J'écoute : Archive, Rameau, Monteverdi
Je lis : Dostoïevski, c'est long et épais, mais c'est trop génial.
Je joue : de la zique. P'tain, c'est beau, Bach.
Je mange : de la soupe !
Je bois : de l'eau, beaucoup d'eau.
(mis à jour lundi 26 février 2007 à 21:05)

05/10/2008

05/10/08 - 21:09

Eveille-toi !

Voilà longtemps que je n'avais assisté à ça : une inauguration d'orgue, ici après une importante restauration. Petit orgue, sans doute, mais Cavaillé-Coll quand même.

On a beau critiquer les cathos et rire de leurs tartufferies, il y a quand même quelques choses pour lesquelles ils sont très forts (ou du moins ils l'ont été) : la pompe et le sens du spectacle. Parce que voir un évêque en grande tenue s'avancer dans la nef, lever les yeux vers l'instrument tout là-haut sur sa tribune, et s'écrier "Orgue, éveille-toi, instrument sacré !", et alors entendre l'orgue lui répondre, d'abord sur les jeux de flutes, puis de toute sa puissance, c'est quand même assez impressionnant : ça n'a pas grand chose à voir avec le bon dieu ou l'apologie de la pauvreté, certes, mais on a cependant du mal à retenir un frisson dans le dos.

S'ensuivront quelques discours, où l'on aura le plaisir simple et touchant de voir un facteur d'orgue, un représentant de la ville, un autre de la région, et un autre du diocèse parler de synergie, de confiance, où l'on comprendra qu'il n'y a pas forcément besoin de grandes élocutions oiseuses sur la laïcité positive pour que le civil et le religieux s'unissent sans accrocs, financièrement et culturellement, autour d'un beau projet : l'énergie de quelques hommes ayant le même sens du partage, du consensus et le goût des belles choses aura suffi.

Viendra ensuite le concert, sous les doigts magiques d'un artiste aussi talentueux que discret (malgré ses nombreux disques aux multiples récompenses), accompagné d'un choeur qui prouve, s'il était besoin, que quelques musiciens bien choisis, même amateurs, suffisent pour tenir leur partie, et que les choeurs à 300 chanteurs dont on nous rebat les oreilles ne font que de l'esbroufe.

Au vin d'honneur, ensuite, je féliciterai discrètement l'organiste pour ses Franck toujours aussi bouleversants, plus loin, un verre à la main, Jean sera ému d'avoir mené à bien ce projet, dans son trouble il m'embrassera lui qui d'ordinaire se contente d'une virile poignée de main, sa femme papillonnera à droite à gauche, en disant tout sourire "moi je m'occupe du relationnel, y'a du beau linge à entretenir". Catherine, femme adorable, ancienne chercheuse, chef d'entreprise, et organiste à ses heures perdues me dira à l'oreille que finalement, elle s'est mariée hier avec ce cher François, ancien comédien dont on entend encore la voix, parfois, dans des documentaires, attaché culturel multiple et, comme elle, cinquantenaire divorcé. Je les félicite chaleureusement, ils sont mignons, tous les deux, amoureux comme des adolescents, avec l'expérience en plus.

Puis je m'éclipserai, sourire aux lèvres, heureux d'avoir senti, dans cette jolie chapelle froide et battue par la pluie, autant de chaleur autour d'un si bel instrument.

Longue vie à lui ! :-)

03/10/2008

03/10/08 - 19:58

Choupinous

Tiens, je trouve un message que j'avais laissé trainer, un (probable) choupinou qui parle avec des mots de trois lettres (sans voyelles), qui est (sans doute) super mignon, bien foutu et tout, ou du moins qui en est persuadé, et qui recherche (vraisemblablement) un type plus vieux pour lui servir de papa ch'tit copain.

Bon, alors :
1) Si tu recherches un papa, je ne cherche pas de gamin. D'ailleurs, je ne cherche rien du tout, on avait dit.
2) Je n'ai pas non plus besoin d'animal domestique, du moins pas du genre à porter le jean's sur les genoux et la coupe mulet-tectonik : je préfère un toutou ou un poisson rouge, ça a bien plus de conversation.
3) Un choupinou...

... c'est jeune, c'est moche,
ça ne va avec rien,
et ça peut vous saouler la vie.




Bouh ! Méchant vince ! :p

02/10/2008

02/10/08 - 20:36

Septembre

Septembre, c'est toujours un mois un peu difficile. On le sait, on le voit approcher avec un mélange d'excitation et d'appréhension, une fois les vacances terminées. Les jours diminuent, les températures baissent, le boulot reprend, et il y a dans l'air comme un parfum de petite déprime. C'est bête, j'en souffre un peu, comme les autres, mais j'aime bien aussi sentir cette petite souffrance : sentir, c'est toujours vivre.

Cette année, ça a commencé allegro fortissimo par le vol de mon portefeuille dans le métro - mes papiers, ma carte bleue, de l'argent, et cachée sous mon permis une edelweiss belle comme un souvenir. Rien de bien grave, juste un soupir de résignation, septembre qui commence. Le lendemain, alors que je déambulais, tout à ma douce mélancolie, dans le XXème, les gamins que je venais de croiser me balancent des marrons. Je me retourne, hausse les épaules, me ravise, les insulte sans grande conviction, pour l'exemple. Ce n'est rien, j'aurais ri avec eux si j'avais senti le ton de la plaisanterie dans leurs voix, mais il n'y avait sur leur visage qu'une haine vague et impersonnelle, contre tout et rien, une haine ordinaire, désoeuvrée et désespérante.

Ensuite, il y eut une fuite d'eau chez les voisins du dessus, la peinture de la salle de bains qui se met à cloquer curieusement. C'est joli, certes, mais quand même. L'impression saisissante que même les murs dépriment.

Et puis, évidemment, comme à chaque fois, le sentiment de l'inutile, le vide, les soupirs à l'intérieur. Je prends quelques jours, il faudrait que je rentre chez mes parents, pas trop envie.

Et pourtant ! Il aura suffi de leur amour simple et discret, qu'on devine à travers des petites réflexions inattendues, moi qui remarque "tiens, tu as acheté une nouvelle plante ?", et ma mère, se tournant vers mon père, léger sourire aux lèvres "tu vois, je te l'avais dit qu'il remarquerait mon lys, et pas que tu as changé les radiateurs" puis vers moi "alors que ton frère, c'est l'inverse"; il aura suffi de retrouver mon Bontempi d'adolescent, dont je me dis à chaque fois, un peu perplexe, que c'est peut-être le seul Bontempi au monde qui a entendu Bach, Rameau et Couperin joués sur ses touches en plastique - mais sans musique, que serions-nous ? Et puis des escapades, comme des bouffées d'air frais, à Fougères, ville qu'il faut avoir un peu quitté pour en saisir toute la discrète beauté, à St Malo, où à peine arrivé, j'allume mon téléphone sans trop savoir pourquoi, qui se met aussitôt à sonner, touchante invitation à un concert - je sens le poids plume d'un ange sur mon épaule. Je galope saluer Chateaubriand sur son rocher, je ris, je ferme les yeux face au soleil, plus de soupirs à l'intérieur, Septembre aura été bien court.

