; les cailloux des allées crissent tranquillement sous les pas de nous tous. Et en moi, pourtant, une chape de plomb s’est glissée, qui m’empêche de ne voir en tout cela que ce présent qui suinte de partout. Je n’arrive pas à être seulement « ici ». Il y a trop de fantômes. Je rentre dans un bloc, suis l’alignement effroyable des portraits et des dates et des noms. Je m’arrête sur un Lucien, sur une Rebecca, etc. Et je passe. Les noms à demi effacés, réécrits trois ou quatre fois sur ceux d’anciens propriétaires, sur les étiquettes des valises amoncelées derrière une vitrine me font penser aux palimpsestes de la mort et me transpercent de toute cette absence, pourtant si lointaine déjà. Me transperce d’effroi peut-être plus encore l’image de cette femme qui se fait photographier tout sourire devant une autre vitrine comme on le ferait devant une Tour Eiffel. Je fuis. Je longe les tas de cheveux, les tas de chaussures, les je-ne-sais-plus-quoi-qui-font-la-vie-l’ont-toujours-faite-et-continuent-de-la-faire, laissant mon âme flotter derrière moi, caresser comme une main le ferait au passage, presque en rêve, les milliers de cris et de plaintes et de pleurs, et les regards, et les mains, tous les regards, les longues mains tendues, tous les si beaux regards…

Je sors et je respire, cherchant un soutien dans la beauté renversante de la nature et n’y parvenant point. Alors je fais ce que je peux. Hébété, ahuri. Et continue de marcher au milieu de tout ça.

25/08/2008

25/08/08 - 17:10

De retour.


La brume ne se levait pas vraiment mais se distendait parfois. Bercé par le crépitement des bûches dans le poêle, je regardais depuis la fenêtre de la bergerie le va-et-vient de ces nuages le long de la vallée, laissant apparaître, par vagues, le profil d’un grand hêtre fantomatique avant de l’engloutir de nouveau, et s’éparpillant en prairies fleuries au passage. Puis, je retournais m’installer près de lui, pour lire. Le temps, et donc la journée ainsi que nos vies, n’avaient plus de formes. Je n’aurais pas été étonné d’apprendre soudain qu’il faisait nuit ou que nous avions changé de mois.

Plus tard pourtant (car le temps était en fait encore bien là), le ciel a semblé crever et le jour est entré dans notre pièce chauffée. Nous voulions nous dégourdir un peu et nous avons décidé de monter jusqu’au col. L’air était doux. Les feuilles des framboisiers, tremblant dans le vent qui dégringolait, montraient par saccades leur ventre blanchi et alors, devant nous, l’on aurait cru des naissances de petits papillons. C’était une sensation étrange que de se retrouver en train de marcher là-dedans, tout à coup, encore un peu endormis, de buter contre les pierres humides et roulantes, de frôler les touffes de serpolet et de benjoin en faisant aussitôt se lever la sauvagerie de leurs effluves.

Nous ne parlions pas, nous montions et nos souffles se croisaient.

Petit à petit, du fond de la vallée où était restée tapie la nappe épaisse du brouillard, se mettant doucement à gonfler pour finir par déborder de son lit du moment, les nuages sont remontés jusqu’à nous, et cela à une vitesse prodigieuse. Ils nous ont avalés, nous laissant dans un monde blanc. Alors, nous avons continué de monter dans cette atmosphère tiède et toute de myriades de bulles de coton mouillé, ne sachant pas bien vers quoi nous allions, n’apercevant rien du groupe des granges en-dessous de nous, devinant parfois seulement le vacarme à demi effacé des cascades au loin.

Arrivés au col, le vent s’engouffrait et changeait de vallée. Dans cet embouteillage de molécules soulevées, la tiédeur ressentie juste en bas n’était plus qu’un souvenir et nous sommes partis nous cacher un peu, en contrebas, derrière les pierres maçonnées du refuge. Je savais que devant nous s’étendait une des plus belles vues qui soient, l’enchaînement fabuleux des trois cirques de Troumousse, d’Estaubé et de Gavarnie, et je souriais comme un gamin de la savoir si bien cachée, de m’en sentir si près, je dirais même : tellement « au-dedans », et de n’en pourtant pouvoir rien voir, seulement le deviner. Ou essayer de le sentir.

