02/04/2004Ghost...Je croyais qu'en acceptant mon homosexualité, le monde deviendrait plus facile, parce que j'aurais vaincu la personne la plus intolérante vis-à-vis de moi, la plus exigeante: moi-même.
Sauf que le monde n'est pas plus simple; juste aussi compliqué. Pire même car en banalisant mon homosexualité, je réalise que je me suis privé de l'excitation de l'interdit, du plaisir de la transgression. Je ne cherche plus ces plans cul délétères, nocturnes, presqu'iréels. Je cherche mon âme-soeur... mon âme-frère... translattant mes attentes romanesques de l'autre côté de la haie, comme dirait l'autre...
Je n'ai avoué mon homosexualité qu'à moi-même et aux amis les plus proches; je ne l'ai ai pas fait une fierté personnelle. Mais je me retiens à présent de siffler par réflexe les jupes écourtées au printemps, les seins soyeux et poupons, le regard d'une Bellucci. Je me l'interdis pour rester conséquent, pour ne plus mentir sans dire forcément la vérité. C'est con... et tout ça commence à me manquer. J'étais ce faux hétéro que l'homosexuélité démangeait. Je suis devenu un pédé qui regrette de ne plus loucher sous les jupes des filles...
Je me dis que dans un monde gay, je serais hétéro, que ce besoin d'être différent, de cultiver cette différence, me colle trop à la peau pour que je m'en sépare. J'ai besoin d'être un autre: homo chez les hétéro, perdu et seul chez les gays, refusant leurs codes, un ethos qui ne m'attire pas, trop marketté, trop audiovisuel, trop mode... Alors, je débarque dans ce monde étrange en restant fidèle aux réflexes d'antan: une vie de couple, une sexualité apaisée, des gosses, un peu de romantisme et jouer le rôle du paterfamilias... 29/03/2004La copine...La bonne copine fait en partie le gay. Elle joue le rôle de la femme, son fantôme avec lequel l'homo se déleste de tout son poids, le fardeau de cette fémininté pesante, la peine d'un contact avec "Elle" , le remède à cette impuissance, transcendée dans une entente presque fusionnelle. Il y a entre le mec homo et sa copine cette compréhension totale, l'incarnation d'une entente sans sous-entedus, aucune amiguïté, un parfait jeu de miroirs.
Elle? Elle vient chercher dans les bras de son deuxième homme la tendresse que le premier lui refuse parfois, l'écoute qu'il oublie de lui donner souvent... L'homo complète la panoplie du mec parfait: viril, bon au pieux, force brute d'un côté; tendre, attentif et complice de l'autre...
Certaines, les veinardes, trouvent en un seul homme les deux facettes. Les autres jouent sur des marchés fractionnés. C'est mieux que rien...
Le gay et sa copine se parlent de tout, se connaissent par coeur, comme un frère et une soeur, l'inceste en moins, comme deux amants, le sexe en moins, comme deux âmes qui ricochent bien ensemble... Ils ne réalisent pas vraiment qu'ils se condamnent ainsi à un perpétuel célibat agrémenté de quelques histoires foireuses qui feront leurs conversations. Cercle pas si vertueux que ça en somme. Ils servent, l'un envers l'autre, de palliatif raisonnable aux malheurs de l'autre... Ils sont amis, d'un nouveau... genre... 27/03/2004Les mouettesDeux dos sur un lit défait, recouverts par endroit d'un drap impudique... Deux dos musclés, au repos, déployant leur force paisible, comme deux vols de mouettes, deux goélans frères...
Côte à côté, endormis, les deux corps ensemble communiquent à peine. Pourtant, ils se parlent. Un bras vient enrouler le corps de l'autre, le piéger, maintenant fermement, pris entre deux rêves, la masse chaude de l'amant en sommeil. Deux souffles au diapason, deux peaux brunies par l'été et salées par la chaleur et un câlin de la veille quand, comme deux soldats en bataille, mais du même camp, ils se battaient pour rire, et pour le plaisir.