Septembre aura été bien court, et malgré la crise et les temps durs qu'on nous annonce, il se terminera avec des chocolats, et Octobre s'annoncera déjà par une gentille carte postale - merci.

Heu-reux ! ;-)

29/09/2008

29/09/08 - 21:01

"Toi, ça ne te manque pas, une vie de famille ?"

Quand S. parle de lui, il est souvent saoûlant. Son dernier credo, c'est "On ne peut rien me reprocher, jusque-là dans ma vie j'ai fait tout comme on recommande dans les livres", ces livres dont le titre commence en général par "Bien réussir" (parce que "réussir" tout court, de nos jours, ce n'est plus assez, bien sûr). S. a donc brillamment réussi ses études, décroché un poste de manager plein d'avenir, obtenu un emprunt intéressant, acheté un bel appart dans une banlieue chic de l'Ouest parisien. S. a "bien réussi", indéniablement.

Sauf que dans le livre "Bien réussir sa vie", on ne dit jamais "Soyez homosexuel, ce sera le triomphe !", et S. est homosexuel. Homosexuel discret, certes, quoique je l'imagine bien un peu pervers, mais homosexuel quand même.

Quand S. parle de lui, parfois, il est touchant. "Toi, ça ne te manque pas, une vie de famille ?", me demande-t'il dans le train qui nous ramène d'un week-end chez de vieux amis communs. Quand S. me demande quelque-chose, en général, c'est plus pour parler de lui que de moi, je réponds des généralités et l'encourage à approfondir. C'est qu'il y a une jeune fille qui le poursuit de ses assiduités, depuis déjà plusieurs années. Elle est merveilleuse, ils ont beaucoup de points communs, ils s'entendent très bien, se respectent énormément. Elle pourrait certainement, dit-il, s'accomoder de certains problèmes. Je comprends également qu'elle est financièrement aisée, ce qui ne gâte rien.

Evidemment, dans ces cas-là, la pédette pousse les hauts cris, malheureux, que dis-tu là, tu ne sais pas dans quoi tu t'embarques, tu ne peux oublier ce que tu es (voire tu trahis la Cause, etc). Evidemment, c'est le genre de mec marié qu'on retrouve quelques années plus tard dans le bois de Vincennes, chérie je vais faire mon jogging, à quatre pattes dans les fourrés. Mais finalement, ce n'est guère pire que de le retrouver dans son bureau, chérie je vais travailler tard, à se faire palucher par la secrétaire, ou bien d'avoir un p'tit copain mais de ne pas trop pouvoir en parler parce que ce n'est pas recommandé dans les livres, et que toute sa vie est basée là-dessus.

J'écoute tout d'une oreille attentive, j'évite de donner trop de conseils, dans un sens ou dans l'autre, et je suis tout ça de loin.

C'est que, moi-même, je n'ai pas toujours été très sûr de moi. La première fois que j'ai caressé un garçon, c'était merveilleux, j'avais envie de lui comme je n'avais jamais désiré une fille, ça y est, c'était clair, j'étais pédette, finie la solitude, la différence, il y avait une communauté pour me recevoir, j'arrive mes frères. Alors, après avoir bu quelques bières pour vaincre mes inhibitions, je suis entré dans un bar gay sans prétentions, un bar de quartier. Il n'y avait pas grand monde, je ne savais pas trop quoi faire, j'étais ému et un peu ivre, j'ai pris du papier et j'ai écrit au bar; quand je suis ému, je pleure ou j'écris. Un type un peu désespéré s'est assis à mes côtés, il me trouvait beau, comme on l'est toujours dans le regard de celui qui a 15 ans de plus. On a bavardé un peu, il regardait souvent ailleurs, vraisemblablement à l'affût de candidats plus jeunes (et plus beaux).

Alors, d'un coup, j'ai compris, je lui ai fait une bise amicale, et je suis sorti. J'ai compris que ce n'était pas vraiment mon truc, tout ça. J'ai compris que j'aimais les garçons, indéniablement, mais que j'aimais aussi cette différence et la liberté qu'elle me donnait, que je n'aurais jamais pu accepter la contrainte d'un mariage, l'idée d'une vie "comme dans les livres" et que j'avais l'occasion, moi si renfermé, si conventionnel, si consensuel, au moins sur ce point là de savourer cette différence. Et de la préserver, aussi.

J'ai compris qu'être homosexuel, avoir cette attirance trop forte pour que je puisse vraiment la faire tenir, comme le reste, dans le moule de la bien-pensance, finalement, c'était sans doute ma chance.

Et cette chance-là, aucune merveilleuse jeune fille (et riche héritière) ne saurait me la faire tourner. Le mariage et la petite famille, avec madame ou monsieur, ce n'est pas pour moi, je crois.



Par contre, si tu mignon, amusant,
touchant, sensuel et pas trop décati
(et riche héritier, si tu veux)
on peut sans doute s'arranger ;-)

21/09/2008

21/09/08 - 13:33

Pierre Jourde - L'heure et l'ombre

C'est en découvrant Festins secrets que j'étais tombé sous le charme de son écriture. L'autre jour, en passant à la librairie, sans rien chercher en particulier, je suis tombé sur cet autre roman de Pierre Jourde, L'heure et l'ombre.

L'écriture est toujours aussi soignée, et le roman, plus bref et sans doute plus accessible que Festins Secrets, moins personnel que Pays perdu, se dévore goulûment. On y devine, curieusement, comme une tradition de "littérature française", une narration un peu lente, intérieure, qui prend le temps de découvrir les détails et de s'y arrêter. Il y a quelque-chose de très proustien dans cette quête, je trouve (d'ailleurs l'auteur a l'air d'en être tout-à-fait conscient, à un endroit il fait dire au narrateur "J'avais lu des descriptions très détaillées de cet état dans Proust, mais oui, on a beau être jeune médecin, on peut avoir lu Proust", j'aime bien la justification, comme une réponse à lui-même sur la crédibilité de la chose).

Evidemment, cette lenteur, ce souci du détail peut paraître lassant, mais justement : c'est peut-être qu'on n'y est plus beaucoup habitué, il faut aller vite, s'attacher uniquement à l'action, sans rien qui puisse l'alourdir; ce qui nous vaut, souvent, ces personnages de carton-pâte, à la psychologie de magazine, ces stéréotypes interchangeables qu'on trouve un peu partout. Prendre un peu son temps, finalement, laisser aux personnages le soin de se raconter, deviner ce qu'ils cachent, aussi, ça fait du bien.