Et tandis que je racontais à voix haute ce que je savais être au-delà de tout ce blanc magnifique, il nous a semblé peu à peu que dans la masse unie qui nous noyait pointait quelque part la forme et la couleur d’un pâturage lointain, puis ceux d’un pan compliqué de rochers éboulés, et encore autre chose... En quelques instants, c’étaient les trois cirques qui se déployaient devant nous, dans un souffle. Leurs silhouettes noires se découpaient au couteau dans le ciel en mouvement, violentes et crues. Leurs bords étaient parfois frangés des chutes de neige de la nuit dernière et dans une clarté qui faisait presque mal aux dents, je me rendais compte que les Pyrénées se couchaient à nos pieds.

02/08/2008

02/08/08 - 19:17

Et après, ce sera ça...




... ah la la...

31/07/2008

31/07/08 - 16:22

Bientôt...




... très bientôt.

31/07/08 - 10:43

Le regard.

Suite à la sollicitation, parvenue jusqu'à moi du fond des limbes, de feue Cagola2000, je vais essayer de parler de la scène du regard entre les deux femmes, dans les Citronniers.

Dans mon article précédent, je parlais de celle du baiser, qui m'avait littéralement coupé le souffle. Je ne voulais pas réduire le film à cette seule scène. Mais comment ne pas en parler distinctement du reste à partir du moment où justement, le réalisateur l'a volontairement découpée pour la faire surgir, telle une bulle encore merveilleuse dans un monde qui s'écroule, au-delà de tout?

La scène du regard entre les deux femmes (la Palestinienne qui se bat pour sauver le verger de citronniers qu'elle a hérité de son père, pour dépasser les préjugés de sa société et l'Israëlienne, épouse d'un tout nouveau ministre de la défense, qui tente de son côté de rester elle-même au milieu de ce fatras insensé de raisons d'Etat et de jeux de puissance) est, elle, au coeur du film. Ce n'est pas une respiration, ce n'est pas une échappée, contrairement au baiser si joliment surexposé, c'est tout le sens du film.

En effet, ces deux femmes ne se voient presque pas, elles ne s'aperçoivent que parfois, dans des scènes d'une tension incroyable. Elles tentent, toutes les deux, à leur façon, de se rapprocher l'une de l'autre. Mais n'y arrivent pas vraiment. Toujours quelque chose au-dessus d'elles les en empêche et les contraint de rester séparées et muettes.

On sent pourtant que ce regard est plus fort que tout. Et qu'il surnage au milieu de tout ça. Il apparaît, ébauché, à quelques reprises, depuis la vitre voilée d'une fenêtre, derrière les barbelés d'une clôture, entre les branches d'un citronnier surchargé de fruits qui pourrissent peu à peu... Il se tend. Puis s'écroule. Pour se tendre encore.

Jusqu'à cette scène fabuleuse qui se déroule dans une des salles de la Cour Suprême à Jérusalem. Salma, la Palestinienne, s'est fardée pour venir, malgré les injonctions des hommes de son village qui le lui ont interdit, elle est belle, elle apparaît si forte. Mira, l'Israëlienne, est venue elle aussi pour assister à l'audience, contre l'avis de son mari, contre la raison d'Etat, fière et droite, pour enfin rencontrer sa voisine.

Et là, au milieu des journalistes, des flasches et des avocats, elles se retrouvent face à face. Et il n'y a plus qu'elles deux. Leurs deux corps tendus qui ne se touchent pas. Et leurs deux regards qui plongent l'un en l'autre. Aucun mot. Rien. Seulement deux longs, immenses, splendides regards au fond desquels tout se résout, tout se dissout.

30/07/2008

30/07/08 - 17:44

Le baiser.

Ils sont proches à se frôler. Côte à côte dans cette pièce si petite et si grise. Ils ne bougent presque plus, ne parlent presque plus.

Elle, a ce regard digne et dur des femmes qui ont souffert et sont restées longtemps seules à écouter les loups au-dehors. Elle a ôté son foulard et libéré ses cheveux noirs et fins. Ses mains, son visage, son cou ont le grain affolé des peaux griffées qui ont survécu au soleil et aux coups de la vie. Ses yeux sont deux poissons hésitants.

Lui, rayonne de toute sa beauté de presque trentenaire. Sa barbe mal taillée, ses yeux cernés par les nuits d'étude, son visage en train de commencer de vieillir... tout cela lui donne l'allure d'un demi-dieu oublié sur Terre, ou ayant décidé d'y rester. Pour elle.