Ils dorment à présent, comme deux mouettes en plein vol, silencieux, léger sur l'azur de leurs rêves. Peut-être font-ils le même. 24/03/2004Soulager...La tête lourde et les muscles tendus, je rentre chez moi passée une journée de plus. Je résiste à l'envie d'allumer la télé et de vider le trop plein quotidien dans le trou noir hertzien. Big Dill pour oublier tout, face à soi, hagard, l'oeil opaque et la bouche demi ouverte. Puis le JT et ses fantômes, le spectre sécuritaire, d'un non-sens complet, la parade politicienne, même plus drôle, l'étalage impudique de la France profonde, d'une profondeur d'entrailles, boyaux et bile... Je résiste à l'abêtissement télévisuel, qui annulerait celui d'une journée au tarbin...
Je garde ce poids là, comme ma croix du jour. Je cultive ces brumes quotidiennes qui ont au moins une valeur: la fierté de cette épaisseur d'un jour rempli, accompli, fait. Ce n'est pas rien. C'est peut-être ça être adulte, accepter de se maintenir dans un certain abrutissement.
Mais l'envie de vider ma tête est bien là et je dois l'étancher, dans une bonne bouffe, une soirée entre potes, un câlin?... Je n'en ai pas le courage, le câlin excepté, que je ferais bien avec cette moitié de moi-même, inaccessible. Je l'appelle sur son portable; trop pudique pour en lancer, j'attends qu'il me fasse un signe. RAS. On se salue, je lui souhaite sincèrement une bonne soirée.
Je raccroche et me morfonds.
Et puis je trouve mon exutoire dans le rappel de ma drogue, comme un spasme lié à un état de manque, la preuve de mon addiction, peut-être même responsable de mon état présent: j'écris... 22/03/2004De l'hétéroflexibilité...Plus j'y pense et plus je me dis que c'est le fantasme gay ultime. Ne pouvant rejoindre les bords paisibles de l'hétérosexualité, nous rêvons que les hétéro passent à l'ennemi... On trouve sur le net de ces sites qui proposent, pour quelques sous, des vidéos de gars dont l'hétérosexualité ne résiste pas à une bonne pipe... et qui finissent joyeusement dans des partouzes à quinze! On fait semblant d'y croire. On cite Freud, sans être sûr que ce soit vraiment dans le texte, en affirmant qu'une petite pédale dort en chacun de nous... On se rassure comme on peut. Certains vont même jusqu'à "outer" post-mortem des écrivains et des poètes, des peintres et des philosophes, débusquant dans quelques fautes d'accord, laisons dangeureuses et métaphores dites lourdes de sens, l'ombre honteuse de l'homosexualité...
Ou alors, fièrement, on cite Michelange, Socrate, Gide et Wilde, Wahrol et tant d'autres... en laissant entendre que l'art passe par l'inversion... 21/03/2004Solitude...Avec un grand S, comme un serpent silencieux mais plein de vices qui s'installe, siège et se soude en soi, sans partage, sans qu'on s'en aperçoive. Un et seul, solitaire, célibataire, sous le ciel assombri d'une existence sans sel... Seul, avec ce reptile, cette absence devenue solide, sédimentée, son fossile à soi, avant qu'on ne soit soi-même qu'une souche, une roche exsangue, à la fois vidée et suantante de cette solitude sèche et si présente. La solitude d'un lit froid, de nuits trop silencieuses, de journées hallucinées mais heureusement hydratées par un travail qui compte et des amitiés à la chaleur solaire.
18/03/2004Sourire d'un slipJe sors du métro, la tête basse, les yeux fatigués; manque de sommeil, de sucre, d'amour, de temps, de tout...
Devant moi, de l'autre rame, une jeune femme sort. Elle est grande et longiligne, les cheveux cours et bruns, deux yeux altiers qu'un peu d'ingénue jeunesse vient corriger encore. Elle est belle. Je pense que c'est un mannequin qui va dans l'un des studios du quartier, se faire faire le portrait, prendre la pose, flirter avec le papier glacé... Ou bien, elle est simplement belle et ce n'est même pas son fond de commerce...
