Blog négatif (et révolu)

07/05/2005

07/05/05 - 12:29

éloge des bisous

Pour beaucoup de pédés, je pense, le premier garçon qu'on a embrassé est aussi le premier garçon qu'on a niqué. Contrairement à nos amis hétéros-dominants-normatifs, le début de notre vie sentimentale coïncide avec le début de notre vie sexuelle. Je crois que c'est une des raisons qui explique le souci particulier du productivisme sexuel des gays, leur attention au rendement annuel de leurs éjaculations et leur industrialisation du spasme. N'ayant jamais connu que des package 3 en 1, j'embrasse, je suce, j'encule, toute prestation partielle leur paraît insuffisante. "Et tu l'as niqué ?" est la question qui vient immédiatement quand on raconte une rencontre, et je parie que vous faites défiler rapidement toutes les histoires de blog jusqu'au moment où l'on se prend.

Evidemment, je suis comme tout le monde. Mais j'ai parfois comme un regret de n'avoir pas connu avec les garçons les joies vives de mes flirts avec des jeunes filles. Le rapport sexuel entre deux mecs n'a aucun intérêt, sauf pour les deux mecs en question. En revanche, deux mecs qui s'embrassent, il y a là pour moi comme une distorsion de l'univers (pour parler comme dans Star Trek), une grande perturbation de la Force (pour parler comme après le 18 mai) ou un événement (pour parler comme un commentateur sportif lorsque la France arrive seconde dans un match de football). La meilleure preuve, c'est que je tiens qu'il est toujours possible, avec un peu d'astuce et de chance, de coucher avec un mec hétéro; mais lui rouler un patin, c'est un bonheur qui ne vous sera donné que par miracle.

De là que certains de mes souvenirs les plus merveilleux sont ceux de simples bisous. Le bisou de Nicolas, qui m'avait tourné la tête, à la Nuit de XXXX, lorsque sa copine me l'avait présenté. J'avais murmuré un presque inaudible : "est-ce que tu te mets à genoux tous les matins, femme de peu de foi, pour remercier le seigneur qui t'a fait le don d'une telle créature ?" et j'aurais dû passer une nuit de souffrance, si mon amie M. ne m'avait pas entraîné dans une virvoltante alacrité. Et la chaleur, les lumières, l'ambiance, les corps, la musique, l'énergie ont fini par me transformer en quelqu'un à qui on ne resiste pas, et je me souviens ou je rêve d'avoir alors attrappé Nicolas dans une danse presque nuptiale, à laquelle il s'est prêté de bon coeur, sans doute pour me ravir l'attention des jeunes filles. Jeunes filles bientôt oubliées, comme le petit millier de personnes qui s'amusaient contre nous. Il n'y avait plus que les yeux de Nicolas, le visage de Nicolas, la bouche de Nicolas, le corps de Nicolas. Et pour le final, nos deux visages face à face qui se touchaient presque, et cet acte insensé qui m'a fait l'embrasser et lui de ne pas me le refuser. Et la bousculade, aussitôt après , provoquée par sa copine pour nous séparer. Et ce millième de seconde d'hésitation, avant, pendant lequel vous pesez si lentement le pour et le contre; les risques, la révélation à votre école et à tous vos amis, le regard des autres à jamais, la possibilité d'un refus, d'une honte, la dissolution de toute votre personnalité chez les autres sous la simple qualité de pédé, et tout cela n'étant rien contre un baiser dont vous savez bien que vous l'aurez à jamais sur vos lèvres.

Heureusement, nous n'avons pas eu le temps d'épiloguer, ni de discuter, car au moment du retour sur terre (sous terre, en l'espèce), l'organisateur de la soirée a très opportunément choisi de lancer le défilé de tendrons en maillots de bain, parmi lesquelles une de nos camarades. Nous avons donc pu reprendre nos esprits devant ce spectacle rare. J'avais sa nuque devant moi et je ne pourrai vous écrire ce que cela produisait en moi. Je me suis approché, un tout petit peu, et j'ai posé ma tête sur son épaule, de sorte que nous avons regardé ensemble le défilé nos deux joues comme siamoises. Je m'arrête là, car c'est sans doute un de mes souvenirs les plus violents, et je ne veux pas me montrer si sensible devant vous (et vous retenir plus longtemps sans un bon coup de bite à vous raconter, sa copine y a veillé).