Leurs visages sont face à face, dans une proximité assourdissante.
Il va parler mais elle dit simplement:
"Ne disons pas quelque chose que nous pourrions regretter".

Alors ils s'embrassent. Et le champ, lui, s'embrase d'une lumière jaune et forte de projecteur. Leurs langues se mêlent lentement. On entend leurs salives se parler. Leur surexposition est absolue.

Puis, le long baiser prend fin. Et aussitôt le projecteur s'éteint et le champ glisse à nouveau dans le gris du jour sale. Ils restent seuls tous les deux à se regarder et à savoir. Et moi, j'en ai le souffle coupé sur mon fauteuil.

C'est un des plus beaux baisers de cinéma que j'ai vus de ma vie. C'est dans Les Citronniers. Allez le voir.

25/07/2008

25/07/08 - 12:25

Oui.

Nous nous sommes enfoncés dans l'écheveau des rues entre Belleville et Ménilmontant.

Le ciel bleuissait fortement parce que la nuit venait. Cela donnait aux rues sombres couvertes de lierres un air étrange, un air de décor de théâtre.

Tandis que nos pas se suivaient, je me disais qu'avec toi, une ville comme celle-ci est une sorte de grand geste magique. Je m'en étonne à chaque fois et ce soir, avec l'impression d'arriver au bout du bout du ciel, j'avais envie de te dire que je suis heureux.

Nous sommes arrivés au bout de la rue des Envierges. Le parc dégringolait en contrebas du parapet et laissait se déployait les grands pans de murs bleutés, gris et mauvissant des immeubles de la ville. Entre eux, des monuments célèbres émergeaient comme des bulles figées. La Tour Eiffel, à l'unisson, s'est évidemment mise à scintiller à ce moment précis. C'était beau. C'était même presque trop. J'en souriais...

Nous avons continué de marcher dans les parages. Je clignais des yeux dans l'air du soir, je m'imprégnais de tout. Ta présence, je la savais partout, ici.

Et ma voix résonnait dans ma tête. Je vais dire oui. Très bientôt, je vais habiter ici avec toi.

22/07/2008

22/07/08 - 18:23

Angles de vues

Un-
J'avais ouvert en grand le volet de la fenêtre d'en haut. C'était pour laisser entrer l'air du soir, après la journée de chaleur. Il faisait encore jour, mais de ce jour qu'on sent chercher à monter encore en puissance alors qu'il flambe, se détruit de l'intérieur et va s'effondrer bientôt.
Je m'approchais lentement de la fenêtre en écoutant la musique lointaine des rues endormies de la ville. Sur le rebord, les fleurs de mes pétunias, d'un blanc presque bleuté et si proche de la pâleur d'une peau d'enfant triste, tremblaient légèrement au passage des courants de l'air. Je regardais leurs veines ; vues du dessous, le décor n'était pas le même. Et je n'avais pas besoin de m'approcher plus pour imaginer les flots miraculeux du parfum qu'elles transportaient.

Deux-
J'étais entré dans la cathédrale, par son portail lourd et noir, comme s'il s'était agi d'un passage au-delà de la pleine chaleur et de son épaisseur faite de vibrations entremêlées. La frontière entre les airs et les lumières était violente ; elle avait l'allure d'un trait coupant. Et je me demandais si j'étais encore vraiment moi, après ça.
Déambulant sur les dalles froides du choeur, j'avais fini par m'assoir et par regarder au-dessus de moi, le plafond renversé des voûtes si hautes. Mais j'avais le sentiment que c'était une façon de regarder à l'envers : un ciel vu de dessus, pourquoi pas. Tout là-haut, dans l'inaccessible de ce qui est humain, les vitraux projetaient leurs reflets d'ors rouges, bleus et violets. Et je restais là à suivre l'immense chemin lent qu'ils faisaient sans bruit, léchant les vieilles parois, voie lactée poursuivant sa route déclinante au-dessus de nous tous.