Elle est devant moi et avance d'un pas léger, frétillant. Mon regard remonte le long de ses molets et de ses cuisses dont un jean bien trop moulant ne masque pas les formes. Elle a un joli cul, courronné, au-dessus du denym, du sourire doré d'une culotte que son petit veston de cuir ne cache que par intermittence. Je lui renvoie le sourire, amusé... D'autant que, décidément impudique, la petite culotte jaune exhibe aussi son étiquette, comme un petit drapeau blanc qui me ferait un appel de la main, un salut ou une invite...
Et puis, elle disparaît dans une porte du métro, rapparaît dans un escalator où je continue de la suivre, souriant toujours à son postérieur souriant, et finit par disparaître pour de bon dans la foule... 17/03/2004Envie de faire du sexe...Etranges nous autres qui, dans le confort douillet d'une nuit solitaire tenons des propos en décalage complet avec nous-mêmes.
Sur le réseau, un mec me branche; on se connait bien, on se respecte. Je lui propose qu'on se voit pour un calin; il me dit que non, que ce soir il a envie de baiser un mec, de prendre, mais que si l'occasion d'un plan à trois se présente, il me rappellera!... Le troisième larron serait un ancien amant que nous avons en commun, un vieux souvenir pour moi, très vieux, quelqu'un que je respecte et avec qui j'ai appris à aimer parler.
Je n'ai pas envie de salir ça dans une partie de jambes en l'air; six...
Il me dit qu'il n'y a pas de problème pour la sodo (je suis pas fan, eux oui), que pendant que E*** le prendra, il pourra me sucer...
Etrange... Assommant pour tout dire.
J'ai raccroché et me suis endormi... 16/03/2004Le temps d'un trainFilant à travers la France, tout entière ensoleillée, j'ai lu jusqu'à plus soif, un essai, un roman, des articles... Entre deux pages, un regard furtif scrutait l'ambiance, mes voisins, ces bouts de France qui vont si bien ensemble: trois vieilles femmes, des mamies joviales entourant un rugbyman blond aux yeux clairs, tout en viande, la peau rosée, porcine mais d'un certain charme, dans son sourire, son épaisseur... Un jeune homme, chemise blanche, cheveux mis long coiffés en arrière pour un semblant de crinière - de toute évidence normalien, sorbonnard du moins, philosophe à coup sûr, avec cette arrogance en effet léonine dans le regard, cet arc de mépris figé par des sourcils méticuleusement dessinés...
Derrière mois, deux cadres qui ont parlé tout le long du trajet de leur entreprise, dans un charabia incomprehénsible, leurs codes à eux. De quoi parlaient-ils? Que font-ils dans la vie?...
Plus loin, une petite famille charmante, des noirs à l'accent solaire et sucré. Lui, l'embonpoint d'un bon trentenaire, une jeunesse murie dans une paternité enjouée, une connivence avec son fils, et sa femme aux yeux d'or... magnifique...
A côté de moi, un mandarin vieillissant, lisant attentivement un mémoire de maîtrise: Jean Damascène et son rapport au christianisme. Il raturait certains passages de son stylo noir, la plume retournée, étrangement...