Il y a quelques semaines. M., au téléphone : "
—Tu sais que j'ai retrouvé une photo de la nuit XXX ?
— (moi) Nooon ? une photo avec nous dessus ?
— Oui, le photographe du défilé me l'avait offerte peu de temps après.
— Et, euh, il n'y a que nous dessus, ou les autres aussi ?
(une seconde interminable)
— Oui, il y a aussi l'autre cake qui t'a dragué toute la nuit.

commentaires

07/05/05 - 12:46

"N'ayant jamais connu que des package 3 en 1, j'embrasse, je suce, j'encule, toute prestation partielle leur paraît insuffisante" : on voit bien que tu ne me connais pas. :o)

07/05/05 - 13:16

vous faites le 4 en 1 Monsieur Népomucène^^

07/05/05 - 13:23

C'est quoi le quatrième truc, Titcroco ?

07/05/05 - 13:27

Ne généralisez pas trop...

Ah la la.. C'est vrai qu'un baiser marque souvent beaucoup plus qu'un coup de bite...

07/05/05 - 13:33

la réciprocité dans l'acte (je suis pudibond)

07/05/05 - 13:35

euh en fait, j'ai pas tout compris, l'aut cake, c'est qui ? le garçon au bisou? (renversement génial alors)

07/05/05 - 13:40

Oui, c'est lui.

07/05/05 - 18:09

oooh mon pauvre garcon. si vous saviez.... on peut etre dominatrix et pourtant ne rever que de passer la langue sur le corps de son amant et de l'embrasser toute la nuit en le caressant. Je pense que je pourrai me passer de sex tres honnetement mais jamais au grand jamais de caresses et de calins.

21/05/05 - 17:29

On ne se souvient des baisers que quand on n'a pas pu avoir le reste du package.

26/05/05 - 19:07

J'aime embrasser.
Et j'aime particulièrement les baisers dans le cou.

Les commentaires sont automatiquement fermés aux visiteurs au bout de trente jours.

 

Résumé des épisodes précédents

...cette nuit froide étoilée d'orgasmes qui est la vie d'un pédé (plus ou moins étoilée d'ailleurs selon son poids, son âge, la couleur de sa peau, la taille de sa bite, l'épaisseur de ses sourcils, la marque de ses sous-vêtements et les autres qualités essentielles dans une communauté raffinée)" 24 février 2008


J'aurais dû suivre mes deux jeunes amants dans la nuit parisienne, où tout le monde se fout bien de devoir disparaître un jour ; m'enivrer du bruit avant l'éternité, me couvrir de sueur avant le suaire ; descendre en boîte avant le caveau. Quand je suis mort, en 2001, c'est là que j'ai appris que l'enfer est très supportable quand on n'est pas le seul damné29 juillet 2007


Ah, mon blogue, tu ne m'as pas manqué. On m'a un peu parlé de toi, ces derniers temps. Certains te reprochent de te répéter sur les garçons; d'autres te reprochent de te répéter sur la politique. Mettons les tous d'accord, et répétons-nous ce soir sur les garçons et sur la politique.22 juin 2006


Si le ciel n'a pas ton frère
Le ciel peut bien m'attendre

11 février


Quand l'hiver est froid, quand ma vie est froide, que mon coeur est froid et que mes amis sont froids, je vais chercher un peu de chaleur sur son blogue. Il y a mis beaucoup de photos, et c'est vraiment lui le plus beau de GA. Je les regarde, cela va mieux : je sens à nouveau son souffle sur mon épaule, sa nuque sous mes lèvres et son sperme sur mes joues. 21 janvier 2006