Trois-
Le jour entrait par la porte que nous avions laissée ouverte. Ce jour du matin d'été qui est déjà comme un sirop qui s'écoule. Je m'éveillais doucement dans cette épaisseur après le passage inconnu de la nuit. Retrouvant tout autour de moi les objets de la chambre comme les éléments soudains d'une mémoire qui se reconstruit, je t'avais découvert encore endormi, tout ton corps allongé près du mien.
Je n'entendais pas un bruit du dehors. Seuls ta respiration et peut-être les mouvements de tes cils emportés par un soulèvement profond de l'air, me revenaient. Ta tête était tournée vers moi. Je regardais les millions de grains changeants qui en faisaient la peau et je voyais en leur dessous, glissements furtifs, remuements et bulles noyées dans le vertige de ton corps, les chemins emmêlés de tes rêves et de ton sang.

17/07/2008

17/07/08 - 22:51

La maison de Sandra.

J'y parviens au bout de six heures de route. Certes, j'ai un peu pris mon temps, j'ai fait des détours, j'ai vu des noms sur des pancartes qui m'ont donné, comme souvent, envie d'aller y voir... Mais quand même.

Il fait nuit et je reconnais les derniers kilomètres, cette longue route droite qui monte et descend sans se laisser dévier. Et au bout d'un de ces creux, la petite route qu'il faut prendre sur la droite et qui serpente doucement jusqu'à sa maison.

Mes phares balaient par flots les haies de mûriers et de ronces, d'églantiers mille fois retaillés longeant les fossés envahis d'herbes folles. Je sens le souffle lent des grands champs de blés qui ploient sous le vent du soir, le ronronnement des bosquets tout autour, les vols froissés des chouettes et des chauves-souris. Je tourne au petit panneau qui indique "Villeneuve", sa maison, juste sa maison. Sa maison a un nom de ville et ce nom est pour elle seule. Cette idée m'a toujours plu.

Je range la voiture contre le hangar que nous avions dégagé de lierres et de ronces immenses, aux troncs comme nos bras, à force d'heures de travail, il y a quelques années. C'est en fait comme si j'amarrais mon bateau au quai désert d'une île connue de moi seul. Le silence se fait. J'ai juste le temps d'observer un peu le halo jaune des lumières à l'intérieur de la maison et de reconnaître, vaguement éclairées par la lanterne de dehors, les lourdes dalles d'ardoise qui font le chemin d'accès au seuil, la pompe à main au-dessus du puits entourée de fleurs et de lianes se courbant en tremblant, en fond de décor les masses plus sombres des arbres de l'ancien jardin... Et tu es là. Je te retrouve et te serre dans mes longs bras. Toi si frêle et si douce. Au regard qui crépite.

Cela aura été, encore une fois, un séjour de douceur et d'harmonie. Comment te le dire autrement qu'en te souriant, comme je le fais depuis tant d'années, au travers de mes mots?

17/07/08 - 17:40

On n'est pas dans la merde.

Lue dans Le Monde, cette découverte soudaine par une institution des Nations Unies de l'inégalité foncière de la croissance économique:

"Les pays les moins avancés (PMA)* bénéficient d'une forte croissance économique, mais celle-ci ne se traduit pas par une réduction de la pauvreté**. Résultat : les PMA "ne sont pas près d'atteindre l'objectif d'une réduction de moitié de l'indice de la pauvreté entre 1990 et 2015", constate le rapport annuel de la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (Cnuced) rendu public, jeudi 17 juillet, à Genève.***
En 2005, précise le document, 36 % de la population des PMA vivaient dans l'extrême pauvreté. **** "Même si l'indice de la pauvreté diminue lentement, le nombre de personnes vivant avec moins de 1 dollar ou moins de 2 dollars par jour était plus grand en 2005 qu'en 2000", ajoute la Cnuced.
La nature de la croissance explique ce paradoxe.***** "Elle ne correspond généralement pas à un processus de développement partagé",****** déplore le rapport. En clair, la Cnuced constate que, si l'intégration des PMA dans l'économie mondiale est une bonne chose,******* elle ne suffit pas pour réduire la pauvreté. Il faut également développer le marché intérieur et le réorienter "en direction d'un développement plus soutenu et solidaire". C'est là que les pays riches, qui financent les budgets de nombre de PMA, ont un rôle à jouer en assouplissant les conditions d'octroi de l'aide. Celles imposées par les institutions financières internationales "restreignent la marge d'action des gouvernements (des PMA) et ont des conséquences néfastes", conclut le rapport. "********