Jourde est aussi un solide pamphlétaire, paraît-il. Il porte indéniablement un regard acerbe et critique sur la société contemporaine, et ne se gène pas pour l'évoquer même dans ses romans. Son évocation de l'éducation nationale dans Festins Secrets n'était pas tendre, on retrouve ici, surtout dans la deuxième moitié du roman, son caractère polémiste. C'est peut-être le reproche qu'on peut faire à ce roman : autant, dans Festins secrets, la critique apparaissait naturellement, le héros étant un jeune professeur, autant ici, la diatribe, aussi plaisante soit-elle, tombe un peu comme un cheveu dans la soupe : une procuration oubliée sur un recommandé donne droit à trois pages de dénonciations, jouissives certes, mais qu'on comprend mal dans la bouche d'un narrateur occupé à raconter l'amour de sa vie (surtout quand on comprend qu'il raconte un souvenir vieux de 20 ou 30 ans), un repas chez un petit couple modèle, prélude aux retrouvailles avec un ami commun, permet l'évocation féroce de l'enfant-roi, là aussi c'est très bien vu, on sent simplement que l'auteur a voulu caser là un morceau de bravoure un peu déplacé. Mais bon, d'un autre côté, ça permet aussi de détendre l'atmosphère un peu pesante, sérieuse et intérieure du roman par quelques coups d'éclat qui ont pour eux l'excuse d'une très belle écriture.

Festins secrets, Pays perdu et L'heure et l'ombre, initialement parus à L'esprit des Péninsules, sont disponibles en poche à prix tout-à-fait abordable ;-)

15/09/2008

15/09/08 - 17:31

La crise



Et maintenant, donc, la laïcité positive. Positive par ci, positive par là... Je sens que je vais bientôt faire une crise de négativisme aiguë, l'envie soudaine de vénérer l'inférieur à zéro, d'idôlatrer le moins que rien.

:p

14/09/2008

14/09/08 - 12:44

Précisions d'ordre logique (II)

Hier, chevauchant fièrement mon vélib, je tombe sur une manifestation, boulevard Voltaire. Des gens, en nombre assez restreint, marchent les uns derrière les autres, en criant mollement ce qu'un mégaphone scande comme une litanie :

Ni Dieu, ni maître, ni ordre ni patron !

(j'ai eu du mal à comprendre la fin du slogan, au début j'entendais "ni harmonie pardon", ce qui me laissait assez perplexe)

Je n'ai jamais vraiment compris comment on pouvait être anarchiste virulent, vouloir abolir l'ordre, et défiler sagement presqu'en rangs, en répétant passivement ce qu'un meneur suggère.

Bref, vouloir abolir l'ordre, c'est surtout vouloir le remplacer par un autre, j'ai l'impression.

La belle affaire ! :p

14/09/08 - 10:34

Précisions d'ordre logique

J'entends à l'instant sur France Info que l'évêque de Lourdes a accueilli le pape en déclarant (approximativement) "Il y a quelques mois, vous m'aviez envoyé une lettre en disant : Si Dieu le veut, je serai bientôt à Lourdes. Aujourd'hui vous êtes ici, Dieu a donc voulu votre présence !".

Bon, c'est bien joli tout ça, mais en toute logique, l'évêque aurait pu également conclure, par exemple, au choix :
- que Dieu n'existe pas,
- qu'il n'avait pas du tout envie que Benoît XVI vienne, mais qu'il n'a rien pu faire pour l'en empêcher,
- qu'il aurait pu l'en empêcher, mais qu'il a oublié, il est si vieux le pauvre,
- qu'il s'en fout complètement,
- ...

Bref, prenons garde, cher évêque, aux conclusions hâtives.

C'était le sermon dominical de magicvince ;-)

07/09/2008

07/09/08 - 10:55

Ces soirées-là

On dit que ce sont des soirées parisiennes, elles sont pourtant partout assez similaires, les soirées entre pédettes. Au début, je n'y étais pas très à l'aise (c'est un euphémisme), mais peu à peu, par instinct ou mimétisme, j'ai fini par y trouver ma place, en faisant comme les autres : je compose, tant bien que mal, le petit rôle qui convient. On se prépare, à ces soirées-là, comme un comédien dans sa loge : on choisit soigneusement sa tenue, ou on choisit de ne pas choisir, ce qui revient au même, l'important étant de revendiquer sa différence, on sélectionne le parfum adéquat, on se rase ou on entretient sa barbe de 3 jours, on se recoiffe une dernière fois. Et l'on se lance alors dans une vaste comédie plus ou moins improvisée, dont les acteurs sont aussi les seuls spectateurs.
Dans ces soirées-là, comme tout le monde, je parle un peu plus fort, je ris davantage et bruyamment, en jetant légèrement la tête en arrière, j'adopte des gestes plus maniérés. Je joue un peu à la méchante mais gentille dans le fond, je lance quelques piques, comme tout le monde, d'abord sur ceux qui sont absents puis, l'assurance venant et l'alcool aidant, sur ceux qui sont là, je modère ça d'un geste amical, il faut réussir à faire preuve de caractère sans froisser personne, subtil équilibre.
Dans ces soirées-là, il y a ceux qui regardent, ceux qui se laissent regarder, ceux qui voudraient bien qu'on les regarde. On papote, on dragouille gentiement - et plus si affinités, alcool ou désespoir.
Je joue mon rôle, comme les autres, et j'y trouve un certain plaisir. Et puis, à un moment, toujours, j'ai comme un petit malaise, à l'intérieur, le sentiment que la pièce est trop longue, qu'il serait temps de baisser le rideau. Alors je termine en queue de poisson, comme ces personnages qui meurent soudain sans qu'on sache trop pourquoi, et je m'éclipse discrètement. Je suis de ces comédiens discrets dont on se dit ensuite, quand ils reviennent saluer, "tiens, il jouait quel rôle, lui, déjà ?".

Ces petits rôles, on a parfois la surprise de les retrouver dans l'intimité d'un drap froissé. Un joli prince, dont on a envie de toucher la chair, de partager le plaisir, des lèvres qui se mèlent, des mains qui cherchent, des vêtements qui tombent. Et là, curieusement, la nudité du corps forme parfois le plus singulier des costumes : c'est en se dévêtant que l'acteur endosse son rôle, prenant soudain la voix et les mots d'un acteur porno peu crédible, ou bien les attitudes minaudantes d'une jeune pucelle (mimiques que je trouverai toujours, avec un machisme dont j'ai profondément honte, vous imaginez bien, parfaitement incompatible avec des poils au cul).
Vous retrouvant par hasard au milieu de la scène, sous le feu d'un projecteur mal réglé, on vous en voudra certainement de ne pas bien connaître votre rôle - ou du moins de refuser de le tenir correctement.

Alors, à tout cela, je préférerai toujours, je crois, les tête-à-tête avec les Grands Solitaires. Ceux-là aussi, sans doute, jouent un rôle, mais habitués qu'ils sont à être leur unique spectateur, ils ont abandonné les attitudes travaillées, les grimaces étudiées, les costumes sophistiqués : à quoi bon, on ne se voit qu'à l'intérieur. Ce sont ces portes secrètes-là qu'il faudra ouvrir et laisser ouvrir, doucement, au fil de la conversation, des silences, des réponses qui prennent le temps de la réflexion. Les Grands Solitaires sont comme des lacs qui sauraient se parler du bout des doigts, sans qu'aucune onde ne vienne troubler leur surface. Et alors vient ce moment étrange et pénétrant, cet instant magique

où l'on effleure, dans un regard,
la nudité d'une âme.