15/03/2004MerdierJe suis dans ce merdier affectif d’où je peine à trouver ma voie, mon chemin... Je rêve sincèrement de vie à deux, mariage, vie de couple, gosses. Je sais que je préfère les hommes et qu’il faut que je m’y fasse, que c’est comme ça. J’essaye de convertir mes rêves de vie stable de ce côté de moi-même ; une vie de couple avec un garçon et tout le romantisme possible, qui n’altère cependant pas ma virilité. Elle m’est chère. Pas évident d’être soi et cet autre à la fois. Je suis ce schizophrène, cette girouette soumise à deux vents contraires, celui violent de mes pulsions et la brise légère, coulante, de souhaits banalisés... J’ai rêvé de tant d’Emmas, de Juliettes, d’Ophélies, ces Mathildes et Eurydices, Eloïses et Baucis des légendes... ces âmes soeurs chantées par des poètes... J’ai construit une part considérable de moi sur ces contes-là... fuyant tant que possible cet anonyme en moi, pour qui sont fredonnés moins de contes ni écrites autant d’épopées... Deux biologies essayent en moi d’imposer leurs dogmes ; celle d’une virilité cherchant son expression la plus légitime : une femme, une descendance ; celle d’un état, d’une homosexualité que j’ai appris à ne plus chercher ailleurs que dans mes gènes, brute et inaltérable, moins due à une éducation ni une société vicieuses qu’à un simple état de fait : grand, brun, pédé comme je respire. Par réflexe, tout naturellement... Je suis le champs clos où s’affrontent ces deux mathématiques, une équation d’un degré énième, plus insoluble qu’un théorème de Fermat... Je recherche aveuglément mon âme-frère... 13/03/2004Un jour comme les autresJe me lève, douche, café, oublié le rasage, une fois de plus, veste et dehors. Je vise le boulot mais la terrasse de mon autre chez moi, le café du coin, m’invite malgré moi pour une seconde tasse. Avant : Libé, un pain au raisin et un bonjour aux mouettes montées de l’Océan.
Je rentre, un grand salut du copain qui bosse ici, noir et blanc comme un pingouin de café, sourire franc, mèche impeccable. Pas la peine de dire, il a déjà le petit noir à la main. Je m’assieds, ouvre le journal, bois une gorgée et souris à gauche et à droite.
Je sors, métro, encore le journal, une jeune femme me sourit ; elle a l’air attirant... Je lui renvoie un rictus, du mieux que je peux. Elle n’insiste pas. J’arrive, défais ma veste et m’attable pour la journée devant mon ordinateur : mails, fax, téléphone et rendez-vous, paperasse, bla bla bla.
Fin de journée, j’éteins l’écran bleuté et profite des dernières lueurs du jour ; je rentre à pieds. Paris bourgeonne et les touristes sortent de leurs tanières. Chaos de 18 heures, la noria des bus et la parade des voitures énervées : Klaxons, injures, cris et rumeur citadine. L’odeur du métro, celle des crêpiers au coins de rue et les parfums lourds de vieilles bourgeoises : Guerlain par-ci, Guerlain par-là.
J’arrive chez moi et me déshabille, troque mon costume contre un sweat et un pantalon tranquille. Mange un bout, regarde la télé trois minutes, le temps que ça me navre. Eteins la télé avec l’envie de la jeter par la fenêtre. Coup de fil à un pote ; je ressors. Un verre, un restau, un ciné, triade quotidienne. On mange bien et voit parfois des bons films. Parfois pas.
La nuit bien tombée, je retourne à mes pénates, appelle un amant qui me rejoint en 20 minutes. J’ouvre la porte, on se dessape et on baise. On s’embrasse, il se rhabille et se casse ; je rejoins nu ma salle de bain. La douche me lave de la journée. Un calcif, un T-shirt et trois pages d’un roman entamé l’an dernier. Je m’endors et je rêve...
12/03/2004Embrasser bien sûr...Engloutir une verge relève de la mécanique. Embrasser, c'est de la poésie... Il y a quelque chose d'indéfini dans cet affleurement, cette carresse muette et pourtant pleine de sens. Quand deux êtres se rencontrent comme deux ondes croisées...
On lèche comme lappe le chien, on suce en souvenir de nos années bambines; on enfourne un mec comme une bonne sucette, un hot dog chaud et gourmand. Mais embrasser...
Sucer et embrasser: une pub pour lessive et une toile du Carravage... Un tube de la Star Ac' et le Requiem de Mozart; Un big mac et un menu façon Kurnonsky ou Loiseau... Y'a du charme dans les deux mais ça n'a rien à voir.
