Blog négatif (et révolu)

19/09/2004

19/09/04 - 10:28

Damien (3)

Pour les deux lecteurs qui me l'ont demandé, je poursuis ici le récit de mes aventures de l'été 99. Pour un rapide résumé des 2 épisodes précédents, figurez-vous qu'un soir brûlant de juillet, je rencontre le garçon de mes rêves, la formule étant à prendre au sens propre; et que ce garçon, plutôt que de disparaître après m'avoir accordé la politesse d"un verre, finit dans mon lit, dans une nuit qui a changé ma vie (formule à prendre au sens plein).

Nous étions dans la cuisine, entrain d'essayer de viser les tranches de pain pour ne pas se mettre de la confiture sur les jambes, et j'en étais (encore) à me demander si tout cela était bien réel. On a pris l'habitude d'user d'expressions fortes pour tous les actes de la vie courante, on ne se rend même plus compte de ce que l'on dit. mais quand vous êtes placés dans une situation que vous ne pouvez exprimer qu'avec ces mots là, vous maudissez votre légèreté : qui vous comprendra, quand vous parlerez de "garçon de vos rêves" alors que le gay moyen tourne à sept candidats par overkitsch au Queen ? Qui s'étonnera, quand vous écrirez que "vous vous demandiez si tout cela était bien réel" alors que vous le répétez à chaque démarche administrative ? Bref, les moments exceptionnels de votre vie sont une collection d'expressions éculées. Voilà pourquoi il est vain d'en parler.

Au reste, on pourrait s'étonner qu'un mec puisse justifier une telle emphase. le premier, peut-être. Si c'est Steevy au Laurent Ruquier, passe encore. Mais là, un parfait inconnu ? N'en voyons nous pas chaque saison arriver une nouvelle génération qui cherche l'amour dans la nuit gay, qui en repart après quelques mois plein de souvenirs de bites et d'examens sanguins ? Mais souvenez-vous, bien avant cela, quand vous rêviez la nuit, quand votre goût était votre secret, vous aviez donné un corps, des yeux, une bouche, un sourire, des exploits à un être qui mêlait toutes vos admirations. Que diriez-vous, si, des années plus tard, cet être là tartinait de confiture de groseille une demi baguette, après vous avoir fait l'amour toute la nuit ?

Elevé en cela par la lecture de Montherlant, je pensais à l'époque qu'il n'y a que les êtres qui méritent notre attention et notre ambition. Je laissais aux pauvres d'esprit, de goût, et de vie, les autres étourdissements. Avant de m'anéantir, comme quatre vingt milliards d'autres humains avant moi, je voulais passer du temps avec des garçons. Pas à aller sur la lune, à l'Elysée, ou sur un plateau de télévision. Et si j'aime les garçons, c'est parce que je trouve que c'est la chose la plus étonnante, la plus admirable, de toute la création.

J'avais beau chercher le détail qui tue, celui qui m'aurait ramené à la vie, je n'en trouvais aucun. pas même dans son histoire, il venait même du lycée où je situais mon fantasme ! J'en étais arrivé à un point où je ne savais plus du tout quoi faire. Tout cela était beaucoup trop pour moi; je n'arrivais pas à habiter mon rêve. J'avais besoin de revenir à la réalité, un instant, vérifier que la Tour eiffel, qui nous avait pourtant éclairés pendant l'amour, était toujours là; que l'épicier était affairé, la boulangère désagréable, le trottoir invivable; que Paris étant toujours debout, qu'il y avait d'autres êtres humains.

Alors je fis une souveraine ânerie. Je lui dis que je devais absolument déjeuner avec mes parents; qu'il devait m'excuser, que nous nous retrouverions en fin d'après-midi. Il me dit au revoir, je lui répétai que nous nous reverrions en fin de journée. Et sans me rendre compte qu'ainsi, je le perdais, je pris le train pour rejoindre effectivement la maison familiale, celle-là même où je l'avais rêvé. Je pense que les autres voyageurs ont dû croire que j'étais un smiley, vu le visage que je devais avoir. Après mon arrivée, et les inévitables salutations formelles, je me souviens d'être allé, seul, dans le salon, regarder mon visage. Je voulais voir à quoi cela ressemblait, le bonheur. Pour pouvoir le dire aux autres. Et je me souviens, aussi, d'avoir mis mes mains contre le vieux mur, épais, pour me convaincre que c'était ma vie.

Evidemment, après le repas, Damien ne répondait plus à mes appels.
A suivre

commentaires

19/09/04 - 11:09

Suis z'ému (pour employer une expression éculée mais qui n'en reflète pas moins exactement ma pensée, pour autant qu'on puisse le croire dans la mesure où beaucoup emploient ces mots environ dix-sept fois par semaine).

Doit-on comprendre, à la lecture de la dernière phrase, qu'il s'agit du dernier épisode de cette histoire? Je le crains.

19/09/04 - 11:50

L'homme a parfois ce défaut qu'il n'est pas forcément prêt à vivre réellement ce qu'il souhaitait en rêve.

Je te souhaite une autre chance, où cette fois les choses se passeront autrement.

19/09/04 - 11:58

ce n'est pas la fin de l'histoire, pas du tout !

19/09/04 - 12:40

Ah, chouette alors! Parce que j'en eusse été attristé. Pour toi, et aussi pour mon intérêt égoïste de lecteur.

19/09/04 - 14:37

euh romain j'aurais besoin de toi pour raconter d'autres trucs forts avec des termes éculés... paske y a pas à chier tu le fais bien. Moi, là je bloque.

19/09/04 - 17:15

:'(

19/09/04 - 20:26

En passant par le blog de tryptan, me voici arrrivée là à lire ton histoire. Tu racontes magnifiquement ;-) Je repasse pour la suite...

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Résumé des épisodes précédents

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