05/09/2008

05/09/08 - 18:52

Teaser (moins le quart)

'tention, magicvince est (presque) de retour !


Plus beau,
Plus fort,
Plus vert,


... mais toujours aussi con.

Trop beau, le caleçon violet !
Et sinon, ça va, vous ? ;-)

14/07/2008

14/07/08 - 23:13

Blog en jachère

Mon blog manifestant depuis quelques temps l'envie de faire une pause, le voici donc qui profite des vacances pour s'absenter, pour une durée indéterminée (au moins jusqu'à Septembre, vraisemblablement).

On peut toujours me joindre par mail, en cas de besoin (si tu es blonde à forte poitrine, tu ne m'intéresses pas du tout :p).



Je suis un peu las,
et quand on est las, faut voir ailleurs ;-)

04/07/2008

04/07/08 - 21:55

La magic-vie de magicvince

- Hier, prenant un verre sur le trottoir avec des pédettes, j'ai croisé un petit mec qui prend régulièrement le métro en même temps que moi, quand je rentre du bureau le soir. Il a l'air du pédé discret, propre sur lui, du genre dont on se dit qu'il doit baiser sans faire de bruit. Comme d'habitude, je l'ai fixé, il m'a lancé ce petit regard furtif, à la fois inquisiteur et hautain, qui vérifie si je l'observe et veut montrer qu'il s'en fout. A chaque fois, ça me fait sourire.

- Ma nouvelle bobo-rébellion : je me démarque, j'arrache, je coupe, je découds, j'efface toutes les étiquettes visibles sur mes fringues (sauf sur les caleçons, depuis que ces imbéciles, de connivence avec les fabricants de pantalons taille basse, gribouillent leur marque sur toute l'élastique). Les hommes sandwich finiront bouffés par les marques.

- Je ne sais pas si c'était fait exprès, mais sur la première page de Métro, aujourd'hui, il y avait un titre sur Ingrid Bétancourt, et un autre sur Koh Lanta : celle qui sort de la jungle, et ceux qui s'y enferment. Bêtement, je me dis que si Ingrid faisait Koh Lanta, elle les niquerait peut-être tous, et ça me fait marrer.

- Entendu dans la rue : "... de toutes façons, la tolérance, c'est un truc de pédés". Ah ! Je m'insurge ! Encore ces stéréotypes, au XXIème siècle ! Je vous assure qu'il y a beaucoup d'intolérance aussi chez les pédés, au moins autant que chez les hétéros.

- En ce moment, on dit partout : Sarko va nous faire une Sarko-télé ! Il veut contrôler les médias, ceinturer l'information ! Et paf, quand, fidèle à son habitude, il s'emporte hors caméra, c'est sur le web qu'on trouve aussitôt la vidéo, et c'est la télé qui se doit alors de parler de ce qui se passe sur la toile. Quel pied de nez !

- L'autre jour, j'ai passé la shampouineuse sur ma moquette, si on peut appeler ça une moquette (ça rappelle un peu la texture d'une vieille peau de fauve, c'est rapé et ça pue sans doute autant, mais je ne suis pas spécialiste des vieilles peaux). J'ai horreur de l'aspirateur, je ne sais pas pourquoi. Eh bien, la shampouineuse, ça n'a rien à voir ! C'est jouissif ! Du coup, je l'ai passée trois fois, j'ai failli sonner à la porte des voisins pour leur proposer mes services. Je devrais peut-être monter une entreprise de nettoyage ?



- c'est toi, là ?
- euh, faut pas rêver, non plus :-)

29/06/2008

29/06/08 - 18:55

Valse avec Bachir

J'avais entendu dire qu'il s'agissait d'un documentaire sous forme d'animation sur les massacres de Sabra et Chatila, au Liban. En fait, il s'agit de bien plus que cela : il y a surtout, une réflexion personnelle sur la mémoire, au sens premier - pas le "devoir de mémoire" et tout ça, mais la faculté de se souvenir du passé, de l'oublier, ou de le réinventer.

C'est très bien fait : les psychiatres expliquent d'abord, autour d'un café, ce que la mémoire est capable de dissimuler, ce qu'elle est capable de créer, aussi. Et puis peu à peu, en suivant ce cinéaste qui part à la recherche de ses souvenirs en interrogeant ceux qui les ont vécus avec lui, ce passé se reconstitue. On devine, à travers leurs souvenirs, ce que chacun occulte, ce qu'il déforme ou invente. Le dessin, en mélangeant plus facilement la réalité et la fiction, permet de vivre cela de l'intérieur : lorsqu'on se souvient, tout paraît vrai.

La bande-son est aussi très bien choisie : la pop débridée des early 80's pour l'insouciance et la jeunesse, l'Enola Gay d'OMD en partant à la guerre - tout cela ressemble parfois à "un trip sous LSD", comme dit un des protagonistes -, Pil et This is not a love song qui déboule alors que Menahem Begin (je crois), prix Nobel de la paix encore frais, apparaît sur un écran de télévision, et puis pendant les combats, du Bach aérien, du Chopin surréaliste, on est ailleurs.

Et puis, il y a comme un tournant : l'ami psychiatre dit au narrateur que pour comprendre son rêve, il ne doit pas chercher dans ses souvenirs, mais comprendre ce qui s'est vraiment passé, ce qu'a été ce massacre. Les images n'occultent plus, alors, ne mentent plus, elles décrivent froidement le massacre : la mémoire est en train de revenir. Au final, elles disparaissent, même - ainsi que la musique, d'ailleurs, qui fait place à un angoissant silence -, remplacées par de vraies images d'archives.

Cela avait démarré par le cauchemar d'un des protagoniste - des chiens vengeurs qui renversent tout sur leur passage, déformation hallucinée d'un souvenir. Cela finit par les images insoutenables d'une réalité dont on comprend pourquoi on préférait l'oublier. La mémoire est retrouvée.

22/06/2008

22/06/08 - 13:27

Mais oui, mais oui (l'école est finie)

Vendredi dernier, en sortant du bureau, je donnais mon dernier cours. Le protocole est bien réglé : en entrant dans l'immeuble à 18h, je passe devant la loge, où sa mère vaque à ses occupations, puis je grimpe les 6 étages en courant. Là-haut, sur le palier, je reprends un peu mon souffle, en observant les tomettes un peu disjointes qu'on trouve souvent dans ces vieux immeubles au charme passé. Je frappe, j'entends qu'on range ou qu'on se lève un peu précipitamment, puis un "Oui ? Qui c'est ?" un peu timide, et on me laisse entrer. David vit avec sa soeur dans ce petit deux pièces sous les toits de l'immeuble dont la mère est concierge, qu'un propriétaire leur prête suivant je ne sais quel arrangement.