Embrasser c'est comme se confesser; c'est lever un voile sur soi, de manière pudique et sensuelle. Maladroitement, on ouvre sa porte à l'autre, dans une invitation gracile. On se rapproche, les regards noués, plongé l'un dans l'autre. Les carresses comme propédeutique à l'amourachement des lèvres; l'électricté d'une main sur une joue, en haut d'un cou, balayant un front large et brun... On s'inspecte, on se sent; de si près, les odeurs les plus intimes, celles du corps et celles factices d'un parfum, d'une eau de toilette, d'un gel, créent à soi toute une identité. On mêle les siennes à celles-là; on entame doucement une douce fusion.
Et puis, dans cette collision à petit pas, quatre lèvres empourprées se rencontrent, s'emboitent, rebondies. Deux bouches s'ouvrant imperceptiblement pour que s'entremêlent deux souffles... et les langues de suivre finalement... 11/03/2004Déçu?...Il m'attendait devant ce café rempli de costards cravates. Un blouson et un sac à dos, une barbe de deux jours et des cheveux trop frisés. Je le reconnais sans le reconnaître. C'est lui, en version originale, donc un peu éloigné de l'adaptation que j'avais construite à partir de nos mails et de quelques photos qu'il m'avait envoyées. Il est un peu plus empâté, moins bronzé, peut-être un peu moins jeune. Mais il a cette gravité et un je-ne-sais-quoi dans les yeux, un éclat du regard que j'ai envie d'explorer.
Il me sourit. Je me demandais si sa poigne était ferme, molle ou chaleureuse... Maintenant, je sais...
Il n'est pas beau, pas franchement sexy mais il a quelque chose. Il me déçoit mais cette réflexion me déçoit moi-même dans la seconde. J'ai envie de creuser... J'aime sa voix et son regard. Le reste, je ne sais pas encore. Peut-être ses mains... Son sourire parfois. Il rougit vite et trop. Ses yeux sont presque noirs.
Ca y est; on s'est parlé. Et j'en suis à ce point ou je ne sais pas. Pas de coup de foudre mais pas de désir de fuite. Je suis là et ça me va. On sera peut-être amis, peut-être pas, peut-être plus...
Histoire d'O*** Le crucifix d’O*** vient taper contre l’anus de Pierre alors que le premier lape goulûment la verge du second. Les deux hommes baisent sans vraiment se connaître ni s’aimer. Ils ne se connaissent pas du tout d’ailleurs. O*** dévore le membre de son compagnon. Il engloutit entièrement le phalus et gémit par plaisir et gourmandise. Pierre sent la caresse glacée de la croix dorée contre sa peau. Olivier joue les salopes. Son pubis rasé ne lui rend pas sa candeur d’enfance mais déforme un peu plus les traits de l’adulte perdu qu’il est.
Ensuite, dans ce moment malaisé passé l’instant de grâce, cette petite mort qui porte bien son nom, pour légitimer un peu leur mêlée affolante, les deux hommes échangent quelques mots. Olivier étudie la théologie et partira avec un ami prêtre visiter Assise puis Rome dont les Eglises nombreuses font à ses yeux le charme incomparable. Pierre, à moitié conscient, écoute la confession sans vraiment la comprendre.
Ils se quittent. Les pas du théologien dans les escaliers viennent alors réveiller comme un glas l’âme de Pierre. Comment un catholique à ce point investi peut-il se livrer à ces sabbats virils et inconfortables ? Les léchées langoureuses dont il vient de profiter ne cadrent pas avec les principes énoncés par l’Eglise… Il revoit ce crucifix, découvert en ouvrant une chemise, en caressant un buste et se rappelle à quel point cette apparition l’a troublé. Alors, il comprend. Il comprend qu’O*** n’est pas un laïque mais un prêtre franciscain lui-même, qui contourne maladroitement son vœu de célibat par ces élans pourtant peu chastes mais tenus, croit-il, dans le secret des Dieux. A moins que ces penchants homosexuels ne l’aient conduit en repentance dans les bras de Saint François. Mais c’est dans ceux de Pierre que, ce soir, il a été. Et il est fort à parier que les clés du paradis ne s’obtiennent pas en souillant la Croix avec l’odeur de Pierre.