* A une époque moins hypocrite, on appellerait ça les Pays les Plus Pauvres (PPP).
** Scoop.
*** Un ancien rapport de l'ONU (jamais officialisé) a donné une date à laquelle on estime "raisonnable" que les PMA atteignent l'objectif faramineux de réduire leur pauvreté de moitié: cette date, c'est 2147.
**** On invente désormais une nouvelle catégorie: celle de l'extrême pauvreté. Les pauvres, banalement pauvres, peuvent s'estimer heureux: ils ne sont pas extrêmement pauvres. Youpi.
***** Tiens donc?
****** Sans blague!
******* Vous remarquerez qu'on ne nous dit pas pourquoi. C'est juste "une bonne chose". C'est tout.
******** Juste pour information, l'aide bilatérale est de plus en plus faible, les institutions financières internationales ont de plus en plus de poids et les ajustements structurels continuent vaillamment à ruiner toute possibilité d'action pour les gouvernements des PPP, euh... pardon, des PMA...

15/07/2008

15/07/08 - 09:43

Quatorze-Juillet

On approchait de Paris. L'autoroute faisait un long ruban de lumières rouges collées les unes aux autres, quatre chapelets tremblants avançant en parallèle, glissant lentement et nous emportant dans ce ballet incertain. Tu conduisais, les fenêtres étaient fermées et nous n'entendions rien du brouhaha que cela faisait forcément, dehors. Paris se dessinait tout autour, des lignes, des blocs ayant tout grignoté d'anciennes colllines, des amas d'immeubles frangés de halos jaunissants, encore des lumières, de larges bandes clignottantes et convergeant de partout vers le ventre urbain dont j'imaginais déjà la chaleur. Et puis, comme je regardais, rêveur, dans la direction de ce doux bazar, avec ton visage sérieux et concentré dans l'angle gauche de ma vue, sont apparues tout au fond, devant la Tour Eiffel éteinte et qui prenait soudain l'air d'un fantôme calcifié, froid vestige laissé là, les gerbes brillantes du feu d'artifice, les volées blanches et bleues des fusées qui éclataient, absolument silencieuses et tellement lointaines, se déployaient lentement avant de se dissoudre et de se disperser en fumées grises, et laisant pour encore un peu de temps les traces sombres et violettes de leurs passages dans ce ciel gigantesque qui couvrait tout et nous enfonçait tous inexorablement dans la nuit.

11/07/2008

11/07/08 - 21:39

Depuis ma fenêtre.

Je traversais les Alpes Mancelles.* Et venais de quitter le beau village de Saint Cénéri le Gérei par la route qui grimpe tout au-dessus. En passant, à ma gauche, j'apercevais le vallon étourdi dans le soir approchant et l'église perchée entre le rouge et le rose des grès des maisons. Le plafond des nuages menaçants, presque violets, ressemblait à une brume noire flottant par dessus la lumière persistante, et tentant de la couvrir en vain.

Puis, ce fut les longues forêts au fond desquelles la Sarthe se mouvait comme un serpent. Personne. J'étais seul. J'avais allumé mes phares, plongé sous le couvert des bois où la nuit se déployait maintenant, lente et douce, rêveuse.

Je déambulais ainsi dans les chemins, je perdais volontiers mon temps, je n'étais pas pressé.

Au bout d'un moment, la route tortueuse se raidit. Une longue côte droite se présentait devant moi. C'était comme un tunnel dans la forêt. Je regardais, pendant que je montais, les multitudes des feuilles lourdes, impassibles et le labyrinthe des branches dressées, arc-en-ciel de noirs bleutés, violacés, bruns et sanguinolents. Mais comme j'arrivais au bout de la longue route droite menant au plateau, la forêt soudain s'évanouit et je fus pris de plein fouet par le soleil qui, je l'avais oublié, ne s'était pas encore couché. Je passais de la nuit au jour, violemment, et tout était blanc. J'étais ébloui, comme après une éclipse.

Alors, la radio de ma voiture qui ne captait plus rien depuis que j'étais entré dans ces Alpes étranges, s'alluma dans le même temps. Et j'eus la surprise d'entendre ces phrases de Pelléas et Mélisande:**

Lui: J'ai cru voir de la lumière sur ton visage.
Elle: Oui, j'avais ouvert la fenêtre...

Et moi, dans ma tête, je me demandais bien qui avait ouvert la fenêtre...