On discute un peu, je lui demande comment s'est passée sa semaine, si ses oiseaux vont bien. Avant, parfois, Noisette, le lapin de sa soeur, venait mordiller ma chaussure - une fois, il a même entrepris de faire ses besoins sur le lit, difficile de faire un peu de maths dans ces conditions. Depuis que je lui ai demandé de le mettre à côté, en prenant l'animal par la peau comme on fait à la campagne, il se fait plus discret. Pour le mettre plus à l'aise, on parle un peu de ses DVDs, Full Metal Alchemist et autres, ou des posters de Naruto qui tapissent les murs. Ce n'est pas vraiment une conversation, David répond à mes questions un peu comme à un interrogatoire, précipitamment, heureux de pouvoir au moins répondre à celles-là.

David a 15 ans, j'en ai 20 de plus, à chaque fois je me dis que j'ai l'âge d'être son père, ça me fait bizarre. Du père, d'ailleurs, on ne sait rien : parti ou mort, il n'existe pas. David est en cinquième, il a déjà redoublé deux fois. Une fois par semaine, depuis octobre dernier, je l'aide un peu : il est, comme on dit, fâché avec les maths. David est docile, il dit toujours oui, même quand il ne comprend pas - depuis peu, quand il ne comprend pas du tout, il dit modestement qu'il a "un peu compris", et je ne sais toujours pas si c'est pour me faire plaisir ou parce qu'il en est convaincu. Il a un retard énorme, beaucoup de mal à rester concentré plus d'une demi-heure, oublie souvent d'une semaine sur l'autre le peu qu'on a abordé ensemble, ça pourrait être désespérant, et pourtant en général ça me donne la pèche : il y a là comme un défi, comprendre ce qu'il n'a pas compris, expliquer autrement, trouver le passage, le gué, le pont, qui lui permettra de franchir l'obstacle.

Bien sûr, je n'ai pas réussi à lui communiquer ne serait-ce que le parfum de la passion qui m'animait pour les maths, à son âge. Toute la journée, David note scrupuleusement ce qui est écrit au tableau, sans essayer de comprendre. Il veut bien faire semblant, mais il ne faut pas lui demander davantage; il se fait chier consciencieusement. Parfois, il me dit "j'ai fait cet exercice, je crois que c'est bon". Je vérifie, c'est effectivement bon, je pose quelques questions, il n'a pourtant pas compris, il a visiblement copié, une fois ce n'était même pas son écriture. On sent qu'il a renoncé, qu'il attend que ça se passe. J'aurais aimé voir dans son regard une étincelle, une tentative de rébellion peut-être, un soupçon de colère, tout plutôt que cette acceptation passive, cette attente désespérante et sans but. L'année prochaine, il entame un parcours professionnel, j'espère qu'il y trouvera davantage de motivation, du plaisir, même, peut-être.

Demain je verrai sa mère, qu'on fasse un peu le point. Elle m'appelle "Monsieur Vincent", on sent les majuscules, ça m'agace un peu : il y a chez elle le réflexe ancillaire de ceux qui se croient nés pour servir. Qu'on me regarde de haut ou d'en bas, ce n'est pas la direction du regard qui me gêne, c'est la distance qu'il impose, cette manière de dire : on n'est pas du même monde. La première fois, elle était restée avec nous, dans la petite loge, je trouvais ça un peu gênant, j'ai compris ensuite qu'elle voulait me jauger un peu, avant de nous laisser seuls dans sa petite chambre 6 étages plus haut : instinct de mère, elle a raison. Demain, elle me dira encore, devant lui, "David, il a du mal, il ne comprend pas vite, sa soeur qui a deux ans de moins est bien plus douée", et lui baissera la tête, sans rien dire, moins par honte que par désintérêt.

J'essaierai de le défendre en souriant, allez quoi, il progresse doucement, je lui poserai peut-être la main sur l'épaule, à défaut de pouvoir le secouer, qu'il se redresse un peu : s'il a si souvent mal au dos, c'est peut-être qu'il a déjà trop courbé l'échine.

Bonnes vacances, gamin ! :-)

09/06/2008

09/06/08 - 20:47

Anamorphoses

Connaissez-vous Georges Rousse ? Jusqu'à Samedi dernier, j'ignorais tout du bonhomme. Bien sûr, si on m'avait posé la question, j'aurais certainement supposé qu'il était écrivain, ou je ne sais quoi, suivant l'inspiration du moment. En insistant un peu, j'aurais certainement cité quelques titres de ses oeuvres, décrit son style, fait une vague allusion à ses talents d'acteur.

Samedi dernier, donc, en faisant un tour à la Maison Européenne de la Photographie (ça en jette, hein, surtout avec les majuscules) en agréable compagnie, j'ai découvert qu'il était photographe. Oui, bon, ça va. Il aurait pu être écrivain. Ca va peut-être le prendre un jour, d'ailleurs.

Première photo, on voit une pièce vide, avec un carré blanc qui semble s'étaler sur 5 murs de la pièce (en comptant le sol et le plafond).



On regarde de près, on ne comprend pas trop : c'est retouché, ou c'est peint avant d'être photographié ? Mais si c'est peint avant, ça veut dire qu'il a fallu prendre en compte la perspective, pour qu'en peignant sur les 5 murs, et puis l'escalier, et en photographiant ça d'un point précis, ça fasse un rond ? Ca paraît impossible.

Et puis, peu à peu, on en vient à se convaincre que si (les textes n'expliquent pas grand chose, la technique m'intéresserait davantage que les réflexions artitstico-phylosophiques). Ouah ! On imagine qu'il utilise une projection de l'image, sur les murs, qu'il dessine les contours, remplit ça à la peinture, avant de prendre la photo depuis le point d'où il a projeté l'image. Il faut imaginer.

En rentrant, je regarde un peu sur le net, ce qu'on dit du bonhomme. L'article de Wikipedia est rigolo comme tout. En consultant l'historique, on voit qu'un inconnu a ajouté, le 29 mai :
Sa visite la même année de l'exposition [1983] A Pierre et Marie lui donne l'occasion d'emprunter à Felice Varini la technique de rétroprojection. Les emprunts successifs de l'oeuvre de Rousse à Varini, Matta-Clark et Dibbets ne seront par la suite jamais démentis, sans qu'un apport significatif aux oeuvres précitées puisse être repéré.

et plus loin, en conclusion :
Georges Rousse est l'auteur d'une oeuvre décousue, fondée sur des emprunts (notamment à l'art vin situ), recyclés à des formats qui permettent d'être très fortement représentés dans nombre de galeries européennes.

Sacré Wikipedia, c'est marrant tout plein, ces petits réglements de compte entre artistes.

Alors du coup, je regarde un peu le cas Varini, et c'est vrai que c'est assez troublant. Comparons :
Georges Rousse :
19941996


Felice Varani :
19791980


Je n'y connais pas grand chose à la théorie de l'art (et en plus je m'en fous, en fait), mais j'ai l'impression que ce qui compte, pour de telles oeuvres, c'est surtout l'originalité du concept. En voyant ça, j'ai trouvé l'idée géniale, sur le coup, et le résultat saisissant, surtout pour les projections en 2 dimensions, sur un volume (à 3 dimensions, donc) : la peinture a mis des siècle à représenter de manière plus ou moins satisfaisante du volume en 2 dimensions, et là, finalement, on fait l'inverse. Joli pied de nez !