10/03/2004Sarabande La Sarabande au bruit léger dessine dans l’air ses arabesques envoûtantes. Les soies et les voiles aériens entourent comme une aura pourpre le corps de la belle berbère. Seuls ses yeux transpercent ce charivari diaphane et emporté, cette colère poétique dont les fractales dansantes parfument l’air de son odeur, une odeur lourde, suave, épicée. L’encens valse avec l’air provoqué par ses gestes, les envols de ses mains tout autour de son corps, ses doigts fins qui écrivent dans un vocabulaire incompris les kabbales et les incantations de ses ancêtres impériaux. Ses pieds nus que serrent deux bracelets clinquants dessinent sur le tapis arabe des mystères et délimitent en courbes et cercles parfaits le territoire de sa fantaisie. Elle danse en fixant comme un guépard gourmand et calme la proie masculine qui acquiesce à sa maestria.
Elle le tient de ses yeux noirs comme des astres malins, charmeurs, perfides et conquérants. Son regard l’empoigne de sa dictée muette. Et soudain, dans un spasme, la danse stoppe et les voiles retombent comme une pluie fine le long de son corps ainsi révélé. Les tissus fins s’endorment sur ses seins magnifiques dont ils épousent la rondeur parfaite. Ses hanches surgissent, ses épaules retombent et sa tête se dresse, toujours masquée par ce linceul voluptueux. Alors, elle s’avance vers sa victime en lui ouvrant les bras ; l’homme vient se lover au creux da sa reine et l’étoffe, peu en peu, l’entoure et le mange comme une plante carnivore. Il a disparu. Elle l’a charmé.
Métro parisienUn soir d’orage. La sirène n’empêche pas la jeune femme de courir vers la rame et de se coincer entre les deux portes. Un bras tendu à l’intérieur, y agitant un parapluie, elle finit par pénétrer dans le wagon. Elle n’est pas stable, faillit tomber, se redresse maladroitement et s’effondre finalement sur le strapontin, le regard vide, horizontal, à moitié éveillé. Alcool ? Drogue ? De quoi en tout cas la mettre dans cet état vague. Noire, les cheveux sombres et brillants ramenés en un chignon improbable, la tenue très parisienne, classe, calibrée, elle revient sans doute d’une soirée arrosée, où un calumet amical, passé de mains en mains, l’aura un peu amochée. Devant elle, un molosse patibulaire mais sage comme une image se tient aux pieds d’un vigile, noir lui aussi. Elle commence à engager la conversation avec son ami le chien... 09/03/2004Serrer une main...On se reconnaît à vingt mètres; on se sourit, rougissant et heureux de mettre de la vie sur des photos numériques, du mouvement aux sourires, rhabiller nos visages et nos corps de mimiques, de nos démarches, de nos gestes... et toute sa profondeur à un regard... C'est sympa, c'est chaud; ça fait du bien.
Question: quand on est pédé, peut-on croire en l'amitié entre mecs?!
On se présente même si on se connaît déjà, presque par coeur, ayant poussé nos conversations internautiques (lui, il dirait cyber-discussion) à des degrés que le web autorise avec une rapidité folle. On s'est déjà dit nos rêves, nos peurs, nos angoisses; on s'est montré nos souvenirs, des souvenirs et dit quelques goûts (une chanson, un fruit, quelques pages).
Alors, on est juste face à face comme deux vieux potes qui s'étaient perdus de vues, muets mais contents. On se serre la main. C'est notre premier contact. Affaire à suivre...
Devant nos lucarnes, on est ces amis-frères; on se dit tout comme si l'autre était là. On s'essaye même à une drôle de synchronie. On mange en même temps à défaut de manger ensemble; on se rase au même moment: un thé, un gateau, un café simultanés... C'est virtuel mais c'est bien là; ça existe puisqu'on ressent des trucs. C'est trop et trop peu à la fois... On a envie de plus mais on a peur que ça finisse.