Ce qui est sûr, c'est qu'après Grande Ecole, il est difficile de faire un film plus bête, comme après Presque rien, il est difficile de faire un film plus vide. Les deux auteurs méritent donc d'être placés aussi haut dans notre panthéon gay, là où usant à l'envi leurs chaleurs dernières, ils pourront réfléchir leurs doubles lumières/Dans leurs deux esprits, ces miroirs jumeaux." 7 janvier 2006


La meilleure forme de gratitude que pourraient avoir pour nous ceux dont nous nous sommes beaucoup occupés, ce n'est pas de s'occuper de nous à leur tour , c'est d'enfin s'occuper d'eux-mêmes. 12 novembre 2005


des fesses fermes et douces, des abdominaux irreprochables, une peau savamment épilée, une musculature sophistiquée, voilà la nourriture ordinaire du gay, mais son bonheur cesse au niveau du cou, lorsqu'il est obligé, pour payer pour le prix de ces corps inoubliables, de supporter un visage imparfait, dégradé, caricatural, vide, pas un de ces visages hétéros qui nous irritent de leur sublime simplicité, de leur mystérieux équilibre. 29 octobre 2005


Un club de sport, c'est comme la littérature française contemporaine : il y a beaucoup de pédés, de plus en plus de femmes, et on y trouve surtout des choses crues et laides étalées avec complaisance. 16 octobre 2005


Car j'ai beau le caresser, le lécher, l'embrasser, le baiser, le sucer, l'enculer, le prendre en moi et que sais-je encore, il reste irrémédiablement vierge de moi. De nos coïts il ne reste rien, et certainement pas un patrimoine; et les êtres qui nous font l'honneur de nous laisser leur donner du plaisir restent pourtant à jamais inentamés. 16 septembre 2005


…le premier garçon qu'on a embrassé est aussi le premier garçon qu'on a niqué.(…)Je crois que c'est une des raisons qui explique le souci particulier du productivisme sexuel des gays, leur attention au rendement annuel de leurs éjaculations et leur industrialisation du spasme7 mai 2005


Dans un mois, cela fera quatre ans que je suis mort 21 avril


La punition de ceux qui ont connu le paradis est d'être incapables d'en parler. Condamnés à se taire sur le seul sujet qui importe, ils doivent en plus supporter les interminables conversations des autres sur tout le reste, qui n'existe pas. 10 mars 2005


Trois marins presques nus, presqu'imberbes et presque majeurs m'allumaient en chantant In the Navy — Jamais depuis je n'ai pu écouter les Village people sans bander aussitôt.
18 février 2005


Les garçons que nous rencontrons sont comme des aliments. Les meilleurs nous nourrissent et nous renforcent; les autres nous restent un moment entre la gorge, nous font un peu mal à l'estomac, mais finissent à l'égout dans une agréable libération. 12 novembre 2004


Coucher avec la beauté ne rend pas heureux. Cela passe en spasme, et vous laisse à vie un creux douloureux (...)9 novembre 2004


Je n'ai pas fermé l'oeil de la nuit. Je viens encore d'essayer, mais le sommeil ne répond pas à mes appels. il est sur boîte vocale, ça m'énerve. Si on ne peut plus joindre le sommeil en pleine nuit, où va-t-on ? (...)4 novembre 2004


Au fond, Happy Tree Friends, c'est le milieu gay. Il y a beaucoup de couleurs, tout le monde a des coeurs sur le visage, sourit et glapit tout le temps. Et tout le monde fait du mal à tout le monde, et tout finit toujours dans le sang.24 octobre 2004


Ils n'aiment pas

Pour une fois que tu écris quelque chose d'intéressant, ce n'est pas de toi ; dommage Sorty

C'est médiocre, comme tout ce qu'écrit cet auteur
Elizabethtessier

Une vraie petite boucherie intellectualo-sexuelle. Et tout cela avec cynisme "lucide", prétention élitiste et la condescendance qui l'accompagne... Rapport fascinant à l'autre...
Sharruk

Tu es une catastrophe ambulante en matière de politique! Fais plutôt du porno, ça te réussir mieux. Ou de la poésie.
Ma Josiane d'amour

Ce qu'on peut lire comme conneries....
Ronans

Et vive les donneurs de leçon
Fantin