Maintenant, Rousse ou Varani, ça n'a pas grande importance. Mais bon, l'art aime bien ses héros, alors plutôt que de faire une exposition qui s'intitulerait "anamorphoses" (ça aussi, ça en jeterait, pourtant), on préfère écrire "Georges Rousse" en gros caractères.

Ce que c'est que l'orgueil ! :-)

08/06/2008

08/06/08 - 12:31

Tribute to my tribe - 2 : magic mum

Quand mon frère lui annonce, avec sa nonchalance habituelle, que K. et lui vont se séparer, ma mère a un regard incrédule. Et puis, devant les explications de mon frère, il faut bien se résoudre à accepter la rupture. Comme toute mère qui se respecte, la mienne n'aimait pas beaucoup celle qui devait devenir un jour sa bru : elle l'accueillait chez elle avec cette politesse un peu forcée qui veut signifier qu'on sait se tenir, qu'on a une certaine éducation, qu'on accepte avec magnanimité les sentiments du fils (il ne pourra rien nous reprocher) - mais qu'on n'en pense pas moins.

Comme mon frère n'a pas l'air trop affecté - le montrerait-il ? -, il faut bien que quelqu'un d'autre le soit : ce genre de nouvelle ne peut passer dans l'indifférence générale. Alors ma mère se demande, elle culpabilise un peu, tu crois que c'est de notre faute, on a loupé quelque-chose. Il faut la comprendre. D'abord, il y eut la benjamine, dont il a bien fallu accepter les choix, on en parlera un jour. Ensuite, il y a eu un cadet, homo, certes, mais qui de plus semble à peu près incapable de mener une vie de couple "normale" : c'est que, l'homosexualité n'étant plus partout, même à la campagne, cette maladie honteuse qu'on préfère ignorer, on finit par y discerner également une hiérarchie de normalité, l'idéal étant de ramener un jour à la maison un gentil garçon tout-à-fait présentable mais pas trop recherché non plus. Comme elle n'a jamais trouvé cet idéal dans mes bagages - la chose s'en rapprochant le plus étant jusque-là un violoncelle -, je crois qu'elle a fini par y renoncer. Mon frère incarnait donc cette normalité à laquelle on se raccrochait tant bien que mal.

Et voilà que soudain, d'une petite phrase anodine, la fragile normalité de l'univers maternel s'écroulait.

Allons, chère petite mère, ouvre les yeux, regarde autour de toi ! Je commence, je lui rappelle le cas des filles T., l'aînée qui se retrouve veuve à 35 ans avec deux gamins qu'elle est incapable d'élever, l'un placé à la DASS après avoir méchamment tabassé son frère (qui suit le même chemin), la cadette qui après avoir eu deux enfants d'un homme qui n'en voulait pas et qui du coup l'abandonne, perd ses deux jambes dans un accident de voiture... Si TF1 savait ça, on en ferait sans doute un téléfilm suivi d'un débat voyeur à souhait. Mon frère enchaîne : regarde le fils T., d'ailleurs, leur frère, il a mon âge, ça ne se passe pas trop bien, avec sa femme, mais bon, il ne veut pas faire trop de vagues, et puis il a eu du mal à en trouver une, il préfère continuer, surtout qu'elle est enceinte, tu parles d'une vie.

Ma mère réfléchit, elle se rassure, peu à peu. Elle lance une dernière flèche, assez faiblement pour être sûre qu'elle ne fasse pas grand mal. Regarde, avec ton père, ça fait 40 ans qu'on est ensemble, on n'a pas baissé les bras au premier accrochage !

Ah, chère petite mère, regarde son sourire quand tu tournes tes yeux vers lui, devine le tien qui lui répond... Forcément, dit mon frère, des couples comme le vôtre, c'est exceptionnel, vous êtes sur la même longeur d'onde, vous aimez à peu près les mêmes choses, vous étiez faits l'un pour l'autre. Regarde les parents de K., justement, son père qui stresse parce que sa mère va être en retraite, "fini la tranquillité", il dit, elle qui croit qu'ils vont partir en voyage, lui qui est heureux tout seul à la chasse avec son chien... Regarde la veuve L. qui, quand on lui dit "la mère, faudrait vous retrouver un bonhomme" répond "j'en ai supporté un pendant 50 ans, ça suffit comme ça, j'ai le droit de vivre un peu avant de mourir !"...

Ma mère ne demande qu'à être convaincue, elle rend déjà les armes. C'est vrai, dit-elle, moi aussi, j'aurais préféré rester seule plutôt que d'accepter n'importe quoi. Quand le père T. (chez qui elle était aide-familiale, en débarquant au village) m'a dit "y'a un homme qui s'intéresse à vous", je lui ai répondu "Il va au café ou pas ? S'il boit, même juste un peu, je ne veux pas savoir qui c'est !". L'amour, parfois, ça tient à peu de choses.

Mon père n'allait pas au café, surtout parce qu'il n'a jamais été très à l'aise dans les sociétés bruyantes où il faut paraître - je tiens ça de lui, sans doute. J'apprends au passage qu'il a un problème au foie qui l'empêche de toutes façons de digérer l'alcool, je l'ignorais. Ma mère enchaîne "C'est vraiment pas beau, un homme saoul, je me souviens quand vos oncles rentraient bourrés à la maison, qu'il fallait les mettre au lit et laver leurs cochonneries, je les engueulais, et ça les faisait rire en plus. Et puis, maman aussi buvait, elle est morte d'une cirrhose". Elle n'en avait jamais parlé. "Oh, bah oui, qu'elle buvait, ton oncle ne veut pas qu'on en parle, sa mère c'était sacré, mais c'est pas lui qui ramassait les bouteilles. Quand j'en trouvais, je la grondais gentiement, le docteur lui avait interdit, mais que veux-tu, veuve avec 4 enfants à élever, c'était pas facile."

Ma grand-mère, que je n'ai jamais connue, que j'ai toujours vue comme LA grand-mère, un peu tassée, replète, tout de noir vêtue, les cheveux blancs tendus par un chignon, qui pour élever seule ses trois fils, mes oncles, et sa petite dernière, ma mère, tirait les cloches, aidait à l'église et faisait mille menus travaux, a été tuée par l'alcool.

A 6 ans, ma mère perdait son père. Seule fille, benjamine, à 16 ans elle travaillait, menait la maisonnée, couchait occasionnellement ses frères ivres, essayait vainement d'empêcher sa mère de boire. A 20 ans, elle était orpheline, faisait ses valises, et débarquait comme aide familiale au village. Avare de souvenirs, c'est peut-être dans son caractère bien trempé qu'on décèle le mieux les cicatrices de son passé.

