Blog négatif (et révolu)

21/04/2005

21/04/05 - 00:21

Intermède

Dans un mois, cela fera quatre ans que je suis mort. C'est arrivé brutalement, cela arrive toujours brutalement. On s'en rend compte tout de suite, qu'on n'est plus, mais on croit longtemps qu'on pourra ruser, et revenir parmi les vivants, parce que votre vie vous paraît si proche, si réelle encore, et que personne n'occupe votre place. Cela ne dure qu'un temps, comme un chagrin d'enfant, et alors qu'on vous a oublié, vous vous demandez pourquoi il n'y a que vous qui ne pouvez rien oublier.

C'est la dernière semaine, la dernière nuit qui vous obsède. Oh, si vous pouviez seulement le serrer un peu plus, ce soir là, ce dernier soir. Si vous aviez pu, comme dans les chansons, dire ce qu'on ne dit jamais, parce qu'on pense que cela va de soi, qu'on aura toujours le temps de le dire, qu'il y aura demain, et le lendemain du demain, et des jours encore après. Une petite heure de préavis, pour une dernière plaisanterie avec lui, un dernier abandon, une promesse qu'on ne vous laissera pas tenir, un merci, oui, un merci surtout. Et promis, on ne négociera pas de minute supplémentaire, on ne criera pas, on ne tentera pas une manigance. Frères humains qui après moi vivrez, rassurez-vous, je ne vous retarderai pas.

Et comme il y a un Dieu plein de sollicitude, je l'ai eue, ma journée de plus, ma soirée de retour chez les vivants. Et je n'ai rien pu lui dire, car j'ai pleuré dans ses bras, et après nous avons dormi. Que voulez vous qu'un mort puisse dire à un vivant ?

Frères humains, qui après nous vivez,
N'ayez les coeurs contre nous endurcis,
Car, si pitié de nous pauvres avez,
Dieu en aura plus tôt de vous mercis.
Vous nous voyez ci attachés, cinq, six :
Quant à la chair, que trop avons nourrie,
Elle est piéça dévorée et pourrie,
Et nous, les os, devenons cendre et poudre.
De notre mal personne ne s'en rie ;
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !

Se frères vous clamons, pas n'en devez
Avoir dédain, quoique fûmes occis
Par justice. Toutefois, vous savez
Que tous hommes n'ont pas bon sens rassis.
Excusez-nous, puisque sommes transis,
Envers le fils de la Vierge Marie,
Que sa grâce ne soit pour nous tarie,
Nous préservant de l'infernale foudre.
Nous sommes morts, âme ne nous harie,
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !

La pluie nous a débués et lavés,
Et le soleil desséchés et noircis.
Pies, corbeaux nous ont les yeux cavés,
Et arraché la barbe et les sourcils.
Jamais nul temps nous ne sommes assis
Puis çà, puis là, comme le vent varie,
A son plaisir sans cesser nous charrie,
Plus becquetés d'oiseaux que dés à coudre.
Ne soyez donc de notre confrérie ;
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !

Prince Jésus, qui sur tous a maistrie,
Garde qu'Enfer n'ait de nous seigneurie :
A lui n'ayons que faire ne que soudre.
Hommes, ici n'a point de moquerie ;
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !

commentaires

21/04/05 - 11:03

Bon courage,Romain...On passe tous par là...
"Et c'est alors que supposément blessé par le commun des mortels
Je resurrecte encore et encore
Je resurrecte
encore
et encore "

(Mister Blue,le mec qui cite des chansons :))) )

21/04/05 - 15:01

Amûr.

(accessoirement : post magnifique)

21/04/05 - 21:40

Il faut dire que le post est sauvé par le poeme de Villon

21/04/05 - 23:40

Non, non. Mon propos s'appliquait à l'ensemble.

25/04/05 - 17:37

La vie n'est-elle pas une succession de deuils ? A commencer par celui d'hier, et demain celui d'aujourd'hui ?

Heureux de te compter parmi les vivants, m'sieu Romain. Comme souvent un tout petit bout du voile découvert, mais suffisamment pour dire l'essentiel...

Et merci pour cette "balade des pendus", apprise aux temps scolaires.

Je te souhaite en de meilleures dispositions aujourd'hui : "tout ce qui ne tue pas rend plus fort" ne dit pas le proverbe ? ;o)

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Résumé des épisodes précédents

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Sharruk

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Ma Josiane d'amour

Ce qu'on peut lire comme conneries....
Ronans

Et vive les donneurs de leçon
Fantin