Comme un flirt quoi... 08/03/2004Orage La peau moite de Luc renvoie à la pièce la lueur des bougies qui l’entourent. La chaleur est insoutenable dans cette chambre qu’une fenêtre grand ouverte ne rafraîchit pas. Des éclairs sans tonnerre ni averse valsent à l’horizon comme des serpentins frénétiques. Mais on n’entend que le bruit des grillons et les notes planantes d’airs entre jazz et complainte, mêlés de rythmes indiens et orientaux... En caleçon et Marcel auréolé de sueur, Luc s’assied sur le rebord de la fenêtre en quête d’une brise qui l’endormirait enfin. La chaleur est trop lourde. Morphée ne vient pas. La bougie à côté de lui ne frémit pas et éclaire sa lecture. Luc lit du Kundera alors que le ciel stroboscopique flashe sur sa peau luisante.
Il s’asperge de l’eau d’un gant. Les gouttes coulent le long de son cou comme autant de caresses légères, mais insuffisantes. Il désire autant la fraîcheur ce soir qu'un corps pour le compltéer. L’eau devient sensuelle. Il cherche à frissonner mais n’y parvient pas alors que les éclairs et le tonnerre, maintenant perceptible, se succèdent vers un peu plus de synchronie. 1...2...3...4...5...6... 7...8...9...10... le ciel se déchire au lointain. Le gant ne suffit plus. Luc se dirige vers un vieux frigidaire jauni des années 60, une vieillerie attachante, comme les notes de jazz qui se perdent dans l’ombre de la chambre. Il prend une bouteille d’eau fraîche et la boit au goulot ; il s’en renverse sur le torse. L’eau glacée le fouette. Eclair ! 1...2...3...4... le ciel hurle, l’orage approche sans qu’aucune goutte ni un souffle d’air n’en trahisse l’imminence. Il enfourche à nouveau le rebord de la fenêtre et se remet au Kundera. Où en était-il ?... Un couple faisait l’amour sans flamme dans une chambre de Prague. 1...2... Le ciel devient un vacarme et, d’un coup, la bougie tremblote. De l’air !... 1... Une goutte s’effondre sur la terrasse et mille autres la suivent. Kundera tombe au sol et Luc saute dehors jouer avec la pluie. L’orage gronde au-dessus de sa tête et il est heureux. Il court dans le jardin en hurlant avec les éclairs. Ses pieds nues s’enfoncent dans la boue dont se macule la terre assoiffée. 1...2...3...4... l’orage s’éloigne et la pluie avec lui. Seuls les arbres maintenant se délestent de tant d’eau en un rien de temps. La crécelle de l’averse a laissé place au silencieux murmure d’une nature ruisselante.
Luc tombe de sommeil. Il va pouvoir dormir.
07/03/2004Magnolia Eric est ivre de solitude et d’un certain bonheur provoqué par cette odeur lourde, sensuelle et violente. Les pétales tombent comme des masses, pesant coeurs de soie jaune brûlée sur ses franges. La tête contre son tronc, le jeune homme à moitié mort lit du Proust à l’ombre d’un Magnolia en fleur. Comme des soleils maléfiques et charmeurs, les fleurs exhalent innocemment leur parfum prédateur qui vient griffer ses narines et remonte jusqu'à l’âme pour y planter son étendard. Eric est vaincu et s’assoupit peu à peu. Une brise impromptue vient affoler les pages du roman, dégarnir l’arbre magique de quelques feuilles brunes et d’un vert luisant, et déflorer les perfides étoiles écrues... un peu, beaucoup, tendrement, à la folie... Eric n’a jamais été dans un état si second. Les vapeurs citronnées mêlées à la chaleur estivale le transportent hors de lui. Il se sent lourd et léger à la fois. Son corps est une tombe d’où s’envolent ses songes sans que jamais l’amarre ne lâche. Il rêve éveillé, mort dans la vie ou vivant par delà le Styx dont l’arbre d’août détient les clés odorantes. Il commence à suffoquer car l’odeur est trop vive et la tête commence à tourner. Il se lève, pris d’un haut le cœur. L’horizon vacille. Il titube et regagne la fraîcheur du domicile. La soif l’étrangle. Il s’asperge d’eau, reprenant peu à peu ses esprits. Dans l’entremise des volets de la cuisine, il aperçoit le Magnolia, silencieux et narquois... vainqueur... 06/03/2004Je coursJe cours. Un, deux… Un, deux… Je me lance. Ma masse avance. Elle s’ébranle, se tend, s’emporte. Mes jambes entrent dans une danse monotone, cette danse à deux notes qui me fait un bien fou. Je cours.