Finalement, elle n'a pas de quoi être inquiète, elle l'a compris. Ses enfants n'ont sans doute pas la vie "normale" dont on se prend parfois à rêver, quand on s'ennuie, mais ils ont l'air heureux. Et si elle avait quelque-chose à se reprocher, peut-être, ce serait de leur avoir laissé l'empreinte de son solide tempérament, ce caractère qui regimbe facilement contre l'inacceptable compromis.

Et telle que je la connais, même si elle ne le dira jamais, je parierais qu'elle en est plutôt fière.

05/06/2008

05/06/08 - 18:51

Hillary, elle a pleuré

C'est bête, mais le rôle d'Hillary Clinton dans les primaires démocrates aux Etats-Unis me fait inévitablement penser à cette scène du Sacré Graal des Monty Python, le combat avec le Chevalier Noir : il perd un bras, puis l'autre, il ne s'avoue pas vaincu, prétend toujours gagner le combat, puis c'est une jambe, la deuxième, et alors qu'on le laisse planté là, impuissant, il s'emporte encore (après avoir suggéré "match nul ?").

C'est con, mais ça me fait marrer.





C'est l'jeu, ma pov' Lucette ! :p

03/06/2008

03/06/08 - 20:16

Tribute to my tribe - 1 : magic brother

Bien qu'il vive non loin de chez mes parents, magic brother rentre moins souvent le week-end, depuis qu'il a inauguré sa vie de couple, il y a quelques années. Il revient de temps en temps, sans prévenir, ce qui exaspère à chaque fois ma mère (qui espère pourtant secrètement sa venue, j'ai prévu un rôti au cas où). En général, quand il sait que je rentre, il pointe le bout de son nez.

On a l'un pour l'autre un mélange discret d'admiration, de respect, de sentiments inavoués, une compréhension réciproque faite de silence. Quand on était gamins, malgré les 18 mois qui font de lui l'aîné, on nous prenait fréquemment pour des jumeaux. Il y a quelque-chose de moi en lui, de lui en moi.

Cette fois, il débarque donc, samedi après-midi. C'est qu'il a quelques travaux à faire sur sa voiture (jamais il ne dira "je suis venu te dire bonjour", de toutes façons je le rabrouerais gentiement en faisant semblant de ne pas y croire). Tu restes dormir là ? Ah bon ? Et K. ne vient pas avec toi ? On ne la voit plus beaucoup, en ce moment, demande ma mère.

Non, de toutes façons on va se séparer, y'a des chances que tu ne la revoies jamais, d'ailleurs.

Mes parents se regardent, muette question dans les yeux de ma mère, mon père répond sans beaucoup d'assurance "il nous fait marcher".

Mon frère me regarde en souriant lassement, il sait que j'ai compris. On n'en a jamais tellement parlé, de leur relation. Je me souviens, quand il est venu à Paris en début d'année, sa copine appelle, il est dans le métro, rah, encore, je réponds pas, elle a déjà appelé tout à l'heure, elle est chiante quand elle s'y met. Je me souviens aussi de ses soupirs, face aux sautes d'humeurs de la demoiselle, de son air pincé à elle quand il la rembarrait parfois un peu brutalement. Je n'ai jamais rien dit, parce que je ne suis pas une référence en matière de vie à deux, parce qu'il y a des tas de couples qui s'accomodent de ces heurts, qui préfèrent les petites tensions quotidiennes à la solitude. Vivre à deux, parfois, c'est juste un choix.

Alors, il explique. Depuis quelques temps, on se chamaille souvent, on sait bien que c'est pas vraiment ça, on est d'accord. Elle est pas très stable, elle a besoin de quelqu'un qui la protège, et moi j'ai besoin de quelqu'un avec qui partager, c'est tout. J'aime bien parler, j'aime bien qu'on me contredise, aussi, elle s'en fout de ce que je raconte, elle me dit "oui oui" pour être tranquille. Elle voudrait qu'on vive presque tous ensemble, avec ses frères et soeurs, je les trouve insupportables, en plus ils s'engueulent tout le temps. Soit on décidait de continuer, de supporter tout ça, parce que pour le reste on s'entend quand même bien, soit on convenait que c'était pas l'idéal. J'aime pas trop les compromis, je crois que je préfère être tout seul.

Il ajoute : p'tain, j'en ai marre des filles, ça doit être plus simple quand on est homo, non ?

Je souris sans répondre, ça fait bizarre d'entendre un hétéro envier la vie d'un pédé.

J'espère qu'elle va avoir son job, il conclut, déjà sans mec elle va avoir du mal, alors sans job, elle va déprimer grave. J'espère qu'elle va s'en remettre.

Et toi ? je demande.

Oh, moi, je vais me lancer à fond dans ma boîte (sa deuxième, c'est un bâtisseur, mon frangin), ça va me forcer à penser à autre chose. Tu m'aides avec ma bagnole, avant qu'il pleuve ?

Mon frère, c'est un type insupportable, qui radote, qui met les pieds dans le plat, qui triche volontiers, sans doute, mais c'est aussi un type formidable, d'une force fantastique, d'une incroyable intelligence faite d'instinct et de savoir.

C'est, je crois, le mec que j'aime le plus au monde.

Et si je le lui disais,
il me mettrait son poing dans la gueule :p

24/05/2008

24/05/08 - 10:56

Marcelle je t'aime !

De Rameau, je ne connaissais pas vraiment la musique pour clavecin. Disons que j'avais eu un peu l'impression d'entendre, parfois, des réductions de ses airs d'opéra, et que je préférais jouir de la version orchestrée, chantée, magnifiée par l'harmoniste prodige.

Et puis, il y a peu, on m'a dit "Si vous aimez Rameau, il vous faut écouter Marcelle Meyer". Evidemment, quand on me dit ça, tout de suite, avec mon caractère insupportable de breton élevé au grand air, je renâcle : les "il faut", en matière de musique, me paraissent toujours de trop.

De Marcelle Meyer, je connaissais vaguement le nom. J'imaginais une vieille pianiste à l'autorité un peu vétuste, de ces personnes qui ont vécu et dont on écoute les idées bien arrêtées avec un sourire plein d'indulgence, je voyais le charme désuet de son élégance, je sentais déjà son parfum suranné. J'entendais dans mon imaginaire, avec le léger dédain des imbéciles, les vieux enregistrements qui craquent. Par curiosité, par fierté aussi - comment ? je ne connaissais pas quelque-chose qu'il me fallait écouter ? - j'ai un peu cherché sur le net.

J'ai découvert une biographie succincte, une jeune femme à l'air rêveur et décidé posant sur quelques photos en noir et blanc. Il y a je ne sais quel enchantement à contempler ces vieilles photos, ces vieilles gens éternellement jeunes qui n'ont existé qu'en noir et blanc. J'ai téléchargé (tout-à-fait illégalement) quelques extraits, encore persuadé que ce n'était pas pour moi (Rameau au piano !), mais il faut bien en être sûr, n'est-ce pas.