* Tout près d'Alençon.
** Evidemment, je ne promets pas l'exactitude des paroles. Mais le cœur y est.

04/07/2008

04/07/08 - 11:22

Valse avec Bachir.


J’y suis allé une deuxième fois. Je suis retourné voir ce film qui m’avait tant bouleversé.

J’attendais la scène du rêve récurrent avec une sorte de plaisir insondable à l’idée que j’allais me mettre à pleurer en revoyant ces corps nus dans cette eau lourde et noire léchant les ruines de Beyrouth, en revoyant les ombres lunaires de ces soldats tellement beaux et tellement fatigués sortant de l’eau comme des fantômes, attirés, appelés par les lumières jaunes des fusées-torches au-dessus de la ville brisée, saccagée, en les revoyant s’habiller en ombres chinoises déformées puis errer dans les rues défaites d’une ancienne ville au petit matin, lumières grises, immeubles en lambeaux, avenues mortes, pleurer en revoyant ces images lentes et belles et douces et terribles recouvertes d’une musique comme étirée, n’en finissant plus, jusqu’au surgissement de ce long cortège de femmes en noir aux visages tordus, infiniment déchirés, hurlant dans un silence affreux leurs douleurs et leur incompréhension et ce dernier plan se rapprochant sur le visage du soldat prêt à exploser du trop-plein des images dans lequel il baigne et se noie.

J’attendais cette scène, uniquement cette scène, je crois. Et cette musique. Et les voix en hébreu aux sonorités si particulières, si graves.

Et puis de revoir ce film a été finalement une sorte de révélation. J’ai vu des images que je n’avais pas vues la première fois. J’ai aussi vu différemment cette scène du rêve, de ce « bain de minuit dans Beyrouth ». Je me suis arrêté sur le visage immensément fatigué du jeune soldat, sur sa respiration au bord du désastre, sur le clignement de ses yeux qui nous fait comprendre que parce que c’est trop dur, la mémoire est en train, là, devant nous, de transformer la réalité en rêve, elle est en train de la refaire, de la reconstruire, pour pouvoir continuer de vivre. J’ai revu - non, j’ai vraiment vu pour la première fois – ce flot d’images et de vies. J’avais le sentiment que tout le long du film, je pouvais m’arrêter, revenir en arrière, avancer dans le cours, m’en imprégner, le faire mien. Et je pleurais. J’ai pleuré pendant tout le film.

01/07/2008

01/07/08 - 19:26

Troisième épisode!

Une nouvelle aventure issue des covoiturages avec ma collègue baroque et loufoque dans la super Kolokani-mobile? Allez, je sais que vous en rafolez. Bon, ok, rien que pour vous, voici la dernière du jour:

Cette fois, je lui avais passé le volant (je sais, je suis fou), croyant un peu naïvement que l'obligation de concentration empêcherait son esprit de produire les pensées étonnantes que je vous ai déjà narrées plus haut. Mais c'était évidemment sans compter les ressorts insoupçonnés de celui-ci.

Je pensais vraiment être tranquille car j'avais ouvert le journal et après la lecture passionnante d'un article en pleine page sur le sauvetage (par deux gentils pompiers quiquagénaires) d'une minette égarée sur les toits de la bonne ville de Clermont, je m'étais plongé dans les mots croisés. Elle me demande alors, à brûle-pourpoint:

- Qu'est-ce que tu ne trouves pas?
Moi [quelque peu surpris de tant d'audace]: Euh... Tu veux faire les mots croisés, là? Vraiment? Tu es sûr?
Elle: Ben, je peux t'aider. Donne-moi des définitions. Allez!... [Grand sourire.]
Alors, moi, grand seigneur: Bon, attends. "Sortis de la langue verte" en six lettres.
Elle: ... J'ai trouvé! ça doit être une plante carnivore!
Moi: C'est-à-dire?
Elle: Ben, les plantes carnivores, elles doivent avoir des langues vertes, non? Puisque c'est des plantes et qu'elles mangent. C'est ça, les langues vertes, non?...

Le reste du trajet, je l'ai passé collé à la vitre, m'extasiant intérieurement devant tant de beautés fulgurantes: une vache, un talus, une église...