Les minutes tombent et j’avance sans but. Juste courir et suer, souffler, se perdre. Les gouttes de sueur entament aussi leur course, une chute plutôt. Elles glissent sur moi, sur ma peau empourprée par l’effort. Elles dessinent à l’eau salée, à l’eau salie, leurs arabesques sur mon cou, mes bras, mes jambes. Je cours, je continue de courir. Le paysage autour de moi vibre et chancelle aux pas de ma course. Les arbres dodelinent, les silhouettes chavirent, vont et viennent comme le bras d’une horloge. Mon tempo s’impose au leur.
Je cours. J’avance, martelant le sol poussiéreux de mon poids. Ma gravité soulève des vapeurs sèches. Mes muscles, tantôt raides, tantôt flasques, ma respiration, elle aussi en deux temps, mon cœur… Je suis deux êtres qui alternent à ma place. Inspiration, expiration, systole et diastole, extension et détente. Je suis deux univers qui l’un sans l’autre n’ont plus de sens : ils se créent réciproquement, ils se provoquent et leur menuet étrange, sa mécanique, me crée moi. Je suis le fruit alchimique de cette dualité. Je cours. Bam, bam… mon cœur et mes pas sur le sol.
Une goutte tombe, s’écrase sur ma joue, se rassemble à nouveau et poursuit sa descente. Une goutte… L’odeur salée d’A*** sur ma langue. Je suis un amant, un homme qui aime les hommes. Un pédé quoi. A***… La dureté presque maquisarde de ses cheveux courts, les silences au plis de ses lèvres, ces silences que j’inspecte, que j’interroge. Mes lèvres viennent se lover dans les siennes. Nos langues s’acoquinent. Nous faisons plus que baiser. Nous faisons presque l’amour. Faire l’amour avec un homme… Presque… Nous nous voyons de temps en temps, deux fois par mois. Il arrive aux coups de minuits. Sourire et les caresses aussitôt. Pas de parole. Un simple « ça va ? »… Je n’ose pas lui dire qu’il m’a manqué et que je pourrais presque l’aimer. Je ne le supporterais pas et lui encore moins. Alors nous baisons. C’est ça notre intimité. On s’embrasse avec douceur, on se déshabille lentement. Les mains se baladent, dessinent sur nos corps leurs messages codés. Elles suivent une chorégraphie qui nous échappe, libres. Nos têtes se frottent, se cherchent. Les yeux mi-clos, où percent à peine les reflets d’une lampe, les sens dans cette torpeur onirique, comme dans un abandon qui est le contraire de l’excitation, le contraire du sexe tel qu’on nous l’apprend. Pas de violence, une douceur étrange, masculine. Les chemises se déboutonnent et tombent, discrètes, sur la moquette. Nos spasmes à pas feutrés… Les pantalons suivent… et le reste. Nos corps, simples, s’effondrent sur la couette : ils se mélangent, s’enroulent. Nous nous nouons ensemble, en silence. Seuls quelques soupirs, un gémissement à peine perceptible, viennent troubler notre silence. Nous faisons l’amour, je crois…
Je cours… J’offre aux passants, dans ce parc trop familier, la face rougeoyante de ma honte. Mon cœur commence à gronder. Je le provoque. Il en a bien besoin. J’essuie d’un revers de main la sueur sur mon front ; j’en débarrasse mes sourcils broussailleux. Une goutte…
Mes amants, mes fantasmes, mes regrets et mes désirs. Quel merdier !...
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