Et je me suis précipité chez un disquaire d'occasion pour trouver l'album convoité, le toucher, l'avoir chez moi. Je suis vieux jeu, j'aime encore le contact du disque, les boîtiers bien rangés sur les étagères, les livrets qu'on parcourt en écoutant les premières plages.

C'est saisissant, foudroyant. Aussitôt, il a fallu que j'écoute Rameau au clavecin, plusieurs versions (au moins 4) pour être bien sûr que cette musique-là n'avait pas attendu, patiemment, muettement, le piano de la Meyer - ça n'a pas été simple, j'ai encore un doute.

Et puis, alors que les notes s'égrènent tranquillement et que j'étais déjà ailleurs, Marcelle Meyer, imperturbable, fait suivre Couperin à Rameau. Une révélation. Je ne connaissais pas beaucoup, Couperin, les baricades mistérieuses un peu, j'écoutais ça au clavecin comme on regarde une vieille toile craquelée et noircie, dont on se dit en soupirant "ça a dû être joli, à une époque", et qu'on admire plus par respect que par conviction - parce qu'admirer le passé c'est aussi se donner un espoir qu'on nous admire un jour. Pour tout dire, les baricades mistérieuses, avec ses doubles égrenées régulièrement d'un bout à l'autre, je trouvais ça un peu "machine à écrire", "machine à coudre", bref, machine à quelque-chose. Ici, ça n'a plus rien à voir : c'est du Couperin réinventé. Il n'y a sans doute pas la volonté de restituer, de reconstruire à l'identique. Il y a une partition, un instrument, et une interprète, qui s'est juré de faire quelque-chose de ces quelques mesures. Il faut, sans doute, avoir un jour caressé un piano pour comprendre un peu du chemin qu'elle a parcouru.

De l'élégance, de la finesse, une subtilité, une retenue, une pudeur toute féminine, une prouesse sans rien d'ostentatoire, une musique qui sonne comme une évidence.

Puisqu'il serait stupide et inconvenant de remercier Meyer - ça ne se fait pas, n'est-ce pas- merci, donc, à celui qui m'a permis, avec l'enthousiasme communicatif de quelques mots bien choisis, de découvrir ce trésor.

18/05/2008

18/05/08 - 22:07

Les actualités

Tiens, y'avait longtemps que j'avais pas commenté les news. On s'en fout complètement, mais de même que les toutous ont besoin de leur promenade quotidienne, magicvince a besoin de sa dose de bêtise journalière (et aussi de sa promenade, d'ailleurs, mais ça c'est fait. Bon, "on" dira que les bêtises aussi, certes ;-) ).

A l'international, c'est toujours la Chine qui occupe la scène, mais on a perdu le Tibet en route : catastrophe naturelle oblige, on oublie un peu les revendications des semaines passées, le monde étanche sa soif de bonté à grandes rasades de convois humanitaires. Le pouvoir s'en sort pas mal, laisse rentrer ce qu'il faut pour avoir l'air gentil, et puis de toutes façons il y a la Birmanie pour jouer les méchants.

Sur BFM ou ITélé, parmi les titres qui défilent, il y a les bilans chiffrés, du passage de Nargis ou du tremblement de terre. Ca me met un peu mal à l'aise, ces nombres qui grossissent inévitablement. C'est bête à dire, mais présenté comme ça, on dirait un record, un peu le téléthon ou la cagnotte du loto. Dans les journaux, d'ailleurs, on refait un historique des catastrophes naturelles les plus mortelles, l'année et la description d'un côté, le bilan de l'autre. Des chiffres, des chiffres, c'est comme une fascination morbide. Et pourtant, finalement, il faut bien le reconnaître : un être cher qui s'en va sera toujours plus pénible qu'un million d'inconnus qui disparaissent - ce fameux être qui vous manque, et qui dépeuple tout - (certes, ceux-là ne sont pas des inconnus pour tout le monde, évidemment, mais la plupart de ceux qui les connaissent ne regarderont pas la télé occidentale pour avoir des nouvelles). Evoquer les risques d'épidémie, parler de ce qui peut être fait pour sauver ce qui peut l'être encore, ou bien de ce qu'on peut faire pour éviter ça ailleurs, si c'est possible, me paraîtrait bien plus important que ces éternels bilans comptables. Mais en attendant, on compte, on avance les derniers chiffres sortis, on prend un air attristé (et on reprend du dessert).

Dans la rubrique politique intérieure, c'est bien plus rigolo, il y a le congrès du nouveau centre. Il faudra vraiment penser à changer de nom, c'est dangereux un titre avec "nouveau", ça vieillit mal, en général. Ca tombe bien, il paraît qu'ils y pensent. N'empêche, leur président a été élu avec 87% des suffrages, voilà qui doit faire baver bien des socialistes.

Parlons-en, des socialistes. C'est fabuleux comme on peut critiquer la présidentialisation du pouvoir, et ne penser pourtant qu'à ça : être président. Ca laisse penser que le reste n'est finalement pas très important, que seul le poste de président permet de faire de la politique, et c'est bien dommage, je trouve. Ségolène Royal voudrait bien conquérir la tête du PS, ça la rendrait incontournable en 2012 : une fois arrivée si haut, la Vizirette Royal se verrait tellement bien Calife ! Delanoë va bientôt rentrer dans la bataille, il traîne pour l'instant moins de casseroles, et puis Fabius ne pourra pas lui demander "Mais qui va garder les enfants ?", c'est déjà ça. On laisse aux langues bien pendues et tellement fraternelles de la grande famille socaliste le soin de lui balancer d'autres vacheries.

En attendant, dans les kiosques, entre les couvertures avec les filles à gros seins (et celles, plus rares, avec les mecs à gros abdos et slip bien garni), on trouve encore des tas de portraits de Sarkozy, seul le titre a un peu changé (avant c'était plutôt "comment il a conquis le pouvoir", maintenant c'est "pourquoi ça coince"). Cette semaine, il jubile, et Christine Lagarde avec lui : on découvre que la croissance 2007 a été supérieure à ce qu'on pensait ! Dingue ! Evidemment, quand le pouvoir d'achat baisse, on dit "je n'y peux rien", mais quand on annonce qu'il a augmenté l'année dernière, on espère bien récupérer quelques miettes de l'euphorie (ça laisse perplexe, une annonce comme ça, concernant une période passée, on a tendance à se dire : merde, j'aurais dû en profiter, au lieu d'être euphorique, on se sent frustré). La croissance, le Français moyen (j'en fais partie) ne sait pas trop ce que c'est. Mais quand on voit que même au sommet du pouvoir, ou bien on s'avoue impuissant, ou bien on a l'air surpris, ça laisse aussi perplexe. La croissance, c'est un peu comme la météo, finalement, on devrait mettre Evelyne Dheliat à Bercy.

 

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Les p'tites ziques à vince :

Rescue, de l'electro (pas terminée, un jour peut-être...)


Bach, Art de la fugue, contrepoint 9


Bach, Art de la fugue, contrepoint 1


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Bach, Concerto en la mineur (1er mvt), une transcription d'un concerto pour 2 violons de Vivaldi