30/06/2008

30/06/08 - 22:36

2147

La voix haute, un peu tremblante, de Rokia Traoré emplissait l'air immense de la salle, comme ensorcelée par les sons d'une kora cristalline qui se dandinait tout au fond. Je me laissais porter par ce doux mélange et par les bruits mats des scansions tout autour. Tambours lointains, atténués, presque sourds. La lumière était noire et je me sentais particulièrement petit face à cette grande scène où les corps des danseurs semblaient plus se caresser les uns les autres que se mouvoir en de grands gestes.

Les dates s'égrainaient sur des ardoises présentées. 2008. 2032. 2054. 2089...

Puis la colère explosa. Littéralement. Les danseurs se jetèrent furieusement sur les monticules de papiers-journal déchirés, les prirent par brassées entières, les portèrent haut sur la scène, processions de rage et de douleur si blanches sur ce fond si noir, et les éparpillèrent sur le sol. Les papiers volaient au moindre pas, papillons défaits, papillons froissés, puis s'étalaient pour faire un tapis épais et doux dans lequel ils s'ébrouaient. On ne savait pas trop s'ils voulaient s'en défaire ou bien se mesurer à lui.

Rokia continuait de chanter; plus vive, sa voix sortait maintenant de son ventre et se frayait un chemin jusqu'à nous qui étions pris par cette colère des danseurs. Eux, au bout d'un moment, ils roulèrent au sol, emportant avec eux les papiers. Et c'était tragique et beau de les voir se rouler dans ces tas de papiers qui se soulevaient à leur passage mais semblaient aussi les engloutir, une main, un corps, une tête, un bras tendu, plus rien...

C'était la fin de cette pièce dansée. On approchait de la date fatidique: 2147. Deux mille cent quarante sept. Oui: la date à laquelle, selon un rapport de l'ONU, la pauvreté en Afrique aura diminué de moitié. Comme disait un personnage de la pièce une heure avant: "En 2147, je te rendrai la moitié de ce que tu as aujourd'hui."

28/06/2008

28/06/08 - 13:22

Dans ma Kolokani-mobile (suite...)

Elle: T'as vu? Ils vont peut-être bientôt trouver des squelettes d'hommes sur Mars!!!
Moi: ?...
Elle: Ben quoi? C'est vrai. Ils ont trouvé de la glace.
Moi: Et?...
Elle: Ben, s'y z'ont trouvé de la glace, ça veut dire qu'il y a eu des hommes sur Mars. Tu vois?
Moi: Euh... Je ne vois pas trop le rapport.
Elle: Mais? Tu vois, s'il y a eu les mêmes conditions sur Mars, il y a eu de la vie et donc, il y a eu des hommes. C'est logique, hein.
Moi: Ta logique m'étonnera toujours, je crois... Ce n'est pas parce qu'il y a de la vie quelque part qu'il y a forcément des hommes, voyons. Il y a d'autres évolutions possibles, enfin!
Elle: L'autre!... Tu ne crois quand même pas en Dieu!!!
Moi [pour moi: "je craque ou je me retiens?..."]:Mais enfin, imagine que les dinosaures n'aient pas disparu, tu crois que le règne des mammifères serait advenu?
Elle: Euh...

[Silence. Sentiment de victoire. Puis soudain...]

Elle: Ben s'il y a eu une comète sur Terre, il y en a eu aussi sur Mars!!! Alors tu vois, ça tient pas, ton argument!

[Enorme soupir...]

Elle: Tout ça, ça me rappelle ce film, l'Armée des Douze Singes.
Moi ["Mais elle ne va jamais s'arrêter, celle-là!!!"]: Je l'ai vu, oui, mais je ne vois pas bien le rapport...
Elle: Ou alors c'est pas l'Armée des Douze Singes, parce qu'il y en avait plus de douze, je crois, des singes.
Moi: ?...
Elle: Si, c'est un film sur des cosmonautes qui vont très vite dans un vaisseau et ils arrivent sur une planète toute bleue et en fait, dessus, ben il y a des singes...
Moi: La Planète des Singes?
Elle: Oui, voilà!
Moi: Ah oui, en effet, ils sont plus de douze, dans ce film...
Elle: Ben tu vois, en fait, cette planète, c'était la Terre. Et donc, tu vois, c'est pareil pour Mars. Mais avec des hommes.

[Sentiment de grande solitude. "Tiens bon, Nicolas, tiens bon: plus que soixante-dix kilomètres avant d'être arrivés..."]